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lundi 7 août 2023

Micro-Tuyaux


 Etonnant. Je n’ose pas dire détonnant, je sens qu’une bombe va exploser au coin de la rue. BOUM, une mine, des soldats morts. Tac-tac-tac, des Palestiniens criblés de balles… Et comme cela fait des années que la situation dure et perdure – et pourtant je suis d’un âge canonique – BOOM, je découvre ce bouquin, que j’aurais pu trouver dans la poche de treillis d’un soldat israélien, laissé là pour mort. Peut-être même que cela fait un an qu’il le lit, à la hauteur d’une nouvelle par semaine, si je sais bien compter, il y a donc cinquante-deux nouvelles, des shorts-stories, dans ce livre. Et j’aime ce genre-là, les micro-histoires à la Brautigan ou à la Carver, car il m’en apprend pas mal sur le pays, sur les gens, sur le quotidien. Sur l’adolescence de l’auteur et la préoccupation du service militaire.

Dans « Pipelines », j’y découvre beaucoup d’histoires autour de l’armée et du service militaire - presque omniprésent, des arabes moustachus, et aussi un autre moustachu plus aryen d’une autre époque. Et au milieu de la banalité de ce quotidien, parfois des morts, parfois des décombres ou des tunnels qui mèneraient au Paradis, ou à l’Enfer. Et pour décompresser, il y a du loufoque, de l’incongru, du mystère et par moment une pointe de fantastique – ou disons, d’imaginaire. Un esprit totalement décalé. Lorsque je commence une histoire, je n'imagine pas du tout dans quel kibboutz l’écrivain va m’embarquer…

« Pour célébrer la fin du service de Kouki, nous lui avons offert Pipelines d’Etgar Keret. « C’est un livre de merde, a grimacé Kouki. Mis à part deux… pardon, trois histoires, tout le reste n’est que de la merde. De nos jours, n’importe quel imbécile peut publier un livre chez un minuscule éditeur et perdre un paquet d’argent, tout ça dans l’espoir infantile qu’un jour il va prendre son pied ».
A vrai dire, Kouki avait raison et si Akiva avait acheté le livre, c’était uniquement parce qu’il était en solde. »