vendredi 19 avril 2019

L’art de la Fugue

« L’élixir sacré de cette cérémonie était le pastis. Il coulait à flots dans tous les verres mais son parfum anisé écœurait Nicole et elle était la seule à consommer du cap-corse, un mélange amer de vin, de plantes aromatiques, d’écorce d’orange et de quinquina. Elle sirotait sa liqueur avec une paille parfois assise sur le bar, en observant et appréciant l’étrange comédie humaine. A l’heure de la fermeture, des ombres titubaient dans les ruelles pour regagner le domicile conjugal, où les épouses, comme tous les soirs, s’étaient assoupies dans une attente toujours déçue. La nuit corse était exquise, fraîche et parfumée. Seules la lune ou les étoiles éclairaient les épaisses maisons de pierre, il n’y avait pas de réverbères, pas d’électricité […] Dans leur délicieux nuage d’ivresse, tout semblait mystérieux et beau. »

Sa musique me berce depuis de longues années. Comme le père. Un poète enchanteur, des mots qui m’émeuvent, ses textes sont des proses magnifiques à lire, juste avec quelques notes de piano ou quelques longs silences qui égrènent ma vie. « Fugues », son art, ses doutes, sa liberté. Un instantané autobiographique sur la jeunesse, une ode à la liberté. Arthur décide de s’ouvrir, son cœur, son âme, sa fugue sera l’objet de cette musique. Assis devant un piano, tentant de déchiffrer l’art de la fugue de Johann Sebastian Bach, il va se plonger dans ses souvenirs.  

Au cours de cette écriture, s’écrit une étrange coïncidence, une autre fugue, en plus de la sienne et celle de Bach. Quelques années plus tôt, sa mère Nicole trop enfermé dans le carcan parental et sociétal, quitte sa ville d’Argenteuil avec quelques amis. Direction la Polynésie et Tahiti. Le voyage débutera par la Corse, elle n’ira pas plus loin. Mais ce besoin d’être libre était plus fort que tout.

lundi 15 avril 2019

Chimay ou Saké


Aujourd’hui, je m’envole pour le Japon. Rendez-vous amoureux avec cette brune épicée biberonnée à la bière dès les prémices de l'enfance, de la gueuze à la Chimay au pays du saké. Sans stupeur, ni tremblement. J’ai toujours aimé boire des bières brunes avec une belle brune, surtout en tenue d’Adam et d’Eve. C’est comme ça qu’elle est la meilleure, la brune. D’ailleurs cela fait bien longtemps que je l’ai perdu de vue. Des mois que mon chemin solitaire s’est vu écarter de sa route, littéraire. Bref, je m’écarte de la voie de la bière, ou celle de l’amour, ou celle des cerisiers japonais. En 1989, Amélie atterrit au Japon, comme un retour  au pays de son enfance. Elle donne des cours de français – ou de belge, va savoir les mystères du langage et son décodage – et tombe amoureux de son élève, Rinri. Et comme Rinri rime avec Amélie, je laisse de côté la Kirin, bonne pour accompagner quelques sushis et autres yakitoris, pour me rincer l’œil d'une belle gueuze, une geisha au kimono entrouvert, sers-moi donc une Chimay que je mate ton sexe épilé.

« Nous bûmes de la bière Kirin. J’avais apporté de la Chimay qui se fût bizarrement accommodée avec la sauce d’Hiroshima. Les cervoises asiatiques sont d’idéales bières de table. »

 

dimanche 24 mars 2019

Folklore Polonais en Noir et Blanc


Un radio-crochet, comme on disait au bon vieux temps de Guy Lux, dans les campagnes polonaises. Une voix authentique, un regard mystérieux, une blondeur intrigante - voire soviétique. Zula. La vie paysanne chantée, voilà ce qu'ils veulent dans ces années cinquante. Wiktor, pianiste talentueux mais qui se laisse guider par les évènements, la remarque d'emblée. Un coup de foudre, comme deux êtres qui se croisent sur un quai de gare. Une audition pour un spectacle de danse, de chant et de musique, folklore reculé des campagnes. Puis la politique qui s'en mêle. Le folklore des paysannes devient le chant du peuple, à la gloire de Staline. Et la tournée des grandes capitales de l'Est, peut-être même Moscou, mais en attendant c'est Berlin.

Wiktor, l'amoureux fou, a un plan pour passer de l'autre côté. Elle n'a qu'à le suivre après le spectacle. Lui l'attendra à deux pas des barbelés et du garde frontière. Elle ne viendra pas, elle n'y croyait pas. A cette vie, à cet amour. Wiktor, pianiste de jazz dans un cabaret parisien, quelques années plus tard. Et quelques années ensuite, et ensuite. Des chassés-croisés comme autant de reconduite aux frontières. Deux mondes différents que la politique sépare.

