vendredi 14 septembre 2018

Madame Butterfly

« La Toyota glissait sans heurts dans la nuit.
Une nuit claire, une nuit sans vent.
Des putes au coin des rues, et aussi des junkies.
Dans ces rues, il se passe toujours quelque chose, pensa Frank, dans ces rues on ne peut pas se cacher la réalité. »

L'univers de la nuit, nuit chaude, bouillante de sueur, de peur et de foutre. Des coins glauques en ruelles sombres, je déambule le long du trottoir, entre deux lampadaires qui illuminent faiblement deux putes d'un côté et deux junkies de l'autre. Les unes me regardent, les autres ont leurs regards portés sur une seringue. Je suis à la recherche de Frank mon alter-ego. Un flic de bas étage renfermé sur lui-même qui en a vu des saloperies de la rue, mais qui n'est pas très blanc non plus. La nuit, de toute façon, tout est noir ou gris. Même l'âme de New-York.

dimanche 9 septembre 2018

La Dernière Goutte

« Le son de ma voix » fait partie de la catégorie de romans dont tu ne sais pas pourquoi tu l’as en main. Tu ne connais pas l’auteur, ni même le bouquin. Mais tu l’ouvres quand même, une page tu gouttes à la plume écossaise. Une seconde page, tu penses à la bouteille de whisky écossais dans le buffet. Une troisième page et tu continues de penser à cette bouteille de whisky. Quatrième page, whisky whisky. Cinquième page, ton esprit est obnubilé il se lève se sert un verre. Sixième page, tu humes ton verre. Septième page, les premières gouttes de ce liquide ambré descendent en ton for intérieur. Huitième page, tu te sers un second verre. Neuvième page, tu arrêtes de boire pendant ta lecture. Dixième page, tu te lèves de nouveau, pour te servir un autre verre et garder la bouteille à portée de main. « Le son de ma voix », c’est un putain de bouquin dans une main, et une putain de bouteille dans l’autre. Et tu y restes accroché tout au long, comme scotché à ton scotch. D’Écosse, le scotch. Comme le bouquin.

« Au début, tu voulais boire l’océan pour le mettre à sec, mais tandis que tu t’y employais, toutes sortes d’horreurs – à la fois vivantes et mortes – sont apparues. Ces créatures tâtonnaient vers toi à l’aveuglette. Plus elles étaient horribles, plus tu buvais – comme si tu tentais de les avaler, de les ôter de ta vue. Tu ne bois pas pour oublier – cela ne se passe plus ainsi – au lieu de cela, l’océan est devenu tout ce qui n’est jamais arrivé, et quand tu bois tu peux nager sans effort là où l’humeur te porte. Tu bois effectivement comme un poisson dans l’eau, puisque boire te permet de respirer sous l’eau. »


mardi 4 septembre 2018

Blue Monk, Blue Moon, Blue Hotel

« Il n'y a que l'amour pour sauver ce monde. Pourquoi j'aurais honte d'aimer ? »
Je mets sur la platine le Blue Monk de Thelonious Monk. Des bleus à l’âme. Ma vie est une succession de noir et de gris, sombre, seul, l’espoir de découvrir l’amour abandonné. Et puis je rencontre cette femme, sublime d’ailleurs, un sourire à en faire péter les boutons de mon jean. Même en noir et blanc, son regard illuminerait ma putain de vie. Sauf qu’elle a les cheveux bleus. Et tout d’à coup, de la couleur rentre dans ma vie. Du bleu partout. J’écoute blue, je pense blue, je vois blue. Le blues se chasse de ma vie. Parce que le bleu est une couleur chaude. Ma vie devient chaude, cette nana aux cheveux bleus est chaude. Comme je les aime.

Mais je me demande ce qui m’arrive, une nana aux cheveux bleus ce n’est déjà pas commun. Mais une nana en plus qui se retourne sur mon passage et qui me sourit, c’est, je dois l’avouer, inimaginable. A me retourner avant que je n’ose la retourner. Mes Kickers sont bleues, mes chaussettes deviennent bleues et je mets même un caleçon bleu (il m’arrive effectivement d’en mettre un, certains jours). Le bleu transforme ma putain de vie qui pour une fois s’illumine.

Et cette envie de baiser avec cette femme teinte en bleu ne me quitte pas. Les gens me regardent bizarrement, comme si cela était si inhabituel. Après tout, elle a quand même les cheveux bleus, il y a de quoi se poser quelques questions. Après tout, j’ai la bave qui coule aux lèvres, l’œil lubrique et l’érection fatidique. Des interrogations, le mystère de l’amour, en bleu.


samedi 25 août 2018

Un goût de bois, de sel et de poussière


« Nous longeons des hauts fourneaux, des stations-services et des caravanes alignées sur le bord de la route. »

Avec un goût de poussière dans la bouche, le dos fourbu par cette route interminable et cahotante. Je crache par terre le peu de salive qui me reste en bouche. Ma main, par habitude, plonge dans la glacière mais ressort à nue. J'ai déjà bu la dernière bière il y a bien soixante miles. C'est donc avec un sourire salutaire que je tourne le volant, et m'engouffre dans ce qui ressemble le plus à de la vie, un soupçon de vie dans une poussière balayée par le vent. Ferme la vitre ! on n'arrive plus à respirer.

« Il engage sa vieille voiture dans le parking d'un vaste bâtiment en bois surmonté d'un panneau qui annonce 'The Ranch' en grandes lettres malingres. Le soleil commence tout juste à se coucher, mais l'endroit est aussi illuminé que Las Vegas. Toute une armée de pick-up sales encombre le parking. »


Se frayer un chemin entre les rétroviseurs et les pare-chocs chromés et suivre le brou-haha d'une meute gueularde et assoiffée. Un lieu qui n'a pas de nom, comme un ranch sans nom. Un air abîmé, par le temps, la poussière et le fracs de la vie, j'imagine déjà les âmes qui y règnent. De la peine et de la bière qui coulent à flot sur le comptoir et qui déversent son lot de solitude et de tristesse. Être un cow-boy solitaire a son revers, celui de se retrouver seul à boire sa bière, dans la fraîcheur d'une pénombre en coin, ou dans un coin d'une moiteur extrême.
  

vendredi 17 août 2018

Miles, Milos, Paco ou Pepe…


Aïta et Ama coule des jours paisibles avec leurs trois enfants entre Irun et Aranjuez. Des promenades main dans la main dans les jardins de la ville, senteurs d’orangeraies qui distillent un parfum d’amour et de soleil dans cette vie-là. Mais si je suis ici, ce n’est pas pour te conter l’amour et le bonheur. Enfin presque, l’amour, il y sera toujours question mais le bonheur s’éclipsera devant la montée d’un homme, Franco et ses troupes qui avancent dangereusement pour des activistes républicains. La famille est contrainte à l’exil.

L’exil vers un nouveau pays. Tenter de se reconstruire et de maintenir unie cette famille. De l’autre côté des Pays basques, la vie n’est plus ce qu’elle était, mais au moins la famille est libre. Elle a un toit, même si la chaumière occupée est étroite, puante, sans eau ni électricité. Mais ils sont libres. Libres et ensemble. Mais en France, les heures sombres viennent aussi se mêler à cette vie de pauvreté. Les allemands jouent les tortionnaires psychologiques. Alors dans ces conditions, difficile de se sentir bien chez soi, ne restent que des « rêves oubliés » d’une vie d’avant, entre Irun et Aranjuez.

