dimanche 10 novembre 2019

Cours de Biochimie

Cela commence comme dans un rêve. Deux filles superbes et brunes descendent de voiture, je regarde leurs sourires dans ma combinaison bleue de garagiste, un short moulant, une mini-jupe mini, ce parfum d'ivresse, de jasmin et de chatte humide. Je fond pour un sourire, et craque pour leurs culs croquants. Terriblement bandant cet effet qu'elles me font sur une route ensoleillée de l'Andalousie, dans la province d'Almeria. J'ai chaud, même dans les rêves, dès qu'il y a du soleil, je sue à grosses gouttes de plaisir de voir ces courbes danser autour de moi, comme un morceau de glace dans un verre de mojito, ces seins qui dansent le hula hoop sous mes yeux prêts à gicler des larmes de bonheur et de jouissance. Pour parfaire la tableau idyllique de cette scène, la radio diffuse un extrait de « Ummagumma », le plus grand album rock de l'histoire du rock et de tous les temps. Cela en devient presque trop pour moi, l'éjaculation est déjà au bord du drame quand je pose ma main au bord de leurs fentes sans défense et ouvertes à mes propositions.

C'est à ce moment-là que je me réveille, me demandant ce que je fais dans cette putain de vie qui n'en finit pas. J'avale ma salive, amère, en même temps que mon comprimé blanc et ovale. Le café coule, ploc-ploc, au goutte-à-goutte dans la cafetière. Noir, un demi-sucre pour accompagner ma triste destinée dans un monde où la biochimie s'est substituée à mon plaisir. Mon taux de sérotonine (c'est fou comme ce mot me renvoie à mes cours de biochimie de M. Pelmont) sanguin croit en même temps que la ferme virilité de mon membre décroit. Point final d'une vie.

mardi 5 novembre 2019

Assassin ou Démon


Cela fait longtemps que je ne t’ai pas ressorti l’histoire du pick-up poussiéreux que je gare aux abords d’un bar tout aussi poussiéreux. C’est presque par hasard que j’ai roulé jusqu’à Central City, Texas, guidé par le vent, emporté par la poussière. Forcément, j’y entre, dans cet antre miteux, au risque de le voir s’effondrer sur moi et ainsi me transformer en poussière. Forcément j’y commande un verre de bière, un shot de whisky. Forcément, je regarde la serveuse pulpeuse qui roule du cul – bien mieux que mon pick-up d’ailleurs – entre les tables poussiéreuses et enfumées – oui, c’était encore l’époque où l’on pouvait encore fumer et caresser la croupe de la serveuse, sans que personne ne s’en offusque.

« Ici, au pays du pétrole, on trouve pas mal de maisons semblables à celle des Branch. Dans le temps, c'étaient des ranches ou des fermes ; mais des puits de pétrole ont été forés autour, parfois même jusque sur le seuil, et tout le voisinage s'est transformé en un cloaque de pétrole, d'eau sulfureuse et de boue rougeâtre cuite et recuite par le soleil. L'herbe est morte. Les sources et les ruisseaux ont disparu, mais les maisons sont restées, noires et abandonnées au milieu d'un fouillis de sauges, de tournesols et de sorgho. »

jeudi 31 octobre 2019

Chanson Suédoise

« La neige escomptait les contours de la plage, lui donnant des airs d’aquarelle. Elle avait coiffé le sable, les galets, et drapé la jetée. Sous la neige, le paysage devenait à lui seul un conte. Ses paillettes immaculées arrondissaient les angles et gommaient les différences, propageant une beauté douce et rassurante. Le silence ouaté transformait les cris en murmure et le vent en musique. »

Le tableau est idyllique, de la neige, belle et silencieuse, celle du Grand Nord à peine foulée. Le froid qui bleuit les doigts, même celui des cadavres. L’air frais de la Suède, et de belles suédoises pour faire frémir le caleçon. Mais oublions, le temps d’un roman, ces saunas où mon état vaporeux se prélasse dans une fantasmagorie des plus libidineuses. Car la réalité est nettement plus sanguine. Cruelle même, affreuse, abjecte. Une vision d’horreur.

Petite revue en détail de l’équipe, Emily Roy, la profileuse qui semble partager sa vie entre Londres et cette région suédoise, Alexis Castells, écrivaine spécialisée dans les crimes en série, le commissaire Bergström et son équipe aux noms bien suédois, et la jeune Aliénor Lindbergh, autiste Asperger qui complète l’équipe de ses incroyables connaissances… Ça en fait du monde à suivre, pour un troisième épisode pour qui n’a pas lu les précédents. C’est d’ailleurs mon seul reproche, cette difficulté à intégrer l’équipe et à comprendre leur rôle respectif, n’ayant pas abordé auparavant les précédents opus.

lundi 28 octobre 2019

La Cambrure des Culs Noirs


« La ville est torride. La poussière rouge qui recouvre tout est encore plus désagréable pendant ces heures chaudes. La seule chose à faire c’est profiter de la fraîcheur de ma maison pour une sieste en compagnie de quelques culs noirs ramassés au passage. »

La poussière s’élève du néant. Une horde de camion fonce dans le désert. Immensité des lieux, le vide aux alentours, ils avancent sous une chaleur écrasante, comme une course contre la montre, contre la lune ou contre la casse. Ce ne sont pas des premières mains, ces camions récupérés dans quelques casses aux alentours de la banlieue bordelaise. A son bord, le chef de gang, Cizia Zykë. Il règne en maître sur ses ouailles, comme un dictateur despote tenant entre ses doigts la vie de ses serviteurs. Bokassa est un boucher cannibale, Cizia lui est une légende. Mais dans le genre, macho, avec les chaines en or autour de son torse velu, la chemise ouverte, le flingue pour le respect, dans le genre sévèrement burné, juste de quoi rouler des mécaniques.

« La nuit, je tâte, dans un demi-sommeil, les culs propres et rassurants qui m'entourent et me rendors heureux. »


vendredi 18 octobre 2019

Knock-Out


« Ici, le métro est aérien. Il y a quelque chose d’étrange avec ça, mais dans le Bronx, de longs tronçons de rails sortent de terre et filent loin au-dessus des rues, comme la ligne E1. J’imagine qu’un jour, ils vont l’enterrer, elle aussi, et ça sera dommage, parce que de là-haut, un jour comme celui-ci, on peut voir plein de choses de New-York.
Je veux dire que souvent, même trois ou quatre nuits après une averse, on peut encore voir sur les toits plats et goudronnés, les flaques d’eau scintillantes qui reflètent le ciel. Et quand le vent souffle, les extracteurs métalliques, certains tournent, tournent, et d’autres, leurs pales telles des crinières, s’agitent brusquement, susceptibles et nerveux, à la manière dont parfois on voit un pur-sang prendre le mors aux dents à l’approche de la ligne de départ, alors que son jockey essaie de l’apaiser, avant – si on parvient à l’entendre – de l’injurier.
Il y a aussi les pots de fleurs sur les escaliers de secours. La plupart avec des géraniums, parfois même un rosier, et toujours, bien après la saison, des lys avec les longues feuilles jaunies, un emballage de papier rose encore autour des pots. »

