samedi 2 juin 2018

Qui qu'a pété ? C'est Bibi !


Voyons... L'art de péter n'est pas un titre bien sérieux. Mais ici, point de place à la grivoiserie et aux mots déplacés. Je suis un type toujours sérieux, trop sérieux, le genre à ne pas avoir de sourire sur la face. Alors ici, ce soir, il s'agit avant tout d'un Essai théori-physique et méthodique à l'usage des personnes constipées, des personnes graves et austères, des dames mélancoliques et de tous ceux qui restent esclaves du préjugé. Je t'avais prévenu, je suis austère - pas comme Paul malheureusement -, et si tu penses t'amuser, pète d'abord un bon coup, ça fera sourire au moins ta voisine.  

« C'est bien mal connaître le pet que de le croire si criminel et coupable de tant de grossièretés. Le vrai pet, ou le pet clair, n'a point d'odeur, ou du moins si peu, qu'elle n'a pas assez de force pour traverser l'espace qui se trouve entre son embouchure et le nez des assistants. Le mot latin crepitus, qui exprime le pet, ne signifie qu'un bruit sans odeur, mais on le confond ordinairement avec deux autres ventosités malfaisantes, dont l'une attriste l'odorat et se nomme vulgairement vesse, ou, si l'on veut, pet muet, ou pet féminin, et l'autre qui présente le plus hideux spectacle, que l'on nomme pet épais, ou pet de maçon. Voilà le faux principe sur lequel se fondent les ennemis du pet ; mais il est aisé de les confondre, en leur montrant que le vrai pet est réellement distingué des deux monstres dont on vient de donner une notion générale. »

Il est honteux d'avoir honte de ta nature. Tu pètes, et alors ? Mais il est bon aussi de savoir faire la différence entre les pets, le pourquoi du bruit et le pourquoi de l'odeur, et quelques références historiques qu'il sera de bon aloi de ramener lors d'un diner au sein de la bonne société, ou avec le sacro-saint rôti familial du dimanche. Car d'après l'Histoire, il n'est point de bon repas sans un pet gras. 


Entre le pet de maçon et le pet féminin, la nature nous flatte d'une multitude d'intonation pour exprimer notre soi intérieur, de la discrétion à l'exubérance, chacun son caractère. Le pet de province naturel, à ne pas confondre avec le parisien raffiné et coincé. Le pet de pucelles, fort délicieux et recherché par la gente masculine enclin au plaisir sodomite. Des pets qui se déclinent également avec l'âge, le pet de demoiselles parfumé à la fleur d'orange, le pet de jeunes filles avec ce goût de revas-y, le pet de femmes mariées si apprécié des amants mais qui laisse indifférent les maris, le pet de bourgeoises, d'un bon fumet, le pet de paysannes aux odeurs de serpolet et de marjolaine, le pet de vieilles où il est déconseillé d'y mettre le nez... Et plein d'autres parce que le pet, après tout, n'est pas qu'une histoire de femmes.

« Le pet est diphtongue lorsque l'orifice est bien large, que la matière est copieuse, les parties inégales, mêlées à la fois d'humeurs chaudes et ténues, froides et épaisses ; ou lorsque la matière ayant un foyer varié, elle est obligée de refluer dans différentes parties des intestins. 
Alors elle ne peut être résoute d'une seule fonte, ni se contenir dans les mêmes cellules intestinales, ni être chassée d'un seul effort. Elle est donc obligée de s'échapper avec éloquence à intervalles variés et inégaux, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus, c'est à dire, jusqu'au dernier souffle. Et voilà pourquoi le son se fait entendre à mesures inégales, et pourquoi, on entend une canonnade plus ou moins nombreuse, où l'on croit que s'articulent des syllabes diphtonguées telles que celles-ci, pa pa pax, pa pa pa pax, pa pa pa pa pax, etc. Alors que l'anus ne se referme pas exactement : la matière est victorieuse de la nature. »

Le pet chanteur, je connais un gars, parfois le pet gras, un fumet proche des herbes de montagnes, comme après un verre de Suze. Il chante et loue ses vertus. Grand promoteur de ce plaisir, l'anus souple et enjoué, il cadence ses journées à cette musique diatonique, du Tonic dans sa Suze. Et lorsque le son sort de ton cul, de mon cul, il sourit à distance de cette communion harmonique entre les êtres. Parce que l'art de péter, c'est aussi l'art de l'amitié.  