« Ama, je n’ai pas de mots, je ne porte en moi que du silence. Et pourtant ce silence, loin d’être vide, est plein de vie, plein de toi. Je le sens se mouvoir comme une force lente, constante, comme une masse ardente. Tes mains diaphanes l’ont sculpté pour lui donner tes traits. Je n’ai qu’à fermer les yeux, et tu es là, en moi, à portée de cœur.
Enlacée.
Comme j’aimerais te décrire ces silences qui sont les miens, leurs approches furtives de toi, à l’affut d’une caresse. Comme ils se faufilent dans mon souffle pour soulever, sur ta nuque, les mèches de cheveux qui s’échappent de ton chignon. Y déposer un baiser.
Ama, tu as chassé de mon âme tout ce qui devait l’être pour n’y laisser que l’essentiel de l’émerveillement et de l’amour.
Chacun de tes sourires abandonne, à son insu, une bribe de toi en moi. Ces bribes sont devenues un jardin fou, une forêt où chaque arbre porte un souvenir de nous. Je m’y promène à ma guise, toujours ébloui par ces instants passés ensemble et par l’espérance de ce qui nous reste à vivre.
Ama, perdons-nous encore. »

vendredi 10 août 2018

Ces yeux bleus qui pleurent sous la pluie

T’es pas un loser, p’tit. En fait, j’ai l’impression que si. C’est comme ça, mec. La loose, je la sens en moi, j’la ressens même. L’archétype du pauvre type. Si tu savais comme ce qualificatif me colle à la peau. La vie dans une putain de vie, une vie qui bascule en vadrouille dans le Nevada. Une nuit d’hiver à Reno, nuit froide nuit d’ivresse, l’esprit se bouscule à l’intérieur et puis un bruit, un choc, laisser le cycliste au bord de la route. Prendre la route dans une vieille Dodge, modèle 74, le vieux Tom Waits qui braille dans les haut-parleurs de la caisse et prendre la fuite.

Je l’ai senti de suite que cette nuit allait mal finir. Dès que le pigeon s’est écrasé contre ma fenêtre, la brisant et laissant entrer le froid s’engouffrer sous la couette. Jerry Lee et Frank, deux frangins qui fuient leur destin et leur propre vie. De motel en motel. Fucking Life.

« On est des mecs foireux, Frank. C'est pour ça qu'on rencontrera toujours des gens qui sont foireux. Et moi, ça, je peux le comprendre. Mais ça n'en fait pas pour autant de mauvaises personnes, t'es pas d'accord ? Si t'as jamais eu de chance, ça veut pas dire que tu en auras jamais, pas vrai ? Y a des gens malchanceux, eh ben, ils finissent par avoir de la chance. Tout le monde peut pas être maudit, enfin, je crois pas, Et puis, tu as besoin de quelqu'un. S'il y a un gars sur terre qui a besoin de quelqu'un, c'est bien toi. Tu es le mec le plus seul que je connaisse. Tout le monde le dit. »

dimanche 5 août 2018

Macadam Story

La chaleur écrase sa lourdeur sur les corps gisant à même le macadam. Des orages éclatent, trombes d’eau qui fracassent ces mêmes corps. Un froid glacial mord l’inertie de ces êtres vivants ou à demi-mort. Les saisons s’enchaînent, se défilent, avancent, sans retour arrière. Inexorablement, le temps marque l’empreinte de ces milliers de personnes habitués des recoins de rue. En cette journée d’été, je descends en sous-sol respirer l’air nauséabond d’un métro, ligne 13 quais puants, mon livre de poche en poche.

Une jeune fille, peut-être trop intelligente pour son âge, s’adapte à sa vie de collégienne tant bien que mal, restant dans son coin à observer ses camarades, à demi cachée derrière le vieux chêne. Un silence au milieu du brouhaha d’une cour de collège. Avant la sonnerie fatidique Lou se promenait encore du côté de la gare d’Austerlitz, promener son regard sur les autres. Et croiser la mine crasseuse et intrigante de No, Nolwenn. Refermée sur elle-même, à peine plus âgée qu’elle… Et pourtant… une ado dans la rue semble vieillir beaucoup plus vite… No, une sacrée « affaire ».

« Je vois sa lèvre trembler, ça dure à peine une seconde, elle baisse les yeux, je prie dans ma tête de toutes mes forces pour qu’elle ne pleure pas, même si je ne crois pas tous les jours en Dieu, parce que si elle se met à pleurer je m’y mets aussi, et quand je commence ça peut durer des heures, c’est comme un barrage qui cède sous la pression de l’eau, un déluge, une catastrophe naturelle, et pleurer de toute façon ça ne sert à rien. »


vendredi 3 août 2018

It's Raining Again

Si en France, on a des parapluies, même à Cherbourg, en Chine, ils ont des cirés noirs à capuche. C’est moins coloré, cela donne un visuel très uniforme, voir monotone, tout dans la sobriété et la tristesse. Univers sombre mais la pluie perpétuelle qui ne cesse de tomber pendant au moins 1h50 du film (sur 1h57, oui le générique est sobre et sans pluie) apporte une note de mélancolie. La pluie me rend d’ailleurs mélancolique ou agit de telle sur mon esprit fracassé par ces incessantes grosses gouttes d’eau – de quoi même noyer mon verre de saké.  

Après ces quelques considérations purement poético-météorologiques, un cadavre de femme est retrouvé dénudée dans le champ voisinant l’usine locale de fonderie. Puis un second… Les pluies diluviennes lavent les indices, et l’enquête avance aussi lentement qu’un escargot venu prendre son bain de boue, et la quête de Yu…

J’aime la monotonie de l’univers, savoir que tous les jours la pluie s’abat sur toi, à sentir le bison mouillé. J’aime les films qui prennent leur temps pour nous imposer une atmosphère lourde et nous questionner sur le fondement de l’humanité (Pourquoi c’est mouillé ? Ben, parce qu’il pleut).

mercredi 1 août 2018

Le Jardin des Jujubiers

Alléché par l’odeur du Kimchi, je déambule dans les ruelles, étroites et sombres. Sombre et parfumée, cette nuit éclairée par la brillance d’une lune teintée de bleu, je m’engouffre derrière le rideau d’une devanture au nom si poétique : « Le Jardin des Jujubiers ». Plat du jour : soupe de poulet aux jujubes. Une spécialité locale, comme les poils pubiens que l’on retrouve collés sur les baguettes. Après m’être réchauffé le corps, j’ai envie de réchauffer mon âme. La serveuse me propose de la rejoindre dans les petits pavillons d’à-côté. Je sens, je sais, que mon âme va jouir de cette nouvelle intimité. Bienvenue au Jardin des Jujubiers.

Yi-seol Kim, auteure que je découvre avec ce roman mais dont je connaissais déjà le nom puisque toutes les Corréennes s’appellent Kim, peint avec cynisme et crudité la place de la femme dans la société coréenne. Etre une femme et une prostituée semble être une évidence dans l’univers très masculin de la Corée du Sud, et la réalité de ces femmes reste bien sombre pour leur avenir.  

« De nos jours, ne pas avoir de maîtresse pour un homme, c’est un handicap de sixième degré. Ça te dirait d’être la mienne ? »

samedi 28 juillet 2018

L’homme qui fumait sur le Titanic ?

