Peu
de monde sur le quai lorsque le train entre en gare de Buenos Aires. La sirène
m’appelle, signe de départ, je monte dans un compartiment vide, vieille odeur
de cuir et de cigarillos froids. Dans l’espace conjoint au mien, un vieux
couple se regarde en silence, dégustant des tasses de maté qu’un thermos encore
fumant tient au chaud. Moi, je descends en silence une Quilmes, les yeux qui
oscillent de mon bouquin à la fenêtre ouvertes sur la campagne argentine, une
lecture à peine perturbée par le ronflement du train.
Pinas
et Gerardo sont deux amis d’enfance. Pas dans le genre franche camaraderie,
plutôt dans le style de deux personnes qui s’écoutent en silence et discutent
de la vie, entre débats et passions. Mais les aléas de la vie font qu’à un
moment donné, les chemins s’éloignent, chacun prend un aiguillage différent. Le
chef de gare les réunit à nouveau après une dizaine d’années dans la maison
bourgeoise de Gerardo, l’occasion de reprendre ces discussions nocturnes, ces
ballades dans les champs à échanger quelques mots ou quelques silences.