jeudi 12 avril 2018

La Voix du Violon, le Silence de Venise

Venise, un songe posé sur la mer. J’entends les notes de violon surgir des méandres des canaux encore illuminés par le clair de lune. Certains t’affirmeront que la musique du violoncelle s’apparente à la voix humaine. Maxence Fermine, ou son héros malheureux, Johannes, blessé lors d’une invasion barbare et napoléonienne, aussi bruyante qu’un concert de métal, penche pour les quatre cordes du violon. Son violon est une voix, une voie intérieure qui te submerge tel un raz-de-marée venu déverser son flot azuréen. Johannes se penche, s’épanche, d’un amour infime, ultime, passionnel, pour son instrument. Un virtuose du violon.   

Venise est frappée de silence autant que de stupeur en cette année 1797. Johannes s’y arrête, les ordres. Même musicien, l’obéissance à un général comme à un chef d’orchestre. Mais là, ironie du destin ou chemin croisé de deux âmes, une rencontre bouleversera sa vie, comme toutes les rencontres inattendues. Il loge dans la maison la plus petite, la plus fragile de la cité, celle d’Erasmus au passé troublant. Une histoire à raconter. Cela tombe bien, j’ai le temps de la lire, un verre à la main, une musique de Vivaldi…

lundi 9 avril 2018

Sam, t'es où, câlisse ?

« Un dernier coup d'œil à la ruelle, à la lune, au ciel pas d'étoiles, à une poutre au plafond.
« Anyway, je suis mort déjà. »

Un dernier coup d’œil à la ruelle éclairée par une lune pâle. Le plafond est bas, les nuages imposent leur chaleur ouatée. Je lève les yeux au ciel, espérant y retrouver malgré tout le bleuté de la lune. Mythique. La lune et une étoile qui brille dans le ciel, dans le cœur, au plus profond de mon âme. Sauvage. Un cri dans la nuit. Bestial. La bête rôde, un loup ? Non. Juste un chien qui clame sa solitude la nuit, comme un loup le ferait pour retrouver sa meute. Sam. Sauf que Sam n’a pas de meute, un chien solitaire, un chien SDF, un chien de SDF.

Des ivrognes gerbent sur le trottoir. Pourtant la soirée est encore jeune. De la musique stellaire braille sa mélancolie à l’intérieur des vieux juke-box d’un bar où les habitués s’endorment sur le comptoir quand ce n’est pas dans le caniveau. Un être perdu, une âme en peine. Il crie lui-aussi. Sa peine, sa solitude. Sa peur surtout. Il a perdu son compagnon, son être cher, son chien Sam. Il vit dans la rue. Sam le maintient en vie. Une grosse boule de poil pour se lover contre. Que va-t-il devenir, câlisse, sans son chien. Sans Sam.

jeudi 5 avril 2018

Damo Suzuki, un Nikka Whisky et une Piqûre

Il faut ne plus avoir du tout confiance en soi, ou être au fond d’un puits sans fond, sans corde ou sans échelle, pour oser pénétrer l’antre de cette clinique privée. Le parking est désert, aucun passant aucune bicyclette non plus, l’heure est à la discrétion, seule une Porsche rutilante d'une couleur caca d’oie trône majestueusement sur un emplacement réservé aux médecins, je ne cesse de regarder derrière moi et mon épaule, voir si je suis suivi. Par qui ?, par une horde de groupies qui me prendrait probablement pour un chanteur de J-pop, pour une star de la télévision des émissions de Beat Takeshi, voir pour Damo Suzuki lui-même ? Personne à l'horizon, même la lune se cache alors que le soleil s'est déjà enfoui dans les draps bleus sombres et rêches de la nuit. Quelques marches d'escalier, j’ouvre les portes battantes, me dirige directement au sous-sol, le service psychiatrique. Serais-je devenu fou ?

Et c’est là que je croise ce type, dans le genre gras double avec sourire gras et peau grasse. Une baleine dégoûtante sortie de l’antre des océans mythiques avec deux pattes, nettement trop courtes pour supporter sa bedaine graisseuse. Suis-je dans un cauchemar à demi-éveillé ou dans un manga de gare et de mauvais goût ? Une piqûre d’entrée de jeu, sans même demander mon consentement. « Ichirô Irabu, docteur en médecine », disait le badge accroché sur sa blouse blanche. Médecin dans le genre fétichiste de la piqûre. Par contre, son infirmière qui croise ses jambes, magnifiques longues paires de jambes masquées à peine par sa mini-blouse d’infirmière… Je décide de revenir demain. Je ne sais pas pourquoi, la piqûre, la bonhomie du bonhomme ou l’infirmière. C’est comme si un contrat de confiance s’était installé entre nous.

mardi 27 mars 2018

Fuck le Blizzard

Tu l’entends ? Tu l’entends ? Bien sûr que tu l’entends. Le murmure, le murmure assourdissant et permanent. Il a envahi la ville et les esprits. Il arpente les rues en hurlant. Le murmure assourdissant et permanent, comme un bruit parasite à l’intérieur qui t’épuise, qui souffle à l’oreille de chacun. 