Le corps en sueur, le cœur battant, l’âme pas encore battu, un genou à terre. J’entends cette petite musique dans la tête, genre ta ta ta ta ta la la la la, tu vois le genre, genre tu cours dans la rue, et dès que tu vois des marches d’escalier, tu accélères, et une fois gravi le sommet de cette colline urbaine, tu lèves les bras au ciel et tu te retournes en regardant la ville en bas, le regard si fier que tu aurais envie de crier au vent « Adriennnnneee ». Une foule t’applaudit, hurle ton nom, des flashs crépitent, c’est le délire, abondance de lumières, de brouhaha, de femmes en maillot de bain échancré venu tourner autour de l’arène, ce mélange de sueur et de testostérone, bientôt tu auras une statue à ton image, les larmes aux yeux. Oui, mais voilà, tu te réveilles ce matin, dans un matelas qui pue autant le moisi que la pisse, toujours en sueur, dans un motel autant moisi que miteux, seul, la vie c’est pas ce putain de rêve. Le mythe du boxeur, c’est une autre paire de gants.

vendredi 11 octobre 2019

Rum y Rumba


Viens… Je t’emmène, jusqu’au bout de la nuit, au bout de la vie. Une folle nuit d’insomnie, à Cali. Santiago de Cali, berceau colombien de la salsa et de la danse. La musique déverse son flot de déhanchements à chaque coin de rue, et crois-moi, j’aime le déhanchement de ces femmes, dans le genre brune épicée au sourire ravageur. Timidement, je suis du regard Maria qui n'a de regards que pour ces ténébreux colombiens aux regards de braise capables de lui traduire les grandes chansons de rock américain, de danser toutes les sambas de la nuit, de lui fournir quelques comprimés d’une blancheur cocaïnée… Bref rien pour moi, mais je me contente d’observer son sourire et sa vie à distance. Elle a de toute façon l’air si heureuse loin de ma personne que personne ne s’en émeuve la bouteille de rhum à portée de main la narine hésitante face à cette ligne toute tracée et immaculée.

Une ballade et balade, nocturne, musicale, sous le clair de lune, dans les ruelles sombres et sous cocaïne, odeur puissante d’urine et de vomis. Du rock à la rumba, des pierres qui roulent, de la mousse dans un verre, Que Viva la Musica ! dirait un révolutionnaire, suivi de la belle Maria et de son sourire, fuyant sa clique d’admirateurs à sa suite. Elle est belle, Maria, toujours aussi belle qu’à son premier chapitre, toujours aussi fraîche même au bout de la nuit, mélange de jasmin et de sueur, je renifle, non pas de coke pour moi, juste sa fragrance enivrante, mon envie de lui verser sur son corps ma bouteille de rhum qui glisse entre ses seins, qui imbibe ses poils pubiens que je m’empresse de lécher, la langue assoiffée de ces prénoms en a. A moins que cette nuit de débauche et de rumba ne soit qu’une longue hallucination solitaire dans l’ombre de la lune bleue.

vendredi 4 octobre 2019

Love, Drogues & Sax


« Voilà plus de sept ans qu’il est mort mais je continue à passer mes nuits avec lui. Adossé à un mur de la chambre, la tête légèrement penchée selon ses habitudes, les paupières lourdes, il garde les yeux fixés sur moi. » 

Un hiver glacial tombe sur la ville. Tu ne trouves pas qu’il fait froid ? Dans cette chambre, dans cette ville, dans cette vie. J’aime le jazz, les sonorités improbables d’un saxo, les silences entre les sons. J’aime le froid, la neige, le blanc. Lorsque les doigts deviennent bleus. Lorsque les lèvres deviennent bleues. Lorsque de la fumée sort de ta bouche à la moindre respiration. Inspiration expiration. Le cœur bat, combien de bpm, le saxo sonne, la machine à écrire fredonne. Izumi est écrivaine, Kaoru musicien dans le free jazz. Les sons s’échappent, improvisation du moment. Izumi se couche, échappant aux coups. Kaoru rêve du Grand Nord. Izumi ne rêve plus, ne vit plus. Un saxo qui cogne. J’ai rêvé de la lune bleue.

« Ma musique vit une seule vie. L'improvisation dans le jazz dépend de la sensation du moment, c'est une question de sensibilité. Ça t'arrive d'écouter du jazz ? »

samedi 28 septembre 2019

Sur une Musique de Bashung


Mettre un disque sur la platine, se servir un verre, la soirée sera longue, tristesse intime à faire hennir les chevaux de plaisir. Le roman, pas d’une franche gaieté. Bien calé à l’arrière d’une dauphine, je commence l’ouvrage, avec un minimum d’entrain, je dois l’avouer. Je ne sais pas, j’ai du mal, trop biographique pour moi, pourtant j’aime la noirceur. L’histoire d’un deuil, l’histoire d’une femme. Delphine revient sur sa mère, Lucille, qui a souffert tout au long de sa vie. Et pour comprendre la vie de cette femme, elle doit remonter jusqu’à son grand-père, Georges au comportement aussi autoritaire et intransigeant qu’ambigüe. Lucille, pour moi, c’était avant tout la guitare de B.B. King, je reste dans l’univers de la musique, rien ne s’oppose à la nuit. Osez remuer le passé, osez marcher sur l’eau et éviter les péages, osez écrire tous ces secrets. Lourds de sens, ces silences étouffés n’en demeurent pas moins insupportables. Mais je n’accroche pas à la vie de Georges, elle m’ennuie presque, je sais pourtant qu’elle est indispensable à la suite, du roman, du récit. En fait, j’aimais surtout lire les doutes de l’auteure sur le besoin d’écrire l’histoire de sa mère, un livre qu’elle n’aura jamais lu.

« Lucille est devenue cette femme fragile, d’une beauté singulière, drôle, silencieuse, souvent subversive, qui longtemps s’est tenu au bord du gouffre, sans jamais le quitter tout à fait des yeux, cette femme admirée, désirée, qui suscita les passions, cette femme meurtrie, blessée, humiliée, qui perdit tout en une journée et fit plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, cette femme inconsolable, coupable à perpétuité, murée dans sa solitude. »

mardi 24 septembre 2019

Les Escales de Nad' et du Bison : Irlande

Lieu : Irlande
Lever du soleil : 7h25  | Coucher du soleil : 19h29
Décalage horaire : - 1h
Météo : 17° ressentie 14°. Ciel très nuageux. Pluie faible
Latitude : 53.270668 | Longitude : -9.0567905
Musique : Stolen Child, Loreena McKennitt
Un Verre au Comptoir : Delirium Tremens




« - Tu veux bouffer un morceau ou juste te biturer ?
- J'aime mieux me biturer.
- Barman ! »

dimanche 22 septembre 2019

Le Cul bien Propre


« Beaucoup de gens se sentent mal dans leur peau, parce que ce n’est pas la leur. »

