mercredi 27 décembre 2017

L'esprit de la Quilmes

Une fois de plus, il est question de disparition. Comment souvent en Argentine. Et les disparitions sont aussi fréquentes que mes envies de décapsuler une Quilmes et respirer ce parfum de la pampa. Et comme souvent chez les écrivains argentins, le passé ressurgit de ses ancêtres.

Un jeune écrivain argentin revient au chevet de son père mourant. Quelques années d’exil en Allemagne l’ont éloigné de ses racines, de sa famille, de son histoire. Absence de dialogue, ignorances des uns et des autres, du père et du fils. Ce retour sur la terre argentine n’est guère de bon augure, toujours empli d’une certaine tristesse et d’une espèce d’abandon de vie. Il rentre chez lui, son ancien chez lui, rien n’y a bougé même pas les odeurs, et fouille le bureau de son père. Il n’attend rien, ni réponse ni question. Peut-être juste avoir l’esprit occupé pendant que son père se meurt à l’hôpital.

« Trois affaires d’homicide, de disparition et d’enlèvement en un an dans la ville », affirmait un autre article qui soulignait : « Trois affaires non résolues ».

Un vieux carton. Des dizaines, des centaines de coupures de journaux. Certains brutes, d’autres commentées. Des centaines d’annotations de l’écriture de son père. Des photos. Tous ont un point commun la disparition d’un homme qu’il ne connait pas. C’est à ce moment- précis que l’histoire se complique.

lundi 25 décembre 2017

Écouter la Musique Intérieure d’une Vie

« Jorge fait la planche sur un fleuve large et profond. L’eau froide soutient son corps et lui gonfle les sens d’ardeur vitale, tout est bleu et frais, tout est très beau. Pour flotter sur l’eau, il est capital de ne plus entendre, de fermer les oreilles de l’intérieur et de plonger tout entier dans un silence liquide. Il est possible de flotter sur l’eau sans eau, il suffit de se remplir de silence. »

Certains hasards m’emmènent dans des lieux inconnus dont l’intensité du voyage m’éblouit par sa poésie. Certains romans me transportent dans des pays où les sens effleurent ma main qui tourne les pages. Je ferme les yeux et j’entends New-York au début du siècle dernier. Je change de chapitre et je plonge dans un coin perdu de l’Argentine. Le temps d’une respiration, mon cœur bat au rythme du fado, le regard porté sur Lisbonne.

En compagnie de Karl, Fernando et Jorge, l’auteur distille quelques notes d’onirisme entre ces lieux qui deviennent pour moi à la fois magique et mélancolique. Les mots touchent au sublime, le silence se remplace par une petite musique intérieure qui enivre l’âme des hommes qui n’appartiennent pas au ciel. En filigrane, d’illustres écrivains insufflent leur esprit, l’auteur rend ainsi hommage à Kafka, Pessoa et Borges.

« Une musique vient de loin. Une musique qui n’est pas jouée, qui s’entend à peine. Une musique qui entre par la fenêtre et qui est le ressentir ou le souvenir de quelqu’un qui est déjà passé et qui est resté par là. Une mélodie est la plus belle épitaphe à laquelle on puisse aspirer.
La musique de la rue eut l’amabilité de réveiller Fernando et de lui dire qu’il était encore vivant ou, tout du moins, qu’il était encore capable d’entendre la musique. Les oiseaux dans sa poitrine s’envolèrent vers d’autres cieux, laissant derrière eux des petites plumes, bien peu de chose. »

Prêter une âme à un lieu, à une musique, à un silence, voilà ce que propose ce premier roman de Nuno Camarneiro. Il raconte trois histoires, simples et humaines, de trois jeunes hommes trop sensibles pour ce monde. Des jeunes hommes qui s’entourent de silence et de poésie et qui prennent le temps de découvrir ces lieux, les autres, les âmes flottantes autour d’eux.

jeudi 21 décembre 2017

In The Name of Rock : Jessica

J’ai laissé la moto au garage, comme mon âme de biker. Plus une question de prudence qu’un hommage à Johnny. Mais écouter les Allman Brothers Band dont le nom a perdu en 1973 une partie de sa raison d’être en Harley peut s’avérer dangereux. « Brothers and Sisters », cinquième album du groupe. Un album qui me fait du bien, presque joyeux. Certes, de l’excellent blues, une pointe de boogie-woogie, un soupçon de country, mais j’ai tendance à préférer les oraisons funèbres et intimes à l’hymne à la joie et la joie de vivre. Le blues se doit d’être triste, sombre mais lumineux, l’univers d’une âme en peine, d’un pauvre type devant son verre, à demi vide. Alors, dans un nuage de poussière, âme du désert, je démarre le pick-up, couleur poussière, siège en cuir, radio branchée canal « Radio Poussière ». J’ai les santiags qui frétillent dans le South, direction le dinner, mélange de bruit et de poussière, celui avec une serveuse au sourire plantureux. Bière et slide guitare au programme pour une nuit torride, celle avec Jessica.

Forcément, tu la connais cette Jessica. Elle est belle et elle boit sa bière au goulot. Ou alors c’est parce qu’elle boit sa bière directement à la bouteille qu’elle est si magnifique à mes yeux. Ses lèvres dansent au son du blues et de la descente, ses seins tournent avec la country, le stetson s’envole laissant voir le regard de braise qui anime cette nana. Un gros gars barbu et tatoué émet un rôt fier et enivrant de son odeur, ça tapote affectueusement sur la croupe des serveuses, objets sexuels de tous les désirs, ça cogne des santiags contre le plancher poussiéreux et mégotté, on dirait un troupeau de bisons sur une piste de danse, tout dans la légèreté.    

dimanche 17 décembre 2017

Les Agneaux du Yorkshire

La tête dans la cuvette des chiottes, Johnny dégueule sa bile et sa tristesse d'une nouvelle soirée au pub, solitaire et abondamment arrosée de pintes mousseuses et maltées. Première scène du film, je suis dans mon élément. Pour la seconde soirée, j'aurais le droit aux mêmes conséquences des bières anglaises dans un pub anglais, la tête toujours plongée en avant dans les chiottes d'une putain de vie.

Au milieu de ce monde de brutes et de super-héros, je ressens le besoin de me ressourcer à la campagne. Sentir l'odeur du fumier et découvrir de nouvelles amours, le Yorkshire. Johnny travaille du matin au soir, sans repos, à la ferme familiale, son père fatigué et malade, sa grand-mère lassée. Difficile de s'en sortir quand il a l'impression que personne ne répond à ses attentes et que son univers est si restreint qu'en dehors des bêtes à nourrir et d'un plancher de merde à nettoyer, il n'a personne à qui parler, sa génération préférant fuir cette campagne attristée et n'y revenir que pour parader pendant les vacances. Restent les sorties au pub, enculer rapidement d'autres hommes dans le box des vaches et gerber.

Jusqu’au jour où Gheorghe, saisonnier roumain venu donner un coup de main pour les agneaux, l'enclos, les pâturages, lui fasse découvrir toute la beauté du panorama, lorsque le soleil se lève sur la lande venteuse du Yorkshire. Au début sauvage et bestial, à l'image de cette campagne, cet amour deviendra passionné...

mercredi 13 décembre 2017

Le Train des Larmes et le Goût du Sirop d'Érable

Il retira l'omoplate d'orignal qu'il avait enfouie sous la braise, et entreprit de lire le présage.

