samedi 17 novembre 2018

Il rêve, il chie, il écoute Herbie


« Assis là, torturé, balbutiant, à l’écoute de M. Gainsbourg, la fatigue à fleur de peau, si proche de la mort, ayant trop forniqué, avec mes yeux de merlan frit. Toujours aussi minable et con. »

Ainsi commence le roman de Jens-Martin Eriksen. Une chose est sûre, d’entrée de jeu, il me prend par les sentiments, me cite Gainsbourg, et affiche mon vrai visage, minable et con. Dès cette première approche, seul sur mon banc, un cygne blanc qui me regarde d’un air dubitatif, je sens, je sais, que je vais l’apprécier. Parce qu’il y a probablement du moi à l’intérieur, il y a la déchéance d’un homme amoureux qui se pose devant sa machine à écrire et qui ne tape plus, submergé par ses sentiments. Ceux pour Nani, cette belle Nani, sa putain son amour, son putain d’amour. Alors au milieu de volutes salvatrices, il rêve, il chie, il écoute Herbie, il boit des bibines fraîches. Mon univers. D’ailleurs, je me demande pourquoi je n’ai pas encore écrit cette histoire… Maintenant, c’est trop tard. Nani est passée par là et a succombé, mes désirs devenus chimères, ma vie oubliée. De toute façon, je n’étais pas assez - ou trop - pour elle, bandante Nani avec son cul qui ondule entre les pages jaunies.   

« Ça a été écrit par quelqu’un qui a souffert en attendant que l’histoire vienne au monde, vienne au monde et reste là. La pression est descendue, et je dis et j’écris que je chiais la vie en un fracas tonnant, retentissant, furieusement tremblant, et je fus délivré. Oh, que Dieu soit avec moi après cette turbulente vidange de merde ! Vous comprenez ce que je veux dire : C’est vraiment l’histoire, l’histoire de mon propre cul, cagué par moi et pour moi, la douleur en ce qui me concerne est insupportable mais disparaîtra sûrement, elle aussi. C’est en tout cas ici mon espoir, juste avant le gong, en ce moment où je viens d’être mon propre évènement mondial et où je vous remercie de votre participation. La seule chose qui me reste ce soir est une douleur au cul. »

jeudi 8 novembre 2018

Les Quatre Saisons de la Vodka



« C'était un été de grande ivresse.
Ma vie était ainsi faite : il y avait eu, une fois, tout un été de voyages ; et puis l'année d'avant, un été de la musique. Je me souviens toujours avec tendresse de l'été de la passion ; il y en a un autre que je n'oublie pas : celui de la séparation et de la conscience. Ils se distinguent facilement les uns des autres, les mois d'été des différentes années : il suffit de se rappeler leur saveur dominante et la mélodie principale que l'on fredonnait.
Mais il y a aussi l'automne, et l'hiver, et le printemps.
Il y eut l'hiver des morts. Et l'hiver de la paresse et du vide. Qui fut suivi de l'hiver des pressentiments. (Le premier fut humide, je ne remarquai pas le deuxième, le troisième fut tiède, sans chapka.»

Des saisons qui défilent comme des pages qui se tournent. Avec douceur. Il y a des bouteilles qui se vident au grès du vent des quatre saisons. Avec nostalgie. La vodka à flot pour entretenir de petites nouvelles sur les bords de la Volga. Et je crois, confidence pour confidence, que j'aime la vodka comme je suis amoureux de Olga.    

« Le hasard voulut que ces mois d'été-là, l'alcool coulât à flots.
Sa consommation était d'une facilité remarquable : il arrivait à point, on le buvait joyeusement et il quittait le corps insensiblement, pendant un sommeil profond, sans pratiquement laisser de courbatures ni de vertiges. »


Entre deux prodigieuses cuites, saine habitude sous le grand froid, je t'imagine ma Cindirella, un shot de vodka, glisser ma langue entre tes deux cuisses, découvrant ta fine toison, jolie brebis au pubis parfumé à la senteur des steppes sibériennes. Je veux bien finir au goulag, si je garde en moi ce goût du plaisir ultime et comme une vodka glacée qui coule au fond de ma gorge, me réchauffe le cœur, je sens encore la chaleur s'écouler dans le délit pénétré. Sans chapka. Mais la vodka ne fait pas oublier, ces étés douloureux ou chaleureux, ces automnes pleins d'avenir et d'abandon, le silence volubile d'une vodka.   

dimanche 4 novembre 2018

Strasbourg-St. Denis

Déambulation nocturne à travers les rues, des clubs de jazz, des putes sur le bitume, un autre temps. Une ère où la musique ne manquait pas d'air et où les plaisirs ne se limitaient pas à des sierra-léonaises ou à une filière filles de l'est campées à la périphérie de la ville. Mais surtout où les clubs de jazz distillaient un groove aussi puissant qu'un verre de rhum du Venezuela. A Time for Love. Une musique à écouter à deux, la nostalgie du jazz et de l'amour, croire en l'amour est-ce encore possible. Sur cette mélodie presque chaloupée où le corps de la femme enivrerait n'importe quel marin venu s'engouffrer dans cette taverne... Descendre de la ligne 4, arrêt Strasbourg-St. Denis.



Texan, sans stetson, boucle de ceinturon surdimensionnée et santiags éperonnés - étonnant à croire mais cela existe finalement - Il a composé quelques grands instants éphémères de la scène parisienne, en preuve ce New-Morning 2007. Close yours eyes. Une douceur proche de la mélancolie. Je l'ai connu d'abord dans le groove et le funk avec son RH Factor mais j'aime autant ces moments magiques qui caressent mon silence, les silences de mes nuits et de ma vie, ces silences si tant incompris. Heureusement la musique ne s'échappera pas de mon esprit. Descendre de la ligne 8, arrêt Strasbourg-St. Denis.

jeudi 1 novembre 2018

Loulou sur les docks




Une musique qui s'écoute à deux, 
La double prise jack branchée,
Deux cœurs qui se frôlent, des mains qui se caressent.
Sitting on the dock of the bay.
La brume et le soleil qui se lève.
Deux êtres passionnés. Mais est-ce ça l'amour ?

S'asseoir sur un banc, regarder un cygne qui regarde ta solitude intérieure, cette musique dans les écouteurs, un signe. L'amour qui cogne à ta porte, ton cœur qui cogne encore plus fort et ce mur - de briques - qui s'effrite, s'écroule, la fracture, la douleur, les urgences, another brick in the wall.    
Deux êtres qui écrivent chacun de leur côté leur histoire, tapant frénétiquement pour l'une fiévreusement pour l'autre ou vice-versa, le verso du vice, retourne-toi sur le son du piano. Mais est-ce ça vraiment l'amour ?

Quand tu te réveilles au milieu de la nuit, le silence et au-dessus, les étoiles, allume le téléphone, écris ces mots des maux à l'autre bout d'un rivage d'une mer aussi profonde que l'âme que tu souhaites y donner, blue moon. Parce qu'il y a urgence de le faire, ordre de ton cœur.

Prêt au décollage. Major Tom aux commandes.

Écriture en urgences, fulgurance des mots des sentiments des maux et des silences. Fuir cette région Est, froide et sans âme. Rien de bien n'est sorti de cette région, pas même moi, l'insignifiance. Partir, s'enfuir, pour vivre. Trouver l'amour, la complicité, la destruction. Perdre le contrôle de sa vie, Major Tom. Certaines passions se veulent destructives, des bleus, des coups, la nuit, la lune, l'écriture. Roger. Écrire pour aimer, écrire pour s'aimer, panser ses plaies, blue moon.