Les étoiles scintillaient encore dans le ciel d’un bleu noir, sombre illuminé par une lune maritime si près du pôle qu’on pourrait la caresser. Des glaçons dans mon verre, on the rocks, sonnent comme une corne de brume par temps de brume. Un énorme glaçon – dans le genre gros iceberg qui se promène la nuit sans faire de bruit, s’épanche sur le pont d’un bateau de croisière. Le fracas est prévisible, en cette douce et froide nuit du 14 au 15 avril 1912. Le Titanic sombre, un homme sur le pont fume le cigare, quand les corps se jettent à l’eau…

Au sommet des Dolomites - je t'aurais bien fait une rime avec sodomites, mais l'histoire ne s'y prête pas même avec une femme la fleur de l'âge, même avec une histoire d'amour et d'origami -, des fumées sur le mont Fumo sous le regard de la lune alpine et des étoiles italiennes, un homme sorti des tranchées fut fait prisonnier. Nous sommes le 14 avril 1916, Jacob Roumann, docteur dans une guerre d’horreur et de mutilés, se voit charger d’interroger le prisonnier. 
Qui est-il ? 
est la question de son supérieur. 
En réponse, il obtiendra deux autres questions : 
Qui est Guzman ? 
Et qui était l’homme qui fumait dans le Titanic ? 

mardi 24 juillet 2018

Chronique d'une Beuverie Annoncée

Santiago Nasar va mourir. C’est annoncé dès le départ, dès le titre du roman. C’est un fait. On n’y pourra rien. Pas la peine de chercher à le sauver, sa mort est annoncée, et ce n’est pas à moi de la chroniquer. Enfin, si, quand même un peu sinon, je ne serais pas devant toi à te parler d’un roman de Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature, prix pour moi d’une atmosphère tourbillonnante. Laisse la bouteille sur la table, le temps de me servir un verre, ou deux, chronique d'une beuverie annoncée.

Je ne te cacherais pas plus longtemps les coupables, ni mêmes les aboutissants de ce fol, et étrange, lendemain de noce. Alors que tout le monde reprend ses esprits fortement embrumés par le flot d’alcool qui s’y est déversé durant ces deux jours de fêtes, Santiago Nasar va mourir. Des trompettes sonnent dans le vent, vent qui fait tourbillonner la poussière. Dès qu’il y a de la poussière, je me retrouve dans mon élément, poussière de vie qui s’envole, comme la mienne de vie. Des trompettes dansent, façon mariachis. Je les entends entre les paragraphes de l’auteur. Ses phrases doivent être à l’unisson du vent et de la musique, j’avais constamment le sentiment étrange de voir tourbillonner la poussière et la musique.

« La cérémonie officielle s’acheva à six heures du soir, quand les invités d’honneur se retirèrent. Le bateau repartit tous feux allumés, en laissant un sillage de valses jouées au piano mécanique, et nous restâmes durant un instant à la dérive au-dessus d’un abîme d’incertitude avant de nous reconnaître les uns et les autres et de nous enfoncer dans la mangrove de la beuverie. »


vendredi 20 juillet 2018

Spirit of St Louis

Un été 1927 à découvrir. Une année riche, formidable, épique. Une année folle composée de légendes et de drames, des hommes et des triomphes. Commençons par le plus grand évènement du siècle dernier ou presque puisque à l’époque l’homme n’avait pas encore marché sur la lune, mais n’avait pas non plus traversé l’Atlantique en avion. C’est de ce point de départ, et en guise de fil rouge que Lindberg va traverser l’océan pour la première fois, en solitaire qui plus est, dans un avion façonné presque de bric et de broc, sans compas, ni la voix érotique d’un GPS ou celle d’un copilote grincheux. Respect et admiration de la foule. Le Spirit of St Louis a décollé de New-York pour atterrir quelques jours plus tard à l’aéroport du Bourget. Clameur de la foule, la population se déplace en masse pour découvrir ce nouvel héros et le célébrer tel un… champion du monde… Grande parade, immense émotion, les gens en pleurs et en cri.

Mais le soccer n’est pas encore implanté – et ne le sera probablement jamais dans ces terres-là. Non, là-bas, les dieux du sport, sont les joueurs de Baseball. Que de matchs épiques racontés par l’auteur, comme de souvenirs de jeunesse, bien qu’il ne soit pas assez vieux pour les connaître. Mais le sport se raconte de génération en génération et les héros tel que Lou Gehrig et surtout son coéquipier Babe Ruth révolutionnèrent ce sport avec leurs frappes dingues et des records de Home-run. Oui, tu n’y connais rien au Base-ball, tu n’as jamais vu un match de ta vie, pourtant, avec la plume de l’auteur tu ressens cette sueur dans le gant, les frissons des spectateurs manquant de s’étouffer avec leurs hot-dogs, la balle qui vrille grâce au crachat du lanceur…

lundi 16 juillet 2018

Aucune Règle (sauf pour la recette du Mojito)



Même recette. De la poussière, de la tequila et une frontière entre le Texas et le Mexique à traverser, à tombeau ouvert, file du milieu la route est dégagée. Emily Blunt a disparu du générique, restent les têtes viriles, même en claquettes, de Josh Brolin et Benicio Del Toro.  Là où les cartels règnent, les règles s'affranchissent de toute convenance. Fuck les règles ! D'ailleurs si le gouvernement fait encore appel à Josh, c'est bien pour avoir une tête brûlée qui emmerde tout sur son passage, les mexicains et ces putains de règles d'un gouvernement de droit, frileux et timoré face à d'éternelles réélections.

Il n'y est plus question de drogues, juste de faire exploser une guerre des cartels. Et là tous les moyens deviennent autorisés y compris celui d'enlever en plein jour, à la sortie de l'école, la fille d'un des chefs de gangs. Moins tape à l’œil dans l'action que le précédent opus de Denis Villeneuve, ce second malgré l'anonymat revendiqué de son réalisateur, Stefano Sollima, n'a pas à rougir d'une action et d'un rythme toujours efficace, la poussière qui s'envole, puis-je avoir mademoiselle la serveuse latino en bikini un parasol en papier dans mon mojito, j'ai soif de vengeance et de rhum.

samedi 14 juillet 2018

Des rêves, du malt et une femme, le piano de Keith


« Son mari n’avait jamais la gueule de bois. Tant mieux pour lui. Non parce qu’il supportait bien l’alcool, mais, selon sa théorie personnelle, parce qu’il savait « bien boire », et elle était prête à le croire. Quand il sentait l’ivresse pointer, il réduisait aussitôt la cadence d’ingurgitation. C’est comme quand on remplit d’eau un récipient dont le fond est percé d’un petit trou, affirmait-il, si on ne verse pas plus de liquide qu’il n’en disparaît par le trou, le récipient ne déborde pas. Et c’est sans doute grâce à cette méthode que, ce matin-là encore, il se réveilla en forme. »

Alors que je débouche ma bouteille de Nikka pour lire ce petit livre de Natsuki Ikezawa – ou ai-je lu ce petit recueil de trois nouvelles pour me servir un verre de Nikka, je suis pris par un sentiment étrange, celui d’être perdu dans un conte ancestral où je ne comprends pas grand-chose. Assurément, première nouvelle, premier verre seulement.

« Les origines de N’Kunre » m’emmènent en Amérique du Sud, j’aurais dû me servir un verre de rhum, une histoire d’adultère et de rédemption. La rédemption, je vais la croiser au fond de la jungle auprès d’un peuple reculé. Ma rédemption, je la trouverai probablement au fond de mon verre au cristal éculé.

jeudi 5 juillet 2018

L'histoire de l'histoire de l'amour


« Le lendemain matin, les premiers rayons du soleil levant tombèrent sur la couverture de L'histoire de l'amour. La pionnière d'une série de mouches atterrit sur la jaquette. Les pages moisies commencèrent à sécher à la chaleur tandis que le chat persan bleu-gris qui régnait sur la boutique le contournait pour prendre possession d'une flaque de soleil. Quelques heures plus tard, le premier d'une longue série de badauds lui jeta un coup d’œil rapide en passant devant la vitrine. La propriétaire du magasin ne chercha pas l'un ou l'autre client d'acheter le livre. Elle savait que, s'il tombait en de mauvaises mains, ce livre serait aisément rejeté ou, pire encore, ne serait pas lu. Elle préféra le laisser là où il était avec l'espoir que le bon lecteur l'y découvrirait. Et c'est ce qui arriva... »

Un rayon de soleil illumine les pavés de New-York, de Pologne et du Chili. Je mène mon chemin vers ces trois destinations simultanées à la rencontre de l'amour, celui de l'éternel, celui d'Alma. En poche, un étrange bouquin, pages jaunies par le temps, une odeur de temps s'évapore, la traduction espagnole d'un roman qui parle d'amour. Oui. L'amour. Toujours. Au centre de l'histoire, l'histoire d'un livre qui voyage à travers les eaux et les mers. Et les âmes. 