jeudi 21 mars 2019

Un Amour Suprême


Le phrasé fragile, Daniel Darc ne cherche plus le garçon depuis des années. Sorti du taxi, il erre dans les rues, une bouteille de Bailey’s dans la poche de son imper. La pluie coule, le rimmel de la fille du taxi aussi, la seule fille sur Terre (5) qui vaille le coup de pleurer. Bourré cocaïné, et autres drogues comme les remords (1), il chante l’amour avec Bashung, magnifique duo en aparté, Love L.UV. (3) Mais ça ne sert à rien (6) d’être triste, dans un an et un jour (4), j’irai au paradis (2). Une promesse qu’il se fait car la vie est mortelle (8). Serai-je perdu (9) ? Pas autant que D.D. parce que j’aime pas le Bailey’s, moi je suis du genre à mettre une bouteille de whisky dans mon blouson et à te coincer tous les titres de l’album dans ce premier paragraphe. Environ (10), parce que si tu comptes bien il manque la chanson 7, celle qui donne son nom à l’album, du singulier au pluriel, Amour Suprême (7).

mardi 19 mars 2019

Conte d’hiver

« Je m'appelle Carl Houseman, et je suis shérif adjoint dans le comté de Nation, en Iowa. J'en suis également l'enquêteur en chef, titre que je dois autant à mon âge, cinquante-cinq piges, qu'à mes talents d'investigateur. C'est ce qui m'a valu d'être mêlé à plusieurs affaires intéressantes, dans une communauté de seulement vingt mille âmes, et c'est pourquoi je l'apprécie à sa juste valeur. »

Dans 4 jours c’est Noël, la neige, les marshmallows au coin du feu et les histoires de Noël. La paperasse a été bouclée, pas d'affaires sur le feu, je vais pouvoir passer Noël bien au chaud.

Il était une fois… un conte d’hiver qui n’a rien d’un conte de fée, de lutin ou de je-ne-sais-pas-quoi-pour-retomber-en-enfance. Il n'est même pas question de la Mère-Noël qui attend
en string son tendre époux barbu pour une grande veillée, nuit de toutes les folies, de corps et d'esprit. Amen.

D’ailleurs, ce n’est pas une fois, mais la troisième fois que je me replonge dans les enquêtes du shériff Carl Houseman dans ce trou du cul de l’Amérique (peut-être même qu’elle en a plusieurs) dans l'Iowa.


J'attends la neige, white christmas, chantonne-t-on autour d'un verre de bourbon et d'un feu de cheminée. Il fait tout de même froid, un blizzard à grêler ton visage pendant que tu planques le cul dans la neige devant cette ferme isolée.


lundi 11 mars 2019

A l’âme des Fleurs Sacrifiées


Il suffit de 3 branches, du silence et du cœur, pour faire de l'art. Mais au Japon, cet art se transforme en spiritualité. Le but de tout art n'est pas la beauté de l'aboutissement mais bien le cheminement intérieur qui aboutit à cette beauté. L'ikebana est un de ces arts ancestraux, un art qui à l'origine était pratiqué par les samouraïs. Leurs esprits se trouvaient si profondément absorbés dans l'âme des fleurs que les décisions cruciales se faisaient dans l'harmonie et la gravité nécessaire qui leurs incombaient.

« Profondément absorbée en elle-même, elle cherche à atteindre cet état d’âme où elle sera unie au cœur de la fleur ; elle sait par une longue expérience que ce n’est pas là une simple figure de style. C’est lorsque son propre cœur sera uni avec le cœur des fleurs, et par-delà, avec le cœur universel – selon l’heureuse expression d’un Maître des fleurs -, qu’elle reposera dans ce silence absolu d’où la figure surgira d’elle-même spontanément, naturellement. »

Le ciel, l'homme, la terre. 3 éléments à relier pour en trouver l'essence de la vie. Et pour cela un maître, le maître des fleurs, pour transmettre son message, son aura.
De la patience, beaucoup de patience, prendre son temps pour trouver l'harmonie, pour comprendre la fleur. Pour vivre simplement. Savoir attendre le moment. C'est l'essence même de la vie, de l'amour.
Du silence, beaucoup de silence. Parce que c'est à travers le silence que parle le cœur. Et la vie, et l'harmonie, c'est juste une histoire de cœur à cœur. L'amour aussi.



lundi 4 mars 2019

A Shame




It's a Shame. Non, je n'ai pas honte. D'être celui que je suis, - bien que je n'en sois guère fier, mais là c'est un autre débat dans lequel je ne vais pas t'entraîner-, je correspondrai probablement jamais aux standards de cette société. Depuis des années. Et puis, il y a des années, j'écoutais Such a Shame. Une disparition, cette semaine, qui m'a frappé, un coup à la mémoire. Mark Hollis dont je ne connaissais même pas le nom, It's a Shame. Et puis, j'aime bien sa coupe de cheveux - ça compte, non, pour un chanteur ? Et ses lunettes de soleil. Talk Talk a du participé un peu aussi à mon éveil musical, malgré un nom qui ne me correspond pas du tout, Talk Talk... Mes premières heures à regarder la radio - oui, je regardais la radio. Mes premières heures à regarder le plafond de ma chambre - oui, je regardais aussi le plafond de ma chambre. J'étais, je suis dans le contemplatif, pas dans la prise de parole.  

vendredi 1 mars 2019

Le silence. Et la nuit. Et la pluie.