Il s'appelle Rock et vient du Québec. Elle se prénomme Kathryn et a vécu en Colombie-Britannique. Moi, je suis juste le bison et viens d’une plaine silencieuse à brouter en silence mon herbe à bison trempée dans de la vodka congelée. Les températures se sont glacées, et les rêves ont réchauffés les majeurs de ces deux-là. Une envie de partir, de fuir leur environnement pollué par la vitesse, le bruit et les gens. Des rêves de trappeur. Seuls en terre inconnue, aux confins du territoire du Yukon, comme Jack London quelques années auparavant.

Du courage, de la ténacité, une part d'insouciance. Ou d'inconscience. Deux citadins amoureux du silence de la nature. Ils se rencontrent dans un décor de far-west, comme dans la grande époque de la ruée vers l'or. Dawson, la première étape avant l'appel de la forêt, et la plongée dans le silence du Grand Nord Canadien. Puis les méandres du Klondike et l’extrême.

« Le silence est précieux, car, loin de nous couper l'un de l'autre, il nous permet d'être réceptifs ensemble à ce qui nous entoure. » Dans ce décor sauvage et blanc, ils expérimentent une nouvelle vie, ils fondent une nouvelle expérience, ils découvrent surtout l'amour de leurs vies. Là où « les mots en réalité deviennent superflus ». D'ailleurs, à quoi bon parler, la parole s'envole dans la violence du blizzard. Et puis, perdus là-bas entre les hurlements des loups et du vent, « il n'y a pas de vide à remplir », ils sont « présents l'un pour l'autre ». Cela suffit à leur communication. Le silence de la neige, le silence de la nuit, le silence d'une lune bleue au milieu des étoiles scintillantes.

vendredi 23 mars 2018

Silence Malléen

Peu de monde sur le quai lorsque le train entre en gare de Buenos Aires. La sirène m’appelle, signe de départ, je monte dans un compartiment vide, vieille odeur de cuir et de cigarillos froids. Dans l’espace conjoint au mien, un vieux couple se regarde en silence, dégustant des tasses de maté qu’un thermos encore fumant tient au chaud. Moi, je descends en silence une Quilmes, les yeux qui oscillent de mon bouquin à la fenêtre ouvertes sur la campagne argentine, une lecture à peine perturbée par le ronflement du train.

Pinas et Gerardo sont deux amis d’enfance. Pas dans le genre franche camaraderie, plutôt dans le style de deux personnes qui s’écoutent en silence et discutent de la vie, entre débats et passions. Mais les aléas de la vie font qu’à un moment donné, les chemins s’éloignent, chacun prend un aiguillage différent. Le chef de gare les réunit à nouveau après une dizaine d’années dans la maison bourgeoise de Gerardo, l’occasion de reprendre ces discussions nocturnes, ces ballades dans les champs à échanger quelques mots ou quelques silences.

samedi 17 mars 2018

Chroniques Canines



Il était tard hier soir quand je suis sorti du bar, histoire de prendre l’air, respirer la brise nocturne et glaciale, sentir le froid piqué mon visage qu’une barbe de trois jours habillent de ses poils grisonnants. A la lumière d’une lune bleutée ou d’un lampadaire blafard, je ne me souviens plus trop de l’éclairage de la scène, j’ai vu un chien sur trois pattes. Étonnamment, il semblait bien le vivre, il se promenait cahin-caha, une pluie fine venue mouiller ses poils, ça sent le chien mouillé. Je retourne me prendre une nouvelle bière, bien au chaud, dans un intérieur éclairé de néons qui donnent un éclat triste à ma voisine de comptoir, ça sent la chatte mouillée. L’envie de lui offrir un verre, mon lit, ma musique, on va chez elle, lumière tamisée par quelques bougies autour du lit.