Et quel livre ! Les histoires se mélangent, comme les lieux, les époques et les personnages. Un puzzle qui page après page se construit sous mes yeux. Une fois le dessin achevé, je ne reste que silencieux devant la beauté de cette image. Ah… l’amour… toujours. L’amour des seins, l’amour pour une femme passée.

lundi 2 juillet 2018

La boum de Delphine Bercot

Voilà. Je crois que c'est fini. Je suis allergique à l'amour. L.O.V.E. Avec son tee-shirt noir et son cœur rouge dessiné sur le torse, il me promettait des histoires d'amour, de passion, de désir. J'avais tant kiffé ses précédentes chroniques de l'asphalte. Les deux premiers tomes étaient une merveille d'écriture, je plaçais Samuel Benchetrit au sommet de l'art littéraire, avec ses histoires de gamins sur l'asphalte. J'ai adoré aussi le Samuel cinéaste avec J'ai toujours rêvé d'être un gangster, la rencontre d'Arno et Bashung. L'esprit rock'n'roll...

Mais... Voilà. Le troisième tome arrive et je me suis ennuyé la plupart du temps lors de ces nouvelles, qui ont toutes pour point commun l'amour. J'en conclus donc que l'amour n'est pas fait pour moi. J'ai fini mon temps.

Je suis allé me servir un verre. Tout le monde buvait des Malibu, ou des whisky-coca. Je me suis servi un whisky sec que j'ai avalé d'un trait, sans savoir que je répéterai souvent ce geste pour me donner du courage.

Ce troisième volet - L'Amour - n'a  donc pas pris. C'est comme de mélanger du coca dans son whisky. Je ne comprends pas... Bon Ok, si. Un peu. Quand on est jeune, le whisky n'a pas la qualité que quand on a pris de la bouteille. Pas la même saveur. Comme l'amour. Si le désir est toujours là, présent en moi, les souvenirs emportent le pas, la mélancolie de l'amour, celui du petit a et du grand A. Le grand voyage vers l'inconnue et la passion. Comme celui de déboucher une bouteille de Monbazillac. 

mercredi 27 juin 2018

Matricide au Rasoir

L’esprit encore ensommeillé, j’ouvre la fenêtre de la véranda. Une vague de sel et de brume froide m’envahit. Les embruns giclent comme une artère segmentée au niveau de la carotide. Là, à la lueur du petit jour, je découvre que je suis couvert de sang séché, sur le torse, sur les mains, une goutte de sueur ferreuse s’immisce entre mes lèvres et se mêle au sel. Des empreintes de pas – les miens – dans une flaque de sang. Que s’est-il donc passé hier soir ? Les souvenirs se sont absentés pendant quelques heures, pas un bruit, sans mère, sans frère. Je caresse dans ma poche le coupe-chou lui aussi ensanglanté.

« Dans ce monde, on trouve toutes sortes de gens. Chacun fait tout et n’importe quoi de sa vie. Et quelques-uns deviennent des meurtriers. Par accident, par colère ou par jeu. Je crois que cela fait partie de la vie de l’homme. Pourtant, je n’avais jamais imaginé devenir l’un d’eux, ni que ma mère deviendrait une victime. Tout ce que je voulais, c’était avoir une vie à moi. Mon espoir, c’est que vienne le jour où je pourrais faire ce qui me plaisait, où je pourrais vivre ma vie à moi – après la mort de ma mère. Mais je n’aurais jamais pensé qu’elle mourrait de cette manière. Encore que si, d’ailleurs autant l’avouer. »  

Je m’approche de la chambre de ma mère, toujours aucun bruit dans la maison, pas même le floc floc de la cafetière qui égraine son temps et ses gouttes de café noir, ni même le toc toc du sang qui circule dans mes tempes. Je pénètre son antre, les pieds baignant dans cette mare de sang à l’odeur écœurante. Ouvrir la porte – qui n’était pas fermée à clé, se retenir de gerber devant ce spectacle nauséeux. Elle est là, allongée sur son lit, les yeux fermés, couverte elle aussi de sang – le sien, je présume. J’essaie de rembobiner le film d’hier soir, comme un scénario de la nouvelle vague, mais les éléments ne s’enchaînent pas, l’histoire de mes souvenirs reste étrangement mystérieuse. Suis-je donc devenu le meurtrier de ma mère ?   

mercredi 20 juin 2018

Poussière du Névada, Poussière de Ground 0

Quand t’es dans le désert…

Mae, croupière dans le Nevada, une vieille caravane, pas de chien, juste un fusil. Elle s’aventure la nuit, la poussière tourne autour d’elle, des yeux de coyotes la scrutent. Les lumières se sont éteints, loin de l’agitation frénétique de ces villes de jeux et de néons. Même la lune a disparu. Et quand le bleuté de la lune s’enfuit sur d’autres horizons, la vie perd de son sens, ne lui laissant que les souvenirs passés, seule dans ce désert.

« J’ai marché dans le désert jusqu’à ce que le monde commence à s’incurver, jusqu’à ce que les lumières de Boulder City s’affaissent derrière la ligne d’horizon. On ne peut jamais échapper complètement à la pollution visuelle de toutes ces villes, mais à l’endroit où je m’étais arrêtée, les étoiles brillaient davantage. Et, de nouveau, une nuit sans lune. »

La serveuse lui dépose son verre de whisky, et d’un air dégoûté, cette tranche de bœuf XXL tellement saignant que son cœur parait battre encore dans cet amas de chair rouge. Une télévision en fond d’écran derrière le comptoir. Les chaines d’infos en continu diffusent toujours les mêmes images. Inlassablement. Eternellement. Des avions qui s’écrasent contre deux tours. Des tours qui s’effondrent. Des victimes effondrées de peur, de rage, de terreur. Mae jouit de ce spectacle, coupée de la réalité du monde, ne voyant défiler depuis des années que des cartes de couleurs noir ténèbre ou rouge sang et des jetons noir et rouge. Indifférente à la vie de ces mortels, si ce n’est que pendant 7 secondes, 7 longues secondes qui passent en boucle et durent des minutes, des heures, elle reconnait Laurel, amante et aimante d’un passé oublié. Et son passé ressurgit de sa mémoire.

dimanche 17 juin 2018

Se prendre pour Gary Cooper

« - Y a un fusil pointé sur toi, vieux, a lancé un type. Approche-toi de la lumière, les mains en l'air.
C'était pas le moment d'enfiler mes bottes. J'ai obéi.
- T'es là depuis combien de temps ? a demandé un homme avec une moustache noire.
Ils étaient quatre. Tous armés.
- Combien de temps, on s'en fiche, a repris un barbu. Ou bien il est avec nous, ou bien il est mort.
- Je suis avec vous, j'ai répondu. C'est qui, vous ?
Le barbu a froncé les sourcils.
- T'as déjà convoyé du bétail en participation ?
- Juste contre un salaire. Je suis un cow-boy pas fainéant qui cherche une occasion.
- Elle vient de te trouver, a-t-il déclaré. On t'appelle comment ?
- Duke, j'ai fait.
- Certainement pas, a-t-il dit. Duke, c'est moi.
Il m'a regardé d'un sale œil à la lueur du feu et il a ajouté :
- Toi, tu t'appelles Leather.
- Ça m'étonnerait, j'ai répliqué. Je suis pas un dur à cuire. J'ai une peau tout à fait normale.
Brusquement, j'ai compris qui était Duke. Tout le monde le connaissait - c'était un des meneurs du Rough String. En fait, j'avais choisi de m'appeler Duke, peu de temps auparavant, à cause de la réputation qui entourait ce nom. J'ai ajouté poliment :
- Si tu le dis... Je m'appelle Leather.
- Allez chercher les bottes de Leather, a ordonné Duke. Servez une tasse de café à Leather.
C'est comme ça que j'ai changé de nom. Et c'est comme ça que je suis devenu un bandit. Pas plus compliqué que ça. Je me suis endormi honnête et fauché. Je me suis réveillé hors-la-loi et toujours fauché. Et incompris de tous.
»

