mardi 28 juin 2022

Obscénité

Une jambe qui démange, la seconde qui suit
C’est Memphis, Tennessee.

Le pantalon rose et large, le Rimmel noir cou-le
Dans ce honky tonk, le rock’n’roll se joue, 
Whiskey sour et Blue Suede Shoes,

Sur un rythme effréné. A voir ce corps possédé
Comme un démon en sueur. Pères et maris ont peur
Devant ce déhanché tant d’obscénité.

jeudi 23 juin 2022

Route 138


Nouveau char, nouveau road-trip. Le char, un vieux pick-up, de la rouille, de la poussière et surtout de la musique. Direction la route 138, pour une crisse de vie, des larmes et quelques bières. Tu montes à bord ? 

Je roule. Je laisse derrière moi Montréal et la fresque de Leonard Cohen, remonte vers le Nord vers l'Est, toujours plus haut, fuir les bruits de la ville des gens, les dépanneurs au coin de la rue, ouvert de jour, de nuit. Retrouver le son des tambours, son martellement en transe comme un cœur qui bat encore. Toujours plus de neige, toujours plus de silence, toujours plus au loin. Nuit.

« La nuit, C'est l'heure à laquelle on se déshabille.
Le haut et le bas du corps se laissent dénuder. La rougeur des joues. La tiédeur des larmes. Les rêves que l'on donne en gardant les lèvres fermées. Ne pas avoir peur. Le sable sur lequel on se couche. La saleté. Les autres qui sont passés. L'ivresse. Les yeux rougis. Les oublis. On ne voit dans la nuit que ce que les mains peuvent toucher. »

mardi 21 juin 2022

Dans le Sens Interdit


Pleasure, little treasure

Un jour, je le sais, je le sens, je l'écoute, je te parlerais de Violator, mais ça sera un autre jour, quand j'aurais encore plus de rides, je ne suis pas encore prêt, je ne suis pas encore mort - quoi que - Martin L. Gore et Dave Gahan non plus. En plus, je ne suis pas sûr que ça t'intéresse non plus... Peu importe, ce jour...
 
Mais pour le moment, en attendant ce jour, cette nuit, je décapsule une bière, instant ordinaire, instant de silence, instant de poussière, je ferme les yeux et regarde une nouvelle étoile qui brille dans le ciel, music for the masses et fraîcheur de houblon, je pose mon âme à tes pieds et...
 
Les clés dans ta main,
Démarre,
My Little Girl,
les fenêtres ouvertes,
le vent dans tes cheveux, 
le sourire dans ton regard,
Conduis moi où tu voudras,
je suis le passager de ta vie.

mercredi 8 juin 2022

Sur un Air de Sidney Bechet


Bonjour, je me présente, José. Votre nouveau voisin.
Viens l'ami, moi c'est Guillermo. Rentre, n'hésite pas, j'allais déboucher un bon vin. A deux, c'est bien meilleur. Sens-moi ce bouquet. Que d'arômes dans un verre !
Assieds-toi, fais pas ton timide. Tu aimes le jazz ?
 
Je bredouille un truc, je ne sais plus quoi. D'ailleurs je ne sais même plus pourquoi je suis venu. Certainement pas pour boire un verre, bien que les circonstances en cette fin d'après-midi, chaude et poussiéreuse, s'y prêtent bien. La petite dort, je peux m'octroyer quelques minutes, entre vin et jazz, et oublier que je sui un pauvre type qui a perdu son emploi après la fermeture de l'usine et s'est reconverti par nécessité en père au foyer.  

Avec cet air jovial, le sourire constant, je le hais déjà, ce voisin aussi charmant qu'un danseur de tango argentin. Il me sort toute sa collection de disques, de femmes, de vins. Son truc à lui, ce sont les petits vins de la pampa ou de Loire, les plus beaux sourires, brunes de la pampa aux jambes couleur caramel - ou café, les disques de jazz. Et notamment, toutes les reprises du célèbre morceau de Sidney Bechet, Petite Fleur.

dimanche 5 juin 2022

Les Soirées du Commandeur

Quinze années se sont écoulées. La Servante Écarlate allongée sur le lit d'un commandant, je la laisse ainsi, cuisses écartées, telle est la loi de cette vie, son unique but étant de se faire violer pour enfanter, la loi pour survivre dans la communauté. Je délaisse donc cette cape rouge, pour m'intéresser aux tailleurs bleu-vert des Épouses ou au brun des Tantes. Dress code de rigueur dans ce milieu-là. Plusieurs voix me parlent d'ailleurs pour comprendre, savoir, appréhender, une tante repentie à travers les mémoires d'un hologramme, une jeune fille qui s’apprête à devenir épouse, mais l'est-elle vraiment prête, une jeune fille de l'autre côté du "rideau de fer" version canadienne, des perles venues prêcher les bonnes paroles de notre Seigneur et du Commandant Jude.

Et se demander ainsi ce qu'est devenue Galaad depuis tout ce temps...

"Ce que je crains plus encore, c'est que tous mes efforts ne servent à rien, et que Galaad dure mille ans. La plupart du temps, c'est l'impression qu' on a ici, loin de la guerre, dans le calme du cœur de la tornade. Si paisibles, les rues ; si tranquilles, si ordonnées ; pourtant, sous la surface trompeusement placide, une vibration, du même genre que ce qu'on ressent à proximité d'une ligne à haute tension. On est tendus au maximum, tous autant qu' on est ; on vibre, on tremble, on est perpétuellement sur le qui-vive. On parlait autrefois de règne de la terreur, mais la terreur ne règne pas, pas vraiment. Elle paralyse au contraire. D'où cette douceur anormale."