Une dernière page qui se tourne, pendant que sur la platine le grand Jacques me parle de sa longue et large queue de serpent, moi je file à la salle de bain, une envie furieuse de me laver le cul dans le bidet, pas trop de savon sinon ça pique. Ne pas refréner ses envies subites m’a dit un jour mon psy sur son canapé, de là à lui parler de mon serpent frétillant. 2m20 tout de même ! C’est pas que j’ai l’habitude de jouer les prétentieux, mais oui c’est bien sa longueur. Et tu seras bien obligé de me croire, je n’ai pas non plus pour habitude de montrer mon serpent aux étrangers. Seulement à Mlle Dreyfus, elle est si belle avec ses jambes couleur café et ses seins si parfaitement sincères. Oui, je sais, c’est pas commun, un python de 2m20 et des poussières, la vie chez moi n’étant que poussière, seule Mlle Dreyfus réussissait à l’éclairer, mais elle est partie. D’ailleurs, c’est pour elle que je me lavais le cul. Bon OK, c’est surtout les bonnes putes, les âmes tendres de cette vie, qui y tenaient surtout. Question d’hygiène ou d’amibes, un truc du genre. Mais je sens que je suis devenu trop intime, pour toi ami lecteur qui se fout bien, et probable que tu as raison, de savoir si j’ai le cul bien propre ou pas. Non, non, je ne fais pas une obsession, ne joue pas le psy avec moi, par contre la psy qui s’allonge sur le canapé, je veux bien, et je t’expliquerai pourquoi il faut avoir le cul propre. Car je n’ai jamais lu l’histoire d’un mec (son serpent est secondaire ici) qui se fait laver le cul dans le bidet autant de fois en si peu de pages. D’où l’intérêt pratique de se garder un bidet à portée de main, ou de cul, parce que moins pratique pour se laver les mains. Certes les considérations hygiéniques sont importantes dans notre société, mais revenons à nos moutons – à mon serpent plutôt. Un long python noir.  

vendredi 13 septembre 2019

Des Eaux Silencieuses


Cet été. Le hasard d'une lecture fait que j'ai commencé ce roman le jour où je découvris une photo de l'organisation Sea Shepherd montrant la vente promotionnelle d'un requin-renard sur les étals d'un grand supermarché où des mousquetaires jouent de l'épée. Une espèce protégée, il va de soi, qu'il est donc interdit de pêcher mais visiblement pas interdit de vendre si elle a été pêchée par « erreur ». Et ne serait-ce pas là le véritable problème que, à travers cette société pourrie par l'appât du gain, l’entreprise ne s’offusque pas d’afficher de tels étals sauf s'il y a quelques remous médiatiques…

Mais je m’égare, et gare mon regard vers l’autre rive, l’océan est si grand, qu’il me faut revenir au bouquin, et lui rendre hommage. Parce que je ne connaissais pas l’écriture d’Alice Ferney, mais le sujet m’a depuis longtemps intéressé, ayant notamment suivi les frasques et flibusteries de Paul Watson, fondateur de cette ONG. Parce qu’à travers ce roman, il s’agit bien évidemment d’un hommage au courage et à la détermination de cet homme qui à la barre de vieux rafiots n’hésite pas à se mettre en travers de l’économie mondiale, de la toute-puissance des états, et de ces impunis de la mer. 


lundi 2 septembre 2019

Escargot, Escargot, où sont tes yeux ?

Le rideau de la boutique de livres d'occasion est resté baissé, ce matin. Mitsuko, que j'avais découvert entraîneuse le week-end dans un bar dans « Azami », puis gérante passionnée de cette librairie philosophique dans « Hôzuki », vient de décéder, surprenant son petit monde, notamment Tarô, son fils sourd muet, et sa grand-mère maternelle.

« Je me déplace et m'assois sur le bord du lit. Elle s'approche lentement et s'arrête devant moi. Un parfum de savon effleure ma narine. Je dénoue son obi et ouvre son yukata. Elle n'a rien dessous. La toison pubienne noire contraste avec la peau blanche. C'est beau. »

Ce nouvel opus centre son activité sur Tarô et son histoire d'amour silencieuse. Une histoire qui se passe de mots où Tarô vingt ans après retrouve la petite fille qui l'avait tant émue dans la boutique de sa maman. Et moi, les histoires d'amour, même silencieuses, c'est mon kif. Que de souvenirs, loin de ces lourds secrets de famille... et pourtant, ces fardeaux prennent toutes leurs conséquences dans ce dernier acte.

lundi 26 août 2019

Seulement pour les Fous

Seulement pour les fous. Le suis-je assez pour m'atteler à la réputation de ce guide du solitaire. Solitaire, je le suis et je suis ainsi la route d'un Loup des Steppes. Le loup, est-ce mon image littéraire ? Parce que Hermann Hesse aurait très bien pu écrire Le Bison des steppes. Tout aussi fort, tout aussi seul. Il y aurait suffit de remplacer le vin d'Alsace omniprésent dans ce roman (et ma foi, je déguste ces pages entre Riesling, Gewurtzraminer et Tokay...) par une vodka à l'herbe de bison, laisser Mozart, le grand, sur la platine. Born to be wild. 

« Le vin d'Alsace, c'est encore ce qu'il y avait de meilleur. Je n'aime pas, du moins pour tous les jours, les vins violents et sauvages qui étalent des appâts puissants et possèdent des bouquets célèbres et spéciaux. Je préfère les petits vins campagnards purs, légers, modestes, sans noms particuliers; on en boit facilement en grande quantité, et ils ont le goût simple et doux de la terre, du ciel, de la campagne et de la forêt. Un verre de vin d'Alsace et une tranche de bon pain, c'est là le meilleur repas. »

jeudi 22 août 2019

Parce qu'il y a 176 définitions du mot Loser sur urbandictionary.com

Kate, brillante avocate, mère célibataire, jongle tant bien que mal avec les responsabilités professionnelles et maternelles. Le proviseur du lycée l'appelle en pleine réunion, une urgence, il faut venir. Amelia, cette brillante élève qui n'a reçu jusqu'ici que des louanges, est accusée de plagiat dans son devoir. Faute grave et exclusion temporaire. Elle court, toute la vie elle court prise par le temps, les tâches et les devoirs qui lui incombent, la chercher. Métro bondé, portes bloquées, usagers résignés. C'est avec plus d'une heure et demi de retard que Kate arrive au lycée, la police est même déjà sur place : « Mme Baron, quelque chose est survenue à votre fille... »

Ainsi commence ce premier roman de Kimberly McCreight. Guère besoin d'en dire plus, la trame est classique. Le suicide d'une adolescente reste toujours une chose impensable, surtout pour un parent. Le scénario n'a rien de révolutionnaire, et les cinq cents pages qui suivent seront sur la recherche de la vérité, suicide ou... Par contre, j'ai pris énormément de plaisir à lire les à-côtés justement, les évènements qui ont abouti au drame.

mardi 13 août 2019

Une Fleur de Camélia


« Mon existence même est peut-être une erreur dès le départ. »

Je m’avance sur le sable, le soleil couchant illumine les vagues venues s’échouer à mes pieds. Le regard porté sur l’horizon, les souvenirs tentent de remonter à la surface. Elle vient de perdre sa mère, quelques cartons et une vie antérieure se dépoussière. De ces cartons échoués dans son appartement, beaucoup d’interrogations relatives à sa mère adoptive surgissent du passé. Et comment ne pas douter de sa propre existence lorsque l’on ne sait pas les raisons d’un abandon dans un orphelinat là où ce même soleil est en train de se lever, à l’autre bout de l’océan Pacifique, là-même où d’autres vagues, peut-être les mêmes s’échouent sur le rivage de la Corée.