« Je monte le son. Je n’ai pas peur, honte de rien. Je danse toute seule devant toi. Tu me regardes. Tu es fou de moi. Surtout dans ces moments-là. Puis tu finis par « Sitting on the dock of the bay ». On est d’accord sur ce point. C’est notre chanson préférée. Tu me rejoins pour danser. L’un contre l’autre. Mes bras autour de ton cou. Parfois je pleure. Parfois c’est toi. C’est toujours beau.
On s’endort collés. Fesses contre sexe. La position t’excite. Alors on fait l’amour. Je n’ai pas toujours envie. Toi si. Je ne jouis jamais quand tu es en moi mais je ne m’inquiète pas. Toi si. Tu descends ta main ou ta bouche jusqu’à mon sexe. Là, je jouis. Maintenant, on peut dormir. »


mardi 23 octobre 2018

Falaises, bis

Se promener le soir à la fraîcheur de la lune.
Regarder le rivage à la lueur des étoiles.
Reconnaître ce chemin sous les cieux,
Sente aux mille senteurs nocturnes.
Se souvenir de ces âmes errantes, et…
Plonger du haut de cette falaise.

Entendre le cœur battre, un peu,
Puis s’effacer discrètement, ou fracassement, face à cette putain de vie,
Vie sans envie, voix sans sourire
Harmoniques du désespoir,
J’erre seul sur cette voie dans le noir,
Sombres comme mes pensées.

Se retrouver au Japon, forêts de cryptomérias,
Des moines bouddhistes récitant leurs sutras.
Voyeur, je regarde cette toison brune gémir de plaisir,
L’esprit geisha qui m’habite. Elle me prend la main.
Envieux, j’imagine ces promeneurs se tenir la main…
Avant de plonger dans le vide.   

« Je les regarde baiser dans la nuit devenue fraîche, je les regarde jusqu'au bout, aimantée, fascinée. J'ignore ce qui me retient ainsi. Je crois que je trouve ça beau. Quand elle gémit on dirait qu'elle a mal, on ne sait pas si elle souffre ou elle jouit, elle ne bouge presque pas, seul son visage se crispe, se plisse et se détend par spasmes. Il se dégage de leur étreinte quelque chose d'incroyablement lumineux, tendu et net. On croirait une danse. »

mercredi 17 octobre 2018

Le Dernier Arrêt

« Les guirlandes de Noël brillaient au-dessus de la scène, au-dessus des stripteaseuses, toute l'année, rouges et vertes. Les filles dansaient principalement sur du mauvais rock'n'roll. Les barmans, les serveuses, les danseuses et le videur étaient des femmes. L'endroit s'appelait The Last Stop. »

Plaisir avouable que de rentrer dans ce sombre bar qui doit sentir la fumée du siècle dernier, la sueur des danseuses d’il y a dix ans, le foutre et la pisse de la veille. Un dernier arrêt avant la fin de la nuit, un dernier verre avant la fin d’une vie. En vieil habitué de ces lieux mythiques où traîne mon imagination perverse, je me fonds, le regard triste, les yeux sombres dans le noir de cet endroit aux décolletés chamarrés. En vieil habitué, la serveuse m’apporte sur son plateau argenté une pinte d’une bière assez fade et un bourbon au gout de vieille planche. En vieil habitué, je reluque son cul en train de flotter vers une autre table, l’envie irrévérencieuse de lui fourrer mon désir ardent. En vieil habitué, je me rabats vers la danseuse qui arrive à garder un semblant de sourire malgré le glauque de sa vie, et lui glisse un billet en compensation entre les charmes luisant de sueur et la ficelle de son string. Des habitués comme moi, le coin en déverse chaque nuit sa floppée de solitaires venus juste boire un verre, lire un livre, attablé, assoiffé dans un brouhaha immonde et quelques poupées bien roulées.  

« Ron aimait boire seul, mais il n'aimait pas être seul à sa table. Quand il commandait au bar, il demandait toujours un verre de tequila puis il allait toujours à une table où il y avait des gens qu'il ne connaissait pas et à qui il n'adressait pas la parole. Les gens jetaient un coup d'œil dans sa direction mais ils ne disaient rien. »

jeudi 11 octobre 2018

Cerf Vidé

Onze ans, c’est l’âge pour tuer un cerf. Mettre sa veste de camouflage, quelques bières dans le sac à dos, un fusil bien huilé, casquette avec visière pour ne pas être ébloui par le soleil californien et s’aventurer en pleine forêt, dormir sur place à même le sol sur un couchage de bric et de broc et surtout d’épines de pin. Cela a tout du portrait initiatique d’un père avec son fils. Le grand-père accompagne, l’oncle aussi, comme une réunion familiale et masculine, un pacte de sang à la vie à la mort. Sentir et respirer les odeurs champêtres, un sentiment de bien-être qui se dégage de mon roman étiqueté nature-writing. Pas de grizzli à s’attendre, juste des champignons, des corbeaux et peut-être quelques heures à attendre que le cerf passe devant mon viseur. Juste un cervidé.

« Je m'agenouillai devant le cerf, devant les hommes, je portai le foie cru à ma bouche. Encore tiède quand je mordis dedans, aucune résistance, rien qu'une bouillie chaude au goût de sang. Je sentis un haut-le-coeur mais le retins, je mâchai et j'avalai, je mordis à nouveau et je pensai au mort, je m'imaginais manger son foie et je sentis la bile monter, ma poitrine et ma gorge se convulser, mais je tins bon et j'avalai encore, et je pouvais percevoir le goût des entrailles de chaque homme et de chaque bête, je pouvais percevoir au goût que nous étions faits des mêmes éléments oubliés et plus anciens que la mémoire, à l'époque où les premières créatures avaient rampé hors de la soupe primordiale. Un goût d'eau de mer et de placenta dans ma bouche, un rappel d'où nous venions tous. »

Cela pourrait faire un excellent roman initiatique, transmission générationnelle d’un père à un fils. Apprendre à manier une batte de base-ball ou un fusil de chasse, le cérémonial est presque le même. L’intensité aussi et ce plaisir de partager quelque chose avec son fils, et de le voir grandir dans le monde « adulte ». Pourtant, les conséquences peuvent être « assez » différentes.

vendredi 5 octobre 2018

Le Cimetière des Guppies

Quelques gouttes dans un verre, ou un côté "si-je-prenais-soin-de-mon-corps" conjugué à un "si-je-me-faisais-une-couleur" me poussent à pénétrer l’antre de ce Salon de beauté. Un accueil chaleureux, couleur chatoyante, calmitude et zénitude pour profiter des rayons de soleil qui se couchent avant la nuit chaude qui m’attend dans les ruelles mexicaines. Tenu par un travesti extravagant mais avec l’âge introverti, il a le sens de la déco et l’amour de son prochain.

Pour l’ambiance, des dizaines d’aquarium, les poissons ça calme, ça rend serein, ça rend zen ? Ça aide à oublier le monde et sa relative cruauté. Il m’explique qu’il a commencé avec des guppies, parce que c’était plus ou moins faciles à élever, avant de relever le défi sur des poissons plus colorés ou plus carnivores.