« Comme je l'ai déjà dit, la maison où Bill et moi vivions se trouvait à côté des voies de chemin de fer. C'était la ligne des trains de marchandises Missouri-Pacific. C'est Bill qui m'a initié au plaisir de traîner près des voies ferrées. Il aimait marcher le long des rails et rester là des heures interminables. Les rails s'étendaient sur des kilomètres et des kilomètres dans chaque direction et les paysages étaient très apaisants. Le terrain vague autour de la ligne à haute tension peut procurer un sentiment semblable.  […] »

mercredi 14 mars 2018

Bruce dans le Bush



« Tous les grands maîtres ont enseignés que l'homme était à l'origine, un "vagabond dans le désert brûlant et désolé de ce monde" - ce sont là les mots du Grand Inquisiteur Dostoïevski - et que, pour retrouver son humanité, il devait se débarrasser de ses attaches et se mettre en route.
Mes deux derniers carnets étaient pleins de notes prises en Afrique du Sud où j'avais observé, de visu, des preuves indiscutables sur l'origine de notre espèce. Ce que j'avais appris là-bas - avec ce que je savais maintenant des itinéraires chantés des aborigènes - semblait confirmer l'hypothèse que j'avais caressé depuis si longtemps : la sélection naturelle nous a conçus tout entier - de la structure des cellules de notre cerveau à celle de notre gros orteil - pour une existence coupée de voyages saisonniers à pied dans des terrains épineux écrasés de soleil ou dans le désert. »

jeudi 8 mars 2018

Westfalia Rose

Un pack de bière à la main, le pouce en avant, j’attends l’âme charitable qui va prendre le miteux auto-stoppeur silencieux que je suis. Mais je n’ai pas le temps de prendre une insolation boréale dans la banlieue de Montréal que déjà un Westfalia rose s’arrête et m’embarque dans ses aventures. Pas commun cette couleur pour un Westfalia, mais je ne m’arrête pas à ce genre de détail tant qu’il y a une glacière pour mettre au frais mes frettes. Benjamin Tardif, ça c’est le conducteur, y me cause avec un accent bizarre, je comprends pas tout d’ailleurs, il parle trop vite, même que parfois il sacre – pas que ça me dérange, d’ailleurs il pourrait sacrer plus que ça me dérangerait pas -, mais j’ai parfois besoin de sous-titres pour le comprendre. Ça tombe bien qu’il me dit, il est traducteur de profession.

Avant de passer la frontière, il s’arrête au dépanneur, faire le plein de frettes et de gas. Benjamin met une vieille bande magnétique dans son autoradio qui crache un vieux rock des années 80. Il me dit suivre la migration des lagopèdes à queue blanche jusqu’au Texas.  

- Bordel de merde ! s'écria Justin Case.
- Putain de salope ! hurla Oracle Simon.
- Hostie de tabernacle ! gémit Benjamin Tardif.
Bien entendu, sauf pour les gros mots de Benjamin Tardif, on aura compris que ces propos sont traduits librement, et même avec un souci d'éviter de scandaliser les femmes et les enfants qui auraient pu acheter ou ouvrir ce livre en croyant qu'il s'agissait d'un ouvrage sur les espèces animales disparues du Texas.

mardi 6 mars 2018

Santiagay

Une image me restera gravée pour longtemps. Je me promène dans les rues de Santiago du Chili. Un jeune homme jovial se promène avec une amie à la tombée de la nuit. Le quartier ressemble à n’importe quelle rue de notre monde, entouré de ses graffitis et de sa nébuleuse pollution atmosphérique. Les lampadaires se sont illuminés, loin d’être des étoiles dans le ciel pour se guider. Au détour d’une rue, la fille voit ces trois types, elle prévient le garçon de filer, ils s’enfuient tous les deux dans des directions opposées. Mais à trois… le jeune garçon est vite rattrapé et massacré. Des coups de lattes dans la gueule, dans les couilles, je présume, la caméra se fait discrète et film la tête des agresseurs plutôt que de la victime. Coup de barre de fer, coup de pied dans la face, comme au bon temps des skinheads. Un déchaînement inouï et insupportable de violence s’abat sur sa figure, son crâne.

Pourquoi un tel acharnement physique envers son fils ?
L’hôpital. Son père parle à un médecin. Préoccupations financières de telles opérations, cynisme du monde médical.
Des interrogations, une porte qui s'ouvre sur un monde qu'il ignorait totalement.

dimanche 4 mars 2018

l'Oiseau de Sacramento

Petite chronique, douce et amère, d'une adolescente en mal d'être. Elle se fait appeler Lady Bird, parce que c'est le prénom qu'elle a choisi, le prénom qui lui convient, son prénom d'artiste dans la vie. 

