samedi 17 novembre 2018

Il rêve, il chie, il écoute Herbie


« Assis là, torturé, balbutiant, à l’écoute de M. Gainsbourg, la fatigue à fleur de peau, si proche de la mort, ayant trop forniqué, avec mes yeux de merlan frit. Toujours aussi minable et con. »

Ainsi commence le roman de Jens-Martin Eriksen. Une chose est sûre, d’entrée de jeu, il me prend par les sentiments, me cite Gainsbourg, et affiche mon vrai visage, minable et con. Dès cette première approche, seul sur mon banc, un cygne blanc qui me regarde d’un air dubitatif, je sens, je sais, que je vais l’apprécier. Parce qu’il y a probablement du moi à l’intérieur, il y a la déchéance d’un homme amoureux qui se pose devant sa machine à écrire et qui ne tape plus, submergé par ses sentiments. Ceux pour Nani, cette belle Nani, sa putain son amour, son putain d’amour. Alors au milieu de volutes salvatrices, il rêve, il chie, il écoute Herbie, il boit des bibines fraîches. Mon univers. D’ailleurs, je me demande pourquoi je n’ai pas encore écrit cette histoire… Maintenant, c’est trop tard. Nani est passée par là et a succombé, mes désirs devenus chimères, ma vie oubliée. De toute façon, je n’étais pas assez - ou trop - pour elle, bandante Nani avec son cul qui ondule entre les pages jaunies.   

« Ça a été écrit par quelqu’un qui a souffert en attendant que l’histoire vienne au monde, vienne au monde et reste là. La pression est descendue, et je dis et j’écris que je chiais la vie en un fracas tonnant, retentissant, furieusement tremblant, et je fus délivré. Oh, que Dieu soit avec moi après cette turbulente vidange de merde ! Vous comprenez ce que je veux dire : C’est vraiment l’histoire, l’histoire de mon propre cul, cagué par moi et pour moi, la douleur en ce qui me concerne est insupportable mais disparaîtra sûrement, elle aussi. C’est en tout cas ici mon espoir, juste avant le gong, en ce moment où je viens d’être mon propre évènement mondial et où je vous remercie de votre participation. La seule chose qui me reste ce soir est une douleur au cul. »

jeudi 8 novembre 2018

Les Quatre Saisons de la Vodka



« C'était un été de grande ivresse.
Ma vie était ainsi faite : il y avait eu, une fois, tout un été de voyages ; et puis l'année d'avant, un été de la musique. Je me souviens toujours avec tendresse de l'été de la passion ; il y en a un autre que je n'oublie pas : celui de la séparation et de la conscience. Ils se distinguent facilement les uns des autres, les mois d'été des différentes années : il suffit de se rappeler leur saveur dominante et la mélodie principale que l'on fredonnait.
Mais il y a aussi l'automne, et l'hiver, et le printemps.
Il y eut l'hiver des morts. Et l'hiver de la paresse et du vide. Qui fut suivi de l'hiver des pressentiments. (Le premier fut humide, je ne remarquai pas le deuxième, le troisième fut tiède, sans chapka.»

Des saisons qui défilent comme des pages qui se tournent. Avec douceur. Il y a des bouteilles qui se vident au grès du vent des quatre saisons. Avec nostalgie. La vodka à flot pour entretenir de petites nouvelles sur les bords de la Volga. Et je crois, confidence pour confidence, que j'aime la vodka comme je suis amoureux de Olga.    

« Le hasard voulut que ces mois d'été-là, l'alcool coulât à flots.
Sa consommation était d'une facilité remarquable : il arrivait à point, on le buvait joyeusement et il quittait le corps insensiblement, pendant un sommeil profond, sans pratiquement laisser de courbatures ni de vertiges. »


Entre deux prodigieuses cuites, saine habitude sous le grand froid, je t'imagine ma Cindirella, un shot de vodka, glisser ma langue entre tes deux cuisses, découvrant ta fine toison, jolie brebis au pubis parfumé à la senteur des steppes sibériennes. Je veux bien finir au goulag, si je garde en moi ce goût du plaisir ultime et comme une vodka glacée qui coule au fond de ma gorge, me réchauffe le cœur, je sens encore la chaleur s'écouler dans le délit pénétré. Sans chapka. Mais la vodka ne fait pas oublier, ces étés douloureux ou chaleureux, ces automnes pleins d'avenir et d'abandon, le silence volubile d'une vodka.   

dimanche 4 novembre 2018

Strasbourg-St. Denis

Déambulation nocturne à travers les rues, des clubs de jazz, des putes sur le bitume, un autre temps. Une ère où la musique ne manquait pas d'air et où les plaisirs ne se limitaient pas à des sierra-léonaises ou à une filière filles de l'est campées à la périphérie de la ville. Mais surtout où les clubs de jazz distillaient un groove aussi puissant qu'un verre de rhum du Venezuela. A Time for Love. Une musique à écouter à deux, la nostalgie du jazz et de l'amour, croire en l'amour est-ce encore possible. Sur cette mélodie presque chaloupée où le corps de la femme enivrerait n'importe quel marin venu s'engouffrer dans cette taverne... Descendre de la ligne 4, arrêt Strasbourg-St. Denis.



