jeudi 5 avril 2018

Damo Suzuki, un Nikka Whisky et une Piqûre

Il faut ne plus avoir du tout confiance en soi, ou être au fond d’un puits sans fond, sans corde ou sans échelle, pour oser pénétrer l’antre de cette clinique privée. Le parking est désert, aucun passant aucune bicyclette non plus, l’heure est à la discrétion, seule une Porsche rutilante d'une couleur caca d’oie trône majestueusement sur un emplacement réservé aux médecins, je ne cesse de regarder derrière moi et mon épaule, voir si je suis suivi. Par qui ?, par une horde de groupies qui me prendrait probablement pour un chanteur de J-pop, pour une star de la télévision des émissions de Beat Takeshi, voir pour Damo Suzuki lui-même ? Personne à l'horizon, même la lune se cache alors que le soleil s'est déjà enfoui dans les draps bleus sombres et rêches de la nuit. Quelques marches d'escalier, j’ouvre les portes battantes, me dirige directement au sous-sol, le service psychiatrique. Serais-je devenu fou ?

Et c’est là que je croise ce type, dans le genre gras double avec sourire gras et peau grasse. Une baleine dégoûtante sortie de l’antre des océans mythiques avec deux pattes, nettement trop courtes pour supporter sa bedaine graisseuse. Suis-je dans un cauchemar à demi-éveillé ou dans un manga de gare et de mauvais goût ? Une piqûre d’entrée de jeu, sans même demander mon consentement. « Ichirô Irabu, docteur en médecine », disait le badge accroché sur sa blouse blanche. Médecin dans le genre fétichiste de la piqûre. Par contre, son infirmière qui croise ses jambes, magnifiques longues paires de jambes masquées à peine par sa mini-blouse d’infirmière… Je décide de revenir demain. Je ne sais pas pourquoi, la piqûre, la bonhomie du bonhomme ou l’infirmière. C’est comme si un contrat de confiance s’était installé entre nous.

Et le lendemain, le risible docteur Irabu me raconte quelques-unes de ces précédentes rencontres. Visiblement le secret médical n’a pas de secret pour lui. Mais avant, ma petite Mayumi, vous voudrez bien lui faire une piqûre avec une tasse de café un demi sucre. Avec les trois boutons de sa blouse ouverts, elle n’en est encore que plus belle. A m’en faire bander. Elle ne sourit même pas à la vue de la bosse qui s’affiche à travers mon pantalon. Faut dire qu’avec le précédent « client », un type atteint de priapisme et qui ne débandait pas depuis plusieurs jours… Il y avait aussi cette jeune femme, hôtesse, escorte girl, qui rêvait de célébrité et qui se sentait persécutée, continuellement suivie harcelée, proche de l’hystérie et de la paranoïa. Que dire de l’ado, accroc à son téléphone portable, la main tremblante lorsque ce dernier lui a été volé, ne sachant plus comment envoyer des mails à sa centaine de contacts-amis virtuels.

Si les épisodes du gros type ne sont pas hilarants, contrairement au discours annoncé, les solutions de l’obèse docteur Irabu ne manquent jamais de décalage. Pas décapantes, non plus, mais ces nouvelles ont le mérite de montrer nos petites faiblesses sociétales de notre vie contemporaine. Elles visent souvent juste, accrocs aux portables, à la célébrité, à l’endorphine, au Nikka, à la natation. Que serait la vie sans nos petites déviances, mais lorsqu’elles deviennent dépendance…

« Les hommes ont toutes sortes de dépendances : la dépendance au travail, au bénévolat, ou même aux légumes bio, mais on peut dire que la natation est la moins nocive de toutes. »
    
Bon, je vous laisse mes amis, pour aujourd’hui ; c’est jeudi et j’ai piscine, maintenant que ma séquence priapisme a été solutionnée par le gros docteur Irabu. Et vu que j’suis arrivé à débander – un peu – je vais pouvoir enfiler mon maillot de bain – j’aime quand ça moule – à quand les piscines mixtes et nus – j’aime quand ça mouille. Pourvu juste que je ne pense pas trop à cette infirmière, dans sa blouse très courte, ses boutons déboutonnés, et sa magnifique paire de jambes conjuguée à une non moins magnifique paire de nichons… et après, j'ai rendez-vous avec mes amis-contacts au Karaoké où je pourrais me prendre pour le célèbre Damo Suzuki...

« Les journées de Tetsuya se déroulaient entre résignation et exaspération. Le soir, n'allumant même plus la télévision, il contemplait son phallus au lit et en venait même à penser : " Et alors, quelle importance ?" Il avait décidé de l’accepter comme son destin et de vivre avec. »

« Les Remèdes du Docteur Irabu », Hideo Okuda.

6 commentaires:

  1. Ah le fantasme de l'infirmière...

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  2. Ben voilà celui ci il me tente bien :)
    Pas pour le fantasme de la blouse blanche mais pour savoir quelle est exactement la couleur « caca d’oie », connais pas loll

    Euh c’est quand ton prochain karaoké ? ;-) tu me fais peur ^^ mdr

    « Par contre, son infirème qui croise ses jambes ... » Le plus important n’est pas le croisé Bisonte mais le décroisé :-D

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    1. A mon âge, qu'une femme ou une infirmière croise ou décroise ses jambes, cela n'a plus vraiment d'importance...

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  3. « J’aime quand ça mouille »... encore faut-il savoir pourquoi c’est mouillé?! Tabarnak...

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    1. Là, je sais... L'eau même chlorée de la piscine, ça mouille... C'est physique...

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