Mukwa est un jeune Ojibwé. Je suis en terre indienne, terre froide et enneigée, à l'ouest du Québec, à l'est de la Colombie-Britannique, avec un territoire qui s'étend jusqu'au nord du Michigan. Il n'y a pas si longtemps que ça, quelques années en arrière, à peine quelques décennies. Dans la tradition, il aurait dû certainement prouvé qu'il était un homme, avec sa longue chevelure noir-corbeau, en chassant peut-être l'ours avec un couteau, ou en digne fils de trappeur poser seul des pièges à vison. Mais à l'heure où les hommes mettent un pied sur la lune pendant que d'autres hommes regardent à la télévision ces hommes mettre un pied sur la lune, blue moon sous le hurlement du loup solitaire, que valent ces traditions ancestrales ?

Dans les wagons de troisième classe destinés aux enfants indiens, tout le monde pleurait.
Même chose sur les quais, puis tout le long du trajet.
Railway of tears...
Jamais train n'avait aussi bien porté son nom.

Le jeune Mukwa est contraint par les autorités de prendre le train des larmes. Il se trouve sur le quai, avec d'autres indiens comme lui, en pleurs. Railway of tears... Direction le pensionnat Sainte-Cecilia. Quitter son monde, et découvrir celui des blancs. Un monde fait de brimades, d'humiliations, de torture même. Des nonnes sadiques, des prêtres pédophiles, le regard tourné dans la direction opposée à ces pensionnats canadiens pour ne pas voir cette triste vérité de l'âme humaine et ces cimetières improvisés. Exterminer l'âme indienne, tuer l'indien dans l'enfant. Lui faire oublier sa culture, sa religion, ses origines. « Kill The Indian in The Child ».

samedi 9 décembre 2017

Dans les Bains de Budapest

« On regarde les filles. Ça commence à bouger. Au fur et à mesure qu’on s’imbibe, arrivent des meufs de plus en plus jolies. C’est toujours comme ça. »

Encore une soirée où j’ai pécho pas une meuf. Peut-être qu’il faudrait que je me mette à causer au lieu juste de bander de désir, en silence. Je vais me servir un verre, vodka glacée, cocktail détonnant, neurones en mode autodestruction. Une musique hurle, son chanteur déverse sa rage, je nage. Dans les bains de Budapest, l’érection fertile à la vue de ces maillots de bains échancrés, teenagers et milfs. Je ferme les yeux, le silence assourdissant se fait en moi, oreilles bouchées par l’eau à l’odeur chlorée, et je me fais plein de films pornos dans la tête.

Le pétard tourne de mains en mains. Je me retrouve sur le périphérique de Budapest, dans un tombeau roulant, voiture « empruntée ». Les pupilles dilatées, Greg conduit les yeux fermés. A la place du mort, « la Bouée » 105 kilos de muscles difficile à bousculer au water-polo. Derrière, Nicky et Vicky, 13 et 15 ans, deux sœurs qui me sucent avec passion folle et fou rire. Éduquées sur YouPorn, j’ai le plaisir de sentir leur langue caresser mon sexe, avant de le voir s’engloutir dans leur bouche salivant de désir. Elles ont dû regarder les mêmes vidéos pornos que moi. Une main dans leur culotte, l’humidité que je perçois ravive ma libido en berne après ces nombreux verres et ces joints, dans la chaleur de la nuit. Prendre la bretelle de sortie, se retrouver en rase campagne, sentir un choc sous la voiture. Je pousse un cri de douleur, Nicki ou Vicky les dents sur ma batte, je sors ma main dégoulinante de sa chatte. Probablement un sanglier, ensanglanté maintenant, qui a traversé la route qu’on a écrasé. Je suis dans un roman hongrois, premier roman de Benedek Totth, comme dans les premiers romans de Bret Easton Ellis. Mais c’est à partir de cet instant que la vie déraille.

mardi 5 décembre 2017

Les Escales de Nad' et du Bison : Haïti

Lieu : Tarmac de Port-au-Prince, Haïti
Lever du soleil : 6h07  | Coucher du soleil : 17h13
Décalage horaire : -6h
Météo : 31° Ressentie 34°, Beau temps avec quelques cirrus
Latitude : 18.594395 | Longitude : -72.307433
Musique : Sonny Rollins, Don't Stop The Carnival
Un Verre au Comptoir : Desperados Black


 

« Charlie Parker crève la nuit. Une nuit moite et lourde des Tristes Tropiques. Le jazz me ramène toujours à la Nouvelle-Orléans et ça fait un Nègre nostalgique. »

Je débarque sur le tarmac de Port-au-Prince. Je croise un type, dans le genre souriant et avenant. Les dents blanches, fraicheur de vivre. Il respire la bonté, la bienveillance et l'humanité. Tout mon contraire. Je l'avais déjà aperçu bien des années avant à Petit-Goâve, sa terre natale. J’apprends que grand-mère Da est partie pour le « pays sans chapeau », il y a quatre ans là-bas c’est le ciel, où repose son âme. Au cœur de ses souvenirs, les odeurs de café sont les mêmes. Quelques gouttes de Barbancourt dans sa tasse encore fumante est une réjouissance, jouissance en bouche, touche d’extase. Le café des Palmes est divin. Et la mémoire des sens ineffable, terre sauvage vers laquelle on revient sans cesse. Certes, l’errance est un rêve, elle nous emporte aussi loin de nos racines que les étoiles, mais au jour du réveil, nous savons que le pays d’une seule d’entre elle brillera à jamais d’une lueur unique. Au fil de ses déambulations, l’homme se dit qu’il n’avait pas réalisé à quel point ce « caillou entouré d’eau » lui avait manqué durant ces vingt dernières années, à quel point il avait marché à côté de sa vie.

mardi 28 novembre 2017

Les Fleurs de Macadam

Maeve, Loïc et Frédérique forment un trio d’inséparables que la vie sépare de temps en temps au grès des aléas du vent et des envies. Fameux triangle des Bermudes où au bout du compte, Maeve se perd dans ce conte à trois. Si des liens forts les unissaient au temps de l’adolescence, ces accroches semblent empêcher Maeve de vivre pleinement sa vie actuelle et ses rencontres. Accrochée à Loïc, amoureuse de Fred, sa vie erre de l’une à l’autre, entre deux tea-time aux sablés alléchants avec la vieille du dessus… Jusqu’au jour où elle croise la vie de Max – et sa fille – et qu’elle sente qu’il faut redéfinir son emprise avec Loïc, tout en gardant l’odeur des sablés et de cigarette dans le hall de son immeuble. Mais comment demander à Loïc de lui rendre son jeu de clé ?

« Le reflet que le vin laissait sur ses lèvres m'invitait depuis un moment. À la lueur des réverbères, j'ai retiré mon chandail, que j'ai laissé tomber à mes pieds. Ses doigts ont effleuré mes seins de longues minutes avant qu'il ne me prenne. Sur le tapis du salon, une valse maladroite et libératrice. Sur mon ventre, des gouttelettes de vin blanc renversées par mégarde, sa langue. Au milieu de notre guerre silencieuse, nous avons joui. Moi la première. » 

Premier roman de Miléna Babin, d’une jeunesse talentueuse, j’ai pris un plaisir à découvrir l’auteure dans cette histoire si fréquemment étudiée, le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Un vent de fraicheur souffle sur les pages, c’est qu’au Québec il peut faire frette, mais un index qui descend lentement dans le creux  des reins jusqu’à la craque des fesses réchauffe l’atmosphère, mon sourire et mon âme à cette image. Entre deux chapitres, je m’imagine déambuler dans la rue, entre les craques des trottoirs, dans mon coton ouaté, jusqu’au prochain dépanneur pour acheter un paquet de cigarettes et quelques bouteilles de Trois Pistoles. Grimper dans une van, une Seagull à l’arrière, faire chauffer l’autoradio d’un hard-blues enivrant et suivre les étoiles qui filent jusqu’au point de rendez-vous : BBQ & Binouzes chez Max. La simplicité même. Cela s’appelle, je crois, sourire à la vie.

vendredi 24 novembre 2017

Littérature Confiture

« On est stoned en permanence.
Hagards.
Les yeux hébétés.
Le geste alenti.
On n’a qu’une cassette. Sur une face, un best of de ZZ Top, sur l’autre, un vieil enregistrement graillonneux de l’album des Pink Floyd, The Dark Side of the Moon.
Zykë les passe en permanence, volume à fond. »

Quand les éditions Taurnada me propose de partir à l’aventure, je n’hésite pas bien longtemps, le temps de finir mon verre, de sortir mon album de Pink Floyd et d’écrire de la plume tout mon courage de revivre. Quelques bouteilles de binouzes et de bourbon dans mon baluchon, le dernier bouquin de Thierry Poncet et j’embarque immédiatement. Dépaysement garanti. Surtout qu’il est question de parcourir les latitudes de ce monde, toutes les terres sales et parsemées de bars, de putes et de bars à putes. De l’Afrique à l’Indonésie, escales en Australie ou en Andalousie.  Avec Zykë, comme chef de file, maître d’armes, pourvoyeur de putes, fournisseur d’alcool et de drogue. Grand charmeur, le colosse chaîne en or autour du cou possède un pouvoir de séduction indéniable.

