samedi 28 juillet 2018

L’homme qui fumait sur le Titanic ?

Les étoiles scintillaient encore dans le ciel d’un bleu noir, sombre illuminé par une lune maritime si près du pôle qu’on pourrait la caresser. Des glaçons dans mon verre, on the rocks, sonnent comme une corne de brume par temps de brume. Un énorme glaçon – dans le genre gros iceberg qui se promène la nuit sans faire de bruit, s’épanche sur le pont d’un bateau de croisière. Le fracas est prévisible, en cette douce et froide nuit du 14 au 15 avril 1912. Le Titanic sombre, un homme sur le pont fume le cigare, quand les corps se jettent à l’eau…

Au sommet des Dolomites - je t'aurais bien fait une rime avec sodomites, mais l'histoire ne s'y prête pas même avec une femme la fleur de l'âge, même avec une histoire d'amour et d'origami -, des fumées sur le mont Fumo sous le regard de la lune alpine et des étoiles italiennes, un homme sorti des tranchées fut fait prisonnier. Nous sommes le 14 avril 1916, Jacob Roumann, docteur dans une guerre d’horreur et de mutilés, se voit charger d’interroger le prisonnier. 
Qui est-il ? 
est la question de son supérieur. 
En réponse, il obtiendra deux autres questions : 
Qui est Guzman ? 
Et qui était l’homme qui fumait dans le Titanic ? 

mardi 24 juillet 2018

Chronique d'une Beuverie Annoncée

Santiago Nasar va mourir. C’est annoncé dès le départ, dès le titre du roman. C’est un fait. On n’y pourra rien. Pas la peine de chercher à le sauver, sa mort est annoncée, et ce n’est pas à moi de la chroniquer. Enfin, si, quand même un peu sinon, je ne serais pas devant toi à te parler d’un roman de Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature, prix pour moi d’une atmosphère tourbillonnante. Laisse la bouteille sur la table, le temps de me servir un verre, ou deux, chronique d'une beuverie annoncée.

Je ne te cacherais pas plus longtemps les coupables, ni mêmes les aboutissants de ce fol, et étrange, lendemain de noce. Alors que tout le monde reprend ses esprits fortement embrumés par le flot d’alcool qui s’y est déversé durant ces deux jours de fêtes, Santiago Nasar va mourir. Des trompettes sonnent dans le vent, vent qui fait tourbillonner la poussière. Dès qu’il y a de la poussière, je me retrouve dans mon élément, poussière de vie qui s’envole, comme la mienne de vie. Des trompettes dansent, façon mariachis. Je les entends entre les paragraphes de l’auteur. Ses phrases doivent être à l’unisson du vent et de la musique, j’avais constamment le sentiment étrange de voir tourbillonner la poussière et la musique.

« La cérémonie officielle s’acheva à six heures du soir, quand les invités d’honneur se retirèrent. Le bateau repartit tous feux allumés, en laissant un sillage de valses jouées au piano mécanique, et nous restâmes durant un instant à la dérive au-dessus d’un abîme d’incertitude avant de nous reconnaître les uns et les autres et de nous enfoncer dans la mangrove de la beuverie. »


vendredi 20 juillet 2018

Spirit of St Louis

Un été 1927 à découvrir. Une année riche, formidable, épique. Une année folle composée de légendes et de drames, des hommes et des triomphes. Commençons par le plus grand évènement du siècle dernier ou presque puisque à l’époque l’homme n’avait pas encore marché sur la lune, mais n’avait pas non plus traversé l’Atlantique en avion. C’est de ce point de départ, et en guise de fil rouge que Lindberg va traverser l’océan pour la première fois, en solitaire qui plus est, dans un avion façonné presque de bric et de broc, sans compas, ni la voix érotique d’un GPS ou celle d’un copilote grincheux. Respect et admiration de la foule. Le Spirit of St Louis a décollé de New-York pour atterrir quelques jours plus tard à l’aéroport du Bourget. Clameur de la foule, la population se déplace en masse pour découvrir ce nouvel héros et le célébrer tel un… champion du monde… Grande parade, immense émotion, les gens en pleurs et en cri.