Elle s’appelle Camilla, comme les fleurs de Camélias. Une photo sur laquelle posent deux personnes, elle et sa mère, devant un massif de camélias. A vingt et un ans, elle a besoin de connaître la vérité sur son histoire, sa mère sa naissance. Et ce n’est qu’en foulant la Corée qu’elle pourra trouver un semblant de réponse. Parce que toutes les histoires sont différentes…

samedi 10 août 2019

Les Jambes Grises


Je m'endormis et rêvai aux bâches avec lesquelles nous avions recouverts les morts, cette nuit-là, et dans mon rêve elles se soulevaient et nous pensions que c'était le vent et nous avions beau planter les piquets elles se soulevaient encore. Nous les retenions avec nos mains de toutes nos forces mais une force plus grande continuait de les soulever et chacun au fond de lui savait que c'étaient les morts qui poussaient avec leurs jambes grises. »

Allemagne, Juillet 1945. C'est la libération des camps, des prisonniers marchent en rang. En silence. Le silence règne sur les étoiles, sur le plafond de ma chambre. En silence, je découvre mon troisième roman de Hubert Mingarelli. Ne me demande pas d'où vient l'attrait pour cet auteur, je n'en sais rien. Si, demande-moi... Parce que je crois que ce que j'apprécie chez lui, c'est la poésie de son silence, un silence omniprésent dans les pages de ces récits. Celui-ci ne fait pas exception. Au milieu de cet univers, un photographe anglais parcours cette lande devenue misérable mais presqu'encore plus belle vidée de sa vie. Accompagné d'un chauffeur à ses ordres, ils errent tout deux, s'arrêtent pour prendre en photo des gens. Quelle motivation ? Peu importe... Quel secret se cache derrière ces deux personnes ? Je ne saurais dire... Pourtant... oui pourtant, parce que ce roman vaut tous les pourtant. Une atmosphère presque hypnotique, la pluie mouille, le soleil évapore la rosée, il y a de la vie dans ce silence, la nature y est sublimée, et pourtant ils sortent d'un triste moment de l'humanité, une défaite de l'âme humaine, cette guerre...

Un vent léger apporta l’odeur d’un chèvrefeuille, et soudain je fus accablé de solitude comme sous le hangar. Une solitude sans début et sans fin. Je la devais sûrement à la beauté de la clairière, de la lumière déclinante et du lointain vrombissement des avions. »

lundi 5 août 2019

Les Etrons de la Vie

Une visite au zoo de Vincennes s'impose. Là, j'espère rencontrer Pierre. Un pauvre type qui me ressemble. Sauf que lui, il ramasse la merde des animaux. Des brouettes de merde sous toutes ses formes sous toutes ses couleurs. Des kilos et des kilos de chargement. Et je ne te parle pas du panda qui chie plus qu'il ne mange. Mesdames, avant de lire ce roman, sachez que vous ne regarderez plus jamais la peluche, si mignonne, de votre panda qui traîne sur votre lit lorsque vous aurez lu la quantité d'étrons que cette bête, de prime abord si charmante, peut déverser dans sa cage. Un roman qui commence les deux pieds dans la merde perçoit forcément toute mon attention. Peut-être même que ça porte bonheur – ou pas...

« Je vous épargne les détails, ce qui compte ici n'est pas là. Pour faire court je vais vous proposer ce que j'appellerai un résumé épileptique.

Trente et un ans. Pétage de plombs. Engueulades familiales. Engueulades conjugales. Engueulades professionnelles. Professionnel de l'engueulade. Maîtresses (dans certains cas, la langue française devrait prévoir une marque de pluriel répétée, comme dans « maîtressesssss », qui prendrait une profondeur subtile évoquant le grand nombre tout en incluant le degré de pourriture – ou de mal-être, c'est selon – du mec concerné). Licenciement. Rupture. Éloignement des amis, de la famille. Dépression. Alcool. Baise. Alcool surtout. Vide. Long vide. Psy. Et Roosevelt. »


mardi 30 juillet 2019

Le Silence des Cimes


« Peut-être aurions-nous vraiment pu rester là-haut pour toujours, et personne ne s’en serait jamais aperçu. »

A la recherche de fraîcheur et de plantes pour Génépi, mon regard se porte vers là-haut, vers l'infini et au-delà des nuages, des cimes majestueuses parcourues par des bourrus locaux, des chamois ou quelques touristes. Que vais-je bien y trouver là-haut que je n’aurais pas ici, en bas ? Le silence, probablement. Car plus l’on monte, plus il est accepté, probablement pour pouvoir y communier toute l’essence de son être avec celle de la nature. L’amitié aussi. C’est dans ces hauteurs au milieu de la rocaille et du silence que va se forger une amitié forte, et durable, espérons plus que les neiges éternelles qui fondent à vue d’œil, entre deux gamins, un de la ville, l’autre d’ici. Pietro et Bruno au cœur de la vallée d’Aoste. L’apprentissage de la vie, la vie de son père aussi.

« En montant, j’aimais m’arrêter une minute au bord du lac. Je me penchais pour caresser l’eau et en sentir la température au contact de ma peau. Le soleil, qui illuminait les cimes du Grenon, n’était pas encore arrivé jusque dans la vallée, et le lac gardait une qualité nocturne, comme le ciel quand il ne fait plus noir et que le jour tarde à venir. Je ne me rappelais plus très bien les raisons qui m’avaient fait m’éloigner de la montagne, ni ce que j’avais aimé d’autre quand je ne l’avais plus aimée elle, mais j’avais l’impression, en la remontant chaque matin en solitaire, que nous faisions lentement la paix. »

vendredi 19 juillet 2019

Le Lion de Belfast


« Toutes les histoires sont des histoires d’amour. »

C’est ainsi que commence ce roman, dans le genre ballade irlandaise. Les histoires d’amour c’est mon kif, alors je fonce dans le premier pub, irlandais. Ça braille, ça crie, ça gerbe, mon univers. Des gamins qui se pintent, des vieux qui se pintent, des rousses qui se pintent aussi. Le ciel est gris, les nuages menaçants, la pluie arrive en trombe, les buveurs aussi. Mon élément, cette grisaille et ses bières. Et ça cause amour, des love story qui mijotent autant que l’irish stew dans une cuisine que l’on croit abandonnée. Une radio diffuse les grands titres du lion de Belfast, de quoi chavirer quelques cœurs autour d’une bonne bière, c’est que les histoires de cœurs sont au centre de toute une vie, le mien par exemple je l’ai donné à Van Morrison. Un flash-info, je coupe le son. Une nouvelle déflagration qui coupe cet élan de bonheur et d’ivresse. On s’y habitue presque dans les rues de Belfast. Des graffitis au mur, des bombes qui sautent, des sirènes, des cris affolés, des pleurs chagrinés, ainsi va la vie dans ses rues. Peut-être pour cette raison que chaque week-end est rythmé au son des verres qui s’entrechoquent.

« Il arrivait à pied de Four Winds parce que ce matin-là, il s’était réveillé sonné et nauséeux dans le minuscule galetas de Slat Sloane, dans Democracy Street. Le week-end habituel consacré à la biture. Quarante-six pintes et deux repas. Les distractions de Chuckie constituaient une forme d’évolution inversée. Il consacrait alors tout son temps et son argent à se rendre moins intelligent, moins évolué. Et, apparemment, d’énormes quantités de temps et d’argent étaient indispensables pour finir dans la peau d’un reptile protozoaire vautré sur le sol de la cuisine de Slat. »

jeudi 11 juillet 2019

Dans l’antre de la baleine

Le soleil s’est couché, la pluie redouble, dédouble même les ombres, vision troublée par le brouillard qui commence à envelopper la solitude du quai, bittes d'amarrage laissées à l'abandon nocturne. J’erre, la démarche volontaire, dans la pénombre d’un bord d’océan, New Bedford, Massachussetts, prêt à embarquer, un livre de poche dans la poche de ma vareuse. Au ciel, des étoiles qui scintillent avec parcimonie entre les nuages venus fendre l’éclat de la nuit. Dans ma tête, les étoiles d’un rêve que je pensais inaccessible, le mythique Cap Horn. Embarquer sur un baleinier.

