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jeudi 23 juin 2022

Route 138


Nouveau char, nouveau road-trip. Le char, un vieux pick-up, de la rouille, de la poussière et surtout de la musique. Direction la route 138, pour une crisse de vie, des larmes et quelques bières. Tu montes à bord ? 

Je roule. Je laisse derrière moi Montréal et la fresque de Leonard Cohen, remonte vers le Nord vers l'Est, toujours plus haut, fuir les bruits de la ville des gens, les dépanneurs au coin de la rue, ouvert de jour, de nuit. Retrouver le son des tambours, son martellement en transe comme un cœur qui bat encore. Toujours plus de neige, toujours plus de silence, toujours plus au loin. Nuit.

« La nuit, C'est l'heure à laquelle on se déshabille.
Le haut et le bas du corps se laissent dénuder. La rougeur des joues. La tiédeur des larmes. Les rêves que l'on donne en gardant les lèvres fermées. Ne pas avoir peur. Le sable sur lequel on se couche. La saleté. Les autres qui sont passés. L'ivresse. Les yeux rougis. Les oublis. On ne voit dans la nuit que ce que les mains peuvent toucher. »

lundi 27 septembre 2021

Les Larmes de Schubert

Annabelle, treize ans et déjà pianiste prodige. Sa voie est presque toute tracée, depuis des années, un long chemin devenu sacerdoce. Jusqu'au jour où la musique ne vient plus à elle. Elle ne ressent plus rien, n'y arrive tout simplement plus. La musique l'a quitté. Parallèlement, ses parents divorcent, un père souvent absent, imprésario d'une très grande pianiste, une mère très aimante, mais probablement trop. Le début de l'enfer pour Annabelle, ou la fin du monde, le sien, celui de sa famille, la musique oubliée.
 
Au début, presque sur ses gardes, Annabelle n'est pas très émue. La musique n'est pas une si grande perte, se répète-t-elle. Laissons-la aux gens doués qui ont du plaisir à exercer leur don. Mais, au mouvement lent que Lydia exécute avec un admirable legato, tout lui revient : le bonheur d'être assise au piano, d'arracher les notes du fond d'elle-même, de jouer avec tout ce qui l'habite et qu'elle ignore, l'in-nommable enfin nommé, la violence, l'isolement, la tendresse, la passion, toutes ces émotions si encombrantes qu'elle pouvait faire exploser sous ses doigts, avec son propre corps et un piano. 
 
Sur fond de "guerre" parentale, Annabelle se retrouve entre deux eaux. Elle se noie dans la baie du Saint-Laurent, plonge en apnée dans cette maudite vie. Ses notes perturbent, son silence aussi. Elle a envie de crier, mais contre qui, à part contre elle. Elle ne veut pas prendre partie, ne veut pas faire de mal ni à l'un, ni à l'autre, la sensibilité à fleur de peau, dans ces eaux troubles et glaciales où le blizzard du grand nord pique les yeux. Ferme les yeux, Anna. Belle au fond de toi, écoute tes larmes glisser le temps d'une mélodie de Schubert.
 

samedi 6 février 2021

Clavecin en Saxe

 « Bach s'attabla devant une chope de bière et une omelette au lard. »


Une Paulaner à écouter en buvant une sonate, une fugue de Jean-Sébastien à la mousse particulière. Je ferme les yeux et je l’écoute. Une onde sensuelle qui flotte comme un parfum enivrant, mélange de houblon et de jasmin. J’ai envie d’une bonne choucroute quand je perçois Bach poindre ses mélodies. Je fais genre je m’y connais, mais pourtant, je m’y connais pas du tout. C’est juste pour emballer les grosses teutonnes aux avantages gracieux à l’Oktoberfest. J’avais faim, j’avais soif, je suis rentré dans cette taverne qui sentait le graillon. Le genre de lieu bruyant où la ripaille s’entasse sur les tables et où la bière coule à flot des tonneaux. Le tavernier, d’ailleurs, parlons-en, Jean Salmona, à la fois musicologue et gastronome. Moi j’aime bien la musique, j’aime bien ripailler, j’aime beaucoup les ondes sensuelles, surtout celles d’Eva, élève particulière du grand Johann Sebastian Bach. Et j’aime aussi bien boire. Du coup, il m’est offert, c’est la tournée du patron, des choppes de bière, des bouteilles de Riesling et même de Bourgogne, un beau côtes-de-nuit et une longue chevauchée de Jean-Sébastien à la poursuite de sa walkyrie.