Lady Bird ne s'entend pas avec sa mère, qu'elle trouve trop protectrice, et ne veut surtout pas lui ressembler. Lady Bird ne s'entend pas avec ses camarades, qu'elle trouve trop superficiels, une seule amie. Lady Bird serait cette ado tendance solitaire, qui ne rêve plus, et qui ne sait pas quoi faire de sa vie, maintenant et plus tard. Sa seule envie, c'est de fuir sa ville, Sacramento, surtout qu'elle vit du mauvais côté de la voie ferrée, celui où les maisons ne font pas rêver, celui des 'pauvres'. Son seul désir est donc de rejoindre la côte Est, et d'être intégrer à une fac à New-York, malgré la peur qui s'y soit installée - nous sommes en 2002, le 11 septembre est encore présent dans toutes les pensées, et dans une Amérique en crise économique et morale.

jeudi 1 mars 2018

Bonjour Missouri




« Tu sais ce qu’ils font des tafiottes à Cuba ? Ils les tuent ! 
— Tu es sûr que ce n’est pas plutôt dans le Wyoming ? »

Bienvenue dans le Missouri semble indiquer le panneau à l'entrée de cette petite bourgade, Ebbing, où Mildred est en colère. Sacrément en colère, même. Tellement en colère qu'elle a loué 3 vieux panneaux publicitaires abandonnés sur une route presque abandonnée pour y laisser son message de colère, ou de vengeance. Colère parce que cela fait plusieurs mois que sa fille s'est faite violée et assassinée, sans que la Police du coin ne semble en faire une affaire prioritaire - tant qu'il reste des noirs à tabasser et des verres de rye à vider (et j'ai rien dit sur les pédés). Une sacrée bonne femme cette Mildred, magnifique Frances McDormand, tout en naturel, mélange de tristesse et de rage contenue. Jamais de dépit ou d'abandon.

« VIOLÉE PENDANT SON AGONIE »

« TOUJOURS AUCUNE ARRESTATION »  

« POURQUOI, CHEF WILLOUGHBY ? »


mardi 27 février 2018

Un Week-end sur Deux

J'aimerais bien comprendre, je ne sais pas ce qu'on leur met dans la tête. 

Un homme face à un juge... Une femme qui accuse... Deux enfants qui ne veulent plus voir leur père. La violence d'un père, mais les preuves manquent, l'homme parait sincère, un air presque de chien battu face à madame le juge. Se repentir, jusqu'à la garde.

Une histoire des plus banales, tellement ordinaire, le divorce d'un couple. D'ailleurs la première séquence est sortie du quotidien d'un juge, une greffière, deux avocats qui plaident la cause de leur client, et les enfants au milieu de ce contrat d'adulte. 

Un week-end sur deux pour commencer. Mais c'est la peur qui [re]commence. Et la tension s'installe pour l'heure suivante. En crescendo. Avec sa bonne bouille, un peu triste, Denis Ménochet donne envie qu'on l'écoute. Mais ça ne dure pas bien longtemps. Avec son regard vide, Léa Drucker semble absente, presque indifférente à la situation. Mais ça ne dure pas bien longtemps. Car la violence commence. Une violence psychologique, des rapports de force qui s'installent, une violence verbale avant de devenir physique. Des cris, des empoignades, la force d'un film magistral mais pesant, énormément éprouvant.  


dimanche 25 février 2018

L’Esthétisme du Chaos

« Le silence intérieur comme prélude à l’écriture. »

Sur son Olivetti rouge mécanique, Antoni décrit son monde. Sa prose s’articule sur la beauté de l’univers, sur son chaos. L’esthétisme du Chaos, premier critère de ses écrits. Embauché par un étrange « Cabinet des Investigations Littéraires », il file sur New-York, la première étape de son parcours initiatique au sein du chaos et de l’esthétisme. Déambulations nocturnes de la ville et rencontre de deux âmes pour ce même goût de l’esthétisme sensuel. Antoni découvre l’Art de Anca, street-grapheuse qui peint sa chatte à la peinture rouge sur tous les murs de la ville. J’imagine déjà le plaisir à voir la reproduction de sa vulve au détour d’un coin de rue, illuminé par le néon d’un bar, la lumière vive d’un lampadaire, l’éclat d’une lune…

