mercredi 18 janvier 2017

De mes Rêves de Cow-Boy

« Je conçois toujours l’odeur des hommes comme un mélange de feu de bois, de tabac, de pin, de whiskey, de cuir et d’urine de cheval. »

Quand j’étais petit, je rêvais d’être cow-boy, pour les éperons et certainement pour les cow-girls. Mais l’enfance n’a qu’un temps, et l’ouest fait grandir son homme. Maintenant, je rêve toujours d’être cow-boy, toujours pour les éperons qui déchirent le drap du lit mais aussi pour la fiole de whisky dans la poche de mon jean, le parfum des femmes à l’odeur de cuir, celle des hommes à l’odeur de cheval, les serveuses dans les bars avec des chemisiers une taille en dessous noués au-dessus du nombril, les femmes qui regardent leur verre au comptoir en attendant qu’un beau type, à défaut un pauvre bison, vienne s’asseoir à côté d’elle pour leur promettre une nuit à la belle étoile, un feu qui crépite, du marshmallow fondant qui colle au dent (putain, j’ai oublié de prendre un tube de dentifrice, se rincer alors la bouche avec un putain de bon whisky sans glace), des étoiles qui lui font des clins d’œil, des ours qui beuglent au loin, et le hennissement des chevaux dans le corral. Si seulement, je savais murmurer à l’oreille des chevaux… et j’avais les yeux bleus… Si seulement, je savais murmurer à l’oreille des femmes…

« Le matin, je balance mes pieds dans l’obscurité froide du chalet et je les pose sur le grain du plancher. Je m’assieds sur le bord du matelas et je tends la main vers la chaise à dossier droit à la tête de mon lit. Je prends le fond de whiskey bon marché qu’on a laissé pour moi sur le siège, j’avale sans réfléchir, j’avale parce que je fais ça depuis l’âge de quinze ans. C’est le premier pas de mon régime matinal. Le whiskey se précipite vers mon estomac comme une guêpe qui se noie. Chaque matin, le whiskey me fait grimacer, me fait venir les larmes aux yeux, me réveille en me brûlant. J’ai seize ans. Plusieurs années s’écouleront avant que j’apprenne que tous les garçons ne reçoivent pas, à la puberté, le même traitement revigorant à base de malt. »

lundi 16 janvier 2017

Nuit Cubaine, Nuit à Rebours

Nuit étoilée, la valise fermement arrimée à la main droite, le passeport et le billet d’avion dans la gauche, elle avance lentement, mélange de peur et d’envie, sur le tarmac. Un dernier regard derrière elle pour voir…

« Fais attention, fais attention à toi, tu es tout ce que j’ai au monde ! » Maman ne savait pas que cette phrase qu’elle répétait à tout moment, en ardente litanie, accentuait ma culpabilité aussi de l’abandonner, de la laisser seule avec sa bouteille de rhum et sa nostalgie du seul homme qu’elle eût aimé : mon père. « Une tête brûlée qui nous avait abandonnées pour partir avec une autre », soulignait ma grand-mère avant de mourir. »

… son île, Cuba. Une île, sans espoir. Cela faisait des années que ce départ était programmé. Les aléas de la vie ont fait durer la souffrance de rester. Parce qu’en bonne cubaine, un peu rebelle, elle n’aspirait qu’à une chose la liberté. S’enfuir ou mourir de désespoir, mais une naissance, sa fille, vient bousculer son avenir…

« Je suppose que vous aussi vous aspirez à partir.- Comme chaque Cubain, dis-je en plaisantant. Bon, c’est ce que je voudrais le plus, pouvoir m’en aller de ce pays, mais c’est impossible désormais. Parce qu’avec un bébé il n’est pas facile de partir d’ici, les enfants sont les otages du régime.- Comme dans toute dictature, affirma Lydia. »


jeudi 12 janvier 2017

Une certaine Sympathie pour le Diable

Le démon entre en moi, la santiag trouée qui frétille sur un air que fredonne le vent. Soit bon Johnny. Un verre de whisky à la main, double dose, l’autre sur mon manche qui me démange. Gratte quelques accords, caresse quelques âmes, brûle la cagoule blanche, noir de peau, fièvre dans le corps. Madame chante le blues, et moi je serais prêt à vendre mon âme au diable pour le succès de Johnson. Robert, pas Don. Alors que le don de Johnson émeut, je croise le Malin, plaisir du divin diabolique, prêt à m’octroyer le statut de bluesman adulé par des nanas en furie et en chemisier si étroit que je vois battre leurs cœurs en chœur.