Je navigue dans les ruelles, à la recherche d’une étincelle, la lumière qui ouvrirait ma voie, celle de la taverne, senteur de poussière, ivresse du grand large. Là-bas, on doit y boire, de quoi finir ma nuit ou ma vie. Surtout la possibilité de rencontrer des capitaines qui seraient susceptibles de m’accueillir à leur bord, la chasse à la baleine est dans le move en ce siècle. L’hôtel de la baleine, un nom prédestiné, besoin de m’allonger, trouver un lit, un banc, une moleskine avant de me retrouver l’œil hagard sur le pont d’un navire à gerber les entrailles de ma putain de vie. J’entre, pénètre l’antre de la baleine, tel Jonas dans sa splendeur littéraire.

lundi 1 juillet 2019

Les Flots de la Sumida

« Au-dessus de cette énorme vague citadine, le Mont Fuji, dans sa splendeur, par les matins clairs et les soirs dégagés. »

Un billet d’avion en poche, deux escales, vol long-courrier, atterrissage au pays du soleil levant. Déambuler seul dans les rues de Tokyo, le parc de la Sumida et le fameux temple d’Asakusa. Je replonge volontiers dans les années 20-30, l’entre-deux-guerres, une musique de jazz insouciante dans la tête qui accompagne cette pérégrination d’antan.

Asakusa, dans ces années-là, c’était le temple des geishas et le temps des amuseurs ambulants. Les théâtres grivois se dévoilent, comme un sein qu’on entraperçoit dans le pan d’un yukata s’ouvrant à la bise du vent. Biser ce sein, celui qui ose se montrer sous la douce lumière bleue d’une lune venue observer les mœurs de l’époque. Une jambe nue ou l’érotisme d’une nuque, sur le pont Kototoi, c’était une autre époque, reste un spectacle à la hauteur d’un feu d’artifice à la tombée de la nuit, d’un Mont Fuji aux premières lueurs d’un petit matin ou d’une toison brune mouillée à la sortie d’un onsen, lumières vespérales.

« Reconstruit au mois de février 1928, le pont de Kototoi est d'allure moderne, clair, plat, large et blanc. Il trace une voie nouvelle et saine au-dessus du fleuve Sumida souillé par les déchets de la ville.
Mais, quand je le traversai à nouveau, les panneaux lumineux et les lumières des alentours sombraient déjà dans l'eau noire ; il était imprégné d'une mélancolie citadine. Sur la rive d'Asakusa, des pierres de taille blanches laissaient apparaître leurs contours flous dans l'obscurité du soir, là où le parc était en travaux. On voyait au loin des ouvriers qui faisaient un feu près de leurs chevaux.
Par-dessus le parapet, on entendait le bruit indistinct de la marée montante. Sur trois péniches amarrées à un gros pilier en béton, c'était l'heure du dîner.
A l'arrière, le riz fumait sur les réchauds. Une jeune fille coiffée d'une serviette, un coffre à la main, enjamba le bord d'un des bateaux. A l'avant, du linge rouge séchait sur une rame posée de travers. Sur le bateau voisin, on grillait des maquereaux à la lumière d'une lampe à pétrole. Pêle-mêle sur le toit, traînaient un tamis à pâte de soja, des bûches, un seau. »

jeudi 27 juin 2019

Ce parfum de Smoked Meat

J’ai envie de dire « Sacré Panofsky ». Un bon vivant, traversant des décennies de sa misérable vie, un verre de Macallan à la main et un Montecristo dans l’autre. Les volutes de ces plaisirs divins parfument ses amours entre Paris et Québec. Et il m’est arrivé de sourire à cette putain de vie, à ses trois femmes et aux élucubrations de ce vieux débris juif. Ecrivain ou presque, producteur de daube télévisuelle également, le voilà accusé d’avoir tué un homme, son ami il y a bien des années, le voilà à se défendre contre la vindicte populaire, à l’aube de son trépas, fin de carrière, fin de vie. Les idées en place se mélangent dans sa tête, avec les trous de mémoires qui s’engouffrent dans sa tête, il est temps de les accoucher sur le parchemin de sa vie, au coin d’une cheminée, cabane en bois et senteur de sirop d’érable. 

Trois femmes qu’il a profondément aimées, à part peut-être la deuxième madame Panofsky, un amour éphémère qui a duré jusqu’à ce qu’il croise le regard de la future madame numéro 3 le jour de ses noces. Barney Panofsky, avec tout son humour et sa sénilité, se livre et me livre ses fantasmes, remontant jusqu’à la belle paire de joes de son institutrice qui a longtemps parfumé ses érections nocturnes de sa fragrance animale et tâché les draps de son innocence éjaculatoire. Et comme toute littérature pure laine, il est question, une évidence, de hockey sur glace, même et surtout lors de ce mariage avec l’acariâtre numéro 2, je ne comprends pas pourquoi elle l’a mal pris…

mardi 18 juin 2019

Poussière d’Argentine


Jujuy,
Janvier 1977.


« L’ombre sent le jasmin. Mais ce n’est pas l’ombre, et ce n’est pas seulement le parfum du jasmin. Il y a une odeur qui lui parvient, fumeuse et âpre, qui ne se mêle pas à l’odeur du jasmin, mais qui l’accompagne, la poursuit, la rattrape, elles vont de pair, se séparent, se rejoignent. Ferroni sait que c’est l’odeur des serpentins pour faire fuir les moustiques. Il voit la spirale avec son œil de lumière, accrochée au support de laiton, il voit la fumée s’étirer paresseusement vers le haut et il comprend que ce n’est pas l’ombre qui sent la fumée, mais bien la nuit, rien que la nuit, la nuit brute et dense de son enfance. »

Il ne rêvait que de ses prochaines vacances au bord de l‘océan, loin de la cohue de Buenos Aires. Les jours approchent, la brise marine, l’air frais. Et puis son chef qui lui demande, ordonne, d’aller au Nord, dans les terres, pour interroger Matilde, dictature oblige. Ferroni est un « interrogateur » hors-pair. Son point de départ, des lettres de correspondance entre Matilde et Maria.