Une fois n’est pas coutume, je vais te dire pourquoi j’ai choisi ce livre. Un nom, tout d’abord, Einar Mar Gudmundsson, et son premier roman, « Les Anges de l’Univers », qui m’avait déjà à l’époque profondément ému, troublé, perturbé. J’avais ressenti tant de poésie dans la plume de cet auteur, malgré l’étrangeté du sujet. Puis, ce livre réédité en ce début d’année, maintenant, « Le Testament des Gouttes de Pluie », rien que le titre me met déjà en transe. Poésie du titre et funeste rêverie, je ne pouvais que y accéder. Belle couverture, ensuite, qui me fait encore plus rêvasser d’une aventure dans les landes islandaises. Je retourne la couverture et je lis que c’est un roman pour ceux qui aiment le silence, ceux qui aiment lire le silence, ceux qui savent apprécier le silence, le comprennent, le vivent. Et la pluie, aussi. Le silence, ça me connait, c’est toute ma vie, je devrais dire, des silences pas forcément compris, mais ainsi va la vie, ainsi va les émotions qui submergent et je sens dès la première page que je vais être englouti par ces silences et cette tempête qui s’annonce par la noirceur de la pluie et des nuages qui masque jusqu’à la lueur d’une lune bleue.

« Le silence.
Il est suspendu aux perles de lumière scintillante, aux appliques murales à côté de la table, aux ampoules Osram blanches comme la neige, aux abat-jour blanc crème.
Le silence.
Il joue à l'harmonium, virevolte au-dessus du petit autel de la salle à manger et dialogue avec les rideaux tout en aspirant les images pieuses à l’intérieur de leur cadre.
Le silence.
C'est un aveugle avec sa canne. Il entame un solo de batterie dans l'évier de la cuisine, tire la chasse d'eau et transforme les gouttes de pluie qui cinglent les vitres en orateurs qui, juchés dans leurs chaires comme des bosses sur un dos haussent de plus en plus la voix.
Ils haussent le ton, encore et encore jusqu'à former un chœur d'hommes à plusieurs voix tellement écrasant que même les serpillières se bouchent les oreilles.
Oui, le silence.
C'est un rêve qui renaît suspendu en l'air. »

samedi 23 février 2019

Doux doux, doux doux doux doux


Hey babe... 

Question fraîcheur, je replonge, peu de temps après « le syndrome de la vis » dans la littérature Marie-Renée Lavoie, un bonbon à l'érable en guise de douceur exquise. J'y retrouve la même recette, de la poutine et beaucoup d'humanité. Et je dirais même que « C'EST BEN MIEUX QUE DE L'OSTIE DE POUTINE », même si je n'ai pas eu ce plaisir léger d'accompagner mon rhum 100% Québec de cette poutine aux accents sacrés.

La petite Laurie mêle études et petit job d'appoint, une vie simple d'adolescence tranquille, le genre à s'y connaître en mécanique. Si je ne m'abuse, elle croisera même Lady Oscar, petit bout central de « La petite et le vieux ». Oui, je fais genre, je m'y connais en littérature québécoise, c'est que le froid, la neige, la glace et les sacres m'attirent. Et crois-moi, par moins vingt, mieux vaut garder sa tuque si tu ne veux pas t'enrhumer.

« - La neige crounche, y doit faire moins vingt.
- C'est parfait.
- Ha ! Parfait pourquoi ?
- Parce que les tiques meurent à moins vingt.
- Les tiques ? Les petites bibittes dégueulasses ?
- Oui, qui sucent le sang des animaux.
- C'est celles qui plantent leur tête, ça ?
- Oui, comme des autruches, mais dans le corps...
- Yark !
- Pis y'a plein d'autres bibittes qui meurent à moins vingt. Très pratique. J'adore le froid.
- T'es un spécialiste des bibittes ?
- Indirectement.
- Les batteries de char meurent aussi. Ça, c'est moins cool.
- T'es une spécialiste des batteries de char ?
- Indirectement. »


vendredi 22 février 2019

Sur Les Routes du Jazz

J'ai pris le sud. Sans guitare. Juste un piano, mais pas n'importe lequel, un Steinway.

Il aurait pu rester dans son appartement solitaire au-dessus du Carnegie Hall. Dr Don Shirley a un Don. Pour la musique. Pour Chopin. Mais en tant que noir, il est plutôt mal vu de jouer du classique. Alors, ce Don, il le mettra au service du Don Shirley Trio, Dr Shirley, pianiste virtuose.

Le second, Tony Vallelonga alias Tony « la Tchatche », est un italo-américain, fin gastronome surtout en matière de hot-dogs, des manières plus rustres moins fines ou précieuses, des regards de mépris pour les noirs, une femme charmante, une famille bruyante, italienne quoi !.   

Tout les oppose ou presque. D'ailleurs, c'est sur ce fait que joue entièrement le scénario de ce film, signé Peter Farrelly. Aparté : je crois n'avoir jamais vu un film des frères Farrelly, ce genre de comédies ne me correspondant pas vraiment . Mais là, il y avait au casting Viggo Mortensen et Mahershala Ali. De quoi attirer forcément mon regard et titiller mon envie de plonger dans le sud profond, aux pays des ploucs mais surtout des blancs riches dans leurs belles propriétés, les champs de coton où les esclaves noirs chantent ne sont pas très éloignés de cet esprit.

mardi 19 février 2019

Fac-Similé

Le vent fait-il du bruit dans les arbres
quand il n'y a personne pour l'entendre ?