Un mal incurable, poisseux, quelques pestiférés tabassés dans les rues. Pour l’amour de son prochain, ses activités de « salon de beauté » ont dérivées pour prendre en charge des personnes dont personne ne voulait, des malades, des vieux, des fins de vie que l’on souhaite se décharger. C’est mieux qu’une décharge, mais cela reste quand même un mouroir. Mais un mouroir humain.

jeudi 27 septembre 2018

Je Te Bande

Un tout petit fascicule, viens-là que je t’, empli de désir, émoustillé par le désir du souvenir, par le plaisir du désir, un petit éloge, hommage sous ma toge. Une centaine de petites pensées distillées dans la nuit. Parce que le désir est nocturne, et ma lecture de ce désir également. J’aime me réveiller au milieu du silence et des ombres endormies, sentir ton ombre me caresser sous la lumière éphémère d’une lune bleue ou du halo tamisé d’un lampion, sentir mon membre s’éveiller dans ce silence nocturne lorsque je me souviens de notre première rencontre. Oui Belinda, tu m’as tant chauffé dans ton précédent roman, « l’adieu à Stephan Zweig » avec cette scène anthologique d’une fellation avec ton amant archéologique et aimé, ta bouche aimantée à son magnétisme volcanique, poussée de lave, une jouissance de l’instant et de la page consumée. Elle est dans mon sommeil comme une fleur, un soleil sans chaleur vous pouvez m'aider à la trouver. Elle a les yeux bleus Belinda... Oui Belinda, je te suivrais n’importe où surtout aux portes du plaisir et du désir, l’un ne va pas sans l’autre.

Au milieu de la nuit et du silence, j’aime reprendre ce petit livre, qui à l’origine avait une autre destination que mon plaisir onaniste, je le picore au hasard d’une page inconnue, savoure chaque aphorisme, chaque posture érotique, chaque plaisir éjaculatoire qui gicle de mes pensées nocturnes comme autant de désir malsain, obscène, pornographique, tendre, un petit éloge du désir mais toujours conjugué avec l’amour. Parce qu’entre des notes philosophie et de poésie, l’amour joue toujours une partition essentielle dans la musique de la vie et du désir.

vendredi 21 septembre 2018

Jardin Jasminé, Andalousie Anisée

A Bordeaux le quartier de la gare avait changé.

Les policiers du nouveau maire et ses camions de l'aube à eau pulsée avaient nettoyé la place de ses alcooliques violents et de ses prostituées espagnoles.
Le sexe tarifé avait été repoussé derrière la gare, de l'autre côté du pont de ferraille. Ces dames étaient bulgares désormais, poudrées à blanc, surveillées par des barbares de l'Est en 4x4. Quant aux clodos, nul ne savait ce qu'ils étaient devenus.

On s'était serré la main...

Cela commence ainsi, dans la préface de son ami, fidèle compagnon de ses aventures d'antan, Thierry Poncet. Une dernière rencontre, un dernier regard. Ce n'étaient pas des adieux, et pourtant, avec le temps, ce fut la dernière poignée de mains. Dès ces premières pages, j'ai cette émotion qui m'égorge la respiration, qui m’égratigne un peu plus l'âme. Une préface poignante. Un dernier regard à la terrasse d'un café, qui aurait pensé que ce dernier geste recueillerait des adieux.

Chaleur andalouse, c'est dans ses ruelles étroites que je déambule à travers le cruel destin d'Alma, cette petite fille qui parle avec Dieu - et le pire, c'est que Dieu lui répond. Comme une communion entre deux êtres où les mots sont devenus inutiles voir dangereux, parce qu'en ce temps-là, il ne fait pas bon s'afficher avec Dieu, encore moins être une petite fille juive, car en ce temps-là, on sait bien que tous les maux viennent des juifs, cela se passe d'ailleurs de mots, puisqu'au mieux ce sont des gros mots qui se vilipendent à travers les rues frappées par le soleil d’Espagne et par les ordres de la reine Isabelle la Catholique. Qui dit soleil qui me tape à l'arrière de la cabeza, je sors mon remède, plantes médicinales à infuser dans de l'eau fraîche de source, trois glaçons, un Ricard dans mon verre, sans piscine, sans orgeat, la chasse aux juifs est le moindre mal de l'époque, et Alma, le dernier roman posthume de Cizia Zykë.

vendredi 14 septembre 2018

Madame Butterfly

« La Toyota glissait sans heurts dans la nuit.
Une nuit claire, une nuit sans vent.
Des putes au coin des rues, et aussi des junkies.
Dans ces rues, il se passe toujours quelque chose, pensa Frank, dans ces rues on ne peut pas se cacher la réalité. »

L'univers de la nuit, nuit chaude, bouillante de sueur, de peur et de foutre. Des coins glauques en ruelles sombres, je déambule le long du trottoir, entre deux lampadaires qui illuminent faiblement deux putes d'un côté et deux junkies de l'autre. Les unes me regardent, les autres ont leurs regards portés sur une seringue. Je suis à la recherche de Frank mon alter-ego. Un flic de bas étage renfermé sur lui-même qui en a vu des saloperies de la rue, mais qui n'est pas très blanc non plus. La nuit, de toute façon, tout est noir ou gris. Même l'âme de New-York.

dimanche 9 septembre 2018

La Dernière Goutte

« Le son de ma voix » fait partie de la catégorie de romans dont tu ne sais pas pourquoi tu l’as en main. Tu ne connais pas l’auteur, ni même le bouquin. Mais tu l’ouvres quand même, une page tu gouttes à la plume écossaise. Une seconde page, tu penses à la bouteille de whisky écossais dans le buffet. Une troisième page et tu continues de penser à cette bouteille de whisky. Quatrième page, whisky whisky. Cinquième page, ton esprit est obnubilé il se lève se sert un verre. Sixième page, tu humes ton verre. Septième page, les premières gouttes de ce liquide ambré descendent en ton for intérieur. Huitième page, tu te sers un second verre. Neuvième page, tu arrêtes de boire pendant ta lecture. Dixième page, tu te lèves de nouveau, pour te servir un autre verre et garder la bouteille à portée de main. « Le son de ma voix », c’est un putain de bouquin dans une main, et une putain de bouteille dans l’autre. Et tu y restes accroché tout au long, comme scotché à ton scotch. D’Écosse, le scotch. Comme le bouquin.

« Au début, tu voulais boire l’océan pour le mettre à sec, mais tandis que tu t’y employais, toutes sortes d’horreurs – à la fois vivantes et mortes – sont apparues. Ces créatures tâtonnaient vers toi à l’aveuglette. Plus elles étaient horribles, plus tu buvais – comme si tu tentais de les avaler, de les ôter de ta vue. Tu ne bois pas pour oublier – cela ne se passe plus ainsi – au lieu de cela, l’océan est devenu tout ce qui n’est jamais arrivé, et quand tu bois tu peux nager sans effort là où l’humeur te porte. Tu bois effectivement comme un poisson dans l’eau, puisque boire te permet de respirer sous l’eau. »


mardi 4 septembre 2018

Blue Monk, Blue Moon, Blue Hotel

« Il n'y a que l'amour pour sauver ce monde. Pourquoi j'aurais honte d'aimer ? »
Je mets sur la platine le Blue Monk de Thelonious Monk. Des bleus à l’âme. Ma vie est une succession de noir et de gris, sombre, seul, l’espoir de découvrir l’amour abandonné. Et puis je rencontre cette femme, sublime d’ailleurs, un sourire à en faire péter les boutons de mon jean. Même en noir et blanc, son regard illuminerait ma putain de vie. Sauf qu’elle a les cheveux bleus. Et tout d’à coup, de la couleur rentre dans ma vie. Du bleu partout. J’écoute blue, je pense blue, je vois blue. Le blues se chasse de ma vie. Parce que le bleu est une couleur chaude. Ma vie devient chaude, cette nana aux cheveux bleus est chaude. Comme je les aime.