Mais derrière cette grande aventure, il y a surtout une histoire d’amitié fidèle, d’un secrétaire devenu écrivain et d’un baroudeur devenu auteur. Je ne connaissais pas Cizia Zykë avant de lire ces formidables écrits et mémoires. Maintenant, je n’ai qu’une envie, me plonger dans les romans « Oro » et « Sahara ». Sieur Poncet m’a si bien vendu ces aventures qui s’étalent comme de la confiture fait maison sur des tartines de pain encore tièdes et moelleuses. Je découvre à l’occasion la littérature confiture, un genre que je n’ai pas exploré souvent avant, mon dieu que je ne suis pas aventurier, désespérant, et pourtant quel bonheur j’ai vécu là. Le pied !

lundi 20 novembre 2017

la Sueur d'un Torse Nu

Rayé un nom de la liste...
Bon Scott.
C'était dans les années 80. J'étais jeune et con à l’époque.
Je ne connaissais rien au rock.
Rayé un nouveau nom à cette liste.
Malcom Young.
C'était hier. Plus vraiment jeune, toujours aussi con, l’archétype même du pauvre type devant ses shots de vodka, qui s'en sert un pour lui, un autre pour Malcom, au cas où...
C’était hier ou presque. Plus marquant. Encore un jour sombre.
Il reste Angus bien sûr et Brian. L'autre frère Young, et Johnson digne successeur de Scott.
Mais bon, pour encore combien de temps...

LET THERE BE SOUND

Enlève ton tee-shirt
Ce rock s'écoute torse nu
S’envahir de chaleur sur
Courant alternatif
Une évidence
Courant continu
Comme celle de remuer ta crinière au vent
ou de sautiller sur place
comme le majeur mouillé dans une prise électrique
Frissons

LET THERE BE LIGHT

Éteins la lumière
Faisons l'amour comme des bêtes
Jusqu'à ce que la sueur dégouline
sur ce torse nu
Respire hume lèche
ces gouttes aigres de plaisir
de folie
de désir
la sueur d'un torse nu

vendredi 17 novembre 2017

La Décantation Suprême du Silence et de la Lumière

« Un soleil pâle, l’infini de l’étendue marine et, à l’arrière, l’attente éternelle de la taïga. Le temps aboli. »

Il y a déjà quelque temps j’ai pris le temps de parcourir la Sibérie. Prendre son temps, parler du temps. Avec un autochtone, en chapka. Ou seul, enseveli sous une neige vierge. Prendre des détours, dans la vie, se perdre, dans la Sibérie. Mais pas comme un Sylvain Tesson dans le silence d’une cabane avec bouteilles de vodka. Plutôt comme un Andreï Makine dans le silence de la taïga,  avec bouteilles de vodka. Le temps aboli.

Indissociables, d'ailleurs, la vodka, la Sibérie et le silence. C’est une histoire de décantation, mais ça tu ne peux pas comprendre. Le silence a besoin de décanter comme la vodka. Les silences sont lourds à porter, les amas de neige aussi. Le silence s'abolit devant son étendue.

A travers mes lunettes embuées par le froid sibérien et par la chaleur d’une fin de vodka polonaise et d’un début de vodka suédoise, je croise le regard clair de Pavel, accompagné des autres Ratinsky, Vassine, Louskass, Boutov. Des noms bien russes. Eux-aussi parcourent la désertitude de ces lieux. Désertitude, ça me plait bien comme mot, façon d’accentuer la solitude de certaines vies désertes. Suivre les ordres. Au pays du léninisme, du stalinisme, du communisme, les ordres font office de vie même en pleine Sibérie. Un écart et hop au goulag ! En Sibérie, bien sûr, c’est là que le goulag est le meilleur. Effectivement vu de cet œil dont une larme jaillit par ce froid piquant, cela ne change pas beaucoup, goulag ou pas, la Sibérie reste la Sibérie, les rations sont les mêmes, pas la vodka par contre. Donc vaut mieux être gardien que prisonnier. Cette petite troupe est d’ailleurs à la poursuite d’un « évadé ». Dangereux opposant politique ou simple prisonnier de la taïga ?

lundi 13 novembre 2017

L'histoire d'une Fille qui boit du Gin dans le Train

Prendre le même train. Tous les jours, à la même heure. Aujourd’hui, il pleut. Les gouttes ruissellent le long des vitres. Demain, le soleil traversera ces mêmes vitres sales pour y distiller quelques rayons de chaleur. Je passe devant des maisons, des rues, des chemins de traverse. Toujours le même décor, à la même vitesse. Un casque sur les oreilles. Rock N Roll. Toujours le même train, chaque matin. La musique pour ne pas entendre le flot des portables déversant leurs crachotements et chuchotements intimes dont je me fous totalement. Toujours les mêmes têtes, dans le train. Mais pas la même musique. Je ferme les yeux, respire le parfum de la femme d’en face, celle qui se met toujours à la même place, et qui sent le matin la vinasse. Toujours les mêmes maisons embrumées le matin. De quoi même s’inventer des histoires. De toute façon, les histoires des autres…     
« Mon gin tonic en canette frémit quand je le porte à mes lèvres pour en prendre une gorgée, fraîche et acidulée : le goût de mes toutes premières vacances avec Tom, dans un village de pêcheurs sur la côte basque, en 2005. Le matin, on nageait les sept cent mètres qui nous séparaient d’une petite île pour aller faire l’amour sur des plages secrètes ; l’après-midi, on s’asseyait au bar et on buvait des gin tonics amers, très alcoolisés, en regardant des nuées de footballeurs du dimanche faire des parties à vingt-cinq contre vingt-cinq sur le sable mouillé.
Je prends une autre gorgée, puis une troisième ; la canette est déjà à moitié vide mais ce n’est pas grave, j’en ai trois autres dans le sac en plastique à mes pieds. C’est vendredi, alors je n’ai pas à culpabiliser de boire dans le train. »
Le train ralentit, le feu passe au rouge, il stoppe sa démarche. J’aimais dans le temps le bruit que pouvait faire la locomotive en déversant sa fumée, mon côté vieux westerns. Un son que je ne retrouve plus maintenant, pendant que je regarde à travers la vitre. Un couple, dans le jardin. Un couple qui s’aime, un couple qui se déchaine. Et dans celle d’à côté, un autre couple. Des couples avec enfants. D’habitude, je ne regarde pas à travers la vitre, je garde mes yeux sur mon bouquin ou sur la fille d’en face qui discrètement sort une petite bouteille de vin. Commencer à boire dans le train du matin et me dire qu’elle se sent aussi mal dans sa vie que dans la mienne. Boire pour échapper aux regards des autres. Devenir transparent dans cette société-là, c’est à ça que sert le gin tonic le matin.

vendredi 10 novembre 2017

Un Rôti en Famille

Il est temps de revoir la grande Histoire de la Vème République autant que les petites histoires de Jean-Paul Dubois. Je peux maintenant citer dans l’ordre tous les présidents de ces derniers temps, les deux intérims d'Alain Poher compris, des présidents qui marquent la vie de Paul Brick, grand photographe d’objet inanimé. De Gaulle est président, son frère est mort, et la vie de Paul, encore adolescent bascule dans un monde où sa mémoire sera toujours présente, où le cynisme de la vie prend le dessus, où je découvre une autre fonctionnalité d'un rôti en famille. La belle époque, ce de Gaulle et mai 68, une autre adolescence que je vis ici par procuration en écoutant Curtis Mayfield, le temps du Québec libre et de la chienlit. Avec Pompidou, c’était une autre paire de manche, pas la peine de s’astiquer le manche, il avait moins de couilles que le Général. 