C'est donc par ce classique kôan zen que commence « un monde à portée de main », une respiration s'impose, sentir ce vent s'engouffrer à travers mes crins durs. Laisser couler les pensées, regarder, observer, copier, reproduire. Paula, Kate et Jonas, trois jeunes qui se destinent à la carrière d'artistes. Une vie qui ne laisse pas de marbre surtout dans les carrières. Ont-ils rêver un jour d'embrasser l'idée de devenir peintre ou sculpteur ? Alors que Paula embrasse Jonas, que Jonas caresse Paula, que Kate caresse son bois, Jonas sa toile, Paula ses écailles de tortue. L'art est sensuel, coloré, charnel même comme l'amour d'ailleurs. J'aime te regarder, t'embrasser, te caresser, dans une chambre pénombrée, store à demi-fermé, après le salon porte de gauche.

« Elle s'est allongé près de lui, mais à peine pose-t-elle sa tête sur l'oreiller que Jonas ouvre les yeux, et se tourne vers elle. Ils se regardent, interdits, souffle coupé, enregistrent chaque micromouvement de leur corps, tout ce qui s'abaisse, se hausse, se creuse, s'accélère. Le temps file mais il ne s'agit plus de le maîtriser, il s'agit de le rejoindre. Alors subitement ils ont cligné des yeux au même instant, et tout ce qui se tenait retenu a déferlé. »

Le roman se compose de trois parties, toutes centrées sur Paula, l'objet de toute mon attention, attention qu'elle ne manque pas puisqu'elle a l'intention de me faire pénétrer le monde de l'art, par le truchement de la copie, du trompe-l’œil, de la découverte sensorielle par des phrases à rallonge qui n'en finissent pas, comme si je manquais de souffle, la lecture essouffle, mais j'aime cette plume sans point, je m'y suis habitué, troisième roman de Maylis de Kerangal, j'aime son rythme, effréné sans frénésie, j'aime cette fulgurance des mots, des images, des idées qui s’enchaînent, se déchaînent parfois, comme deux corps dans une chambre d’hôtel au bord de l'autoroute. Paula Kate et Jonas se croisent rue de Parme, ce ne serait pas une couleur, il est beaucoup question de couleurs, pour faire cette formation dans le monde de l'art. Une première partie où ils apprennent leur métier, apprennent à se découvrir, se dénuder aussi, et puis comprennent leur métier : la copie, le faux semblant, le trompe-l’œil, le fac-similé... Apprendre à regarder pour reproduire. Apprendre à observer pour trouver la bonne nuance, non la même nuance, des nuances de couleurs, de gris, de vert, de bleu. Caresser le support, le bois, le marbre, l'écaille de tortue, oui il sera beaucoup question d'écailles de tortue, comme de bisons morts vers la fin, parce que le rôle d'un bison n'est-il pas d'être mort.

jeudi 14 février 2019

Double Prise Jack

L’amour peut être aussi simple qu’une double prise jack,
Un banc,
New-York ou ailleurs.



« New-York Melody », John Carney.

mardi 12 février 2019

Un Peignoir et des Mules


Une ode à Emmaüs et à ses compagnons. Dans un petit village Emmaüs, cela jardine, cela déménage, cela menuise… Des êtres qui se sont retrouvés à l’écart de la société et qui vivent, avec bonheur semble-t-il, avec simplicité sincèrement. Au milieu de ces fidèles, l’apôtre blonde platine, Yolande Moreau, qui prêche la bonne parole et les préceptes du vieux, l’abbé Pierre. Elle n’est pas la chef, même si elle semble en officier le titre, elle aide, elle partage, elle écoute. Elle est humaine, le guide suprême de ce camp.

Un frère, Jean Dujardin, débarque après des années de silence. Sa venue la perturbe intérieurement, elle qui vit encore dans le souvenir de ses parents et dont les cendres voyagent toujours dans la boite à gant de la Simca 1100 familiale. Il a comme modèle Bill Gates et Bernard Tapis, il a l’obsession de l’argent sans travailler, du business qui pourra le rendre riche, immensément riche, et par la même occasion heureux. Le bonheur ne s’achète pas, mais s’acquiert juste avec de la richesse. D’ailleurs si à 50 ans tu n’as pas un peignoir et des mules, c’est que tu as raté ta vie.

samedi 9 février 2019

Libellules et Battes de Baseball

Gris et rose… Pourquoi en gris et en rose me diras-tu ? J’écarte rapidement toute spéculation si tu penses à un vol de flamands roses sous un ciel gris. Avec une âme d’enfant, Takeshi Kitano complètera que ce sont les seuls pots de peinture que son vieux avait en stock. Il revient ainsi sur sa mémoire, tisse quelques mémoires à travers son regard d’enfant sur ce que fut ses jeunes années. Il fait revivre alors, le temps de courts chapitres, la maison familiale d’après-guerre. Dehors, quelques étrangers font leurs apparitions, des blancs et des noirs, des soldats d’occupation. Give me gum. L’amuseur public de la télévision japonaise ne semble pourtant pas avoir vécu une enfance très rose mais plutôt grise, un gris d’un foncé très sombre. Une enfance parfois, souvent, violente ; est-ce de là que viendra son goût d’afficher des éclaboussures écarlates sur la chemise des yakuzas, trous dans la tête, morceaux de cervelles sur le pare-brise

« Quand on est arrivé à la maison, le paternel était en train de frapper notre mère. Une banale habitude dans leurs disputes conjugales.
Pitoyable. Vraiment affligeant, ce genre de scène.

