Je
me prélasse dans la baie des Chaleurs, la panse pleine et la queue frétillante.
Je remonte la rivière me faufilant entre les roches et les pattes d’ours affamés,
les mouches volent dans la brillance des reflets du clair de lune. Entre ombres
et lumières d’une forêt ancestrale, je voltige vers mes racines ancestrales. Je
suis #Taqawan et fier de l’être. Chacun ses penchants, moi la queue
frétillante du saumon, ça m’émeut.
« Dans
l’Ouest des Etats-Unis, au milieu du dix-neuvième siècle, pendant qu’Herman
Melville écrit Moby Dick, des hommes à cheval, armés de longs fusils, abattent
les troupeaux de bisons. Pour certains, il s’agissait d’une stratégie
d’élimination des Indiens. De nombreux peuples millénaires de ces contrées
ayant basé leur existence sur la symbiose avec le bison, il suffisait de
l’exterminer pour faire disparaître ceux qui en vivaient. Un siècle plus tard,
l’histoire de ces milliers de carcasses pourrissant au milieu des plaines du
Wyoming ou du Dakota souligne la cruauté des colonisateurs. On parle désormais
d’un génocide par tuerie interposée.
Dans
l’Ouest, l’homme blanc a réussi à éliminer les Indiens en éliminant les bisons.
Dans l’Est, il y avait des saumons. On les a pêchés à coups de barrages, de
nasses et de filets jusqu’à l’épuisement des stocks. Les Indiens aussi sont
épuisés. »
Pow-wow
d’un autre temps, les festivités indiennes ne sont plus de joie. Elles
deviennent émeutes, répressions, assassinats. La Police distille ses lacrymos,
ferme les ponts qui mènent à la réserve, viole des jeunes indiennes… La
violence en somme, une autre génération de lutteurs, mais toujours cette
incompréhension entre les peuples. Je suis #Mi’gmaq et fier de l’être,
une eau-de-feu pour laver la poussière en bouche. Chacun ses penchants, moi le whisky
poussiéreux, ça m’émeut.