Jujuy. Le Nord, c’est une chaleur étouffante et de la poussière. L’enfer pour ses mocassins cirés. La sueur lui coule dans les yeux, dans le cou, une sueur collante que même un mouchoir blanc n’en vient à bout. Il s’engouffre dans ce bar, commande une bière, regarde ses chaussures, attend sa bière en silence…

mardi 11 juin 2019

Dans la Peau d’un Privé

Un soir de pluie, j’erre sur le trottoir, blues du soir.
Fines et froides les gouttes ruissellent le long des rives de mon chapeau, les lampadaires éclairent ma sombre face, étrangeté d’une nuit sans lune.
Pas un chat, ni même la chatte d’une pute, l’obscurité des lieux leur fait peur.
A moins que ce soit le silence qui y règne, celui de ma vie qui empiète dans ces ruelles tristes.
Un reflet dans le caniveau m’absorbe, j’ai envie de m’y engouffrer comme dans une bouche d’égout, pour ne plus en ressortir, dégouts.
Je poursuis mon chemin, l’air d’un chien mouillé, peut-être même l’odeur aussi. J’allume un vieux mégot de cigare, parfum mâle.
Le regard perdu, empli d’un je-ne-sais-quoi peut-être est-ce du vide, de l’amour ou de la tristesse, je recherche le bleu de la lune, le cœur bleui par des bleus à l’âme.
Je me sens dans la peau d’un privé, je lisse ma moustache en V. Mon dernier contrat, même pas payé, l’archétype du privé loser à la recherche de sa lune.
Ce que j’aime dans la vie d’un privé, plus que les coups reçus dans la gueule, des gnons qui font mal, c’est la fiole de whisky dans la poche de mon imper, la bouteille dans le tiroir de mon bureau. Ma raison d’être, misérable être qui erre dans la nuit.

vendredi 7 juin 2019

La Ragazza et le Violoncelle

Nuit. Je m’adosse au mur, demi-allongé sur mon lit, un bouquin ouvert. La lune s’est invitée à travers la fenêtre de ma chambre. Elle brille d’une étincelante lueur, elle devient bleue. Une musique se glisse sous la couette, intense et émotionnelle, elle caresse ma peau nue qui frissonne dès les premières notes. Corps sensible toujours prêt à tendre son attention dès qu’une musique joue du va-et-vient avec l’intimité de son être. Un verre de Chianti et c’est Mozart qui joue l’Italie. Un verre de Grimbergen et c’est mon âme qui respire dans la pénombre de cette pièce bercée par la sonorité érotique du violoncelle.

Je l’imagine, elle, brune et parfumée, venue enrober de ses longues jambes à peine caramélisées, l’instrument de sa jouissance, son violoncelle. Dès la première rencontre, le premier regard, elle m’a ému, elle m’a pénétré de son âme entière jouée dans sa musique. Et puis le silence se fait. Je l’écoute encore plus. Troublant, ce silence avant qu’une note reprenne vie à travers la fine cloison de nos vies séparées. Silence.

« Au soleil couchant, le son du violoncelle est monté derrière la cloison. Les ombres s’allongeaient démesurément. La lune s’est levée. La nuit est tombée par la fenêtre. Et lorsque tout s’est tu, il est resté en moi l’écho d’un chant, le frisson d’une caresse, le rêve d’un baiser. »

samedi 1 juin 2019

La Mort du Bison

« Arrivés sur la crête, nous découvrîmes, au nord, une immense prairie, aussi différente des terres que nous venions de traverser que la verte Irlande peut l'être du Sahara. Couchés dans les hautes herbes grasses, plus de cinq cents bisons ruminaient paisiblement. Ils ne prirent conscience de notre présence que lorsque les hordes de cavaliers se précipitèrent sur eux du haut de tous les sommets environnants. 
A la vue du troupeau, les Indiens s'étaient mis à pousser des hululements stridents. Des coups de feu claquèrent. Aussitôt les bisons se relevèrent et s'enfuirent dans un tonnerre assourdissant qui fit trembler le sol. »

A vivre cette grande épopée de l'ouest sauvage. Chevauchant des collines de poussières et d'herbes folles, entraîné par la folie des hommes et la promesse de richesse symbolisée par fourrures et peaux, sauvé sa peau d'une horde de sauvages, des indiens et des blancs, une vie sans loi. 1820, quittant le Missouri de St-Louis, une nouvelle compagnie de chasse et de trappes. Juste deux trois années, le temps d'accumuler des peaux et un pécule pour fonder sa famille avec cette sublime brune au regard de braise. Mais la vie de trappeur n'est pas aussi idyllique que cela peut paraître, dormir à la belle étoile, s'enfiler quelques godets de whisky de contrebande, bouffé un steak d'ours... Bref, j'en ai rêvé, comme ces rêves de gosses, j'en suis revenu, la tête KO par ces bisons morts, et l'odeur de cette viande en putréfaction.

« Au fond de la vallée paissait une seconde harde, aussi important que celle que nous chassions, piégée elle aussi à l'intérieur des collines. Nous l'apercevions de loin qui cheminait dans notre direction, taches mouvantes piquetant la verdure.
Les deux troupeaux se dirigeaient l'un vers l'autre. Ils n'étaient maintenant séparés que d'une centaine de yards, puis cinquante, puis trente... Ils se percutèrent dans un fracas de sabots, de sourds mugissements, de beuglement aigus, s'éparpillant tous azimuts, tournoyant sur eux-mêmes, soulevant des trombes de poussière. »

dimanche 26 mai 2019

Le Palais des Doges

« Pour être précis, il faudrait dire qu'entre les Doges et le village les kilomètres ne duraient pas pareil, selon qu'on était en bonne ou en mauvaise saison. Les distances, dans ce coin-là, c'est du temps, pas des mètres. »

L'hiver, la neige, le froid. Une ferme isolée. Gus et son chien à l'intérieur. Solitude d'une vie où son histoire est lourde de conséquences. Père et mère, mouais... Gus vit seul maintenant dans cette ferme. Les travaux de la ferme rythment ses journées. Il ne s'en plaint pas d’ailleurs. C'est sa vie. Il enfile ses sabots, siffle son chien, prend une masse. Il a une clôture à refaire au fin fond du jardin de son palais, la ferme des Doges.

Il rentre se réchauffer, regarde la café chauffer sur la gazinière. Café bouillu, café foutu disait sa mémé. Alors, il garde les yeux rivés sur la casserole. Brûlant, il l'aime, sans sucre aussi. Une goutte de gnôle, dedans pour aromatiser. Ou pour oublier ce genre de vie solitaire où son seul voisin est encore plus vieux que lui survit dans les mêmes conditions à quelques temps de sa ferme.

« - Tu veux que je te dise vraiment le fond de ma pensée ?
- Je t'écoute.
- Le diable, il habite pas les enfers, c'est au paradis, qu'il habite.
Abel sortit là-dessus, en laissant sa réflexion se balader dans la pièce, tel un chien qui aurait perdu son maître. Le genre de truc qu'on balance en sachant que ça fera son chemin à coups de hache.  »

lundi 20 mai 2019

La Mérica


L'heure de la retraite a sonné. Une corne de brume qui s'élève dans le brouillard, Le halo d'un phare au loin qui s'évapore dans ce flou obscur d'une fin de journée. Seul, il reste. Le dernier "prisonnier" s'en est allé. Il a toujours vécu là ou presque, tel un gardien de phare, un gardien de prison ou un gardien du temps avec le pouvoir d’antan de laisser pénétrer les gens sur le territoire de l'Amérique. La Mérica. Dans le temps, ils avaient tous ce mot à la bouche, le regard triste et perdu, leurs souffrances se lisaient sur les rides de ces passagers qui ont vécu l'enfer pour s'arrimer jusqu'à cette île, synonyme d'espoir ou de rejet. Lui, c'est le dernier gardien d'Ellis Island.