Comme c'était dimanche et qu'il pleuvait, mon père n'avait pas pu aller travailler, et ma mère l'avait sans doute engueulé parce qu'il ne fichait rien. Pour toute réponse, il l'avait bourrée de coups de pied tout en buvant près de deux litres de saké. Et mon frère qui chialait, déçu de ne pas avoir pu acheter le gant. Je me suis senti obligé de pleurer, moi aussi. Quelle misère, je te dis pas ! »


Avant d’être cinéaste, Takeshi traînait dans les quartiers chauds d’Asakusa, en qualité d’amuseur public. Là, je l’ai lu dans « Asakusa Kid », premier roman où l’auteur affichait ses débuts dans le monde du spectacle. Avec « La vie en gris et rose », l’auteur s’allonge sur un canapé pour se psychanalyser et parler de sa tendre enfance. Pas si tendre. Un père alcoolique, une mère rouée de coup, un frère doué pour les études, une pauvreté qui le met à l’écart des autres. De rose, il n’en est jamais question, à part lorsque son paternel, peintre en bâtiment en plus d’ivrogne notoire et d’ex-laqueur, repeint la façade d’une maison avant de ravaler celle de sa femme. Entre les chapitres de sa vie, l’auteur-dessinateur m’illustre d’un crayon naïf et enfantin ses propos. Une case, histoire de montrer qu’il faut voir en Takeshi un artiste aux multiples facettes, comique et producteur, comédien et réalisateur, peintre et dessinateur, une trajectoire qu’une telle enfance ne laissait pas prévoir…

jeudi 7 février 2019

Sonate ine ine ine

Sonatine sonne comme une comptine, une jolie berceuse pour les amoureux des belles étendues de plage de sable fin, pour les reflets de la lune bleue sur un vieux cœur qui a envie de passer la main. Sonatine, mélodie mortelle.

Cela fait donc quelques années que je n’avais pas revu un film de Takeshi Kitano, réalisateur fétiche de mes grandes heures de cinématographie japonaise. Son cinéma me manque un peu, c’est donc avec une certaine nostalgie que je reprends contact avec son sens du visuel, des plans fixes, et une certaine dose de violence – encore que pour le coup, ce n’est pas ce qui marque de prime abord cette sonate au bord de mer.

De quoi se compose un film de Kitano de la grande époque : des yakuzas bien entendu, et quelques bouteilles de bières claires. L’essentiel donc, l’essence même. Sauf que contrairement aux films classiques de yakuzas, Takeshi y rajoute sa dose d’humour, potache parfois, et son sens de l’art visuel en y mêlant des bribes d’art nippon, sumo et théâtre Kabuki sont mis à l’honneur dans ce présent film. Donc plonger dans un film de Kitano, c’est comme gravir de nuit la Mont Fuji, on découvre une facette de ce pays insulaire entre beautés visuelles (et je ne parle pas de la timidité de cette femme à montrer ses seins) et organismes mafieux aux flingues automatiques bien huilés.

vendredi 1 février 2019

Fonne et Phoque


J’imagine une étendue blanche, de la neige en abondance, de la glace qui coule du nez. Même ma bière est gelée. Je me rabats sur un verre de rhum ou mieux, une bouteille de vodka glacée. A ces températures extrêmes, il faut savoir survivre en milieu extrême pour rentrer dans « l’hiver de force ». Mais comment tourner les pages à ces températures-là, lorsque mon majeur devient tout bleu. Voilà une question que je me pose, de force ? Mais ce n’est pas la seule. Qui est ce Réjean Ducharme que je découvre ici. Un récit alambiqué, sorti de son alambic, même en suçant la tire, j’ai pas tout compris. Je ne suis donc pas encore prêt à recevoir mon passeport québécois. En plus j’ai pas l’accent, et j’arrive même pas à comprendre Céline Dion quand elle braille.

« Elle joue avec le deuxième bouton de sa blouse ; elle ne le lâche pas. Le bouton du haut, elle le laisse tranquille, détaché. Quand la nervosité augmente le bouton suivant saute et l’échancrure s’échancre assez pour qu’on voit, loin du monde et du bruit comme on dit, ses seins dormir ou couver ; mais la gêne de déranger nous prend et on rattrape vite nos regards ; peut-être qu’un jour nous serons amis avec eux aussi. »

J’ai pas tout compris, certes. La lecture fut parfois complexe, ardue même, face à tant d’élucubrations huluberluesques. Pourtant, j’ai aimé. J’ai été sous le charme de Ducharme. Cela doit faire partir d’une sorte de rite initiatique qu’ont les québécois, pour nous autres français, avant d’oser nous accepter. Il faut passer par Réjean Ducharme si tu veux faire partie de cette confrérie des buveurs de broue - et d’Unibroue. Comme celui d’écouter Robert Charlebois. 