Mais je me demande ce qui m’arrive, une nana aux cheveux bleus ce n’est déjà pas commun. Mais une nana en plus qui se retourne sur mon passage et qui me sourit, c’est, je dois l’avouer, inimaginable. A me retourner avant que je n’ose la retourner. Mes Kickers sont bleues, mes chaussettes deviennent bleues et je mets même un caleçon bleu (il m’arrive effectivement d’en mettre un, certains jours). Le bleu transforme ma putain de vie qui pour une fois s’illumine.

Et cette envie de baiser avec cette femme teinte en bleu ne me quitte pas. Les gens me regardent bizarrement, comme si cela était si inhabituel. Après tout, elle a quand même les cheveux bleus, il y a de quoi se poser quelques questions. Après tout, j’ai la bave qui coule aux lèvres, l’œil lubrique et l’érection fatidique. Des interrogations, le mystère de l’amour, en bleu.


samedi 25 août 2018

Un goût de bois, de sel et de poussière


« Nous longeons des hauts fourneaux, des stations-services et des caravanes alignées sur le bord de la route. »

Avec un goût de poussière dans la bouche, le dos fourbu par cette route interminable et cahotante. Je crache par terre le peu de salive qui me reste en bouche. Ma main, par habitude, plonge dans la glacière mais ressort à nue. J'ai déjà bu la dernière bière il y a bien soixante miles. C'est donc avec un sourire salutaire que je tourne le volant, et m'engouffre dans ce qui ressemble le plus à de la vie, un soupçon de vie dans une poussière balayée par le vent. Ferme la vitre ! on n'arrive plus à respirer.

« Il engage sa vieille voiture dans le parking d'un vaste bâtiment en bois surmonté d'un panneau qui annonce 'The Ranch' en grandes lettres malingres. Le soleil commence tout juste à se coucher, mais l'endroit est aussi illuminé que Las Vegas. Toute une armée de pick-up sales encombre le parking. »


Se frayer un chemin entre les rétroviseurs et les pare-chocs chromés et suivre le brou-haha d'une meute gueularde et assoiffée. Un lieu qui n'a pas de nom, comme un ranch sans nom. Un air abîmé, par le temps, la poussière et le fracs de la vie, j'imagine déjà les âmes qui y règnent. De la peine et de la bière qui coulent à flot sur le comptoir et qui déversent son lot de solitude et de tristesse. Être un cow-boy solitaire a son revers, celui de se retrouver seul à boire sa bière, dans la fraîcheur d'une pénombre en coin, ou dans un coin d'une moiteur extrême.
  

vendredi 17 août 2018

Miles, Milos, Paco ou Pepe…


Aïta et Ama coule des jours paisibles avec leurs trois enfants entre Irun et Aranjuez. Des promenades main dans la main dans les jardins de la ville, senteurs d’orangeraies qui distillent un parfum d’amour et de soleil dans cette vie-là. Mais si je suis ici, ce n’est pas pour te conter l’amour et le bonheur. Enfin presque, l’amour, il y sera toujours question mais le bonheur s’éclipsera devant la montée d’un homme, Franco et ses troupes qui avancent dangereusement pour des activistes républicains. La famille est contrainte à l’exil.

L’exil vers un nouveau pays. Tenter de se reconstruire et de maintenir unie cette famille. De l’autre côté des Pays basques, la vie n’est plus ce qu’elle était, mais au moins la famille est libre. Elle a un toit, même si la chaumière occupée est étroite, puante, sans eau ni électricité. Mais ils sont libres. Libres et ensemble. Mais en France, les heures sombres viennent aussi se mêler à cette vie de pauvreté. Les allemands jouent les tortionnaires psychologiques. Alors dans ces conditions, difficile de se sentir bien chez soi, ne restent que des « rêves oubliés » d’une vie d’avant, entre Irun et Aranjuez.

« Ama, je n’ai pas de mots, je ne porte en moi que du silence. Et pourtant ce silence, loin d’être vide, est plein de vie, plein de toi. Je le sens se mouvoir comme une force lente, constante, comme une masse ardente. Tes mains diaphanes l’ont sculpté pour lui donner tes traits. Je n’ai qu’à fermer les yeux, et tu es là, en moi, à portée de cœur.
Enlacée.
Comme j’aimerais te décrire ces silences qui sont les miens, leurs approches furtives de toi, à l’affut d’une caresse. Comme ils se faufilent dans mon souffle pour soulever, sur ta nuque, les mèches de cheveux qui s’échappent de ton chignon. Y déposer un baiser.
Ama, tu as chassé de mon âme tout ce qui devait l’être pour n’y laisser que l’essentiel de l’émerveillement et de l’amour.
Chacun de tes sourires abandonne, à son insu, une bribe de toi en moi. Ces bribes sont devenues un jardin fou, une forêt où chaque arbre porte un souvenir de nous. Je m’y promène à ma guise, toujours ébloui par ces instants passés ensemble et par l’espérance de ce qui nous reste à vivre.
Ama, perdons-nous encore. »

vendredi 10 août 2018

Ces yeux bleus qui pleurent sous la pluie

T’es pas un loser, p’tit. En fait, j’ai l’impression que si. C’est comme ça, mec. La loose, je la sens en moi, j’la ressens même. L’archétype du pauvre type. Si tu savais comme ce qualificatif me colle à la peau. La vie dans une putain de vie, une vie qui bascule en vadrouille dans le Nevada. Une nuit d’hiver à Reno, nuit froide nuit d’ivresse, l’esprit se bouscule à l’intérieur et puis un bruit, un choc, laisser le cycliste au bord de la route. Prendre la route dans une vieille Dodge, modèle 74, le vieux Tom Waits qui braille dans les haut-parleurs de la caisse et prendre la fuite.

Je l’ai senti de suite que cette nuit allait mal finir. Dès que le pigeon s’est écrasé contre ma fenêtre, la brisant et laissant entrer le froid s’engouffrer sous la couette. Jerry Lee et Frank, deux frangins qui fuient leur destin et leur propre vie. De motel en motel. Fucking Life.

« On est des mecs foireux, Frank. C'est pour ça qu'on rencontrera toujours des gens qui sont foireux. Et moi, ça, je peux le comprendre. Mais ça n'en fait pas pour autant de mauvaises personnes, t'es pas d'accord ? Si t'as jamais eu de chance, ça veut pas dire que tu en auras jamais, pas vrai ? Y a des gens malchanceux, eh ben, ils finissent par avoir de la chance. Tout le monde peut pas être maudit, enfin, je crois pas, Et puis, tu as besoin de quelqu'un. S'il y a un gars sur terre qui a besoin de quelqu'un, c'est bien toi. Tu es le mec le plus seul que je connaisse. Tout le monde le dit. »

dimanche 5 août 2018

Macadam Story

La chaleur écrase sa lourdeur sur les corps gisant à même le macadam. Des orages éclatent, trombes d’eau qui fracassent ces mêmes corps. Un froid glacial mord l’inertie de ces êtres vivants ou à demi-mort. Les saisons s’enchaînent, se défilent, avancent, sans retour arrière. Inexorablement, le temps marque l’empreinte de ces milliers de personnes habitués des recoins de rue. En cette journée d’été, je descends en sous-sol respirer l’air nauséabond d’un métro, ligne 13 quais puants, mon livre de poche en poche.

Une jeune fille, peut-être trop intelligente pour son âge, s’adapte à sa vie de collégienne tant bien que mal, restant dans son coin à observer ses camarades, à demi cachée derrière le vieux chêne. Un silence au milieu du brouhaha d’une cour de collège. Avant la sonnerie fatidique Lou se promenait encore du côté de la gare d’Austerlitz, promener son regard sur les autres. Et croiser la mine crasseuse et intrigante de No, Nolwenn. Refermée sur elle-même, à peine plus âgée qu’elle… Et pourtant… une ado dans la rue semble vieillir beaucoup plus vite… No, une sacrée « affaire ».