Si je traverse la vie des présidents aux travers de leurs petites magouilles présidentielles et autres travers politiciennes, me pourléchant les babines et me léchant mon majeur après des travers de porc, je découvre surtout celle de Paul Brick que je vois évoluer dans sa petite vie, du gars boutonneux méprisant Ash Ra Tempel et Jetho Thull au quinquagénaire accompli mais pas forcément plus heureux. La faute à cette vie, cette putain de vie, WTF, qui a commencé par le rôti de Mme Rochas. Il faut bien un facteur déclencheur, source d’initiation autant physique que spirituel. Un rôti peut conditionner toute une vie, je te l’assure.

mardi 7 novembre 2017

La Poussière du Durty Misty’s

« Tu crois pas qu’on pourrait se boire une pinte matinale ensemble, une de tes –je-sais-plus-quoi-non-filtrées ? Juste une. J’ai un mal de crâne horrible.
- Ma foi, dit Larry. Si c’est à titre médicinal. »

Il y a des matins comme celui-ci où je me retrouve accoudé au comptoir d’un bar du fonds de l’Amérique, un bled perdu dans les ténèbres des Appalaches. Comme souvent, le juke-box déverse son mélange de country et de blues. Comme toujours, je me retrouve seul à tourner les pages d’une vie, il y a un gars sur scène qui joue de la guitare, des trucs à la Hank Jones, il y a un autre type qui porte un tatouage de Daffy Duck dans le cou. Une nana en mini habillée de santiags regarde le guitariste, les lèvres brillantes humidifiées par sa langue érotique, la main presque sur les couilles du tatoué.

Je sens que dans quelques secondes, minutes, heures, la baston va déchaîner son lot de violence, de sang et de bile. Cela finit toujours comme ça ces histoires qui mêlent le pouvoir de l’alcool, des drogues et des nanas bien roulées en santiags. Y’a pas à dire, aujourd’hui, je suis servi. J’ai tous mes plaisirs malsains sans bouger mon cul du tabouret du bout du comptoir. Une poupée m’apporte un shot, plus fort, plus violent, plus viril. Beau cul. L’heure de me défoncer la gueule au Durty Misty’s. D’oublier cette vie de merde, cette putain de vie qui me cloue devant un verre et un bouquin, cette vie qui me fait tituber d’un côté à l’autre du caniveau, dont les effluves de pisse se mêlent au parfum de gerbe qui me reste en travers de la gorge.

samedi 4 novembre 2017

Un Son de Mule

Prendre la ligne 13, puis la ligne 2. Chausser ses santiags, laisser son stetson au vestiaire. Se mettre au verre ou au vert. Les oreilles bourdonnent, impatientes. Le tympan se strie, effusion de guitares. Ça saigne. Une foule en liesse. En délire. Les stetsons fusent, les strings s’envolent, les groupies s’agglutinent. J’exagère. Un peu, je crois. Retour en arrière, je rembobine le film.

C’est sans stetson que je prends la ligne 13. D’abord me mettre dans l’ambiance. Le Sud. Pas celui des cigales et du soleil. Le Sud de la poussière et du Texas. D’où les santiags. Un album live de ZZ Top dans les oreilles avant de plonger sous la surface de la terre, dans un grand tube de métro. Je me la joue « southern rock » ce soir. Pas peur de la poussière, je trouverais bien une bière pour étancher ma soif. J’aurais pu rentrer un peu plus dans les terres, choisir un album des Allman Brothers Band, at Fillmore East par exemple. Mais non trop proche, laisser mes esgourdes libres de ces influences, de ces voix. Je me tâte le menton, et me rend compte que je me suis rasé la veille. Pas le look des barbus texans. Pas grave, me dis-je pour me rassurer. De toute façon, là où je vais, ils sont chevelus mais pas barbus. Je me tâte la tête (oui, je sais tu te dis ce type, il se tâte beaucoup), et me rend compte que là-aussi ça a été rasé, pas de crinière léonine et cuivrée. D’ailleurs, où je vais ?

Changement de ligne, prendre la ligne 2 à Place de Clichy. Sortie Anvers. Vue sur Montmartre. Monument d’une blancheur immaculée pour me rappeler ma passion d’antan et dantesque. J’adore regarder le Sacré-Cœur. Mais j’ai pas le temps ce soir, le temps presse, urge, file, les guitares n’attendent pas. Je m’engouffre dans le Trianon. Sur scène un quatuor, formation classique, clavier, bassiste, batteur et guitariste. 

jeudi 2 novembre 2017

Une Tragédie Grecque et Glauque

Inquiétant, sombre, dérangeant. 

Pourtant, Colin Farrell a une belle maison, entouré de deux beaux enfants, et d’une ravissante femme, Nicole Kidman, encore plus inquiétante et froide qu’à son habitude. Il est un brillant chirurgien, une barbe bien fournie. Elle est une ophtalmologue réputée. Quel homme n’a pas rêvé de vivre avec Nicole Kidman et de « jouer » dans l’intimité de la suite parentale à « l’anesthésie générale » dans le lit.

Première scène qui me précipite dans un autre monde. Dès les premières images et des dialogues parfois décalés, je pressens l’étrangeté de la situation, de ce couple presque froid à la manière d’éduquer leurs enfants. Et là-dessus, Nicole est parfaite, la plus belle femme froide qui existe. Inquiétante.

D’autant plus que Colin semble entretenir une étrange relation avec un ado de seize ans, Barry Keoghan, qui lui pour le coup est parfaitement inquiétant et énigmatique. Une musique sacrée entre en jeu, lyrisme orthodoxe pour une tragédie grecque. La « mise à mort du cerf sacré » du grec Yorgos Lanthimos, autant applaudie que huée lors de sa projection à Cannes, assortie tout de même de son prix du scénario, est pour le moins dérangeant, troublant, pas si loin de virer au gore en restant totalement glauque, sombre, noir.

mardi 31 octobre 2017

Au Duck Tape

Quelque part entre la Virginie Occidentale et la Caroline du Nord. J’entre dans un bar, le Duck Tape, quelques vieux pick-up garés devant. Le moteur d’une Ford Mustang vrombit de tous ses chevaux. En attendant ma bière servie par un barman manchot, le jukebox déverse une musique country à dépoussiérer mon stetson et à friser la barbe du client boiteux. Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser que mon regard n’a d’yeux que pour la jeune conductrice de ladite Ford Mustang qui vient de pénétrer dans ce lieu retiré de la civilisation. Une minirobe avec une belle paire de santiags. J’adore la façon dont ses santiags l’habillent.