lundi 28 janvier 2019

Un Disque Rayé

« Il se dirige vers San Lazaro, s'enfonce dans une rue pour échouer dans un bar sombre qui sent l'urine masculine : long comptoir, tables sales, rhum bon marché : rien d'autre. Personne ne sourit ni ne dit bonjour.
Chacun pour soi.
Quatre types jouent aux dominos dans un coin, comme chaque jour de l'année et comme chaque année depuis la nuit des temps. Le défilé des rectangles blancs, des points noirs, des doubles neufs, des cris et des jurons ne varient pas. Posé à côté de chacun des joueurs, le sempiternel verre de rhum ; au centre, un cendrier rempli de mégots. Voilà, se dit-il, le disque rayé de la culture nationale. »

J’ouvre la fenêtre de ma piaule, sortir les odeurs de moisissure, de peinture défraichie et de sueur aigre, rentrer le parfum iodé de la mer, le parfum jasminé de la femme, respirer cet air irrespirable de nostalgie et de désespoir. La fenêtre ouverte, c’est un peu le disque rayé de ma vie. Des vies et des rêves qui se hachent et se bloquent inlassablement, comme des vagues qui s’échouent sur le rivage avec quelques détritus de radeaux de fortune ou d’infortune. Je referme la fenêtre, trop ébloui par le soleil et l’azur. La radio du voisin braille comme un appel à la prière, ce n’est qu’un énième discours du chef, fidèle à lui-même pendant des heures. Au neuvième étage, je repense à cette vieille russe, blonde et soviétique jusque dans ses poils pubiens. Elle m’ouvre sa porte, de temps en temps, en même temps que sa robe, et je lèche son parfum, je respire frénétiquement sa sueur.

Dans la rue, les femmes font la queue avec leurs tickets de rationnements, les vieux s’attablent à des terrasses de café, cigare et verre de rhum, occupent le temps d’une vie à faire danser des dominos dans leurs mains ridées, les jeunes filles dansent au son de la brise qui fait virevolter leurs jupes légères. Le même décor depuis des années, avec des vieilles carcasses d’automobiles sillonnant la poussière des bouts de trottoir. Les mêmes hommes, tristes ou rêveurs, les mêmes femmes, blondes russes ou noires mulâtres. Le disque rayé de multiples vies. Elles sont quand même belles, ces cubaines, sers-moi un verre de rhum, poupée, même si je ne suis pas ton homme, trop triste devant ce sourire si éblouissant. Le disque rayé de ma vie.

mardi 22 janvier 2019

Hollywood, Seine-Saint-Denis

Prendre le RER, le froid t’étripe, le périphérique s’éloigne derrière toi, le paysage se grisaille. Des barres de béton, couleur gris sale, gris sombre, gris pénombre. And the sky is grey, California Dreamin’ mais « C'est pas Hollywood, ici, c'est la Seine-Saint-Denis. » et le 93 n’a rien pour faire rêver, violence dans la rue, drogue à tous les étages, tournantes dans les caves. L’univers est glauque et pesant. Des gyrophares tournoient dans la nuit, des cordons de sécurité étirent un périmètre, la police scientifique se vêt d’une combinaison blanche. Un premier cadavre, un black sans couilles. Mais il reviendra du monde des morts. Un second mort, combustion spontanée de l’âme et de la chair. Étonnante entrée en matière, Coste, un vieux flic qui a fait toutes ses gammes dans cette banlieue, est chargé de l’affaire. Première entrée en matière d’une PJ à suivre sur plusieurs épisodes, comme dans une série télévisée. Normal… Olivier Norek est aussi à l’origine de la sixième saison de la série « Engrenages ». Ce « Code 93 » a les mêmes codes.

 Au milieu de ces sombres histoires de morts et de sauvagerie barbare, je perçois quelques notes de poésie. Certes, il faut bien les chercher, mais la poésie permet de tenir le coup, sous une pluie de coups, coup dur pour les survivants, les autres, les morts jonchent sur une table métallique de la légiste ou s’enterrent dans le carré des inconnu(e)s sans nom connu. « Faire l’amour, c’est offrir son corps et son esprit. » Voilà une phrase qui me parle mais qui veut de mon esprit ? Coste voit un de ses fidèles lieutenants quittés les lieux, trop pourrissants pour vivre décemment. Une nouvelle venue, un peu de féminité dans l’équipe ne va pas nuire à l’histoire. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, le passé a ses cadavres qui vont resurgir de dossiers enterrés ou oubliés.   


vendredi 18 janvier 2019

Fragrance d'une Vodka Biala


- On peut vous faire confiance. Je l'ai tout de suite compris. Dès que j'ai vu le portrait de Soljenitsyne.
- C'est Dostoïevski. Mais j’admire également Soljenitsyne.

Ni Dostoïevski, ni Soljenitsyne, mais Dovlatov. De toute façon, après une bouteille de vodka, toutes les photos en noir et blanc d’écrivains russes se ressemblent. Après deux bouteilles de vodka, tous les écrivains russes portent des noms imprononçables, parfois avant même.

Quand un russe quitte son pays natal, on lui donnait le droit à trois valises. Trois petites valises pour rassembler tous les fragments d’une vie. Mais que mettre à l’intérieur, des souvenirs ou des nécessités ? C’est ainsi l’occasion de faire le bilan de sa vie et d’en découvrir une autre, en partant de rien ou presque, resteront toujours le parfum du souvenir et de la vodka d’antan.