God Bless America. 
« Tous les mondes se croisent et America est le seul mot qu'ils possèdent en commun. »

Pris d'un grand élan mélancolique, il revient sur ses longues années passées à diriger cette île, en dehors des frontières. Les bateaux accostent, des pouilleux descendent sur le quai, un long couloir, des escaliers interminables, minables photos de la misère humaine. Une odeur de pisse, de sueur âcre, de pestiférés qui se mélange au parfum iodé de la brume au-dessus des flots grisâtres se déchiquetant sur le ponton. L'ampoule du lampadaire a grillé - tiens il faudrait la changer -, la nuit se fait et se tait, le silence prend possession des lieux et l'enveloppe de toute sa splendeur. Il repense à sa femme Liz, enterrée là juste derrière, à Nella cette rencontre qui le bouleversa à jamais, à tous ces gens venus croire en lui, lui demander de l'aide - son aval pour franchir les portes du paradis. Et renaître. 

mercredi 15 mai 2019

Amour en cage


« Dans la vitrine, je dispose des livres d'occasion que je viens d'acheter. Il est environ quatre heures de l'après-midi. Une neige floconneuse commence à tomber. »

Sur ma table de chevet, je regarde la petite grue en origami, façonnée par de douces mains, précieuses mains caressantes. Je caresse la précieuse couverture d'un roman, pas d'occasion pour le coup. Une lanterne japonaise s'illumine dans ma sombre mémoire, une musique, une guitare, un saxo, me trottent dans la tête. Si profondément que je me demande si cette musique provient de cette vie, ou d'une vie antérieure, d'un passé si lointain. Hôzuki, des physalis couramment appelés Amour en cage – ou Lanterne japonaise. J'aime l'aspect floral des romans d'Aki Shimazaki, qui de ses mains québécoises m'a façonné cette grue et une précieuse dédicace.

Je vois cette boutique de livres d'occasion, l'envie irrépressible d'y pénétrer, corps et âme et m'imprégner de son parfum de philosophie et d'amour. Bien que j'y connaisse rien ni en l'un ni en l'autre. A l'intérieur, Mitsuko... Son sourire me dit quelque chose, fantasme de l'autre nuit dans cette taverne, moi miteusement triste, elle sublimement belle. Dans une autre vie, ou juste le week-end, elle est hôtesse dans cette taverne, si cher à Rufus. Mais le reste du temps, elle est seule à s'occuper de son fils muet. Jusqu'au jour où une femme, disons-le, bourgeoise, pénètre dans la boutique à la recherche de livres de philosophie rares – pour son mari précise-t-elle. Et là, des secrets bien lourds à porter rejaillissent pour bousculer l'équilibre fragile de ces vies.

lundi 13 mai 2019

Poésie de l'Absinthe

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

L'albatros.


L'air piteux, j'ai ressorti d'un carton tout poussiéreux, ces fleurs du mal, fleurs jaunies et fanées de les avoir laissées dans un coin sans les arroser. Le pichet d'eau à la main, je te rassure, dans l'autre, il y a ce verre de petit jaune qui m'accompagne, je replonge dans ces mers et redécouvre toutes les annotations que j'avais soulignées au crayon à papier HB de l'époque, si je me souviens bien, c'était au siècle dernière, livre que j'ai choisi pour l’épreuve de français d'un baccalauréat passé sans passion ni idéal.

samedi 11 mai 2019

Chaos

Quelques jours à Toronto. Enfin, je crois, je présume. J'imagine, car ce film s'imagine. Il ne se regarde pas, il se questionne, il dérange, peut-être, un peu, beaucoup. Bon OK, il se regarde aussi, pour le regard de Jake Gyllenhaal, les regards devrais-je dire. 

« Le chaos est un ordre qui n’aurait pas encore été déchiffré ».

Pourquoi ai-je mis autant de temps à découvrir cette œuvre - magistrale - du québécois Denis Villeneuve, alors que j'avais déjà tant adoré Incendies et Prisoners. Sa sortie en salle (2013) m'avait probablement complétement échappé. Mais alors pourquoi ai-je mis autant de temps à décellophaner le DVD alors que depuis j'ai tant apprécié Sicario, Premier Contact, Blade Runner 2049. Il y a des mystères dans la vie qui s'échappe vers le chaos. Parce que ce film, c'est un crochet du droit à mettre le spectateur KO, genou à terre des étoiles dans la tête, pour peu qu'il soit épris d'une mouvance schizophrénique. Alors, prêt à (me) suivre (dans) cette déviance entropique ?

dimanche 5 mai 2019

Des Années de Pèlerinage


Rarement je n’ai pu autant m’identifier aussi fortement, indélébilement, à un roman. Ce Tsukuru Tazaki me cause au plus profond de moi-même, il est simplement en moi, je le ressens à chaque étape de ma vie. Je crois qu’on se comprendrait tous les deux, à moins qu’il soit moi, que je sois lui, que nous ne sommes qu’un. Une même et unique âme dans une même et unique putain de vie.

« J'ai ressenti avec de plus en plus de force que les autres me considéraient comme quelqu'un qui ne valait rien, ou qui était tout à fait inintéressant. Du moins, je me suis vu ainsi. »

Ils sont cinq, comme les doigts d’une main. Unis et inséparables. Du moins, c’est ce qu’il croit, qu’il pense, jusqu’au jour où, du jour au lendemain, on lui envoie, une lettre, un mail, un coup de téléphone, peu importe, lui demandant de ne plus revenir. Il l’accepte, même si intérieurement il ne le comprend pas, mais il ne s’imposera jamais aux autres, même si une profonde communion était née entre eux. Cette séparation, brutale, signe sa mort intérieure. Il survit dans ce monde mais sent qu’il n’appartient plus à ce monde. Face à la couleur de ses amis, lui qui s’est perçu toujours comme un être incolore voir transparent dans cette société-là, il n’a plus d’existence dans ce monde, ou est-ce ce monde qui n’a plus d’existence ou de réalité dans cette vie-là. Attendre une prochaine vie…

« Lorsqu'on est profondément blessé, les mots ne vous viennent pas. »

jeudi 2 mai 2019

Parce Que La Nuit


Eté 1967, début et fin d’une vie. Pour la fin, celle de John Coltrane. A Love Supreme sera son testament. Une œuvre qui bousculera tant d’âmes, celle de Patricia en premier, la tienne peut-être, la mienne, une évidence. L’été de la mort de Coltrane fut une ode à la brune, belle et pleine d’épices, à la musique, des références rock au punk et à l’amour, pour un homme son évidence. 1967, un tournant dans cette putain de vie.

« C’était le vendredi 21 juillet, et subitement je me suis heurtée au chagrin d’une époque. John Coltrane, l’homme qui nous adonné A Love Supreme, venait de mourir. Des dizaines de personnes se rassemblaient en face de St. Peter’s Church pour un dernier adieu. Les heures ont passé. Les gens sanglotaient tandis que le cri d’amour d’Albert Ayler réchauffait l’atmosphère. On aurait dit qu’un saint était mort, un saint qui nous avait offert une musique pour guérir l’âme et n’avait pu lui-même être guéri. Parmi tous ces inconnus, j’ai ressenti un immense chagrin pour cet homme que je n’avais pas connu, sinon à travers sa musique. »

Patti Smith, dont sa musique a participé depuis quelques années à ma vie, se livre presque intimement et nous livre un grand roman d’amour et de tristesse, deux sentiments qui vont de pair. Spleen, les mots de Baudelaire sont profondément ancrés dans son âme. Coltrane, Baudelaire, les références, des êtres qui me causent également tant ils sont présents en moi. Elle évoque aussi ses doutes à ses débuts, et d’ailleurs il n’y a de début qu’à cause de l’influence d’un autre poète, dont j’ai aimé me recueillir sur sa tombe, main dans sa main, Jim Morrison, le silence des lieux, son silence, mon silence. « Le silence était complet, à l'exception du bruissement des feuilles d'automne et de la pluie, qui devenait plus drue. Sur la tombe sans inscription s'accumulaient les présents des pèlerins qui m'avaient précédée : fleurs en plastique, mégots de cigarettes, bouteilles de whisky à demi vidées, chapelets cassés et amulettes bizarres. Le graffiti qui veillait sur lui était fait de mots tirés de ses propres chansons, traduits en français : C'est la fin, mon merveilleux ami. This is the end, beautiful friend. »  The End, fin d’une vie au cimetière du Père Lachaise, la tristesse en guise de suite, le retour au silence et à cette putain de vie.

lundi 29 avril 2019

Fleur de Geisha

Et si je levais un peu les yeux de mon bouquin...

