« Ici et là, un rayon de soleil filtrant par une fente transformait la poussière en une danse d’atomes d’or. »
Alors que je relativise encore sur la théorie d’Einstein, sur le sexe (pas celui d’Albert) et sur moi-même (la théorie de mon âme pas de mon sexe), un verre à la main, couleur atome d’or (pour celles et ceux qui s’interrogent secrètement sur la couleur des atomes, ces derniers ont la couleur dorée d’un Vouvray), je la vois cette brune, intense et mystérieuse, un sourire à faire craquer ma braguette, des yeux à faire pétiller le bleuté de la lune. Une Eurydice, si je veux m’aventurer dans la mythologique. Appelle-moi donc Orphée et je serais tout pour toi, j’irai jusqu’à Caen ou même aux Enfers. Je m’allongerai dans la poussière, mettant les draps de ma vie au pied de mon lit, je t’accueillerai sur moi où tu seras libre de me chevaucher, les cheveux en bataille la sueur en perles, comme si tu traversais la pampa jusqu’au soleil couchant, jusqu’à ce qu’un oiseau se pose sur ton épaule pour la nuit ou qu’une nuée de papillons s’envolent par la fenêtre pour achever leurs jours.
Orphée et Eurydice, c’est une histoire d’amour, une histoire de passion, une histoire de sexe que tu prends dans ta bouche que je caresse de ma langue, une histoire de rencontre qu’un regard à bouleversé à tout jamais. Mais voilà, les histoires d’amour finissent… en général.
Ne me parle pas de blizzard, de froid, de neige et de fjords norvégiens.
Non, parle-moi plutôt de bikinis, de soleil et de mojitos. J’aime les bikinis et les mojitos.
Hasta Siempre, commandante.
Ne me parle pas de solitude, de tristesse et d’abandon.
Non, parle-moi plutôt d’amour, de passion, de sexe. J’aime les histoires d’amour, j'aime les histoires de sexe, surtout avec un mojito.
« Des mojitos dans le sang, au soleil, pas à la maison pour retrouver le vide, l'absence. Prolonger au maximum, au lieu du taxi, les jambes, malgré la chaleur, pour traverser ces rues pleines d'odeurs obscènes, de sueur, de bananes pourrissantes, les relents tout proches de l'océan, les poissons et l'essence par temps de crise mêlés à l'odeur des lointaines plantations. Le vent saturé de salpêtre qui fouettait les façades humides, l'odeur de poussière mouillée. »
Elle n’avait simplement pas envie de passer le réveillon du 31 décembre, seule dans sa maison. Seule, son fils ne faisant guère d’effort pour venir la voir de temps en temps, ou pour prendre de ses nouvelles. Seule et triste, cette bibliothécaire norvégienne, d’un « certain » âge, prend sur un coup de tête un billet d’avion pour Cuba. Hôtel 5 étoiles, je l’accompagne, j’aime la chaleur cubaine, surtout celle de ces danseuses mi-dénudés que je croise à l’ombre d’une plage pendant qu’elle reste au bord de la piscine, un verre de mojito et un orchestre de bellâtres noirs jouant quelques salsas cubaines.
Il lui offre un verre de vin blanc, ce bel homme à la trompette, ce noir qui dénote sur sa peau blanche. Une histoire qui va finir dans le lit de sa chambre, 4ème étage vue sur l’océan. Elle a au moins deux fois son âge, ça la gêne un peu au début, mais la passion est la plus forte. C’est la fin des vacances, le retour en Norvège et cette impression de vide comme cette bouteille de rhum, ce sentiment de solitude qui te colle à la peau comme une poussière de vie.
« La vie, déclara Ramon dans une chemise à motif d’anciens fanions, a la couleur du rhum. »
Plusieurs voyages successifs au cours des mois, des années. Toujours le soleil cubain, toujours le même noir à la fin de la chanson au bord de la piscine, le même verre de vin blanc. Comme une répétition pour trouver la finalité. Celui de le faire sortir de la prison ensoleillée de son île… mais au milieu du vent et de la neige peut-il avoir un avenir dans son monde à elle ?
Voilà donc un très beau roman, qui parle de solitude et d’un certain choc entre deux mondes qui se rencontrent, se trouvent – ou pas. Une belle histoire teintée, d’amour et de tristesse – cela va ensemble -, de rhum et de salsas – cela va de paire -, de soleil et de neige. Une belle histoire de sexe, j’aime sentir son parfum « mojito », à laquelle plusieurs semaines après, j’en garde en mémoire ses effluves, avec ce qu’il faut de poussière et de sueur. Merci.