Bien sûr, j'aurais pu refuser. Mais, je ne sais trop pourquoi, j'acceptai. Je passe mon temps à répondre aux propositions les plus saugrenues. Ce n'est pas pour rien que ma femme me dit :
- Tout t'intéresse, hormis tes devoirs d'époux.
Ma femme est convaincue que le premier devoir d'un époux est d'être sobre.


mardi 15 janvier 2019

J’ai Fait Un Rêve


Je savais que je n’aurais pas dû goûter de cette bière au chanvre. J’ai fait un rêve. C’est peu dire. Si au moins, quelques geishas au kimono fleuri et à la senteur de jasmin venaient perturber mon sommeil, mais là, le rêve se transforme en cauchemar, images en noir et blanc, hallucinations éthérées. J’ai fait un rêve, chaque histoire commence de cette manière-ci. Une nuit, un rêve, dix jours de suite. Puissance du chanvre ou de du pouvoir de la lune. Sombre lune qui illumine la nuit de mille peurs, de profonde tristesse, de sombre solitude.

J’ai fait un rêve, et pourtant… j’aurais préféré l’oublier, ne pas se souvenir de ces cauchemars d’antan et de maintenant. En 1908, dans le journal Asahi, le grand écrivain Natsumé Sôseki proposa ces dix nouvelles, que l’illustratrice se proposa de transcrire en manga. Le dessin, sobre et épuré, sombre et presque zen, a tout pour me plaire. Mais les nouvelles sont courtes, aussi éphémères que les pensées de bonheur qui se sabordent en plongeant du pont de ce bateau, dans une eau froide et noire, une chute dans le vide qui n’en finit plus, longue descente vers les abysses de la mort et du désespoir.

samedi 12 janvier 2019

Si Tu Vas à San Salvador


Si tu vas à San Salvador, va voir la femme qui sait lire dans les yeux du sort et qui traîne dans les ports… et les bordels aussi. Il y a deux endroits où les affaires se font : au bar ou au bordel. Ce sont là que les contrats se signent ou que les poignées de main se serrent. J’y croise de braves types d’ailleurs, au sens large du terme, comme Juan Alberto Garcia surnommé Robocop, une machine à tuer probablement. Cet ex sergent d’un escadron de la mort au Salvador, du jour au lendemain, se retrouve au chômage. Le monde est donc en crise, pour tout le monde. La guerre est terminée – sic – il doit penser à sa reconversion dans le civil. Les contacts gardés, surtout une réputation monstrueuse, lui permirent de facilement trouver le job, mercenaire et garde rapprochée.

« C’était un hôtel minable, où je cherchais à être vu le moins possible, parce que la meute d’indics devaient déjà avoir mon portrait. Ce mois-là, je n’ai rien fait : je passais une partie de la journée dans les cinémas Dario, Izalco et Alameda, où il y avait une double projection de films pornos ; le soir j’avalais quelques bières dans un restaurant à deux coins de la rue de l’hôtel ; et je passais le reste du temps à dormir, profondément, comme si je récupérais d’une fatigue vieille de plusieurs années, comme si pour la première fois j’avais l’occasion de me reposer autant que je le voulais, sans l’idée que j’allais devoir tout à coup participer à une nouvelle opération. »

mercredi 9 janvier 2019

Boulevard Giscard d'Estaing

« Après ma cinquième bière, je me sens ragaillardi. A la neuvième, rassasié comme un poulet grillé et pimenté servi dans du papier journal puis d'une sole braisée dépiautée de mes mains, ça va mieux. A la douze ou treizième, je me mets à rire quand une averse soudaine nous chicote tous et qu'on se retrouve serrés sous un auvent.
A la je ne sais plus combientième, je me trouve en discussion avec une serveuse en short. Elle s'appelle Pascaline et ses seins débordent de partout. Son nombril et ses hanches ne sont pas mal non plus.
A trois heures et demie du matin, après avoir bu et rebu, Silué siffle la fin de la récréation et décide de me rapatrier en Zone 4. »

Zone 4. Un nom qui évoque nostalgie et décadence à tous les amoureux de l'Afrique. Lieu des plaisirs nocturnes, du bruit et de la musique, des femmes – des jeunes filles – aux seins lourds et au cul bien ferme.

Zone 4. Une chaleur torride sur le dancefloor. Devant moi, des culs qui frétillent, des seins qui sautent et jonglent sous des tee-shirts mouillés de sueur et d'émoi, des sourires qui éblouissent, des jambes longues et noires luisant sous les stroboscopes... et des shorts mini mini mini.

dimanche 6 janvier 2019

La Recette des Bonbons aux Patates


Quand le sommeil fuit mon paysage nocturne, je m’enfuis dans la littérature. Cheminée éteinte, tabarnak fait frette ici, genre j’ai oublié une fenêtre ouverte et le vent s’engouffre à m’en tourner plus rapidement les pages de mon bouquin, senteur d’érable. Roman québécois donc, ce qui doit expliquer le grand froid qui règne dans cette cabane. En revanche la parlure me réchauffe, elle est enjouée même si je ne comprends pas tout. Peu importe, cela doit faire partie d’un rite initiatique d’immersion dans un monde où il parle comme nous sans parler comme nous. Et heureusement encore que je lis moins vite qu’ils ne parlent dans cette lointaine contrée…