« - Le printemps est là, a-t-elle murmuré en flairant le vent. Les cerisiers n'allaient pas tarder à fleurir. Le ciel avait un sourire rose tendre. »

Sentir le vent bousculer ma crinière ondoyante et voir s'emmêler quelques fleurs de cerisier venir atterrir dans mon verre de bière. Regarder ces fleurs si éphémères embellir les vies de promeneurs anonymes, de belles amoureuses ou de sombres et tristes solitaires. Comme un feu d'artifice floral qui illumine les jardins à l'ombre du zen et des temples. D'ailleurs, question temple, je me retrouve à Kamakura. Splendide ville où règne le Daibutsu de sa majestuosité, des vagues qui se déchirent sur ses falaises, et de longues marches d'escalier pour atteindre l'antre sereine des nombreux temples égrainés aux abords de la forêt.

« Les oiseaux bavardaient gaiement, comme s'ils picoraient les vestiges de la nuit. »

Guider par quelques senteurs, animer par le plaisir d'un thé fleur de geisha, je découvre une papeterie que je n'avais jusqu'à présent jamais osé pénétrer. C'est que je suis timide et qu'il me faut du temps pour oser m'aventurer dans certains plaisirs de la vie. M'attabler à la terrasse, commander une bière, et la regarder, écrire, s'appliquer sur chaque syllabe calligraphiée, trouver le bon sens d'écriture, l'enveloppe adéquate, la qualité du papier, de l'encre, de la plume, surtout pas de critériums. Même le choix du timbre a son importance. Chaque chose a de la valeur dans la correspondance, même dans une lettre de rupture. 

lundi 22 avril 2019

Whiskey et Tennessee


« Il glissa une main furtive dans son soutien-gorge, pour cueillir au creux de sa main son sein droit. Assurément, jamais chair n'avait été aussi douce, ni aucun fruit aussi délicat. Cathy bougea à son tour, son bras doit entoura la gorge de Thibodeaux, la pression de ses cuisses augmenta légèrement, mais de façon perceptible, elle plaqua son pubis contre lui. Est-ce qu'il devenait fou, s'imaginant des choses, ou bien sentait-il vraiment entre ses jambes une source de chaleur ? »

Sandy Thibodeaux et John Stoneburner dans les années soixante-dix, deux pauvres types qu'une guerre du Vietnam a déglingué un peu leurs ambitions et flingué leur avenir. Du genre, c'était par leurs guerres, pourtant ils y sont allés, y ont survécu, et se retrouvent maintenant au retour de carnages perdus dans cette Amérique-là. Thibodeaux traîne ses guêtres parmi les décharges du Tennessee, Stoneburner est dans le genre détective privé, sans secrétaire bien roulée. Ils se sont perdus de vue, l'un a sauvé l'autre au Vietnam, à moins que ça soit l'inverse. Ils vont se retrouver dans une affaire de magot, de fuite et de drogue, l'un ayant été engagé par Cap Holder pour retrouver l'autre.

« Il serra son sein un peu plus fort, il en pinça doucement le mamelon entre le pouce et l'index, il sentit même une pression minuscule entre ses doigts, les lèvres de Cathy glissant sur sa gorge, un grondement sourd lui emplissait les oreilles, l'éternité bâillait et il ne voulait pas lui résister. Il sentait son sang courir à la surface de sa peau, et sur son ventre, son érection était brûlante sur toute sa longueur. »

vendredi 19 avril 2019

L’art de la Fugue

« L’élixir sacré de cette cérémonie était le pastis. Il coulait à flots dans tous les verres mais son parfum anisé écœurait Nicole et elle était la seule à consommer du cap-corse, un mélange amer de vin, de plantes aromatiques, d’écorce d’orange et de quinquina. Elle sirotait sa liqueur avec une paille parfois assise sur le bar, en observant et appréciant l’étrange comédie humaine. A l’heure de la fermeture, des ombres titubaient dans les ruelles pour regagner le domicile conjugal, où les épouses, comme tous les soirs, s’étaient assoupies dans une attente toujours déçue. La nuit corse était exquise, fraîche et parfumée. Seules la lune ou les étoiles éclairaient les épaisses maisons de pierre, il n’y avait pas de réverbères, pas d’électricité […] Dans leur délicieux nuage d’ivresse, tout semblait mystérieux et beau. »

Sa musique me berce depuis de longues années. Comme le père. Un poète enchanteur, des mots qui m’émeuvent, ses textes sont des proses magnifiques à lire, juste avec quelques notes de piano ou quelques longs silences qui égrènent ma vie. « Fugues », son art, ses doutes, sa liberté. Un instantané autobiographique sur la jeunesse, une ode à la liberté. Arthur décide de s’ouvrir, son cœur, son âme, sa fugue sera l’objet de cette musique. Assis devant un piano, tentant de déchiffrer l’art de la fugue de Johann Sebastian Bach, il va se plonger dans ses souvenirs.  

Au cours de cette écriture, s’écrit une étrange coïncidence, une autre fugue, en plus de la sienne et celle de Bach. Quelques années plus tôt, sa mère Nicole trop enfermé dans le carcan parental et sociétal, quitte sa ville d’Argenteuil avec quelques amis. Direction la Polynésie et Tahiti. Le voyage débutera par la Corse, elle n’ira pas plus loin. Mais ce besoin d’être libre était plus fort que tout.

lundi 15 avril 2019

Chimay ou Saké


Aujourd’hui, je m’envole pour le Japon. Rendez-vous amoureux avec cette brune épicée biberonnée à la bière dès les prémices de l'enfance, de la gueuze à la Chimay au pays du saké. Sans stupeur, ni tremblement. J’ai toujours aimé boire des bières brunes avec une belle brune, surtout en tenue d’Adam et d’Eve. C’est comme ça qu’elle est la meilleure, la brune. D’ailleurs cela fait bien longtemps que je l’ai perdu de vue. Des mois que mon chemin solitaire s’est vu écarter de sa route, littéraire. Bref, je m’écarte de la voie de la bière, ou celle de l’amour, ou celle des cerisiers japonais. En 1989, Amélie atterrit au Japon, comme un retour  au pays de son enfance. Elle donne des cours de français – ou de belge, va savoir les mystères du langage et son décodage – et tombe amoureux de son élève, Rinri. Et comme Rinri rime avec Amélie, je laisse de côté la Kirin, bonne pour accompagner quelques sushis et autres yakitoris, pour me rincer l’œil d'une belle gueuze, une geisha au kimono entrouvert, sers-moi donc une Chimay que je mate ton sexe épilé.

« Nous bûmes de la bière Kirin. J’avais apporté de la Chimay qui se fût bizarrement accommodée avec la sauce d’Hiroshima. Les cervoises asiatiques sont d’idéales bières de table. »