Après ce préambule victime de la mode, et la découverte des autochtones tendance plouc, Adam Driver dans le rôle du manchot, Channing Tatum dans celui du boiteux, j’imagine également un Daniel Craig blond peroxydé – le costume à rayures fournit par l’institution pénitentiaire en impose autant qu’un costume au service de sa majesté, sortir de tôle pour un braquage dans les règles de l’art façon Ocean’s Eleven où Las Vegas aurait été remplacée par la ville de Fargo. Sur un anneau de vitesse, des voitures à la boite de vitesse mécanique tournent en rond, des billets de banque volent dans une chambre forte, des cafards portent les couleurs d’un code rose.  

lundi 23 octobre 2017

Notes de Comptoir

Accoudé seul au comptoir d’un bar, lumières tamisées, néons qui clignotent, un barman qui prend des notes, notes pour un roman, futur roman sur les poivrots, ivrognes, paumés de Los Angeles. La nuit, tout est différent, surtout dans un bar où la consommation d’alcool se déverse en un flot de chapitres courts comme autant de minuscules nouvelles sur mon thème de prédilection. Une bière, un whisky. Pour commencer la soirée, avant de tourner la première page de ces épatantes « ablutions » alcooliques. Parce qu’il s’agit avant tout de purifier ton âme et  mon âme !

Outre ce barman qui prend des notes, notes pour un roman, je croise les regards d’autres poivrots, cet absence de pétillement dans les yeux, ce sentiment de honte dans le regard. Des videurs, le regard vide sur toi dans le genre je me fous de toi du moment que tu ne gerbes pas sur mes mocassins noirs. Des fourgues, venus écouler leurs pilules de drogue, hey l’ami moi je carbure à l’aspirine tu n’as pas le modèle générique à me revendre. Ma femme, le regard humide où se mélangent des sentiments comme la colère, la tristesse et le dépit. Des nanas, qui boivent, seules ou accompagnées, qui écoutent là elles sont seules, qui dansent une ficelle dans le cul ou le cul à l’air là elles sont regardés par des dizaines de paires d’yeux à la limite de la lubricité… Bref, de beaux portraits de notre société à lire et à lubrifier.

« Il te jette un torchon au visage et t’indique le chemin des toilettes. « Nettoie tout ça », ordonne-t-il. Il est furieux mais tu ne tentes ni de t’excuser ni de manifester le moindre repentir ; contournant la queue, tu pénètres dans les toilettes pour hommes où tu trouves un gros tas d’excréments déposé sur la lunette des cabinets. Bien qu’il s’agisse là de ce que tu redoutes le plus dans ton travail, tu ne soupires même pas mais te saisis d’une poignée de serviettes en papier et, retenant ton souffle, ramasse le tas afin de le déposer doucement dans la cuvette bouchée et sur le point de déborder, mais il est trop lourd et tu le laisses tomber dans l’eau sale. Des éclaboussures jaillissent en te mouillant les cuisses, tu inhales l’odeur et tu vomis instantanément comme un extincteur, sur la lunette, la chasse d’eau et une partie du sol. Simon est debout derrière toi. « Faudra que tu nettoie la gerbe aussi, mon pote, dit-il. C’est comme ça. »


jeudi 19 octobre 2017

Ces Oubliées de l'Argentine

Andrea a 19 ans. Elle fut retrouvée poignardée dans son lit. L’orage en gronde encore.
Maria Luisa n’a à peine 15 ans lorsqu’on la retrouve dans un terrain vague. Son corps ou des bouts seulement, décharge sauvage entre les herbes folles et les serpents.
Sarita a disparue à 20 ans. Pas de corps, pas de trace. Présumée morte, faut-il garder un espoir de la retrouver.

Selva Almada s’intéresse à ces trois jeunes filles. Trois destins anonymes au milieu de milliers d’autres semblables dans cette Argentine des années 80. Elles sont nombreuses, jeunes filles ou femmes, à disparaître, à se faire tuer. Et pour combien trouve-t-on un coupable ? 

« Tu connais l’histoire de la Huesera ?
Je fais non de la tête.C’est une vieille, très vieille dame qui vit dans le recoin de l’âme. Une vieille femme sauvage qui caquète comme les poules, chante comme les oiseaux et émet des sons plus animaux qu’humains. Son rôle est de ramasser les os. Elle rassemble et garde tout ce qui risque de se perdre. Sa cabane est remplie de toutes sortes d’os d’animaux. Mais elle aime par-dessus tout les os de loup. Pour les trouver, elle peut parcourir des kilomètres et des kilomètres, grimper sur des montagnes, franchir des ruisseaux à gué, brûler la plante de ses pieds sur le sable du désert. De retour dans sa cabane avec une brassée d’os, elle compose un squelette. Quand la dernière pièce est en place et que la figure du loup étincelle devant elle, la Huesara s’assoit près du feu et pense à la chanson qu’elle va chanter. Une fois que sa décision est prise, elle lève les bras au-dessus du squelette et commence son chant. A mesure qu’elle chante, les os se couvrent de chair, la chair de peau et la peau de poils. Elle continue à chanter et la créature prend vie, commence à respirer, sa queue se tend, elle ouvre les yeux puis, d’un bond, quitte la cabane. Lors de sa course vertigineuse, à un moment, soit en raison de la vitesse, soit parce qu’elle pénètre dans les eaux d’un ruisseau pour le traverser, soit parce que la lune blesse directement l’un de ses flancs, le loup devient une femme qui court librement vers l’horizon, riant aux éclats.Telle est peut-être ta mission : rassembler les os des jeunes filles, les recomposer, leur donner une voix pour les laisser ensuite courir librement quel que soit l’endroit où elles doivent se rendre. »


mardi 17 octobre 2017

Un Train pas comme les Autres

Seok Woo, divorcé et cadre toujours débordé à l’image de la société asiatique, doit accompagner presque à contrecœur sa fille Soo-an à Busan pour rendre visite à sa mère. Je prends mon billet aussi, le train y’a rien de mieux pour découvrir un pays, et la Corée du Sud, je ne connaissais pas vraiment avant. Mais ça c’était avant, parce que maintenant que j’ai pris le « dernier train pour Busan » pas sûr que j’en ressorte vivant.

Je ne sais pas pourquoi mais je ne le sentais pas trop ce voyage. Déjà, le train est une exacte réplique de notre TGV, en plus propre et en plus zen – bon du moins au début, avant que des passagers ne se mettent à hurler et d’autres à tâcher les sièges d’un sang carmin sombre. Je me dis même que soit les coréens nous ont piqué la technologie, soit on leur a donné tout notre savoir. Enfin, je fais pas de politique, je prends juste le train et j’ai oublié de composter. Panique à bord. J’attends un contrôleur en gants blancs, une jeune femme rentre tout essoufflée à bord, juste avant que les portes ne se referment. Je regarde la télé – oui y’a la télé dans le train là-bas, le départ fut un peu précipité ce matin et j’ai oublié de prendre une BD genre The Walking Dead. D’ailleurs, peut-être que la série sera diffusée intégralement pendant mon voyage qui risque d’être long, long… Et les chiottes toujours occupés… Panique à bord. Effectivement, je vois à la télé des émeutes, des gens se comportant bizarrement, dans le genre presque zombies. Ah non, ce sont juste les infos télés. Une épidémie en Corée du Sud, encore un coup du Nord.

vendredi 13 octobre 2017

Une Rivière de Rhum, l'Indian Stream

En l’an de grâce mille huit cent trente-huit, il existe un pays sans foi ni loi, où la loi n’est pas dictée par des autorités éloignées, où la foi se décline dans une taverne à coup de godets de rhum. Cette petite enclave, qui n’appartient à personne encore moins au Canada ni au New-Hampshire - qui d’ailleurs se livreront une petite guerre, est la République de l’Indian Stream. Quelques centaines d’habitants, mélanges cosmopolites de fermiers usés, de trappeurs et d’hors-la-loi, des contrebandiers et assassins, y vivent presque paisiblement. Blood, au passé caché donc forcément douteux, prend sa charrue, l’âme commerçante l’anime. A son bord, des barils de poudre, des tonneaux d’un excellent rhum et Sally, une gamine qu’il a gagné en jouant aux cartes dans un bordel, presque un peu à contrecœur l’idée de se trimbaler cette nana qu’il mettra vite au turbin, dans son arrière-salle, le commerce avant tout.