Les draps froissés d’une chambre de motel, plaisir enivrant des sens, fantasmagorie divine du vin et de la pine. Se frotter corps trop corps, sentir l’épine frémir. Déambuler telles deux âmes noctambules, s’installer au volant d’une vieille guimbarde et partir à la recherche d’un écrivain inaccessible. Baiser. Forniquer. S’abreuver de ce doux nectar qui coule entre nos cuisses. L’amour est esthétisme, la vie devient esthétique, la baise se fait chaos, la vie est un chaos inextricable. Je lis un ver de Baudelaire, un verre à la main, je feuillète un livre, j’imagine t’effeuiller dans une chambre de motel vers minuit. Dans la chambre d’à-côté les murs vibrent, baise d’un soir. Bruyant. Féroce. Sauvage. Eau sauvage qui s’écoule de nos cuisses. De l’autre côté, la jouissance d’une trompette, l’orgasme d’un piano. Je reconnais Thelonious Monk, Bill Evans ou Chet Baker. Minuit, une heure vers laquelle les corps plongent, où tu te penches sur mon sexe pour l’avaler, le désir donne soif, aller jusqu’à la dernière goutte. Minuit, la lune se découvre, enlève son voile de nuages, se montre à nue, impudique et irrévérencieuse. Le corps en sueur, l’âme rêveuse encore parfumée de stupre, Antoni glisse une nouvelle page blanche dans son Olivetti rouge mécanique, je glisse mon majeur dans ton rouge pourpre.

vendredi 23 février 2018

Le Justicier en Classe de Neige


Vue sur les montagnes enneigées. Que c’est beau, ai-je envie de crier au vent et à la neige. A défaut de ne pas parler aux gens, je parle à la neige. Mais bon, je ne suis pas là pour profiter du panorama – que j’imagine - (haut)savoyard. Parce que l’heure est grave, les minutes s'envolent dans le blizzard et les heures sont comptées. Pas le temps de tergiverser, ni même de tourner –plusieurs fois les mêmes scènes comme dans un bon film. Le fils de Guillaume Canet a disparu lors d’un séjour en classe de neige. Père absent, il chevauche les lacets de la montagne, prêt à déplacer des montagnes ou du moins à tuer, pire, torturer ceux qui se retrouvent sur sa route enneigée. Ce n’est plus Guillaume Canet, c’est Charles Bronson à l’écran. Un film de série B comme il en a tant fait dans les années 80, et ce thème récurrent dans sa filmographie, la vengeance du justicier. Après un « justicier dans la ville » 1 et 2, après « le justicier de minuit », le « justicier de New-York », le « justicier braque les dealers », « le justicier l’ultime combat », le nouveau Bronson arrive sur mon petit écran avec un titre nettement moins accrocheur « mon garçon ». Zut, ce n’est pas Charles Bronson dans le rôle-titre, mais Guillaume Canet. J’ai dû confondre… ou pas… « le justicier en classe de neige » aurait pu faire une bonne suite à ces Death Wish…  

mardi 20 février 2018

Les Escales de Nad' et du Bison : Mexique

Lieu : Mexico, Mexique
Lever du soleil : 7h01  | Coucher du soleil : 18h38
Décalage horaire : - 7h
Météo : 21°. Beau temps peu nuageux. Vent faible
Latitude : 19.432608 | Longitude : -99.133208
Musique : Calexico, Crystal Frontier
Un Verre au Comptoir : Mezcal, avec le ver


 


Une odeur de soufre, un parfum de chair putréfiée. Je n’ose pas rentrer dans la pièce. J’ai rêvé d’une détonation cette nuit. Il s’est fait sauter le caisson, pressentiment sauvage, le bison de la nuit me l’a murmuré à l’oreille, comme d’autres susurrent à l’oreille des chevaux ou d’une brune dans le coït bestial. Tu n’échapperas pas à cette voix, ni toi, ni moi, le bison rode, et tu vois cette mare de sang, le corps gluant et puant de ton ami gisant sur le lino virant du blanc-poussière ou sombre-carmin. Sombre karma que cette nuit.

« Tu n’échapperas pas au bison de la nuit. »


jeudi 8 février 2018

L'Assassinat des Initiales Célèbres

L’histoire démarre en Colombie-Britannique. Le cul assis sur une souche, je me prends à regarder les pins et quelques érables pliés sous le vent. La neige tombe, la neige s’envole, mes espérances aussi. Des espoirs qui ont abandonnés toute une génération, aussi soudainement qu’un éclair venu fendre le ciel étoilé, aussi brutalement qu’une balle venue fracasser la tête d’une étoile, des morceaux de cervelle blanche, des éclaboussures de sang rouge de son mari ayant tâché la robe rose d'une brune prénommée Jackie.