Un air d’harmonica comme dans tous les bons westerns se mélange aux refrains du vent. Un homme sur son cheval, son costume noir maculé d’une poussière ocre et collante. Le teint gris, tiraillé par la soif, il chevauche la dernière colline, avant le repos éternel. Des coups de feu au loin, règlements de compte à OK Corral ou Duel au soleil. Des braillements humains, cris avinés sortant du saloon et rires des dames de petites vertus venues égailler la solitude des chercheurs d’or.

dimanche 10 juin 2018

Dans la peau de Scarlett

Isserley. Un regard magnifique. Et une paire de seins incroyablement incroyable. Pas que sa paire de nichons m’obsède, je suis bien loin de ces considérations esthétiques, mais l’auteur semble prendre du plaisir à me décrire les atouts de sa grosse poitrine. Il y revient souvent pour que je m’imprègne bien de l’image d’Isserley, que cette dernière reste gravée au fond de ma mémoire comme un fantasme récurrent.

Du petit matin au crépuscule, elle arpente sans scrupule les routes écossaises dans une vieille voiture retapée. Un mal de dos constant, ce qui l’oblige à mettre sa poitrine en avant, comme une avant-garde de son pouvoir de concentration, les yeux portés sur la route sinueuse, entre les gouttes de pluies balayées par les essuie-glaces, mon regard concentré sur le mouvement respiratoire de ses seins. On pourrait croire qu’elle conduit sans but précis, juste pour apprécier le silence des landes à l’odeur de tourbe.

Isserley passe devant cet homme, le pouce levé. Elle le dépasse, fait demi-tour, l’observe de nouveau, repasse dans l’autre sens et s’arrête cette fois-ci. Il a quelque chose qui l’intéresse, dans son regard, dans sa corpulence, dans sa solitude. Elle aime la solitude des hommes, surtout lorsqu’il se présente à elle le corps envieux. Lui, que le silence ne gêne pas, se contente de la regarder, de fixer même son avantage proéminent, son énorme paire de seins – c’est pas moi qui le dis, l’auteur insiste lourdement bien sur ce délice visuel. Jusqu’au moment où…   

jeudi 7 juin 2018

Pain Perdu entre un Père et un fils, Perdus

Par avance, je le sais. Des années que ce film me touche. Je sais qu’à chaque fois, je vais lutter pour ne pas sentir monter en moi quelques larmes de tristesse, et un peu de rage. Jusqu’à la dernière scène. A chaque fois, je me dis intérieurement : « écoutes, mec, c’est la dernière fois que tu regardes ce film. » Pourtant, à chaque occasion qui se présente, je replonge. Il y a des films pour lesquels je ne peux me lasser, et même s’ils me plongent dans la plus grande tristesse et un profond désarroi me sentant spectateur inutile dans son canapé, étant déjà un acteur inutile de ma vie.

Au fond, il y a cette question éternelle de l’amour entre un homme et une femme, et au milieu de cet amour à géométrie variable, il y a celui de l’enfant qui lui est constant. Seulement, l’enfant se retrouve au milieu de ces évènements d’adulte, si difficiles à comprendre en regardant les petits nuages blancs dessinés au-dessus de son lit.

Cela commence par une scène de pain perdu improvisé entre un père et un fils. Réveil plus que douloureux, quant au petit matin, il manque une maman et que le manche de la poêle est brûlant. Le café est infect, la coquille des œufs s’éparpille, le jus d’orange se déverse et le pain de mie est en miette. Bref, c’est pas le bonheur.

lundi 4 juin 2018

Si tu n'as pas lu le livre, si tu n'as pas vu la série, je ne dirais rien mais je peux te servir un verre, il doit bien rester une dernière goutte au fond de ma bouteille de Crown Royal...

Un jour d'automne ou de printemps, peu importe la saison, le temps défile, la vie reste une putain de tranche de temps qui s'écoule ou pas, je déambule dans le village. Le café de quartier que j'ai toujours vu s'est transformé en maison d'habitation. Où est-ce que les gens prennent-ils leur bière maintenant en sortant du boulot, ou le dimanche matin avant d'aller à la messe à l'église Saint-Martin ? Les cloches sonnent, quelle heure peut-il être, on en revient toujours au temps. Sous la place de l'église, je découvre le mystère du temps, un espace dédié à perdre son temps ou justement à vivre en dehors du temps : une nouvelle boite à livre. Il me faudrait un parasol et une bière pour flirter avec le temps et ma nouvelle découverte. Mais le café a fermé il y a des années. A la place, je ne trouve que de la poussière, poussière de ma vie qui s'envole au milieu de cette place sans café, sans hommes, sans jupes qui virevoltent.

« Notre fonction est la reproduction ; nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d'autre ; l'amour ne doit trouver aucun prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c'est tout : vases sacrés, calices ambulants. »

samedi 2 juin 2018

Qui qu'a pété ? C'est Bibi !


Voyons... L'art de péter n'est pas un titre bien sérieux. Mais ici, point de place à la grivoiserie et aux mots déplacés. Je suis un type toujours sérieux, trop sérieux, le genre à ne pas avoir de sourire sur la face. Alors ici, ce soir, il s'agit avant tout d'un Essai théori-physique et méthodique à l'usage des personnes constipées, des personnes graves et austères, des dames mélancoliques et de tous ceux qui restent esclaves du préjugé. Je t'avais prévenu, je suis austère - pas comme Paul malheureusement -, et si tu penses t'amuser, pète d'abord un bon coup, ça fera sourire au moins ta voisine.  

« C'est bien mal connaître le pet que de le croire si criminel et coupable de tant de grossièretés. Le vrai pet, ou le pet clair, n'a point d'odeur, ou du moins si peu, qu'elle n'a pas assez de force pour traverser l'espace qui se trouve entre son embouchure et le nez des assistants. Le mot latin crepitus, qui exprime le pet, ne signifie qu'un bruit sans odeur, mais on le confond ordinairement avec deux autres ventosités malfaisantes, dont l'une attriste l'odorat et se nomme vulgairement vesse, ou, si l'on veut, pet muet, ou pet féminin, et l'autre qui présente le plus hideux spectacle, que l'on nomme pet épais, ou pet de maçon. Voilà le faux principe sur lequel se fondent les ennemis du pet ; mais il est aisé de les confondre, en leur montrant que le vrai pet est réellement distingué des deux monstres dont on vient de donner une notion générale. »

Il est honteux d'avoir honte de ta nature. Tu pètes, et alors ? Mais il est bon aussi de savoir faire la différence entre les pets, le pourquoi du bruit et le pourquoi de l'odeur, et quelques références historiques qu'il sera de bon aloi de ramener lors d'un diner au sein de la bonne société, ou avec le sacro-saint rôti familial du dimanche. Car d'après l'Histoire, il n'est point de bon repas sans un pet gras. 

jeudi 24 mai 2018

La Simca 1000

Une Simca couleur cerise, début août. Comme chaque été. Comme chaque année. Elle est le signe d'un mois de vacances sous le soleil de Majorque. Le petit José se souvient, devenu écrivain. Il prend sa plume, face à la mer, cette Méditerranée d'un bleu azur, souvenirs d'enfance des années soixante. Et avec cette quête d'enfance et d'antan, ressort toujours un brin de nostalgie conjuguée à de la mélancolie.