« Parait qu’on peut repartir de zéro ici, à ce qu’on m’a dit. »

Se dire qu’il y a des lieux perdus où se réunissent les âmes perdus, et recommencer une toute nouvelle vie, presque vierge de passé si ce n’est la conscience. Blood, juste Blood dans cette vie, ouvre une taverne, fait ses petits arrangements, Sally faisant les siens auprès de la « gente masculine » en manque de putains. Il remplit les godets métalliques, la caisse se remplit, les clés de la caisse accrochées à son poitrail, se prépare pour l’hiver, quelques provisions, l’hiver, c’est quand il y a trop de neige pour avancer, mais malgré les précautions d’usage et de distance, le sens de l’esquive et de l’attaque, tout ne se passe forcément bien, surtout quand une lutte de pouvoir s’installe.

mardi 10 octobre 2017

Chat-Pitre Un

Une vie de chat, c'est pas facile. Encore moins quand il est question d'une jeune chatte qu'il faut initier à la vie, à ses dangers et ses plaisirs.

Chi, qui rime autant avec énergie que pipi ou Chablis . Un début tout en tristesse. Les larmes coulent, une petite boule de poil se retrouve séparée de sa maman. Cela pourrait être le début d'une grande aventure, façon roman initiatique - a little cat into the wild - la découverte de la chasse, de la cueillette, auto-apprentissage qui forge le caractère, la détermination et la confiance en soi. Bref, à l'état sauvage, en terre inconnue. Cap sur l'aventure.

Sauf que ça vire vite au cauchemar. Chi se retrouve à deux pattes de se retrouver écraser par un gros food-truck qui en aurait fait de la chair à hamburger bourgeois. Chi se retrouve à une queue de se faire bouffer par un molosse, genre ennemi canin, aux dents longues et à l'appétit féroce. Reste zen Chi, c'est dans ton Chi que se trouve ton énergie vitale.

vendredi 6 octobre 2017

Poésie de la Mozzarella di Buffalo

Déambuler dans les rues de Naples. Des odeurs de pizza s’envolent des ruelles, les parfums des prostituées s’échappent des impasses. Je réclame le silence, mais à Naples, le silence n’existe pas. Alors comment lire de la poésie. La poésie existe pourtant : surtout à Naples, où l’atmosphère se charge d’érotisme à chaque coin de rue. C’est comme lorsque je vois une belle mozarella di buffalo, j’ai l’envie subite de la mordre à pleine dent, comme dans une belle paire de fesses bien ronde. Ah Naples, la belle, la pornographique même. Et Wahida que je croise, son regard dans le mien, mon regard plongé dans son corps. Wahida, superbe putain de Naples, prise entre l’amour et la mafia albanaise. Belle rencontre entre un homme et une femme, entre deux rives de la Méditerranée, entre l’amour et ses seins.  

« Mais que pouvais-je lui offrir ? Ma vie ? Pas drôle. Je suis un homme trop sensible pour m’impliquer dans la vie des autres. Je suis victime de mes émotions. »

Wahida que j’ai cherché toute ma vie, que j’ai trouvé et qui s’est envolé, perdue dans ce labyrinthe d’émotions qu’est la vie. Les sentiments d’une vie se parfument à l’odeur alléchante d’une calzone, avec sa mozzarella qui coule et file lorsqu’on la découpe, la calzone, la pizza la plus érotique que je connaisse, ne me demande pas pourquoi, cela ne s’explique pas, mais cela se sent et se ressent. Si je dois visiter Naples, aussi mystérieuse qu’une putain peut être bandante, aussi poétique qu’une mini-jupe sur un scooter, il me faudrait relire ce « Labyrinthe des sentiments » et puis aussi son « Auberge des pauvres ». Tahar Ben Jelloun aime cette ville, ses ruelles et ses femmes. Peut-être même plus que Casablanca ou Tanger. Je ressens dans son écriture une telle passion, un tel pouvoir érotique que j’avais moi aussi cette envie de caresser le corps de Wahida. Mais qui suis-je pour me permettre une telle folie… Simplement un pauvre type qui déambule dans le labyrinthe de la vie…

mercredi 4 octobre 2017

Du Jazz et une Calzone

Fille d’un ingénieur du son qui a travaillé avec Nino Rota et Ennio Morricone ne pose pas des lettres de noblesse sur un curriculum vitae. Par contre, qu’elle ait collaboré avec Chet Baker, Enrico Rava, Richard Galliano, qu’elle ait fait des tournées avec Pat Metheny ou Billy Cobham, donnent plus de sens à la carrière jazzistique de cette pianiste romaine.

L’heure est de déboucher un Chianti, frais et pétillant, une calzone affiche sa dorure et épanche son parfum encore dans le four. Je me sens prêt pour partir en week-end à Rome. De sa pochette aux couleurs sable, j’installe le cd sur ma platine, une certaine Rita Marcotulli et mon unique album, « Koiné ». Un nom dont les consonances m’emmènent dans l’Afrique, mais dont le rythme me fait penser aussi à des chaloupées de samba brésilienne, les cris perçants d’Anja Garbarek me transportent dans ses fjords nordiques, et le sax’ très classe d’Andy Sheppard m’installe à la terrasse d’un café où je regarde les jupes post-été - à en espérer que les beaux jours restent éternels -, qui virevoltent par la brise napolitaine - oui de Rome, je suis descendu à Naples, effet calzone qui me chatoie les naseaux. Le label « Le Chant du Monde » porte avec justesse son nom, le monde je le parcours en fermant les yeux dans le silence de cette musique.   

dimanche 1 octobre 2017

Si la Neige est un Silence...

Je me souviens de son premier roman, « La Végétarienne ». Han Kang m’avait subjugué par sa plume, son audace, sa sensualité. Le début peut-être d’une grande histoire entre elle et moi, - et les végétariennes peut-être. Quelques années après, je me décide à apprendre le grec, pas n’importe lequel, le grec ancien, avec son écriture qui ressemble autant à des hiéroglyphes qu’à de l’alphabet coréen. Dans l’amphithéâtre ou à la terrasse d'un café, le parfum de feta se mélange à celui de l'ouzo, temps anciens chauffés par le soleil d'une rencontre silencieuse.

Dès que je rentre dans la salle de cours, je retrouve la grâce. Certes je me sens parfois perdu dans les considérations linguistiques d’une telle langue morte, mais je touche la beauté de l’âme. Cet homme qui perd progressivement la vue, et qui ne perçoit plus que des ombres de lumière dont le soleil lui brûle sa rétine. Cette femme qui ne dit pas un mot. Elle semble avoir perdu l’usage de la parole. D’ailleurs m’entend-elle ? Pourquoi ne me parle-t-elle pas ? Ces deux êtres dont leurs blessures paraissent s’inscrire au plus profond d’eux-mêmes, vont se retrouver. Avec timidité mais émotions...

« Si la neige est un silence qui descend du ciel, la pluie est peut-être faite de phrases interminables qui en tombent.
Des mots tombent sur les trottoirs, sur les terrasses des immeubles en béton, sur des flaques d’eau noires. Ils giclent.
Les mots de la langue maternelle enveloppés dans des gouttes de pluie noires.
Les traits tantôt ronds, tantôt droits, les points qui sont restés un bref moment.
Les virgules et les points d’interrogation qui se courbent. »

mercredi 27 septembre 2017

Ainsi parlait Zarathoustra à L.A.