Texan, sans stetson, boucle de ceinturon surdimensionnée et santiags éperonnés - étonnant à croire mais cela existe finalement - Il a composé quelques grands instants éphémères de la scène parisienne, en preuve ce New-Morning 2007. Close yours eyes. Une douceur proche de la mélancolie. Je l'ai connu d'abord dans le groove et le funk avec son RH Factor mais j'aime autant ces moments magiques qui caressent mon silence, les silences de mes nuits et de ma vie, ces silences si tant incompris. Heureusement la musique ne s'échappera pas de mon esprit. Descendre de la ligne 8, arrêt Strasbourg-St. Denis.

jeudi 1 novembre 2018

Loulou sur les docks




Une musique qui s'écoute à deux, 
La double prise jack branchée,
Deux cœurs qui se frôlent, des mains qui se caressent.
Sitting on the dock of the bay.
La brume et le soleil qui se lève.
Deux êtres passionnés. Mais est-ce ça l'amour ?

S'asseoir sur un banc, regarder un cygne qui regarde ta solitude intérieure, cette musique dans les écouteurs, un signe. L'amour qui cogne à ta porte, ton cœur qui cogne encore plus fort et ce mur - de briques - qui s'effrite, s'écroule, la fracture, la douleur, les urgences, another brick in the wall.    
Deux êtres qui écrivent chacun de leur côté leur histoire, tapant frénétiquement pour l'une fiévreusement pour l'autre ou vice-versa, le verso du vice, retourne-toi sur le son du piano. Mais est-ce ça vraiment l'amour ?

Quand tu te réveilles au milieu de la nuit, le silence et au-dessus, les étoiles, allume le téléphone, écris ces mots des maux à l'autre bout d'un rivage d'une mer aussi profonde que l'âme que tu souhaites y donner, blue moon. Parce qu'il y a urgence de le faire, ordre de ton cœur.

Prêt au décollage. Major Tom aux commandes.

Écriture en urgences, fulgurance des mots des sentiments des maux et des silences. Fuir cette région Est, froide et sans âme. Rien de bien n'est sorti de cette région, pas même moi, l'insignifiance. Partir, s'enfuir, pour vivre. Trouver l'amour, la complicité, la destruction. Perdre le contrôle de sa vie, Major Tom. Certaines passions se veulent destructives, des bleus, des coups, la nuit, la lune, l'écriture. Roger. Écrire pour aimer, écrire pour s'aimer, panser ses plaies, blue moon.

« Je monte le son. Je n’ai pas peur, honte de rien. Je danse toute seule devant toi. Tu me regardes. Tu es fou de moi. Surtout dans ces moments-là. Puis tu finis par « Sitting on the dock of the bay ». On est d’accord sur ce point. C’est notre chanson préférée. Tu me rejoins pour danser. L’un contre l’autre. Mes bras autour de ton cou. Parfois je pleure. Parfois c’est toi. C’est toujours beau.
On s’endort collés. Fesses contre sexe. La position t’excite. Alors on fait l’amour. Je n’ai pas toujours envie. Toi si. Je ne jouis jamais quand tu es en moi mais je ne m’inquiète pas. Toi si. Tu descends ta main ou ta bouche jusqu’à mon sexe. Là, je jouis. Maintenant, on peut dormir. »


mardi 23 octobre 2018

Falaises, bis

Se promener le soir à la fraîcheur de la lune.
Regarder le rivage à la lueur des étoiles.
Reconnaître ce chemin sous les cieux,
Sente aux mille senteurs nocturnes.
Se souvenir de ces âmes errantes, et…
Plonger du haut de cette falaise.

Entendre le cœur battre, un peu,
Puis s’effacer discrètement, ou fracassement, face à cette putain de vie,
Vie sans envie, voix sans sourire
Harmoniques du désespoir,
J’erre seul sur cette voie dans le noir,
Sombres comme mes pensées.

Se retrouver au Japon, forêts de cryptomérias,
Des moines bouddhistes récitant leurs sutras.
Voyeur, je regarde cette toison brune gémir de plaisir,
L’esprit geisha qui m’habite. Elle me prend la main.
Envieux, j’imagine ces promeneurs se tenir la main…
Avant de plonger dans le vide.   

« Je les regarde baiser dans la nuit devenue fraîche, je les regarde jusqu'au bout, aimantée, fascinée. J'ignore ce qui me retient ainsi. Je crois que je trouve ça beau. Quand elle gémit on dirait qu'elle a mal, on ne sait pas si elle souffre ou elle jouit, elle ne bouge presque pas, seul son visage se crispe, se plisse et se détend par spasmes. Il se dégage de leur étreinte quelque chose d'incroyablement lumineux, tendu et net. On croirait une danse. »