« Il y avait deux mers dans la baie. La première était placide et silencieuse, bleu pâle, presque blanche, veinée de différents tons de vert quand on s'en approchait. Les barques, peu nombreuses, flottaient de telle façon qu'elles avaient l'air de montgolfières et le fond sous-marin, d'une masse d'air emprisonnée par un merveilleux scénographe dans un grand récipient de cristal liquide. L'autre mer était tempétueuse et rugissante, bleu foncé, à la surface éclaboussée de bave blanche et avec de grandes vagues rageuses qui vomissaient des giclées d'écume blanche en arrivant à la côte, comme sur une estampe d'Hokusai. »

De Majorque, il y a cette caserne, son père lieutenant, et cette distinction de deux mondes. Le sien, zone militaire interdite au public, et celui extérieur, avec ses civils. Il y a ce soleil brûlant qui impose les siestes avant d'aller se baigner dans le bleu profond. Il y a cette sécheresse autour de lui, un sol brûlé qui fait penser au début du Maroc. Il y a ces cactus, ces herbacées, ces fleurs, ces plantes et le bruit des cigales. Les souvenirs deviennent un moment de nature-writing, à l'image des écrivains américains. A cette évocation, il y a aussi cette plume solaire pour ce « solstice » d'été.

dimanche 20 mai 2018

De Champollion à Soutine, au sommet des Écrins

L'histoire d'un gamin qui fréquente le lycée Champollion et qui découvre le massif des Écrins par sa face Nord. 
L'histoire d'une région, Grenoble, entourée des plus belles montagnes que je n'ai jamais gravies. Et pourtant...
L'histoire d'un jeune illustrateur émerveillé par un peintre russe. De Soutine à Rochette. 

"En bas, il y a toujours un con pour te dire ce que t'as le droit de faire ou pas.
Ici, c'est la montagne qui décide. Personne d'autre."

Ce jeune gamin qui s'emmerde profondément au lycée découvre par hasard l'escalade. Et là, la magie des lieux, de l'effort aussi, le prix du risque et l'insouciance de la jeunesse, font qu'il trouvera sa voie, en même temps qu'il dessinera quelques croquis. Le récit initiatique de l'adolescence face à l'adversité et à la bravoure. Parce que là-haut, tout aux sommets des montagnes et si proches des anciens de renom, il s'émerveillera d'un ciel aussi bleu que Soulages ses peines.

Beaucoup de bleus dans le ciel, de bleus à l'âme jusqu'aux souvenirs de la lune bleue. Les cases sont bleues. Un peu grises aussi, comme la roche à gravir, ou comme la vie d'un adolescent de Grenoble. Une teinte blanche, est-ce la neige au sommet du col, ou le faux col de ma bière ? 


mercredi 16 mai 2018

Copacabana Viagra

« Je m'évapore au-dessus de Copacabana. J'ai lu un jour que la mort était le moment le plus significatif de la vie. C’est vrai. La mienne aura été bonne. Elle l’est toujours. Plus pour très longtemps. »

Cinq vieux proches de la fin. Le temps même d'écrire le mot « Fin » ou même de décrire leurs vies qu'ils sont déjà morts et mis en bière dans le cimetière Saint François-Xavier,155 rue Monsenhor Manuel Gomes, de Rio de Janeiro. L'usage veut que je vide une bouteille à leur au-delà et leur vie trépidante et passée. Álavaro, Sílvio, Ribeiro, Neto et Ciro. Cinq hommes, cinq amis, du même âge, qui se racontent en cinq chapitres dédiés à leurs histoires respectives et entremêlées. Et au milieu de ces histoires, il y a souvent leurs femmes, leurs histoires de couples, d'infidélités, de culs et de bites érigés comme le Pain de sucre, les bienfaits du viagra, Copacabana. Ces vieux souvent aigris et grincheux ne me sont guère sympathiques, mais puisque l'homme est né pour jouir, je les suis avec plaisir. Quel homme ne s'est pas imaginé sur les plages de Copacabana, le regard porté sur le charme de la faune et de la flore brésilienne. Des tangas et des strings, les couleurs chatoient mon âme comme le soleil caresse le cul dodue de cette sud-américaine.

dimanche 13 mai 2018

Une Nuit à San Francisco


Il y a certaines musiques qui rentrent dans votre vie comme des hommes ou des femmes, sans en comprendre la raison. Combien de fois me suis-je retrouvé à déambuler dans le port de San Francisco, (Sittin' on) The Dock of the Bay, la lumière bleutée de la nuit ou de la lune pour illuminer mes désirs nocturnes. Une musique qui se balade de jazz et de folk, un mélange multiculturel de blues et de ballades entre l'Irlande et l'Amérique.

Cet album, je le chéris plus que tout au monde. Il m'a tant apporté de bonheur dans mes nuits d'insomnie ou mes errances solitaires. Il a été un compagnon de route. Tu veux te faire un concert ? Pars à San Francisco, une nuit illuminée, un concert inoubliable. 

Il est quatre heures du matin, quand cette musique be pop a lula m'entraîne seul sur cette avenue, au cœur de la baie ou au plus profond de mon cœur. Des chœurs qui s'enchaînent, et cette voix de crooner qui me chavire, une trompette qui me chet et où mon esprit divague sur les vagues du rivage, visage en sueur et en pleurs d'une nuit ô combien émouvante.

vendredi 11 mai 2018

Les Escales de Nad' et du Bison : la Patagonie

Lieu : Isla Magdalena, Patagonie Chilienne
Lever du soleil : 9h15  | Coucher du soleil : 18h03
Décalage horaire : - 5h
Météo : 4° ressentie 3°. Couvert. Faibles pluies et neiges mêlées.
Latitude : -52.918628 | Longitude : -70.577160
Musique : Procol Harum, A Salty Dog
Un Verre au Comptoir : une Piraat, sans les embruns


 


« Nord clair, sud obscur, orage sûr », affirme un dicton, mais cette fois le sud comme le nord se fondaient en une seule et même obscurité.

Le vent fouette le visage des marins affairés sur le pont à relever l’ancre. Des gueules burinées par le soleil du profond sud et le froid des grandeurs extrêmes. A son bord, un vieux capitaine, la barbe grisonnante, le regard toujours perdu dans ses souvenirs d’antan. Tel un vieux loup de mer, je l’imagine me racontant des histoires de pêches et de pirateries. Un regard qui se lit comme un livre ouvert, des chapitres de vie et de mort. Il m’a accepté à son bord pour que je témoigne de son histoire, l’histoire de la fougue de l’Océan qui n’a rien de Pacifique et de la Patagonie. Pendant ce temps-là, la mer se déchaine contre la coquille métallique qui me sert d’abri sommaire et presque éphémère, déverse toute son impétueuse haine, une écume blanche au bord de ses lèvres comme la bave d’un chien enragé, contre ma misérable existence.   