« Loin de l’océan et de tous les arbres, les chevaux aux flancs secs et courbant l’encolure vers la terre, l’odeur de poussière, de rhum, des cigares qui rougeoyaient au rythme de la respiration, comme si cette petite lumière qu’ils provoquaient étaient synchronisés avec un pouls, emplissait l’espace, puis se retirait vers les murs. Vertige, nausée, je voulais dormir, il me suivit jusqu’à un lit de planches au premier étage où je me réveillai au chant du coq à l’aube, à côté de lui, sous une couverture. »
Parce qu’à l’annonce d’une triste nouvelle, on repense à son passé, à son histoire, à ses souvenirs. Et de fait, j’ai eu l’envie, le besoin même, de replonger dans ma cuisine, sans dépendances. Ouvrir une bouteille de vin, un Chinon aux fruits rouges type prune, je crois qu’il aurait bien aimé un verre de Chinon, je ne sais pas pourquoi, c’est l’image qu’il me renvoie, ça ne se discute pas, ça se ressent, simplement, intérieurement, silencieusement, c’est comme le désir, la passion, l’Amour. Et le type, un passionné, je le crois, de théâtre déjà, de cinéma et d’amitié. Pas un bougon, ce n’est qu’un personnage, mais un être tendre qui boirait un verre de vin avec moi. Agnès, tu peux te joindre à nous.
Bref, du coup, j’ai sorti mon DVD de « Cuisine et Dépendances », et j’ai souri, beaucoup, énormément, pendant quatre-vingt dix minutes. Et puis, je me suis rendu compte que j’avais un beau coffret avec le texte intégral de la pièce. Je crois que je ne l’avais jamais lu auparavant. L’occasion, je me jette dessus, comme quand on est sur un quai de gare, face à un train, et qu’on décide de monter dedans, juste pour voir un sourire. Parce que des sourires il y en a beaucoup qui fusent à l’ombre de la lune d’un soir. Et je prolonge donc ce plaisir de lire la pièce. Les dialogues font toujours mouche, j’ai les images qui restent gravées en moi, comme certains sourires.
Comme un ivrogne dans une chorale de minuit, je ferme les yeux envahis par la tristesse et la poussière de cette chambre. L'ombre de la lune s'éteint le temps d'une chanson, d'un disque qui a tourné en boucle l'ombre d'une nuit sur ma platine. Les images qui défilent sont en noir et blanc, un verre, une fille, une ampoule nue au plafond, les volets restent fermés, la poussière emprisonnée, la fille est nue aussi, le verre lui est vide.
Des images tournent dans ma tête, comme ce disque autour de son axe. Une guitare fredonne quelques accords mineurs qu'un majeur s'éveille. L'ambiance est sombre, presque froide, la poussière colle à la peau comme le parfum emprisonné dans ta goutte de sueur. L'atmosphère d'un second album, noire comme une vieille photographie d'un autre temps, usée par le temps et le vent. Un air qui fit les beaux jours de la country, trois minutes et vingt-huit secondes pour qu'un oiseau s'envole de sa cage de Nashville, pour qu'il s'enfuit de cette chambre au spleen gluant et qu'il se pose sur un fil.
Et si on prenait la route pour le Maine. Une maison de campagne au cœur de la forêt, quelques jours de vacances en famille. Le soleil couchant, l'asphalte s'assombrit, les lumières s'éteignent... Nocturnes sensations... J'entame un bouquin, nocturne insomnie. Tony conduit tranquillement, sur des routes de silence et de poussière, et puis l'accrochage. Des gars sortent d'une vieille guimbarde, le look Amérique profonde ou dégénéré façon Délivrance. Et puis là, l'impensable, l'inimaginable, nocturne horreur. Le début du cauchemar.
Il savait qu'à
l'ivresse de la chevauchée nocturne succéderait une gueule de bois
matinale et qu'il aurait toutes les peines du monde à ne pas tomber de
sommeil dans l'après-midi et à retrouver un horaire normal, mais il
était un cow-boy en vacances et c'était le moment ou jamais d'être
irresponsable. - Alors, c'est parti, dit-il. Ainsi s'en furent-ils
par l'autoroute, sous le long crépuscule de juin, croisant au large des
cités industrielles, cisaillant lentement les courbes et avalant
patiemment les longues montées et les descentes parmi les terres
agraires, pendant que le soleil, derrière eux, incendiait de ses
derniers feux les fenêtres des fermes à flanc de colline. Tous trois
s'extasiaient de l'aventure et s’émerveillaient de la beauté de la terre
au couchant, avec cette lumière rase jetée sur le jaune des champs, le
vert des bois et le noir du goudron devant eux, qui virait étrangement à
l'argent dans le rétroviseur.