Allant à la bibliothèque, je l’avoue j’ai un faible pour les lunettes de la bibliothécaire, du genre brune et souriante, je croise la route de mon fidèle compagnon. Des années que l’on se suit de caniveaux en motel à l’abandon, vétusté des lieux et du temps. Il déambule comme un pauvre ou un miteux alcoolique, à la recherche d’un mégot au fond de la poche d’un cadavre endormi ou d’un bout de trottoir entre deux flaques de pisse encore chaude et fumante. Compagnon qui sait si bien m’émouvoir si bien me faire rire, le grand Arturo Bandini est de retour. Il est en pleine forme. Il a la rage, envers le monde, envers la société, envers les femmes. Il est tout simplement humain et c’est ce qui me plait chez lui, le grand Arturo Bandini. Mais d’où me vient cette passion subite pour la bibliothécaire ? sa paire de jambes, ses gros seins, ses lunettes ? Je l’entends d’ici, sa tirade enflammée digne d’un Nietzsche sous amphétamines. Un jour il sera publié, Arturo Bandini le Grand avec les majuscules là où il faut et j’irai voir la bibliothécaire, avec son sourire et son large décolleté pour lui demander : « avez-vous par hasard le grand Bandini en rayon ? » Elle regardera dans son fichier informatique, un grand sourire et un ange passera, et se lèvera de son fauteuil en skaï noir épousant ses délicieuses formes. Je regarderai bien sur son cul comme l’aurai fait Bandini et l’aurai suivi dans les rayons obscurs de la bibliothèque attendant le moment propice pour la prendre debout entre les plus grands philosophes me retenant d’éjaculer… O Zarathoustra ! sur ses lunettes…     

« Dissertation Morale et Philosophique sur l’Homme et la Femme, par Arturo Gabriel Bandini. » Le mal est réservé à l’homme faible, voilà pourquoi il est faible. Mieux vaut être fort que faible, car être faible, c’est manquer de force. Soyez forts, mes frères, car je vous le dis, si vous n’êtes pas forts, les puissances du mal auront votre peau. Toute force est une forme de puissance. Tout manque de force est une forme de mal. Tout mal est une forme de faiblesse. Soyez forts, sinon vous serez faibles. Evitez la faiblesse si vous voulez devenir forts. La faiblesse dévore le cœur de la femme. La force nourrit le cœur de l’homme. Voulez-vous devenir des femmes ? Dans ce cas, devenez faibles. Voulez-vous devenir des hommes ? Oui ? Alors, devenez forts. A bas le mal ! Vive la Force ! O Zarathoustra, accorde à tes femmes une abondance de faiblesse ! O Zarathoustra, accorde à tes hommes une abondance de force ! A bas la femme ! Longue vie à l’homme.


vendredi 22 septembre 2017

Après un verre de Chablis, une sodomie ?

Pas dans le cul aujourd'hui
j'ai mal
et puis j'aimerais d‘abord discuter un peu avec toi
car j'ai de l'estime pour ton intellect.

Ainsi commence ma lecture, par les vers de ce poème qui s’introduisent pernicieusement dans mon esprit. Dès les premières lignes, je suis accroché, l’instinct bestial que je ressens et pressens que cette lecture fera date, comme une rencontre entre la philosophie et mon sexe.

Une longue lettre de Jana Cerna à son homme, qui bouscule mon intimité, car elle sait me parler « philosophie » avec son parfum d’amour, de chatte et de foutre. Les mots sont crus, bandant même, mais quel plaisir incommensurable, j’ai eu à lire cette lettre. Sans aucune poussière de voyeurisme, les phrases s’échappent de la feuille de papier au doux grammage des éditions La Contre Allée et se transforment en images sensuelles dans ma tête. Je fais le vide, respire, débouche une bouteille. Bruit du jeu du bouchon et du tire-bouchon, je me sers un verre. Continuer la lecture, prendre ce plaisir, une main tenant le verre, l’autre main…

« Tu écris dans une de tes lettres que ton travail philosophique, tu l’as fait dans les cafés, auprès de ma chatte, dans le désespoir, le cynisme et la bassesse, mais sûrement pas dans les bibliothèques. »

mardi 19 septembre 2017

Sam au Paradis

Moi, mon truc, c’est l’Amérique, celle avec de la poussière et de la bouse de vache. Celle où je peux prendre mon temps, pour vivre, pour respirer, pour contempler. Contempler les rives de cette rivière bouillonnante de truites arc-en-ciel. Contempler le corps de cette femme au petit jour dans la chambre d’un vieux motel au bord d’une route inachevée. Contempler ce verre de bourbon, couleur ambrée, fumée de tabac, posé sur le comptoir collant d’un bar au néon qui ne clignote plus de toutes ses lettres. Oui, mon truc c’est la contemplation. Et feuilleter quelques nouvelles de temps en temps, des histoires banales de vies inutiles et bancales. Se demander ce qu’est vraiment la vie, et si cette vie vaut le coup d’ouvrir une bonne bouteille de Tennessee Rye…    

« Il faisait déjà sombre sur la route de dégagement quand il croisa une famille indienne dans une vieille Ford à plateau, avec sept ou huit gosses entassés à l'arrière. Deux garçons plus âgés se tenaient debout, accrochés au toit de l'habitacle, leurs longs cheveux noirs flottant dans le vent comme des ailes de corbeau. Le chauffeur avait l'air d'être leur grand-père. Il ne croisa pas d'autre voiture. Un éclair en nappe révéla des balles de foin bien alignées et un troupeau de vaches à cornes qui parurent soudain figées en pleine lumière du jour avant de disparaître dans l'obscurité. L'horizon plat s'illumina tout entier, palpitant d'or et d'argent, mains on n'entendait pas de tonnerre. Et il ne pleuvait pas. Il jeta un coup d'oeil dans son rétroviseur, regardant si les deux garçons s'étaient retournés pour l'observer, mais la fourgonnette avait déjà disparu. Quand ses yeux revinrent à la route, la bande blanche centrale avait disparu. Il eut l'impression d'être en train de tomber. Juste une seconde. »

jeudi 14 septembre 2017

Je n’ai pas eu le choix, pardon.

Laura s’assoit  à la table de la cuisine. La vaisselle du petit-déjeuner a été lavée, essuyée, rangée dans ses placards. Une cuisine propre, ne pas laisser traîner des miettes d’une vie. Elle a un bloc-notes, une page blanche, encore. Le stylo à la bouche, elle réfléchit à ce qu’elle va écrire. L’inspiration ne vient pas, dans ce moment-là. Que doit-elle écrire d’ailleurs ? Sa vie, ses manques, ses motivations. Dire qu’elle se sent seule, divorcée, les enfants partis qui ne reviennent que pour lui emprunter de l’argent. De toute façon, aucun mot ne saurait exprimer ce qu’elle ressent, excuser ce qu’elle s’apprête à faire. Alors, elle griffonne juste cette phrase « Je n’ai pas eu le choix, pardon. » Des mots, très forts, qui résonnent encore en moi... en moi... comme un écho... Je n'ai pas eu le choix. Et ce pardon, à la fin, si intime qu'il lui donne une force supplémentaire. 