Quand les bateaux quittent vers le large, ils laissent dans leur sillage un fracas de vagues – d’émotions fortes ou douces - houle dansante sur les falaises rongées par la mer. Des mille tempêtes au sommet du Cap Horn, des rafales de vent et de glace déséquilibrent le vol des caranchos. J’ai croisé ton capitaine, ce bon vieux loup de mer. Il m’a raconté l’histoire de Men Nar, la dernière Indienne Ona qui désormais ne quittera plus jamais mes pensées … Sa tribu venait d’être massacrée quand Esther et Riera le Pelé l’ont trouvée au pied d’une meule, une balle de Winchester plantée dans le talon. La jeune adolescente venait de parcourir quinze km de marche entre le cap Domingo et l’embouchure du fleuve. Les chasseurs d’Indiens l’avaient violée. Car dans cet extrême austral du monde, la main de l’homme est aussi féroce que ses paysages laissent à rêver. 

« Une sinistre pénombre violacée nimbait le crépuscule de cette journée splendide, dont le froid vif glaçait êtres et choses d’une patine de désarroi qui ronge l’âme et gâche la vie. »

mardi 8 mai 2018

La Sonate du vent, d'ici et d'ailleurs


« Le vent a des hurlements de bête féroce. Au moment de quitter sa voiture, Yu a l'impression qu'un molosse enragé se jette sur lui. Il a un mouvement de recul. Le long des rues, papiers sales et sacs plastiques tourbillonnent sous la bourrasque. Quelques véhicules cahotent sur la chaussée éventrée en soulevant des nuages de poussière ocre. Les rares passants, silencieux, font la gueule. Les bâtiments bas à deux ou trois étages, passablement décrépits, couverts d'enseignes délabrées, semblent se tasser sur eux-même comme des chiens battus. On dirait que les rayons du soleil subissent eux aussi la loi du vent. L'absence d'arbre amplifie le sentiment de désolation. Où suis-je donc ? Se demande le nouvel arrivé. L'air lui colle à la peau comme une gale. Il se campe dans une posture de défense. Ouais, c'est pas la joie ! Et de secouer ses cheveux et ses vêtements comme pour en chasser une vermine. »

Sori, terminus. Tout le monde descend. Sorry, terminus d'une vie. Yu a mis le cap à l'ouest. Mutation indésirée comme le sentiment de se débarrasser de cet employé. Premier objectif, trouver ses nouveaux bureaux, mais toute la ville ne semble pas connaître sa société. Second objectif alors, trouver l'ancien responsable, mais toute la ville ne semble pas le connaître non plus. Étrange sentiment d'être dans un lieu hostile. Le vent, probablement, qui fait courber l'échine. La poussière, certainement, qui rentre dans les yeux, colle au costume, couleur ocre. Poussière d'une vie. Yu déambule, sans but même. Il y fera de drôles de rencontres, face au Sosan-bong, cet étrange montagne qui se pare de couleurs phosphorescentes certains matins.

samedi 5 mai 2018

la Rivière, la Mer, le Silence


Une première note de piano, je ferme déjà les yeux, mon esprit vogue au-delà de la rivière, bien loin d'une fugue d'hiver. Et pourtant, si près, je sens les vagues m'envahir. Mon corps plonge, l'eau est froide. J'ouvre les yeux, j'ouvre mon cœur, l'eau est bouillante. J'ai longtemps été bercé par la musique éthérée du label ECM, aux confins du jazz et du silence. Je me suis immédiatement reconnu dans ces sonorités, comprendre le silence entre les notes.

Le voyage m'amène sur les rives de la tristesse. Le minimalisme du piano s’associe au violoncelle de David Darling. Et le violoncelle me plonge souvent dans les souvenirs, des vagues de mélancolie s'échouent sur le rivage de ma vie, une écume blanche recouvre l'immobilité du sable mouillé. Note la métaphore.

Jon Christensen économise ses gestes, sa batterie distille quelques coups de cymbales, toujours avec parcimonie. Car si la musique se veut subaquatique, elle est aussi légère et aérienne que la grâce d'une baleine en rut dans la baie du Saint Laurent.

Entre deux silences ou des accords de guitare, il est de convenance d'écouter les sublimes percées de Terje Rypdal, guitariste que j'admire depuis son Odyssey de 1975. Ses riffs transpercent les rivages de la mélancolie pour sombrer dans l'extatique. Ils m'hypnotisent, le regard laissé au loin sur l'horizon. La mer qui n'en finit pas. L'océan sans fond sans marge sans limite. Bleu profond, noir. Gris même parfois comme mon âme qui s'aventure dans la pochette de ce disque.

jeudi 3 mai 2018

Le Roi des Corbeaux

Dans les méandres boueux de la Black Snake River, perdue au milieu de l'immensité sauvage des Adirondacks, une petite fille, de la boue dans la bouche, de la boue dans les oreilles, jusqu'à de la boue dans les yeux, gît là, abandonnée avec sa poupée comme morte. Recueillie par une famille dite d'accueil, puis par des « parents » aimants, dans le genre couple de quakers, Mudgirl grandit, s'affranchit, et devient Mudwoman, une femme reconnue mais qui reste solitaire, pas vraiment par choix. Elle devient la première femme présidente d'une université de prestige, reniant pratiquement tout son environnement, sa famille, son passé, son histoire. Même son amant « secret » se fait extrêmement discret. Un corbeau noir dans le jardin l'observe à travers les persiennes de son manoir de fonction. Un cri perçant dans la nuit, un nuage dérive sur la lune, les ombres s'effacent dans le noir de jais d'un ciel sans étoiles.

« Le ravin débordait les jours de grosses pluies. Dans son eau frissonnante des nuages couraient comme des bribes de pensées.
Et de l'autre coté du ravin s'étendaient des terres marécageuses où se rassemblaient de nombreux oiseaux et les plus tapageurs de tous étaient les corbeaux.
De bon matin on était réveillé par des cris perçants et éraillés qui pénétraient votre sommeil comme des griffes déchirants du papier ou un tissu gaufré. »

Meredith Ruth doit lutter contre les préjugés, la misogynie de ses paires, la méfiance du conseil de gouvernance, l'hésitation des généreux donateurs. Fière de ses idées progressistes, voulant remettre en question le conservatisme de cet immense paquebot universitaire pour lequel on lui a octroyé la barre, M.R. ne ménage pas son travail, telle un bourreau, ne flanchant jamais devant la tâche et les obligations. Un congrès la ramène dans sa région d'enfance, ces routes isolées qui serpentent au milieu des Adirondacks, les souvenirs remontent à la surface, le goût de boue en bouche resurgit de sa mémoire. Le cri des corbeaux devient menaçant.

lundi 30 avril 2018

Un été italien

 

Des rivières d'une eau froide pour tempérer les ardeurs, des lacs où s'encanaillent la bourgeoisie italienne, de la verdure pour des balades en bicyclettes d'un autre âge. Revenu le temps d'un film dans les années 80, avec pour thème principal de ce film, la passion et l'adolescence.


Le film s'étire en langueur comme je m'étire encore couché dans mon lit. J'espère le soleil venu frapper aux carreaux de ma fenêtre, lorsque j'ouvrirai les volets pour découvrir son corps nu. Quelle est belle cette langueur teintée d'une douce mélancolie.

 

Elio a 17 ans, lunettes de soleil au bord de la piscine, walk-man à cassettes, il glandouille en écrivant sa musique et en espérant se taper enfin sa copine, encore prude, question d'époque. Il a tout l'air d'une tête à claque avec sa façon de tout savoir sur tout, mais pourtant le courant passe bien. Courant de la rivière qui vient des montagnes, un bien fou que ces bains d'eau glacée.

mardi 24 avril 2018

Like a King

Toutes les télévisions sont braquées sur le procès de Rodney King, cet afro-américain passé à tabac par quatre policiers blancs, filmé par une vidéo amateur, neuf minutes et vingt secondes de massacre et de honte. Quelques mois avant, un autre procès qui vit cette vieille coréenne condamnée à une amende pour avoir tué une autre adolescente noire lui ayant volé une bouteille de jus d'orange. Bien entendu, les policiers seront acquittés, il a été bien sûr prouvé que c'est la tête de Rodney qui est venu se fracasser contre la matraque du policier. C'est ainsi que démarre le film, et les émeutes de Los Angeles qui s'ouvrent sur une ville en feux, des habitants habités par la rage, la haine, la peur.