« A l'épicerie, dans la rangée huit, une petite dame bloque le passage avec son énorme chariot qui couvre à peine la largeur de son impressionnant derrière. Qu'elle m'empêche de circuler est une chose, plutôt normal même, vu les pyramides précaires d'articles en tout genre entassés dans le milieu de l'allée, mais qu'elle ne s'en rende pas compte et ne fasse même pas semblant d'essayer de se pousser un peu me tue. Son visage est crispé dans une moue de dédain apparemment provoquée par l'insatisfaction que lui inspire la lecture des ingrédients des produits sans exception. Elle les attrape un à un, les tourne dans tous les sens, s'attarde à tous les petits pourcentages de gras, de sucre, de sel et ne semble jamais trouvé là son bonheur ou quelque chose qui satisfasse son désir de se faire du bien. Son pouce et son index pincent sa bouche aux commissures pâteuses et viennent se rejoindre au centre de sa lèvre inférieure après avoir râclé les peaux mortes, les croutes séchées d'un rouge à lèvres à moitié effacé dans les teintes de mauve. Des traces tenaces d'un mauvais vin rouge bu la veille, peut-être. Par réflexe, fort de cette seule trace probablement mal interprétée, mon cerveau la transforme en une vieille alcoolique pas fine, facile à détester. Je m'avance en me traînant les pieds, pour faire du bruit, mais elle ne bouge pas. Sourde en plus. J'ai besoin d'aller tout droit, d'atteindre la section des desserts maison, pour ramasser trois tartes aux pets-de-soeur de la boulangerie Bouchard de L'Isle-aux-Coudres. [...] Une personne qui dort à peu près normalement se résigne sans regimber à changer de rangée pour éviter le problème. Je n'en suis pas. En passant près d'elle, en la frôlant sans délicatesse, dans ma tête je lui crie de toutes mes forces : "Mange de la laitue bio, crisse !" J'ai une voix intérieure qui porte, elle bouge, se dirige vers l'allée des légumes. Je me rends jusqu'au bout de la rangée, prends mes tartes, les paie et sors, sans détruire quoi que ce soit, sans tuer personne. Je suis parfois capable d'un contrôle absolument épatant. » 

J’ose à peine sortir la graine au vent de ma cabane enneigée, de peur d’effrayer la tite Josée venue se balader dans mon coin suite à ses longues insomnies, mouvements perpétuels de l’esprit qui tourne en boucle surtout la nuit. Josée, dans ces moments-là, elle discute avec son père, rien de bien anormal me diras-tu sauf que son père est décédé même s’il erre encore les rivages de sa vie. C’est que ses pensées tournent trop vite dans sa tête, comme une vis qu’on enfonce dans le crâne et tourne indéfiniment, inlassablement, infatigablement…

jeudi 3 janvier 2019

Sur des Sentiers Lumineux, un Sourire Solaire

Dans les ruelles de Lima, le soleil se lève à peine, température fraîche, une musique m'emmène. Des jeunes dans la rue crient, parlent, négocient. Cambistes de rue, ils changent des dollars verts en intis et inversement. Le vert devient blanc, ne cherche pas à savoir si le blanchissement est légal, dans ce pays aux sentiers lumineux la lumière doit provenir de la drogue... Carlos est l'un deux.

Traversant ces ruelles, la robe volage quelques femmes passent, d'un hôtel au bar et inversement. Elles sont belles et caramélisées, la chevelure ténébreuse et libre. Un sourire solaire, Mabel, elle s'appelle et suis mon cœur dans cette lecture.

« Je ne voyais pas son visage, mais j'entendais sa respiration agitée, et nous sommes restés ainsi quelques instants : ma poitrine appuyée contre la sienne et un de mes genoux bloquant ses jambes. J'ai senti alors un tremblement, une brusque secousse dans son ventre. Mes deux mains ont agrippé ses fesses et j'ai commencé à l'embrasser dans le cou.
- Enlève-moi cette blouse ! A-t-elle dit d'une voix presque inaudible, enlève-la-moi !
Plusieurs boutons ont sauté et la blouse est tombée. Sa langue a pénétré dans ma bouche comme une couleuvre qui fuit un incendie. »


mardi 1 janvier 2019

Poème pour une Rose


Le piano de Jasper Van’t Hof, tout en douceur, m’enivre de sa mélancolie, de son doux souvenir, d’un parfum de femme. Au-dessus de cette mélodie, le sax’ d’Archie qui vient caresser cette femme. Métaphore de l’amour ou du sexe, je ressens ce disque comme une déclaration d’amour. Chaque écoute est un bonheur, ravissement du souvenir, mépris de soi et sourire d’autrui. Le genre de disque qui ne te quitte jamais entièrement, une mélodie qui bouscule toujours un peu plus ton âme.

Inculte ou presque, je ne connaissais pas l’existence de ce pianiste néerlandais avant ce disque. Inconscient ou pas loin, je n’avais pas de disque d’Archie Shepp avant celui-là, malgré une discographie foisonnante. C’est dire le misérable être que je peux être dans cette vie insignifiante qui me traverse de part en part. Depuis j’essaie de me rattraper, je découvre d’autres Archie Shepp, 

Sax', Sex and Sun…