« Je vois sa lèvre trembler, ça dure à peine une seconde, elle baisse les yeux, je prie dans ma tête de toutes mes forces pour qu’elle ne pleure pas, même si je ne crois pas tous les jours en Dieu, parce que si elle se met à pleurer je m’y mets aussi, et quand je commence ça peut durer des heures, c’est comme un barrage qui cède sous la pression de l’eau, un déluge, une catastrophe naturelle, et pleurer de toute façon ça ne sert à rien. »


vendredi 3 août 2018

It's Raining Again

Si en France, on a des parapluies, même à Cherbourg, en Chine, ils ont des cirés noirs à capuche. C’est moins coloré, cela donne un visuel très uniforme, voir monotone, tout dans la sobriété et la tristesse. Univers sombre mais la pluie perpétuelle qui ne cesse de tomber pendant au moins 1h50 du film (sur 1h57, oui le générique est sobre et sans pluie) apporte une note de mélancolie. La pluie me rend d’ailleurs mélancolique ou agit de telle sur mon esprit fracassé par ces incessantes grosses gouttes d’eau – de quoi même noyer mon verre de saké.  

Après ces quelques considérations purement poético-météorologiques, un cadavre de femme est retrouvé dénudée dans le champ voisinant l’usine locale de fonderie. Puis un second… Les pluies diluviennes lavent les indices, et l’enquête avance aussi lentement qu’un escargot venu prendre son bain de boue, et la quête de Yu…

J’aime la monotonie de l’univers, savoir que tous les jours la pluie s’abat sur toi, à sentir le bison mouillé. J’aime les films qui prennent leur temps pour nous imposer une atmosphère lourde et nous questionner sur le fondement de l’humanité (Pourquoi c’est mouillé ? Ben, parce qu’il pleut).

mercredi 1 août 2018

Le Jardin des Jujubiers

Alléché par l’odeur du Kimchi, je déambule dans les ruelles, étroites et sombres. Sombre et parfumée, cette nuit éclairée par la brillance d’une lune teintée de bleu, je m’engouffre derrière le rideau d’une devanture au nom si poétique : « Le Jardin des Jujubiers ». Plat du jour : soupe de poulet aux jujubes. Une spécialité locale, comme les poils pubiens que l’on retrouve collés sur les baguettes. Après m’être réchauffé le corps, j’ai envie de réchauffer mon âme. La serveuse me propose de la rejoindre dans les petits pavillons d’à-côté. Je sens, je sais, que mon âme va jouir de cette nouvelle intimité. Bienvenue au Jardin des Jujubiers.

Yi-seol Kim, auteure que je découvre avec ce roman mais dont je connaissais déjà le nom puisque toutes les Corréennes s’appellent Kim, peint avec cynisme et crudité la place de la femme dans la société coréenne. Etre une femme et une prostituée semble être une évidence dans l’univers très masculin de la Corée du Sud, et la réalité de ces femmes reste bien sombre pour leur avenir.  

« De nos jours, ne pas avoir de maîtresse pour un homme, c’est un handicap de sixième degré. Ça te dirait d’être la mienne ? »

samedi 28 juillet 2018

L’homme qui fumait sur le Titanic ?

Les étoiles scintillaient encore dans le ciel d’un bleu noir, sombre illuminé par une lune maritime si près du pôle qu’on pourrait la caresser. Des glaçons dans mon verre, on the rocks, sonnent comme une corne de brume par temps de brume. Un énorme glaçon – dans le genre gros iceberg qui se promène la nuit sans faire de bruit, s’épanche sur le pont d’un bateau de croisière. Le fracas est prévisible, en cette douce et froide nuit du 14 au 15 avril 1912. Le Titanic sombre, un homme sur le pont fume le cigare, quand les corps se jettent à l’eau…

Au sommet des Dolomites - je t'aurais bien fait une rime avec sodomites, mais l'histoire ne s'y prête pas même avec une femme la fleur de l'âge, même avec une histoire d'amour et d'origami -, des fumées sur le mont Fumo sous le regard de la lune alpine et des étoiles italiennes, un homme sorti des tranchées fut fait prisonnier. Nous sommes le 14 avril 1916, Jacob Roumann, docteur dans une guerre d’horreur et de mutilés, se voit charger d’interroger le prisonnier. 
Qui est-il ? 
est la question de son supérieur. 
En réponse, il obtiendra deux autres questions : 
Qui est Guzman ? 
Et qui était l’homme qui fumait dans le Titanic ? 

mardi 24 juillet 2018

Chronique d'une Beuverie Annoncée

Santiago Nasar va mourir. C’est annoncé dès le départ, dès le titre du roman. C’est un fait. On n’y pourra rien. Pas la peine de chercher à le sauver, sa mort est annoncée, et ce n’est pas à moi de la chroniquer. Enfin, si, quand même un peu sinon, je ne serais pas devant toi à te parler d’un roman de Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature, prix pour moi d’une atmosphère tourbillonnante. Laisse la bouteille sur la table, le temps de me servir un verre, ou deux, chronique d'une beuverie annoncée.

Je ne te cacherais pas plus longtemps les coupables, ni mêmes les aboutissants de ce fol, et étrange, lendemain de noce. Alors que tout le monde reprend ses esprits fortement embrumés par le flot d’alcool qui s’y est déversé durant ces deux jours de fêtes, Santiago Nasar va mourir. Des trompettes sonnent dans le vent, vent qui fait tourbillonner la poussière. Dès qu’il y a de la poussière, je me retrouve dans mon élément, poussière de vie qui s’envole, comme la mienne de vie. Des trompettes dansent, façon mariachis. Je les entends entre les paragraphes de l’auteur. Ses phrases doivent être à l’unisson du vent et de la musique, j’avais constamment le sentiment étrange de voir tourbillonner la poussière et la musique.

« La cérémonie officielle s’acheva à six heures du soir, quand les invités d’honneur se retirèrent. Le bateau repartit tous feux allumés, en laissant un sillage de valses jouées au piano mécanique, et nous restâmes durant un instant à la dérive au-dessus d’un abîme d’incertitude avant de nous reconnaître les uns et les autres et de nous enfoncer dans la mangrove de la beuverie. »


vendredi 20 juillet 2018

Spirit of St Louis

Un été 1927 à découvrir. Une année riche, formidable, épique. Une année folle composée de légendes et de drames, des hommes et des triomphes. Commençons par le plus grand évènement du siècle dernier ou presque puisque à l’époque l’homme n’avait pas encore marché sur la lune, mais n’avait pas non plus traversé l’Atlantique en avion. C’est de ce point de départ, et en guise de fil rouge que Lindberg va traverser l’océan pour la première fois, en solitaire qui plus est, dans un avion façonné presque de bric et de broc, sans compas, ni la voix érotique d’un GPS ou celle d’un copilote grincheux. Respect et admiration de la foule. Le Spirit of St Louis a décollé de New-York pour atterrir quelques jours plus tard à l’aéroport du Bourget. Clameur de la foule, la population se déplace en masse pour découvrir ce nouvel héros et le célébrer tel un… champion du monde… Grande parade, immense émotion, les gens en pleurs et en cri.