Dans ce contexte, Millie, mère courage interprétée par Halle Berry, tente d'élever ses enfants et ceux qu'elles recueillent, par compassion et amour. Une ribambelle de gamins trimballée entre l'amour d'une femme et un quartier laissé à l'abandon. 
Du bruit, de la musique, des rires, la jeunesse s'emporte dans cette petite maison, trop petite pour cette grande famille. Au grand désespoir de cet homme, qui se considère comme le seul blanc du coin, personnage au début borné et presque désagréable, est-il raciste ou exaspéré, grand Daniel Craig dans un registre différent, qui en devient au final attachant et d'une âme aussi généreuse que Millie.

jeudi 12 avril 2018

La Voix du Violon, le Silence de Venise

Venise, un songe posé sur la mer. J’entends les notes de violon surgir des méandres des canaux encore illuminés par le clair de lune. Certains t’affirmeront que la musique du violoncelle s’apparente à la voix humaine. Maxence Fermine, ou son héros malheureux, Johannes, blessé lors d’une invasion barbare et napoléonienne, aussi bruyante qu’un concert de métal, penche pour les quatre cordes du violon. Son violon est une voix, une voie intérieure qui te submerge tel un raz-de-marée venu déverser son flot azuréen. Johannes se penche, s’épanche, d’un amour infime, ultime, passionnel, pour son instrument. Un virtuose du violon.   

Venise est frappée de silence autant que de stupeur en cette année 1797. Johannes s’y arrête, les ordres. Même musicien, l’obéissance à un général comme à un chef d’orchestre. Mais là, ironie du destin ou chemin croisé de deux âmes, une rencontre bouleversera sa vie, comme toutes les rencontres inattendues. Il loge dans la maison la plus petite, la plus fragile de la cité, celle d’Erasmus au passé troublant. Une histoire à raconter. Cela tombe bien, j’ai le temps de la lire, un verre à la main, une musique de Vivaldi…

lundi 9 avril 2018

Sam, t'es où, câlisse ?

« Un dernier coup d'œil à la ruelle, à la lune, au ciel pas d'étoiles, à une poutre au plafond.
« Anyway, je suis mort déjà. »

Un dernier coup d’œil à la ruelle éclairée par une lune pâle. Le plafond est bas, les nuages imposent leur chaleur ouatée. Je lève les yeux au ciel, espérant y retrouver malgré tout le bleuté de la lune. Mythique. La lune et une étoile qui brille dans le ciel, dans le cœur, au plus profond de mon âme. Sauvage. Un cri dans la nuit. Bestial. La bête rôde, un loup ? Non. Juste un chien qui clame sa solitude la nuit, comme un loup le ferait pour retrouver sa meute. Sam. Sauf que Sam n’a pas de meute, un chien solitaire, un chien SDF, un chien de SDF.

Des ivrognes gerbent sur le trottoir. Pourtant la soirée est encore jeune. De la musique stellaire braille sa mélancolie à l’intérieur des vieux juke-box d’un bar où les habitués s’endorment sur le comptoir quand ce n’est pas dans le caniveau. Un être perdu, une âme en peine. Il crie lui-aussi. Sa peine, sa solitude. Sa peur surtout. Il a perdu son compagnon, son être cher, son chien Sam. Il vit dans la rue. Sam le maintient en vie. Une grosse boule de poil pour se lover contre. Que va-t-il devenir, câlisse, sans son chien. Sans Sam.

jeudi 5 avril 2018

Damo Suzuki, un Nikka Whisky et une Piqûre

Il faut ne plus avoir du tout confiance en soi, ou être au fond d’un puits sans fond, sans corde ou sans échelle, pour oser pénétrer l’antre de cette clinique privée. Le parking est désert, aucun passant aucune bicyclette non plus, l’heure est à la discrétion, seule une Porsche rutilante d'une couleur caca d’oie trône majestueusement sur un emplacement réservé aux médecins, je ne cesse de regarder derrière moi et mon épaule, voir si je suis suivi. Par qui ?, par une horde de groupies qui me prendrait probablement pour un chanteur de J-pop, pour une star de la télévision des émissions de Beat Takeshi, voir pour Damo Suzuki lui-même ? Personne à l'horizon, même la lune se cache alors que le soleil s'est déjà enfoui dans les draps bleus sombres et rêches de la nuit. Quelques marches d'escalier, j’ouvre les portes battantes, me dirige directement au sous-sol, le service psychiatrique. Serais-je devenu fou ?

Et c’est là que je croise ce type, dans le genre gras double avec sourire gras et peau grasse. Une baleine dégoûtante sortie de l’antre des océans mythiques avec deux pattes, nettement trop courtes pour supporter sa bedaine graisseuse. Suis-je dans un cauchemar à demi-éveillé ou dans un manga de gare et de mauvais goût ? Une piqûre d’entrée de jeu, sans même demander mon consentement. « Ichirô Irabu, docteur en médecine », disait le badge accroché sur sa blouse blanche. Médecin dans le genre fétichiste de la piqûre. Par contre, son infirmière qui croise ses jambes, magnifiques longues paires de jambes masquées à peine par sa mini-blouse d’infirmière… Je décide de revenir demain. Je ne sais pas pourquoi, la piqûre, la bonhomie du bonhomme ou l’infirmière. C’est comme si un contrat de confiance s’était installé entre nous.

mardi 27 mars 2018

Fuck le Blizzard

Tu l’entends ? Tu l’entends ? Bien sûr que tu l’entends. Le murmure, le murmure assourdissant et permanent. Il a envahi la ville et les esprits. Il arpente les rues en hurlant. Le murmure assourdissant et permanent, comme un bruit parasite à l’intérieur qui t’épuise, qui souffle à l’oreille de chacun. 

Il s'appelle Rock et vient du Québec. Elle se prénomme Kathryn et a vécu en Colombie-Britannique. Moi, je suis juste le bison et viens d’une plaine silencieuse à brouter en silence mon herbe à bison trempée dans de la vodka congelée. Les températures se sont glacées, et les rêves ont réchauffés les majeurs de ces deux-là. Une envie de partir, de fuir leur environnement pollué par la vitesse, le bruit et les gens. Des rêves de trappeur. Seuls en terre inconnue, aux confins du territoire du Yukon, comme Jack London quelques années auparavant.

Du courage, de la ténacité, une part d'insouciance. Ou d'inconscience. Deux citadins amoureux du silence de la nature. Ils se rencontrent dans un décor de far-west, comme dans la grande époque de la ruée vers l'or. Dawson, la première étape avant l'appel de la forêt, et la plongée dans le silence du Grand Nord Canadien. Puis les méandres du Klondike et l’extrême.

« Le silence est précieux, car, loin de nous couper l'un de l'autre, il nous permet d'être réceptifs ensemble à ce qui nous entoure. » Dans ce décor sauvage et blanc, ils expérimentent une nouvelle vie, ils fondent une nouvelle expérience, ils découvrent surtout l'amour de leurs vies. Là où « les mots en réalité deviennent superflus ». D'ailleurs, à quoi bon parler, la parole s'envole dans la violence du blizzard. Et puis, perdus là-bas entre les hurlements des loups et du vent, « il n'y a pas de vide à remplir », ils sont « présents l'un pour l'autre ». Cela suffit à leur communication. Le silence de la neige, le silence de la nuit, le silence d'une lune bleue au milieu des étoiles scintillantes.