Y’a un Hic ! Le whisky est frelaté dans ce bouge, mais surtout le Diable même ne veut pas de ma putain d’âme, trop impure ou trop transparente. Il en veut une meilleure. Mais putain où vais-je trouver une âme pure, les gars, dans la misère du Mississippi ? Encore un coup à bourlinguer dans le coin, prendre des trains sans composter au milieu du bétail – O’Brother tu me suis – et manger de la poussière. Pas étonnant que j’ai le gosier asséché et ce n’est pas dans les clubs miteux du Mississippi que mon âme pure va se montrer à nu devant moi. En plus, histoire de corser le challenge, j’ai rendez-vous dans deux jours seulement avec le grand jury, pour un casting nouvelle star endiablé, autour d’un feu de camp qui crépite au croisement des chemins, celui du purgatoire et de la rédemption. Tiens, pourquoi qu’il y a une croix à côté du feu de joie ? Et cette corde qui pend sur cet arbre, le Diable aurait-il des vues SM avec mon âme ? Coquin divin aux mœurs bondage... Après tout, du moment que j’arrive à faire chialer les demoiselles du cru jusqu’à leur enlever leurs soutifs juste par les larmes de désespoir de ma guitare désaccordée…



mardi 10 janvier 2017

Police des Rennes

« Lundi 10 janvier.
Nuit polaire.
9h30 Laponie centrale.
C’était la journée la plus extraordinaire de l’année, celle qui portait tous les espoirs de l’humanité. Demain, le soleil allait renaître. Depuis quarante jours, les femmes et les hommes du vidda survivaient en courbant l’âme, privés de cette source de vie. Klemet, policier et rationnel, oui rationnel puisque policier, y voyait le signe intangible d’une faute originelle. Pourquoi, sinon, imposer à des êtres humains une telle souffrance ? Quarante jours sans laisser d’ombre, ramenés au niveau du sol, comme des insectes rampants. Et si, demain, le soleil ne se montrait pas ? »

Et si je t’emmenais dans le noir, du matin au soir, à la lueur des étoiles ou des aurores boréales. Demain, le soleil aura décidé de se lever pour quelques minutes avant de se dissoudre de nouveau dans la nuit. Demain, mon cœur et mes doigts se réchaufferont de la chaleur du soleil, juste une demi-heure. Demain, je ferais connaissance de la police des Rennes. Tu connais la police des mœurs ? c’est la même chose mais pour les rennes. Il faut contrôler que certains rennes n’aillent pas forniquer avec des femelles d’un autre cheptel.

Un lapon mort, qui va garder son troupeau de rennes ? Un tambour disparu, danse autour du feu, rite lapon ou veillée funéraire ? L’homme est avide de richesse, l’homme est malveillant, l’homme est pourri, de nature. Même en Laponie, l’âme humaine démontre toutes ses faiblesses et son engouement pour le pouvoir et les richesses. Même en Laponie, un homme peut se faire tuer, pour un secret. Les oreilles découpées. Même en Laponie, un homme peut se prendre une baffe par sa partenaire lorsqu’il l’embrasse. En somme la Laponie et ses hommes, ça ressemble à ma ville et ses autochtones. Sauf qu’à l’évocation de la Laponie, mes yeux pétillent devant les aurores boréales, mon âme frétille devant le string rouge de la Mère Noël, mon majeur se réchauffe du tord-boyau maison. Bref, la Laponie a ce pouvoir de me faire rêver et de me sortir de mes errements d’une nuit d’hiver même pas froide et sans étoiles.    

dimanche 8 janvier 2017

Un Éclat De Lumière, Dans Chaque Mot

Le soleil se couche à l’horizon, il plonge dans l’océan, il s’enfouit dans les montagnes, il s’allonge sur les plaines, s’étire à n’en plus finir. La lumière faiblit, les ombres disparaissent. Je suis sur la route, une longue pérégrination spirituelle dans laquelle mon âme s’emporte au-delà de la pénombre. Des notes s’envolent, des nuages de lagopèdes virevoltent au milieu de quelques accords de guitare, leurs cris se mêlent au cœur, des chœurs vibrant pour un cœur pur, canadien, qui a bercé de sa musique, de sa lumière, de sa nonchalance, mon cœur forcément impur.

Il y a un éclat de lumière, dans chaque mot, dans chaque note. Tout le monde a son préféré (album), sa préférée (chanson), un refrain qui s’aventure dans un coin de sa tête. Sur la route, je m’emporte avec « Songs from the Road », un voyage musical en quelques dates et quelques lieux à travers la planète (D’Israël au Canada, escale en Écosse pour boire un single malt en kilt rien dessous, en Finlande pour me baigner nu dans une mer glaciale tu m’accompagnes) entre 2008 et 2009. Presque dix ans maintenant que cet album m’accompagne donc, me porte m’emporte, m’émeut.

Mais quel titre choisir pour ce soir ?