dimanche 7 mai 2017

La Main de Dieu

Violeta est une comédienne en ex-devenir, refoulée des castings auxquelles on veut bien l’inviter, par pitié ou par dépit. Une vie pas folichonne, vendeuse le jour, et les rencontres théâtrales le soir ne sont guère plus engageantes, surtout avec la troupe d’amateurs avec qui elles trainent ses phrases et ses textes. D’ailleurs le roman s’en ressent, je pressens l’ennui et la vie de Violetta m’indiffère un peu. Sauf que… Oui, parce que dans tout roman il y a un sauf, comme dans une putain de vie. C’était avant cet accident banal de la vie. La main blessée, mais ce n’est rien à côté de son âme, déchet. Elle ira voir un médecin quand les Urgences seront moins remplis – de toute façon le casting d’Urgences en version argentine est déjà bouclé – ou quand elle aura le temps ou l’argent.

Je suis en Argentine, là-bas tout en bas, près d’Ushuaia, j’aime bien les rimes en ah, comme la pina colada qui ne se boit pas dans la pampa. Je me sers un diplomatico, dans mon rhum pas de coco, les rimes en oh j'aime aussi comme tes noix de coco. Donc imagine, et regarde cette mer déchainée d’un bleu et d’un noir qui se fracasse contre les côtes et le vent. Ce bleu, ce noir, c’est exactement la couleur de la main de Violeta. Silence, on tourne. Moteur, action. Coupez ! Oui, j’ai dit coupez. La main de Violeta. Une greffe de la main et Violetta entame une nouvelle vie, une seconde carrière.

« En relisant mes vieilles notes et en me rappelant les répétitions, je me suis sentie aussi inutile qu’une mandarine au soleil. »


Une main qu’elle ne semble plus contrôlé, le roman devient fougueux, intriguant. D’où vient cette main ? La main de Dieu aurait dit un certain Diego. De quelle femme morte provient-elle ? Violeta change presque de personnalité au contact de cette main. Ou est-ce la main qui a justement plus de personnalité que Violeta. Une nouvelle aura l’entoure – la main, et par conséquent Violeta qui ne fait que suivre la trajectoire de cette dernière. Elle devient belle, intéressante. Les hommes la regardent, l’invitent, les castings s’enchaînent, elle devient réussite. La main greffée a le pouvoir et elle le sait ! D’ailleurs Violeta la personnalise aisément comme une entité intruse de son corps mais lui semble reconnaissant de ce nouveau climat dans sa vie.

« J'imagine qu'en continuant ainsi, Elle pourrait devenir immortelle et passer d'un corps à l'autre au mépris du temps. Une main éternelle qui traverserait l'histoire de l'humanité. Quand j'en mourrai, j'en ferai don à la science. »

Fernanda Garcia Lao signe ici son troisième roman, aux belles éditions « La Dernière Goutte », un peu étrange des notes burlesques teintées d’humour et de cynisme. Elle s’interroge donc sur le pouvoir d’un greffon, sur sa force ou sa faiblesse sur la personnalité du greffé et s’amène à s’interroger sur son donneur, mort mais dans quelle circonstance. Une quête dans la quête de reconnaissance.

Je fais de la pongée au fond d’un lac insalubre qu’est
ma tête. Ou devrais-je dire insondable ?
Je me noie dans les mers universelles que sillonnent
mes veines. Si je regarde un de mes ongles de pied, j’y
vois la superficie de Mars.


« La Peau Dure », Fernanda Garcia Lao.  

13 commentaires:

  1. En voyant la police de couverture, j'ai tout de suite reconnu la maison d'édition. Ils dénichent vraiment de bons auteurs étrangers.

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    1. une belle couverture, tout en sobriété mais qui en dit long sur le décalage avec leur ligne éditoriale, des histoires souvent décalées.

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    2. "La dernière goutte aime le verbe, les mots, ce qui claque, ce qui fuse, ce qui gifle et qui griffe et qui mord. Les contes cruels, les dialogues acides."

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  2. Mais c'est pas inutile une mandarine au soleil !!!
    Bon je vais me resservir un ptit picrate californiate. J'aime bien les rimes en ate.

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    1. éplucher une mandarine avant qu'au soleil je fornicate...
      effectivement les rimes en ate, ça peut le faire aussi...

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  3. "La Dernière goutte" un joli nom pour une maison d'édition ! Il te va bien à toi aussi lollll

    L'histoire et l'intrigue me semblent trop décalées pour moi...

    Pas la première fois que je vois passer cette maison d'édition ces derniers temps ...
    Je suis néanmoins curieuse !

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    1. la curiosité de découvrir revient juste à ce dire, j'ose ou j'ose pas...

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  4. toujours de sacrées références avec tes lectures. Je pense que je ne serai jamais déçu. Perso, j'ai (re)découvert - j'avais lu "dans la brume électrique" il y a fort longtemps - un putain d'écrivain et son flic Robicheaux qui a tété un peu la bouteille. Il s'agit de James Lee Burke. Je crois que je vais m'avaler - et le mot est bien choisi - toute la série Robicheaux

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    1. Pas encore bu avec le vieux Robicheaux, mais un jour nos vies se croiseront, dans un bar ou dans un marais du bayou...

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  5. Original comme histoire, faudra bien un jour que j'me colle à cette Dernière Goutte. La peau dure, j’aime les rimes en ure, brûlure, froidure, impure...

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    1. biture... oui, j'aime aussi les rimes en ure...

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  6. Réponses
    1. Gracias.
      Quand l'histoire d'une main change une vie, elle devient loufoque et cynique. J'ai aimé découvrir Violeta.

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