jeudi 14 février 2019

Double Prise Jack

L’amour peut être aussi simple qu’une double prise jack,
Un banc,
New-York ou ailleurs.



« New-York Melody », John Carney.

mardi 12 février 2019

Un Peignoir et des Mules


Une ode à Emmaüs et à ses compagnons. Dans un petit village Emmaüs, cela jardine, cela déménage, cela menuise… Des êtres qui se sont retrouvés à l’écart de la société et qui vivent, avec bonheur semble-t-il, avec simplicité sincèrement. Au milieu de ces fidèles, l’apôtre blonde platine, Yolande Moreau, qui prêche la bonne parole et les préceptes du vieux, l’abbé Pierre. Elle n’est pas la chef, même si elle semble en officier le titre, elle aide, elle partage, elle écoute. Elle est humaine, le guide suprême de ce camp.

Un frère, Jean Dujardin, débarque après des années de silence. Sa venue la perturbe intérieurement, elle qui vit encore dans le souvenir de ses parents et dont les cendres voyagent toujours dans la boite à gant de la Simca 1100 familiale. Il a comme modèle Bill Gates et Bernard Tapis, il a l’obsession de l’argent sans travailler, du business qui pourra le rendre riche, immensément riche, et par la même occasion heureux. Le bonheur ne s’achète pas, mais s’acquiert juste avec de la richesse. D’ailleurs si à 50 ans tu n’as pas un peignoir et des mules, c’est que tu as raté ta vie.

samedi 9 février 2019

Libellules et Battes de Baseball

Gris et rose… Pourquoi en gris et en rose me diras-tu ? J’écarte rapidement toute spéculation si tu penses à un vol de flamands roses sous un ciel gris. Avec une âme d’enfant, Takeshi Kitano complètera que ce sont les seuls pots de peinture que son vieux avait en stock. Il revient ainsi sur sa mémoire, tisse quelques mémoires à travers son regard d’enfant sur ce que fut ses jeunes années. Il fait revivre alors, le temps de courts chapitres, la maison familiale d’après-guerre. Dehors, quelques étrangers font leurs apparitions, des blancs et des noirs, des soldats d’occupation. Give me gum. L’amuseur public de la télévision japonaise ne semble pourtant pas avoir vécu une enfance très rose mais plutôt grise, un gris d’un foncé très sombre. Une enfance parfois, souvent, violente ; est-ce de là que viendra son goût d’afficher des éclaboussures écarlates sur la chemise des yakuzas, trous dans la tête, morceaux de cervelles sur le pare-brise

« Quand on est arrivé à la maison, le paternel était en train de frapper notre mère. Une banale habitude dans leurs disputes conjugales.
Pitoyable. Vraiment affligeant, ce genre de scène.

Comme c'était dimanche et qu'il pleuvait, mon père n'avait pas pu aller travailler, et ma mère l'avait sans doute engueulé parce qu'il ne fichait rien. Pour toute réponse, il l'avait bourrée de coups de pied tout en buvant près de deux litres de saké. Et mon frère qui chialait, déçu de ne pas avoir pu acheter le gant. Je me suis senti obligé de pleurer, moi aussi. Quelle misère, je te dis pas ! »


Avant d’être cinéaste, Takeshi traînait dans les quartiers chauds d’Asakusa, en qualité d’amuseur public. Là, je l’ai lu dans « Asakusa Kid », premier roman où l’auteur affichait ses débuts dans le monde du spectacle. Avec « La vie en gris et rose », l’auteur s’allonge sur un canapé pour se psychanalyser et parler de sa tendre enfance. Pas si tendre. Un père alcoolique, une mère rouée de coup, un frère doué pour les études, une pauvreté qui le met à l’écart des autres. De rose, il n’en est jamais question, à part lorsque son paternel, peintre en bâtiment en plus d’ivrogne notoire et d’ex-laqueur, repeint la façade d’une maison avant de ravaler celle de sa femme. Entre les chapitres de sa vie, l’auteur-dessinateur m’illustre d’un crayon naïf et enfantin ses propos. Une case, histoire de montrer qu’il faut voir en Takeshi un artiste aux multiples facettes, comique et producteur, comédien et réalisateur, peintre et dessinateur, une trajectoire qu’une telle enfance ne laissait pas prévoir…

jeudi 7 février 2019

Sonate ine ine ine

Sonatine sonne comme une comptine, une jolie berceuse pour les amoureux des belles étendues de plage de sable fin, pour les reflets de la lune bleue sur un vieux cœur qui a envie de passer la main. Sonatine, mélodie mortelle.

Cela fait donc quelques années que je n’avais pas revu un film de Takeshi Kitano, réalisateur fétiche de mes grandes heures de cinématographie japonaise. Son cinéma me manque un peu, c’est donc avec une certaine nostalgie que je reprends contact avec son sens du visuel, des plans fixes, et une certaine dose de violence – encore que pour le coup, ce n’est pas ce qui marque de prime abord cette sonate au bord de mer.

De quoi se compose un film de Kitano de la grande époque : des yakuzas bien entendu, et quelques bouteilles de bières claires. L’essentiel donc, l’essence même. Sauf que contrairement aux films classiques de yakuzas, Takeshi y rajoute sa dose d’humour, potache parfois, et son sens de l’art visuel en y mêlant des bribes d’art nippon, sumo et théâtre Kabuki sont mis à l’honneur dans ce présent film. Donc plonger dans un film de Kitano, c’est comme gravir de nuit la Mont Fuji, on découvre une facette de ce pays insulaire entre beautés visuelles (et je ne parle pas de la timidité de cette femme à montrer ses seins) et organismes mafieux aux flingues automatiques bien huilés.

vendredi 1 février 2019

Fonne et Phoque


J’imagine une étendue blanche, de la neige en abondance, de la glace qui coule du nez. Même ma bière est gelée. Je me rabats sur un verre de rhum ou mieux, une bouteille de vodka glacée. A ces températures extrêmes, il faut savoir survivre en milieu extrême pour rentrer dans « l’hiver de force ». Mais comment tourner les pages à ces températures-là, lorsque mon majeur devient tout bleu. Voilà une question que je me pose, de force ? Mais ce n’est pas la seule. Qui est ce Réjean Ducharme que je découvre ici. Un récit alambiqué, sorti de son alambic, même en suçant la tire, j’ai pas tout compris. Je ne suis donc pas encore prêt à recevoir mon passeport québécois. En plus j’ai pas l’accent, et j’arrive même pas à comprendre Céline Dion quand elle braille.

« Elle joue avec le deuxième bouton de sa blouse ; elle ne le lâche pas. Le bouton du haut, elle le laisse tranquille, détaché. Quand la nervosité augmente le bouton suivant saute et l’échancrure s’échancre assez pour qu’on voit, loin du monde et du bruit comme on dit, ses seins dormir ou couver ; mais la gêne de déranger nous prend et on rattrape vite nos regards ; peut-être qu’un jour nous serons amis avec eux aussi. »

J’ai pas tout compris, certes. La lecture fut parfois complexe, ardue même, face à tant d’élucubrations huluberluesques. Pourtant, j’ai aimé. J’ai été sous le charme de Ducharme. Cela doit faire partir d’une sorte de rite initiatique qu’ont les québécois, pour nous autres français, avant d’oser nous accepter. Il faut passer par Réjean Ducharme si tu veux faire partie de cette confrérie des buveurs de broue - et d’Unibroue. Comme celui d’écouter Robert Charlebois.