Un professeur d’histoire se retrouve confronter à la grande Histoire, celle des Kennedy, à l’histoire de ces parents, morts successivement en 67 et 68. Il a 14 ans à l’époque. O’Dugain, l’auteur s’amuse avec son nom et avec les racines de son protagoniste. Des années après ce double drame, il replonge, dans le cadre d’une thèse, dans cette époque des années 60, où l’on assista à la mort d’un président, à la mort d’un futur-président, à une guerre au Vietnam, une presque-guerre avec Cuba, et une bande de hippies fleurs bleues sous LSD qui déchanteront rapidement avec la fin de la décennie, fin d’une utopie. Le tout orchestré par des manipulations diverses, aussi bien de la mafia, du FBI que de la CIA. De quoi donner la foi en la politique, mais rien de surprenant vue la qualité des pantins récents qui se sont succédés à la Maison Blanche. Blanche comme la neige d’un hiver en Colombie-Britannique.

mardi 6 février 2018

Hôtel Ambassador, 5 juin 1968

Il est dit que chaque américain se souvient précisément où il était et ce qu’il faisait le 22 novembre 1963, à part peut-être George Bush. Cinq années ont passé, mais la politique n’a pas changé. A l’Hôtel Ambassador, c’est le soir du grand bal, celui de la réception du sénateur Bobby Kennedy, candidat aux primaires de Californie, pour le dépouillement des premiers votes et probablement la marche vers  l’investiture royale, celle du trône de la Maison Blanche. Là encore, une date mémorable ce 5 juin 1968 qui marqua la vie de nombreux militants et américains qui voulaient justement une Amérique qui change, une Amérique plus juste. Bobby promettait la fin du Viet-Nam, des mesures plus sociales, la voix aux minorités. Malgré la richesse de son nom, il est le seul homme à vouloir redistribuer les rôles et les richesses. Mais voilà, comme chacun sait, Bobby s’est fait descendre ce soir-là à l’Hôtel Ambassador. On ne fait pas bouger l’Amérique sans en payer le prix.

« J'étais au maquillage, dans un studio de Londres, lorsqu'on m'apprit son assassinat. Je me suis dit que le monde était devenu fou. En l'espace de quelques années, on avait tué JFK, Malcolm X, Martin Luther King, et maintenant Robert Kennedy. J'ai eu le sentiment que tout fichait le camp. C'était hélas vrai. »
— Anthony Hopkins

« J'avais travaillé pour lui et l'avais côtoyé durant pas mal de temps. Cette nuit du 4 juin a changé à jamais le cours de l'Histoire, pas seulement pour notre pays, mais pour le monde entier. »
— Harry Belafonte

vendredi 2 février 2018

Dans les Reflets de la Neckar

« Je ne puis me rappeler exactement le jour où je décidai qu’il fallait que Conrad devînt mon ami, mais je ne doute pas qu’il le deviendrait. Jusqu’à son arrivée, j’avais été sans ami. Il n’y avait pas, dans ma classe, un seul garçon qui répondît à mon romanesque idéal de l’amitié, pas un seul que j’admirais réellement, pour qui j’aurais volontiers donné ma vie et qui eût compris mon exigence d’une confiance, d’une abnégation et d’un loyalisme absolus. »

Avant de me plonger dans les premières lignes de ce petit livre, je l’imagine déjà comme l’une des belles histoires d’amitié de la littérature. Hans et Conrad, deux amis fidèles pour la vie. Hans Schwarz est juif, mais bon peu importe, vit dans un univers plutôt bourgeois. A 16 ans, au lycée Karl Alexander Gymnasium de Stuttgart, il ne brille pas plus que ses camarades, mais se fait remarquer par sa solitude. Si les autres le méprisent par moment, il n’en fait guère une affaire personnelle et laisse couler les guerres personnelles comme l’eau de la Neckar qui traverse majestueusement la ville.

Un matin comme tous les autres, ou presque, le soleil plonge la ville dans les reflets de sa Neckar. Ce matin, un nouvel élève entre en scène, Conrad Graf von Hohenfels, une tête d’un blond princier, la noblesse dans ses vêtements et dans son maintien. Une cour s’affaire autour de lui à la cour de récréation, mais il n’en semble guère touché par ses marques de fausses attentions, conscient de son statut familial et de la noblesse de son sang.

jeudi 25 janvier 2018

Concerto pour piano N°2

J’assiste au premier concert du jeune prodige Aksel Vinding à la Philharmonie d’Oslo. Un triomphe, les applaudissements n’en finissent pas, la tension se relâche, le public est ému, j’aurai les larmes aux yeux. Quelques années après, « la société des jeunes pianistes », la musique reste en moi, comme une pensée continue qui se fond dans mon rythme intérieur. Je ne me souviens plus de ce qu’il a joué, lors de ce premier concours-récital. J’ai loupé sa création intime de « la rivière », comme un appel au secours – mais peu importe, je raccroche facilement à la suite de l’histoire, troisième volume. Chaque grand moment musical semble coïncider avec un grand déchirement personnel. Anja Skoog, son grand amour s’est donné la mort au premier épisode. Il se relèvera auprès de Marianne, la mère d’Anja, qu’il épousera.