Mais le soccer n’est pas encore implanté – et ne le sera probablement jamais dans ces terres-là. Non, là-bas, les dieux du sport, sont les joueurs de Baseball. Que de matchs épiques racontés par l’auteur, comme de souvenirs de jeunesse, bien qu’il ne soit pas assez vieux pour les connaître. Mais le sport se raconte de génération en génération et les héros tel que Lou Gehrig et surtout son coéquipier Babe Ruth révolutionnèrent ce sport avec leurs frappes dingues et des records de Home-run. Oui, tu n’y connais rien au Base-ball, tu n’as jamais vu un match de ta vie, pourtant, avec la plume de l’auteur tu ressens cette sueur dans le gant, les frissons des spectateurs manquant de s’étouffer avec leurs hot-dogs, la balle qui vrille grâce au crachat du lanceur…

lundi 16 juillet 2018

Aucune Règle (sauf pour la recette du Mojito)



Même recette. De la poussière, de la tequila et une frontière entre le Texas et le Mexique à traverser, à tombeau ouvert, file du milieu la route est dégagée. Emily Blunt a disparu du générique, restent les têtes viriles, même en claquettes, de Josh Brolin et Benicio Del Toro.  Là où les cartels règnent, les règles s'affranchissent de toute convenance. Fuck les règles ! D'ailleurs si le gouvernement fait encore appel à Josh, c'est bien pour avoir une tête brûlée qui emmerde tout sur son passage, les mexicains et ces putains de règles d'un gouvernement de droit, frileux et timoré face à d'éternelles réélections.

Il n'y est plus question de drogues, juste de faire exploser une guerre des cartels. Et là tous les moyens deviennent autorisés y compris celui d'enlever en plein jour, à la sortie de l'école, la fille d'un des chefs de gangs. Moins tape à l’œil dans l'action que le précédent opus de Denis Villeneuve, ce second malgré l'anonymat revendiqué de son réalisateur, Stefano Sollima, n'a pas à rougir d'une action et d'un rythme toujours efficace, la poussière qui s'envole, puis-je avoir mademoiselle la serveuse latino en bikini un parasol en papier dans mon mojito, j'ai soif de vengeance et de rhum.

samedi 14 juillet 2018

Des rêves, du malt et une femme, le piano de Keith


« Son mari n’avait jamais la gueule de bois. Tant mieux pour lui. Non parce qu’il supportait bien l’alcool, mais, selon sa théorie personnelle, parce qu’il savait « bien boire », et elle était prête à le croire. Quand il sentait l’ivresse pointer, il réduisait aussitôt la cadence d’ingurgitation. C’est comme quand on remplit d’eau un récipient dont le fond est percé d’un petit trou, affirmait-il, si on ne verse pas plus de liquide qu’il n’en disparaît par le trou, le récipient ne déborde pas. Et c’est sans doute grâce à cette méthode que, ce matin-là encore, il se réveilla en forme. »

Alors que je débouche ma bouteille de Nikka pour lire ce petit livre de Natsuki Ikezawa – ou ai-je lu ce petit recueil de trois nouvelles pour me servir un verre de Nikka, je suis pris par un sentiment étrange, celui d’être perdu dans un conte ancestral où je ne comprends pas grand-chose. Assurément, première nouvelle, premier verre seulement.

« Les origines de N’Kunre » m’emmènent en Amérique du Sud, j’aurais dû me servir un verre de rhum, une histoire d’adultère et de rédemption. La rédemption, je vais la croiser au fond de la jungle auprès d’un peuple reculé. Ma rédemption, je la trouverai probablement au fond de mon verre au cristal éculé.