« Depuis combien de nuits ne s’est-elle pas endormie naturellement ? Depuis combien de temps a-t-elle besoin de ces comprimés ? Elle songe qu’il lui est arrivé cela : les pilules qu’elle prenait pour ne plus tomber enceinte ont été remplacées par des somnifères. Et il s’est écoulé un délai finalement très bref entre ces deux nécessités. A peine une poignée d’années. »

Samuel se lève aussi. La gueule en vrac, le salon sent autant le whisky que les restes de pizza d’il y a trois jours. D’ailleurs, les bouteilles vides jonchent sous le canapé, les cartons à pizza s’amoncellent en quinconce sur la table du salon. Il arrive à atteindre la porte, ouvrir, s’engouffrer dans la brise du levant. Dehors, le soleil commence à réchauffer le sable, un jeune en bermuda et tee-shirt jaune le regarde fixement. Il prend sa planche de surf, les vagues matinales sont les seules à lui donner un coup de fouet.

dimanche 10 septembre 2017

Dark & Smoky

Le vieil écrivain se retrouve assis dans son fauteuil en cuir, une odeur de vieux cigares, les accoudoirs râpés par l’usure du temps, tachés par quelques gouttes de vieux whisky et de maté. Il a l’âge d’en finir se dit-il. Alors, il se souvient. Il n’a plus que le souvenir, les réminiscences d’un jeune garçon prénommé Víctor  dans les années cinquante à Buenos Aires.

Ses souvenirs le font remonter à une éternité. Il se retrouve adolescent timide, mal à l’aise dans sa famille aux notes trop bourgeoises pour ses aspirations littéraires. Peu de camarades, il ne voit guère de monde dans une vie déjà solitaire, bon élève, fils discipliné, quelques contacts avec sa cousine Cecilia qui lui donna ses premiers émois sexuels.

« Le vieil écrivain ne peut s’empêcher de sourire. Il admet que ce qui a survécu dans sa mémoire de ce moment que bien des gens imaginent capital dans la vie de tout homme, c’est moins une prodigieuse exaltation que certains superbes à-côtés : le ciel de plomb qui annonçait l’orage vu par la fenêtre de la chambre de Cecilia, gris dense traversé par de fugaces franges jaunes et rose ; les ragas de Ravi Shankar qu’elle avait choisis comme musique pour accompagner leur rencontre et qu’il entendait pour la première fois ; le parfum préféré de sa cousine, qui imprégnait draps et oreiller et que toute sa vie il ne retrouverait en aucun autre. Cecilia l’aida à atteindre la prestance nécessaire, le guida avec fermeté et sans hâte, lui indiqua les mouvements qu’il trouverait très vite spontanément et soupira, satisfaite, quand son cousin, sans aide ni indications cette fois, atteignit le rythme recherché et déchargea très vite, trop vite peut-être, tout son désir inexpérimenté.
- Très bien. Maintenant tu vas m’aider. Víctor, qui émergeait à peine de la « petite mort », lui laissa prendre sa main et la porter entre ses jambes. Cette fois, il n’eut pas besoin qu’on guide ses mouvements, il explora, caressa, pinça cette humide et tiède intimité jusqu’au moment où un soupir de Cecilia, profond, étouffé, lui fit comprendre que sa mission était accomplie. »


jeudi 7 septembre 2017

Clair de Lune

Silence. Aucun bruit ne s’envole de ces terres, lointaines contrées perdus dans la solitude des espaces et le silence qui se perd au-delà de l'horizon. Je n'entends que la complainte du vent venu mourir dans ces lieux sauvages que les autorités ont appelé Montana ou Wisconsin. Peu importe la frontière de l'état, lorsque je lève les yeux, je vois cette lune, clair de lune, blue moon, et ses étoiles qui scintillent tout autour. Dire que le silence est complet serait injuste et même irrespectueux envers mes compagnons nocturnes de ce soir, bêtes à poil, loups et coyotes hurlant à la mort aussi leur peine et leur solitude.

« La lune était pleine, grasse comme une tique accrochée au flanc de la nuit. Les coyotes la vénéraient. Ils s’installèrent dans la ravine une semaine durant, et Lauren entendit les crissements et les claquements de leurs dents. Si elle avait un fusil, elle les aurait tous abattus pour voir le fond de la ravine jonché de leurs cadavres. Si elle avait eu un fusil, elle aurait tué Jason et son chien noir. Si elle avait un fusil, elle se serait peut-être assise sur son canapé pour ne jamais se relever. »

Et je suis bien, là, assis dans mon rockin' chair, rock in my ranch. Une guitare, une petite bière ou une bouteille de rye, un roman millésimé littérature de l'ouest, « Terres d’Amérique ». Les sabots dans la bouse, l’odeur du vrai ouest sauvage en prime. Walk on the Wild Side. Sauvages, comme des petites nouvelles tristes et sombres de l'Amérique profonde. Prendre même la route Sixty-Six, une boite de Huit-Six entre tes cuisses, descendre même jusqu'au Texas, y perdre son stetson envolé par la poussière et le retrouver sur la tête de Kris Kristofferson ou de Townes Van Zandt. J'entends, tout au long de ces nouvelles, des mélodies country sans artifice, peines de cœur, grandeurs d'une solitude.

mardi 5 septembre 2017

Fait d'Hiver à Wind River

Cory Lambert, chasseur-pisteur du Grand Nord, celui des immenses étendues enneigées du Wyoming. A l'image d'un Steve McQueen (j'ai trouvé la comparaison sur mon Télérama), Jeremy Renner troque le cheval contre une motoneige, la winchester par un fusil à lunette de visée façon sniper. Il est beau ce Jeremy, un charisme et une mélancolie dans son visage, bien lui en prend de sortir, de temps en temps, de son costume de Mission Impossible ou des Marvel. 

Sur la piste d’un puma, il repère les traces dans la neige immaculée, regarde les arbres, sent le vent. Il connait ce monde de neige et de froid par cœur. Il observe aux jumelles là-haut, très haut, très loin, un œil de faucon. Et là-bas, un truc louche autour de cet amoncellement de neige fraîche. Le corps d’une jeune indienne, réserve Wind River, glacée, laissée là… Pieds nus, elle a marché, couru, suffoqué, sur plus de 10 km.

mercredi 30 août 2017

Listen to the (120) beat


Un cœur qui bat.
120 pulsations par minute.
Listen to the beat,
le son du cœur, rythme une vie, rythme une minute.
120 battements par minute.

Des hommes qui se battent
pour que des cœurs continuent à battre.
Act Up.
Ne pas rester sur le quai de la mort et survivre.
Parler, crier, « hainer ».
Hurler de rage.
Vie de militants au début des années 80.
Faire bouger la vie, ne pas oublier les morts.
Morts du Sida, maladie de fin de siècle.

SILENCE = MORT

samedi 26 août 2017

Conduite Accompagnée

C'est l'été, les fenêtres de la voiture sont ouvertes – j'ai pas pris l'option toit ouvrant – les décibels rivalisent de fureur. De la musique à donf, une voiture à donf. C'est la version « Drive » de l'été. A la place de Ryan Gosling, un jeune conducteur, pas encore l'âge de se raser ou de commander une bière au bar du coin, mais quelle conduite !  
Ansel Elgort (remarqué dans « Nos étoiles Contraires » et aussi un peu dans « Divergente »). Il garde le silence, il a des écouteurs sur les oreilles toute la journée, il me rappelle quelqu'un. Sauf que lui, en plus, manie bien mieux le volant et le frein à main. 
« Baby Driver ».

C'est l'été, le temps des cocktails et de la lenteur, un temps propice à prendre son temps. Pour écouter de la musique ou lire, balancé par le vent dans un hamac. Un temps pour aller à la piscine, ou à la plage. Cool attitude, lunettes de soleil. Ou un temps pour aller braquer quelques banques. Avec des complices d'un calibre bien plus douteux, à l'image de Jamie Foxx, et sous la responsabilité d'un chef d'organisation mafieuse Kevin Spacey. Et lorsque le moteur vrombit et que les watts explosent, je me retrouve à l'état régressif comme un enfant devant une console de jeux vidéo, version Gran Turismo plutôt que Mario Kart. Car ça déménage, l’adrénaline est lancée, elle survole même l'asphalte.