Me voici donc à Oslo, ce nouveau concert, cette fugue d’hiver qui se joue, pendant que dans la maison Skoog, Marianne se donne elle aussi la mort. L’envie de tout plaquer, de se retirer de ce milieu, ce monde, pourquoi pas tout au nord de cette Norvège, là-bas près de la frontière russe, alors que sa maison de disque lui promet un grand avenir, des tournées européennes, jouer à Vienne… S’isoler du monde, avec une bouteille de vodka. Plusieurs même. J’aime quand la littérature déploie des bouteilles de vodka glacée sans compter, que les verres s’enchainent, la tempête se déchaine, le blizzard, fuck le blizzard, des rennes traversent la route enneigée, j’hallucine, le majeur se congèle, comment bien jouer après au piano…

« Je vais dîner seul dans le restaurant de l’hôtel et boire en silence, jusqu’à en tomber dans les pommes. Je poursuivrai de longues conversations avec Rachmaninov dans lesquelles je lui demanderai pourquoi l’âme russe est si violente dans son expression. »


mardi 16 janvier 2018

Le monde est Stone


Le soleil se couche sur les escaliers qui mènent de Trinita di Monte à la Piazza di Spagna. Une dernière cigarette à fumer sous le lampadaire. Je lève les yeux au ciel, comme pour regarder une dernière fois l'azur du ciel. J'aperçois la Signora Mrs Stone sur le balcon de son hôtel particulier. Veuve, la cinquantaine, le temps dérive sur sa peau, elle dérive dans ses appartements. Actrice renommée dans un temps ancien, mais l'âge a eu raison de sa carrière. Autour d'elle, virevoltent des comtesses et de jeunes éphèbes romains venus lui soutirer quelques lires de sa fortune.

« Trois événements essentiels, trois ruptures profondes avaient marqué trois années de suite la vie de Mme Stone : l'abandon de sa carrière, la mort de son mari et cette transformation qu'apporte dans la vie des femmes la fin du cycle ovarien. Chacun de ces événements représentait en lui-même un bouleversement grave, et les trois conjugués lui donnaient l'impression qu'elle vivait désormais une vie posthume. »

mardi 9 janvier 2018

Des Moissonneuses-Batteuses et de la Couille Poilue

« Le Festival de la Couille », un titre qui va te faire sourire, air malicieux qui plisse de jolies rides autour des yeux. Parce que tu crois que j’ai choisi ce titre pour le titre, et tu t’attends à ce que je t’abreuve de salacités perverses au goût de sperme et de suc séminal dégoulinant entre les cuisses de demoiselles n’ayant pas froid aux yeux ni aux majeurs. Sauf qu’aujourd’hui, je vais m’attarder aux histoires vraies que composent ce livre. Pas un roman, pas tout à fait des nouvelles bien que cette vingtaine d’histoires pourraient se lire comme telles. Entre deux grands romans, Chuck Palahniuk ne cesse d’écrire. Pour des journaux, pour soi, pour moi. Il parle de la vie, celle des gens de l’Amérique profonde perdus dans le Kentucky ou la Géorgie. D’ailleurs peu importe l’État où il erre son esprit, l’écrivain compose des articles, des reportages, des impressions du temps et du vent et cela en devient presque passionnant. Pas comme, bien entendu, son « Fight Club » ou son « Choke » car l’auteur choque les âmes de ses mots crus et de ses situations trash. Non, là il expose des faits, il interviewe des célébrités ou presque, il se balade dans des campagnes pour de fabuleux concours de moissonneuses-batteuses. Il se retrouve dans des bars à écraser des cafards pendant que son pote se fait écraser par le cancer dans la chambre de l’hôpital du coin de ce bar. Il s’enivre dans de réputés concours de fellation… Mon univers, en somme. Le silence de la campagne que seul le moteur d’un mastodonte Massey-Ferguson vient déranger. Le silence d’un homme seul attablé devant une bière sur un comptoir collant que seul un jukebox crachotant un air de country vient perturber. Le silence d’une femme pompant passionnément que seule ma giclée impromptue vient accentuer.