Une dernière question s'impose, aux regards de longues études universitaires qui s'imposèrent à ces gars-là. Est-il possible de distiller un pet et d'en tirer sa quintessence ? Maitre d'armes, de chimie et de biochimie, toujours prêt à tremper le sabre dans l'Erlenmeyer, connu de tous les versants de la montagne il dégaine son alambic comme un ange dispersant ses flatulences de ses ailes diaphanes. De sa science infuse, ce célèbre apothicaire reproduit autant le pet de la montagnarde infusée que celui de la fille descendant de la montagne sur un chariot de paille sur un chariot de foin.

« Si le pet diphtongue est plus terrible que le tonnerre et s'il est constant que la foudre qui le suit a écrasé une infinité de personnes, a rendu sourds les uns et hébété, il est donc hors de doute qu'un pet diphtongue, s'il ne foudroie pas, est capable non seulement de causer tous les accidents du tonnerre, mais encore de tuer sur le champ les gens faibles, d'un génie pusillanime et susceptibles de préjugés. Nous portons ce jugement en raison des ingrédients dont il est formé, et de l'extrême compression de l'air, qui, devenu libre, ébranle tellement en sortant les colonnes de l'air extérieur, qu'il peut détruire, déchirer et arracher en un clin d'oeil les fibres les plus délicates du cerveau, donner suite à un mouvement de rotation rapide à la tête, la faire tourner sur les épaules comme une girouette, briser à la septième vertèbre l'étui de la moelle allongée et par cette destruction, donner la mort. »

« L'art de péter », Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut.

Qui qu'a pété ?
C'est Bibi !
Le BibiBirthday... 

11 commentaires:

  1. Je vois que tu en connais un rayon en la... matière ! ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Des années d'études avec un péteur comme binôme, et comme j'ai l'esprit scientifique, j'ai étudié la matière assidument...

      Supprimer
  2. "A chacun son pet sent bon", c'est Erasme qui le disait, alors...

    Un billet odorant, philosophique et musical ! ;-D
    Nous sommes des corps contenant gaz et flatulences, on ne peut lutter contre cela... ("qui ne pète ni ne rote est voué à l'explosion", comme dit le proverbe).

    Sinon, as-tu déjà goûté au Pécharmant ?? (moi , non, pas encore) :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pour moi, le Pécharmant reste le meilleur vin de la région de Bergerac... Et comme je passe toutes mes vacances en Dordogne, le Pécharmant fait partie des vins que j'ai le plus gouté et apprécié !

      Supprimer
  3. PS : ah si, j'en ai déjà bu ! (mais il y a des années...)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Là, je sens que tu as demandé à Monsieur pour savoir ! :-)
      Et pour rajouter une note culturelle à mon billet, je propose cette citation d'entrée de menu : "Pisser sans péter, c'est aller à Dieppe sans voir la mer. "

      Supprimer
    2. Ben voui... ne retiens que les dates et le nom des auteurs ! ;-)

      Citation inspirante ^^



      Supprimer
  4. Et rien sur le délicieux pet de nonne ?
    Bon moi je fais partie de ceux que ce bruit pas forcément odorant ne fait pas rire... je fais partie des dames austères, coincées et mélancoliques.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je trouve qu'il y a un coté jouissif à péter par exemple dans un ascenseur. Un pet discret mais parfumé...

      Supprimer
  5. Et de toute facon je ne pète pas je suis une fée.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu savais que dans l'Aveyron le pet de nonne était connu sous le nom de pet de vieille. Et du pet de vieille il en est question ici :-)

      Ma fille aussi est une fée... et elle pète... donc cela ne veut rien dire :-)

      Supprimer