Mais le soccer n’est pas encore implanté – et ne le sera probablement jamais dans ces terres-là. Non, là-bas, les dieux du sport, sont les joueurs de Baseball. Que de matchs épiques racontés par l’auteur, comme de souvenirs de jeunesse, bien qu’il ne soit pas assez vieux pour les connaître. Mais le sport se raconte de génération en génération et les héros tel que Lou Gehrig et surtout son coéquipier Babe Ruth révolutionnèrent ce sport avec leurs frappes dingues et des records de Home-run. Oui, tu n’y connais rien au Base-ball, tu n’as jamais vu un match de ta vie, pourtant, avec la plume de l’auteur tu ressens cette sueur dans le gant, les frissons des spectateurs manquant de s’étouffer avec leurs hot-dogs, la balle qui vrille grâce au crachat du lanceur…

lundi 16 juillet 2018

Aucune Règle (sauf pour la recette du Mojito)



Même recette. De la poussière, de la tequila et une frontière entre le Texas et le Mexique à traverser, à tombeau ouvert, file du milieu la route est dégagée. Emily Blunt a disparu du générique, restent les têtes viriles, même en claquettes, de Josh Brolin et Benicio Del Toro.  Là où les cartels règnent, les règles s'affranchissent de toute convenance. Fuck les règles ! D'ailleurs si le gouvernement fait encore appel à Josh, c'est bien pour avoir une tête brûlée qui emmerde tout sur son passage, les mexicains et ces putains de règles d'un gouvernement de droit, frileux et timoré face à d'éternelles réélections.

Il n'y est plus question de drogues, juste de faire exploser une guerre des cartels. Et là tous les moyens deviennent autorisés y compris celui d'enlever en plein jour, à la sortie de l'école, la fille d'un des chefs de gangs. Moins tape à l’œil dans l'action que le précédent opus de Denis Villeneuve, ce second malgré l'anonymat revendiqué de son réalisateur, Stefano Sollima, n'a pas à rougir d'une action et d'un rythme toujours efficace, la poussière qui s'envole, puis-je avoir mademoiselle la serveuse latino en bikini un parasol en papier dans mon mojito, j'ai soif de vengeance et de rhum.

samedi 14 juillet 2018

Des rêves, du malt et une femme, le piano de Keith


« Son mari n’avait jamais la gueule de bois. Tant mieux pour lui. Non parce qu’il supportait bien l’alcool, mais, selon sa théorie personnelle, parce qu’il savait « bien boire », et elle était prête à le croire. Quand il sentait l’ivresse pointer, il réduisait aussitôt la cadence d’ingurgitation. C’est comme quand on remplit d’eau un récipient dont le fond est percé d’un petit trou, affirmait-il, si on ne verse pas plus de liquide qu’il n’en disparaît par le trou, le récipient ne déborde pas. Et c’est sans doute grâce à cette méthode que, ce matin-là encore, il se réveilla en forme. »

Alors que je débouche ma bouteille de Nikka pour lire ce petit livre de Natsuki Ikezawa – ou ai-je lu ce petit recueil de trois nouvelles pour me servir un verre de Nikka, je suis pris par un sentiment étrange, celui d’être perdu dans un conte ancestral où je ne comprends pas grand-chose. Assurément, première nouvelle, premier verre seulement.

« Les origines de N’Kunre » m’emmènent en Amérique du Sud, j’aurais dû me servir un verre de rhum, une histoire d’adultère et de rédemption. La rédemption, je vais la croiser au fond de la jungle auprès d’un peuple reculé. Ma rédemption, je la trouverai probablement au fond de mon verre au cristal éculé.

jeudi 5 juillet 2018

L'histoire de l'histoire de l'amour


« Le lendemain matin, les premiers rayons du soleil levant tombèrent sur la couverture de L'histoire de l'amour. La pionnière d'une série de mouches atterrit sur la jaquette. Les pages moisies commencèrent à sécher à la chaleur tandis que le chat persan bleu-gris qui régnait sur la boutique le contournait pour prendre possession d'une flaque de soleil. Quelques heures plus tard, le premier d'une longue série de badauds lui jeta un coup d’œil rapide en passant devant la vitrine. La propriétaire du magasin ne chercha pas l'un ou l'autre client d'acheter le livre. Elle savait que, s'il tombait en de mauvaises mains, ce livre serait aisément rejeté ou, pire encore, ne serait pas lu. Elle préféra le laisser là où il était avec l'espoir que le bon lecteur l'y découvrirait. Et c'est ce qui arriva... »

Un rayon de soleil illumine les pavés de New-York, de Pologne et du Chili. Je mène mon chemin vers ces trois destinations simultanées à la rencontre de l'amour, celui de l'éternel, celui d'Alma. En poche, un étrange bouquin, pages jaunies par le temps, une odeur de temps s'évapore, la traduction espagnole d'un roman qui parle d'amour. Oui. L'amour. Toujours. Au centre de l'histoire, l'histoire d'un livre qui voyage à travers les eaux et les mers. Et les âmes. 

Et quel livre ! Les histoires se mélangent, comme les lieux, les époques et les personnages. Un puzzle qui page après page se construit sous mes yeux. Une fois le dessin achevé, je ne reste que silencieux devant la beauté de cette image. Ah… l’amour… toujours. L’amour des seins, l’amour pour une femme passée.

lundi 2 juillet 2018

La boum de Delphine Bercot

Voilà. Je crois que c'est fini. Je suis allergique à l'amour. L.O.V.E. Avec son tee-shirt noir et son cœur rouge dessiné sur le torse, il me promettait des histoires d'amour, de passion, de désir. J'avais tant kiffé ses précédentes chroniques de l'asphalte. Les deux premiers tomes étaient une merveille d'écriture, je plaçais Samuel Benchetrit au sommet de l'art littéraire, avec ses histoires de gamins sur l'asphalte. J'ai adoré aussi le Samuel cinéaste avec J'ai toujours rêvé d'être un gangster, la rencontre d'Arno et Bashung. L'esprit rock'n'roll...

Mais... Voilà. Le troisième tome arrive et je me suis ennuyé la plupart du temps lors de ces nouvelles, qui ont toutes pour point commun l'amour. J'en conclus donc que l'amour n'est pas fait pour moi. J'ai fini mon temps.

Je suis allé me servir un verre. Tout le monde buvait des Malibu, ou des whisky-coca. Je me suis servi un whisky sec que j'ai avalé d'un trait, sans savoir que je répéterai souvent ce geste pour me donner du courage.

Ce troisième volet - L'Amour - n'a  donc pas pris. C'est comme de mélanger du coca dans son whisky. Je ne comprends pas... Bon Ok, si. Un peu. Quand on est jeune, le whisky n'a pas la qualité que quand on a pris de la bouteille. Pas la même saveur. Comme l'amour. Si le désir est toujours là, présent en moi, les souvenirs emportent le pas, la mélancolie de l'amour, celui du petit a et du grand A. Le grand voyage vers l'inconnue et la passion. Comme celui de déboucher une bouteille de Monbazillac. 

mercredi 27 juin 2018

Matricide au Rasoir

L’esprit encore ensommeillé, j’ouvre la fenêtre de la véranda. Une vague de sel et de brume froide m’envahit. Les embruns giclent comme une artère segmentée au niveau de la carotide. Là, à la lueur du petit jour, je découvre que je suis couvert de sang séché, sur le torse, sur les mains, une goutte de sueur ferreuse s’immisce entre mes lèvres et se mêle au sel. Des empreintes de pas – les miens – dans une flaque de sang. Que s’est-il donc passé hier soir ? Les souvenirs se sont absentés pendant quelques heures, pas un bruit, sans mère, sans frère. Je caresse dans ma poche le coupe-chou lui aussi ensanglanté.