« Ce soir, il est question de briser et de réparer. Ce soir, on a le pouvoir de vie et de mort.
Tout le monde est rassemblé pour le concours de moissoneuses-batteuses de Lind. Lind est une ville de quatre cent soixante-deux âmes dans les collines arides, aux confins est de l'état de Washington. Elle est blottie autour des silos d'Union Grain, alignés le long du chemin de fer de la Burlington Northern. Les artères numérotées – First, Second et Third Road – sont parallèles aux voies ferrées, elles aussi. […] Dans toutes les directions sur plus de cent cinquante kilomètres, il n'y a que des champs d'armoise et d'amarante, sauf sur les collines vallonnées couvertes de blé. Dans cette région, les tourbillons de poussière s'en donnent à cœur joie. Les voies ferrées relient les grands silos des villes agricoles comme Lind, Odessa, Kahlotus, Ritzville et Wilbur. A la sortie nord de Lind s'élèvent les restes en béton du pont ferroviaire de Milwaukee Road, aussi spectaculaires qu'un aqueduc romain. Aucun document ne permet de savoir d'où vient le nom de Lind. Vers le sud, s'étendent les terrains de rodéo, des gradins sur trois côtés d'une arène poussiéreuse. Les lièvres viennent pâturer dans un parking de graviers autour des carcasses cabossées et rouillées des anciens participants au concours de démolition. Les concurrents sont de grosses et lentes machines à moissonner le blé. »

vendredi 5 janvier 2018

La Solitude du Bento

« La solitude me sonne dans la tête. Un son de clochette, très aigu, à me casser les oreilles. Pour que les autres ne le remarquent pas, je lacère une photocopie. Fines et longues lanières. Le bruit agaçant du papier qui se déchire couvre au moins celui de la solitude. »

Elle occupe un bureau, au fond de la classe. Seule. A la pause, elle se pose à la fenêtre et regarde la cour de récréation. Seule. A midi, elle s’installe pour manger son bento. Seule. La solitude au lycée ne se vit pas forcément bien. Jamais réellement choisie, surtout quand les groupes de travail se forment et qu’à la fin, elle se retrouve toujours seule, ou la dernière à être choisie pour intégrer d’autres filles qu’elle trouve immatures.

A quelques rangées de là, il y a bien ce garçon qui lit cet étonnant magazine de mode en cours de maths. Il parait même plus seul qu’elle. Elle tente un rapprochement. Il l’intrigue, la façon dont il s’isole du reste du monde. Un début de quelque chose, peut-être… Sauf que le garçon n’a d’yeux et de pensée que pour cette stupide mannequin-chanteuse-vedette, avec des jambes aussi longues que… Un vrai otaku.

lundi 1 janvier 2018

Ghost

Il y a cet homme qui dort contre le corps de sa femme. Cette image, je la garde profondément ancrée en moi, elle respire tant le bonheur et l’amour, deux âmes enlacées peau contre peau, dans le silence d’une vieille bicoque grinçante de banlieue. Elle veut déménager, lui est plutôt résistant à cette perspective, trop de souvenirs, trop d’amour dans ces lieux pour être prêt à fermer la porte. Jusqu’au jour où… Se résigner... Faire des cartons, laisser le piano… Jusqu’au jour où… Un accident de voiture…

L’homme se réveille, chambre froide, un drap sur le corps, il erre sous la lumière blafarde tel un fantôme. Il EST un fantôme. La femme pleure, bien évidemment. Un amour qui s’en va. Casey Affleck, puisqu’il s’agit de lui sous son drap qu’il ne quittera plus jusqu’à la fin du film, ne comprend pas vraiment ce qui se passe… Il rentre chez lui. Le silence lourd, de la maison. Sa femme mange une tarte. Dans un silence de mort. Seule, par terre dans la cuisine, pendant dix minutes, Rooney Mara s'en enfourche à en gerber. Un plan fixe de 10 minutes sur une femme qui bouffe une tarte dans une désespérance totale, c’est long, très long… Les premiers spectateurs quittent la salle… Le silence ne convient pas à tout le monde.

Pendant le reste du film, dans un silence obscur, bercée par une magnifique musique où le violoncelle a la part belle, normal quand il est question de fantôme, il voit sa femme errer puis refaire sa vie, il échange par regards interposés quelques mots avec le fantôme de la maison d’en-face – le clin d’œil humoristique du film, de nouveaux locataires arrivent, sa femme est partie, d’autres locataires… Jusqu’au jour où…