« Dans ce monde, on trouve toutes sortes de gens. Chacun fait tout et n’importe quoi de sa vie. Et quelques-uns deviennent des meurtriers. Par accident, par colère ou par jeu. Je crois que cela fait partie de la vie de l’homme. Pourtant, je n’avais jamais imaginé devenir l’un d’eux, ni que ma mère deviendrait une victime. Tout ce que je voulais, c’était avoir une vie à moi. Mon espoir, c’est que vienne le jour où je pourrais faire ce qui me plaisait, où je pourrais vivre ma vie à moi – après la mort de ma mère. Mais je n’aurais jamais pensé qu’elle mourrait de cette manière. Encore que si, d’ailleurs autant l’avouer. »  

Je m’approche de la chambre de ma mère, toujours aucun bruit dans la maison, pas même le floc floc de la cafetière qui égraine son temps et ses gouttes de café noir, ni même le toc toc du sang qui circule dans mes tempes. Je pénètre son antre, les pieds baignant dans cette mare de sang à l’odeur écœurante. Ouvrir la porte – qui n’était pas fermée à clé, se retenir de gerber devant ce spectacle nauséeux. Elle est là, allongée sur son lit, les yeux fermés, couverte elle aussi de sang – le sien, je présume. J’essaie de rembobiner le film d’hier soir, comme un scénario de la nouvelle vague, mais les éléments ne s’enchaînent pas, l’histoire de mes souvenirs reste étrangement mystérieuse. Suis-je donc devenu le meurtrier de ma mère ?   

mercredi 20 juin 2018

Poussière du Névada, Poussière de Ground 0

Quand t’es dans le désert…

Mae, croupière dans le Nevada, une vieille caravane, pas de chien, juste un fusil. Elle s’aventure la nuit, la poussière tourne autour d’elle, des yeux de coyotes la scrutent. Les lumières se sont éteints, loin de l’agitation frénétique de ces villes de jeux et de néons. Même la lune a disparu. Et quand le bleuté de la lune s’enfuit sur d’autres horizons, la vie perd de son sens, ne lui laissant que les souvenirs passés, seule dans ce désert.

« J’ai marché dans le désert jusqu’à ce que le monde commence à s’incurver, jusqu’à ce que les lumières de Boulder City s’affaissent derrière la ligne d’horizon. On ne peut jamais échapper complètement à la pollution visuelle de toutes ces villes, mais à l’endroit où je m’étais arrêtée, les étoiles brillaient davantage. Et, de nouveau, une nuit sans lune. »

La serveuse lui dépose son verre de whisky, et d’un air dégoûté, cette tranche de bœuf XXL tellement saignant que son cœur parait battre encore dans cet amas de chair rouge. Une télévision en fond d’écran derrière le comptoir. Les chaines d’infos en continu diffusent toujours les mêmes images. Inlassablement. Eternellement. Des avions qui s’écrasent contre deux tours. Des tours qui s’effondrent. Des victimes effondrées de peur, de rage, de terreur. Mae jouit de ce spectacle, coupée de la réalité du monde, ne voyant défiler depuis des années que des cartes de couleurs noir ténèbre ou rouge sang et des jetons noir et rouge. Indifférente à la vie de ces mortels, si ce n’est que pendant 7 secondes, 7 longues secondes qui passent en boucle et durent des minutes, des heures, elle reconnait Laurel, amante et aimante d’un passé oublié. Et son passé ressurgit de sa mémoire.

dimanche 17 juin 2018

Se prendre pour Gary Cooper

« - Y a un fusil pointé sur toi, vieux, a lancé un type. Approche-toi de la lumière, les mains en l'air.
C'était pas le moment d'enfiler mes bottes. J'ai obéi.
- T'es là depuis combien de temps ? a demandé un homme avec une moustache noire.
Ils étaient quatre. Tous armés.
- Combien de temps, on s'en fiche, a repris un barbu. Ou bien il est avec nous, ou bien il est mort.
- Je suis avec vous, j'ai répondu. C'est qui, vous ?
Le barbu a froncé les sourcils.
- T'as déjà convoyé du bétail en participation ?
- Juste contre un salaire. Je suis un cow-boy pas fainéant qui cherche une occasion.
- Elle vient de te trouver, a-t-il déclaré. On t'appelle comment ?
- Duke, j'ai fait.
- Certainement pas, a-t-il dit. Duke, c'est moi.
Il m'a regardé d'un sale œil à la lueur du feu et il a ajouté :
- Toi, tu t'appelles Leather.
- Ça m'étonnerait, j'ai répliqué. Je suis pas un dur à cuire. J'ai une peau tout à fait normale.
Brusquement, j'ai compris qui était Duke. Tout le monde le connaissait - c'était un des meneurs du Rough String. En fait, j'avais choisi de m'appeler Duke, peu de temps auparavant, à cause de la réputation qui entourait ce nom. J'ai ajouté poliment :
- Si tu le dis... Je m'appelle Leather.
- Allez chercher les bottes de Leather, a ordonné Duke. Servez une tasse de café à Leather.
C'est comme ça que j'ai changé de nom. Et c'est comme ça que je suis devenu un bandit. Pas plus compliqué que ça. Je me suis endormi honnête et fauché. Je me suis réveillé hors-la-loi et toujours fauché. Et incompris de tous.
»

Un air d’harmonica comme dans tous les bons westerns se mélange aux refrains du vent. Un homme sur son cheval, son costume noir maculé d’une poussière ocre et collante. Le teint gris, tiraillé par la soif, il chevauche la dernière colline, avant le repos éternel. Des coups de feu au loin, règlements de compte à OK Corral ou Duel au soleil. Des braillements humains, cris avinés sortant du saloon et rires des dames de petites vertus venues égailler la solitude des chercheurs d’or.

dimanche 10 juin 2018

Dans la peau de Scarlett

Isserley. Un regard magnifique. Et une paire de seins incroyablement incroyable. Pas que sa paire de nichons m’obsède, je suis bien loin de ces considérations esthétiques, mais l’auteur semble prendre du plaisir à me décrire les atouts de sa grosse poitrine. Il y revient souvent pour que je m’imprègne bien de l’image d’Isserley, que cette dernière reste gravée au fond de ma mémoire comme un fantasme récurrent.

Du petit matin au crépuscule, elle arpente sans scrupule les routes écossaises dans une vieille voiture retapée. Un mal de dos constant, ce qui l’oblige à mettre sa poitrine en avant, comme une avant-garde de son pouvoir de concentration, les yeux portés sur la route sinueuse, entre les gouttes de pluies balayées par les essuie-glaces, mon regard concentré sur le mouvement respiratoire de ses seins. On pourrait croire qu’elle conduit sans but précis, juste pour apprécier le silence des landes à l’odeur de tourbe.

Isserley passe devant cet homme, le pouce levé. Elle le dépasse, fait demi-tour, l’observe de nouveau, repasse dans l’autre sens et s’arrête cette fois-ci. Il a quelque chose qui l’intéresse, dans son regard, dans sa corpulence, dans sa solitude. Elle aime la solitude des hommes, surtout lorsqu’il se présente à elle le corps envieux. Lui, que le silence ne gêne pas, se contente de la regarder, de fixer même son avantage proéminent, son énorme paire de seins – c’est pas moi qui le dis, l’auteur insiste lourdement bien sur ce délice visuel. Jusqu’au moment où…   

jeudi 7 juin 2018

Pain Perdu entre un Père et un fils, Perdus

Par avance, je le sais. Des années que ce film me touche. Je sais qu’à chaque fois, je vais lutter pour ne pas sentir monter en moi quelques larmes de tristesse, et un peu de rage. Jusqu’à la dernière scène. A chaque fois, je me dis intérieurement : « écoutes, mec, c’est la dernière fois que tu regardes ce film. » Pourtant, à chaque occasion qui se présente, je replonge. Il y a des films pour lesquels je ne peux me lasser, et même s’ils me plongent dans la plus grande tristesse et un profond désarroi me sentant spectateur inutile dans son canapé, étant déjà un acteur inutile de ma vie.

Au fond, il y a cette question éternelle de l’amour entre un homme et une femme, et au milieu de cet amour à géométrie variable, il y a celui de l’enfant qui lui est constant. Seulement, l’enfant se retrouve au milieu de ces évènements d’adulte, si difficiles à comprendre en regardant les petits nuages blancs dessinés au-dessus de son lit.

Cela commence par une scène de pain perdu improvisé entre un père et un fils. Réveil plus que douloureux, quant au petit matin, il manque une maman et que le manche de la poêle est brûlant. Le café est infect, la coquille des œufs s’éparpille, le jus d’orange se déverse et le pain de mie est en miette. Bref, c’est pas le bonheur.

lundi 4 juin 2018

Si tu n'as pas lu le livre, si tu n'as pas vu la série, je ne dirais rien mais je peux te servir un verre, il doit bien rester une dernière goutte au fond de ma bouteille de Crown Royal...

Un jour d'automne ou de printemps, peu importe la saison, le temps défile, la vie reste une putain de tranche de temps qui s'écoule ou pas, je déambule dans le village. Le café de quartier que j'ai toujours vu s'est transformé en maison d'habitation. Où est-ce que les gens prennent-ils leur bière maintenant en sortant du boulot, ou le dimanche matin avant d'aller à la messe à l'église Saint-Martin ? Les cloches sonnent, quelle heure peut-il être, on en revient toujours au temps. Sous la place de l'église, je découvre le mystère du temps, un espace dédié à perdre son temps ou justement à vivre en dehors du temps : une nouvelle boite à livre. Il me faudrait un parasol et une bière pour flirter avec le temps et ma nouvelle découverte. Mais le café a fermé il y a des années. A la place, je ne trouve que de la poussière, poussière de ma vie qui s'envole au milieu de cette place sans café, sans hommes, sans jupes qui virevoltent.

« Notre fonction est la reproduction ; nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d'autre ; l'amour ne doit trouver aucun prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c'est tout : vases sacrés, calices ambulants. »

samedi 2 juin 2018

Qui qu'a pété ? C'est Bibi !


Voyons... L'art de péter n'est pas un titre bien sérieux. Mais ici, point de place à la grivoiserie et aux mots déplacés. Je suis un type toujours sérieux, trop sérieux, le genre à ne pas avoir de sourire sur la face. Alors ici, ce soir, il s'agit avant tout d'un Essai théori-physique et méthodique à l'usage des personnes constipées, des personnes graves et austères, des dames mélancoliques et de tous ceux qui restent esclaves du préjugé. Je t'avais prévenu, je suis austère - pas comme Paul malheureusement -, et si tu penses t'amuser, pète d'abord un bon coup, ça fera sourire au moins ta voisine.  

« C'est bien mal connaître le pet que de le croire si criminel et coupable de tant de grossièretés. Le vrai pet, ou le pet clair, n'a point d'odeur, ou du moins si peu, qu'elle n'a pas assez de force pour traverser l'espace qui se trouve entre son embouchure et le nez des assistants. Le mot latin crepitus, qui exprime le pet, ne signifie qu'un bruit sans odeur, mais on le confond ordinairement avec deux autres ventosités malfaisantes, dont l'une attriste l'odorat et se nomme vulgairement vesse, ou, si l'on veut, pet muet, ou pet féminin, et l'autre qui présente le plus hideux spectacle, que l'on nomme pet épais, ou pet de maçon. Voilà le faux principe sur lequel se fondent les ennemis du pet ; mais il est aisé de les confondre, en leur montrant que le vrai pet est réellement distingué des deux monstres dont on vient de donner une notion générale. »

Il est honteux d'avoir honte de ta nature. Tu pètes, et alors ? Mais il est bon aussi de savoir faire la différence entre les pets, le pourquoi du bruit et le pourquoi de l'odeur, et quelques références historiques qu'il sera de bon aloi de ramener lors d'un diner au sein de la bonne société, ou avec le sacro-saint rôti familial du dimanche. Car d'après l'Histoire, il n'est point de bon repas sans un pet gras. 

jeudi 24 mai 2018

La Simca 1000

Une Simca couleur cerise, début août. Comme chaque été. Comme chaque année. Elle est le signe d'un mois de vacances sous le soleil de Majorque. Le petit José se souvient, devenu écrivain. Il prend sa plume, face à la mer, cette Méditerranée d'un bleu azur, souvenirs d'enfance des années soixante. Et avec cette quête d'enfance et d'antan, ressort toujours un brin de nostalgie conjuguée à de la mélancolie.

« Il y avait deux mers dans la baie. La première était placide et silencieuse, bleu pâle, presque blanche, veinée de différents tons de vert quand on s'en approchait. Les barques, peu nombreuses, flottaient de telle façon qu'elles avaient l'air de montgolfières et le fond sous-marin, d'une masse d'air emprisonnée par un merveilleux scénographe dans un grand récipient de cristal liquide. L'autre mer était tempétueuse et rugissante, bleu foncé, à la surface éclaboussée de bave blanche et avec de grandes vagues rageuses qui vomissaient des giclées d'écume blanche en arrivant à la côte, comme sur une estampe d'Hokusai. »

De Majorque, il y a cette caserne, son père lieutenant, et cette distinction de deux mondes. Le sien, zone militaire interdite au public, et celui extérieur, avec ses civils. Il y a ce soleil brûlant qui impose les siestes avant d'aller se baigner dans le bleu profond. Il y a cette sécheresse autour de lui, un sol brûlé qui fait penser au début du Maroc. Il y a ces cactus, ces herbacées, ces fleurs, ces plantes et le bruit des cigales. Les souvenirs deviennent un moment de nature-writing, à l'image des écrivains américains. A cette évocation, il y a aussi cette plume solaire pour ce « solstice » d'été.

dimanche 20 mai 2018

De Champollion à Soutine, au sommet des Écrins

L'histoire d'un gamin qui fréquente le lycée Champollion et qui découvre le massif des Écrins par sa face Nord. 
L'histoire d'une région, Grenoble, entourée des plus belles montagnes que je n'ai jamais gravies. Et pourtant...
L'histoire d'un jeune illustrateur émerveillé par un peintre russe. De Soutine à Rochette. 

"En bas, il y a toujours un con pour te dire ce que t'as le droit de faire ou pas.
Ici, c'est la montagne qui décide. Personne d'autre."

Ce jeune gamin qui s'emmerde profondément au lycée découvre par hasard l'escalade. Et là, la magie des lieux, de l'effort aussi, le prix du risque et l'insouciance de la jeunesse, font qu'il trouvera sa voie, en même temps qu'il dessinera quelques croquis. Le récit initiatique de l'adolescence face à l'adversité et à la bravoure. Parce que là-haut, tout aux sommets des montagnes et si proches des anciens de renom, il s'émerveillera d'un ciel aussi bleu que Soulages ses peines.

Beaucoup de bleus dans le ciel, de bleus à l'âme jusqu'aux souvenirs de la lune bleue. Les cases sont bleues. Un peu grises aussi, comme la roche à gravir, ou comme la vie d'un adolescent de Grenoble. Une teinte blanche, est-ce la neige au sommet du col, ou le faux col de ma bière ?