vendredi 24 février 2017

Et le ciel est gris... en Californie

Je m’invite à Bel Air. Une fête entre riches producteurs et people mondain du show-biz. Hollywood !! Je ne me rappelle plus pourquoi j’y vais. Pas pour les mondanités, c'est sûr. Ce genre de fête c’était bien quand j’avais vingt-cinq ans, il y a vingt-cinq ans. J’ai plus l’âge de la coke. Il y a de la musique et surtout des nanas en string qui trémoussent leur cul désinhibé. Et puis, je vais me pinter la gueule gratos en reluquant cette jeunesse sans avenir qui exhibe leurs atouts non dénués de rondeurs et de charme tout en rêvant d’une célébrité même éphémère. Une serveuse, les roberts pointus et dodus, balance son cul entre les tables et les invités, un cul à invitation, oserai-je dire. Je l’invite dans ma chambre d’une suite(s) impériale(s).

« Cool », dis-je. J’ai à la main un verre vide avec des glaçons fondus et du citron vert, les restes d’une margarita.

A Los Angeles, la Californie ne me fait plus rêver depuis belle lurette, même Ginette avec ses seins en plastique, même Lucette et ses lèvres aussi proéminentes que ses fesses. Je m’assois à la terrasse d’un café, crêpe Suzette et Suze cassis. Rain, blonde à certaines heures – je ne l’affuble pas du diminutif de Rainette - s’assoit près de moi, la mini de rigueur, je glisse ma main entre ses cuisses, son sourire me dit « arrête, arrête », mes doigts glissent entre les poils de son pubis, ses yeux pétillent d’envie, mon majeur pénètre son intimité, elle croit que je vais lui écrire une histoire, un scénario qui fera d’elle une star, avec du glam et du sperme autour de ses lèvres. Je commande deux vodkas glacés, la chaleur me brûle les idées, les pages restent blanches avant de jaunir par le soleil. La vodka fond dans ma bouche, Rain fond sur ma queue, j’arrive encore à bander, je l’emmène dans ma chambre, celle d’une suite(s) impériale(s) avec jacuzzi et corbeille de fruits.


Je m’allonge sur le lit. Elle me déshabille, elle se déshabille. Pas de strip, juste une pipe. Je sors un bouquin de Bret Easton Ellis. Je me rappelle de ma jeunesse, ses grandes œuvres, « American Psycho » ou mon summum « Glamorama ». Depuis, je sombre dans l’alcool, dans les souvenirs, dans les chambres où les putes s’enchainent autant que les mignonettes de bourbon. Je n’attends plus rien de la vie, après tout, je suis un « moins que zéro »

« Pour m’apaiser, elle m’embrasse sur la bouche. « J’ai passé un bon moment », dit-elle en me caressant le visage, et le bruit de la climatisation entre en compétition avec le grand sourire, et puis le sourire et l’air frais, selon le cours des choses, s’intensifient, ça devient presque frénétique, et j’attire Rain vers moi sur le lit, et je presse mon visage contre ses cuisses et j’aspire son odeur, et puis j’essaie de la retourner, mais elle me repousse gentiment. Je baisse le drap pour exhiber mon érection, et elle cherche à paraître désinvolte et fait rouler ses yeux. Je peux soudain voir mon reflet dans un miroir à l’angle de la chambre : un adolescent à l’air vieux. »

California Dreaming, je glisse un doigt dans son cul, pas ce soir, se retourne, se détourne, se lève, s’en va. Je glisse dans la pénombre, je fais semblant de prier, le prêtre aime le froid, de nouvelles putes autour de moi, sombre scénariste mal en vue, vue qui baisse, elle baisse mon futal. Pourtant, je ne pense plus qu’à elle, mon histoire sombre dans le noir, roman noir, délire paranoïaque, je suis suivi, un cadavre dans le coffre de la voiture comme pour un Chandler, Rain en femme fatale, instigatrice de ma perte, manigance ma fin, fin du vide, on a winter's day. Ma vie est vide depuis des années, vide d’envie, emplie de whisky and the sky is gray. Seul dans mon lit, les draps encore maculés de son parfum et de sa sève sucrée, il ne me reste que le silence autour d’une bouteille vide.

« Le silence est un sourire. Le silence scelle quelque chose. » 


Suite(s) Impériale(s), Bret Easton Ellis.

14 commentaires:

  1. Mama Cass et Michelle Philips, et mes 18 ans. Ca fait mal.

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    1. Dis-toi que tu as mieux vécu que Mama Cass... Un sandwich au jambon pour accompagner ?

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  2. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas lu Brett Easton Ellis… Je me suis arrêté à American Psycho. Pour rattraper mon retard je vais bientôt me prendre l’intégrale chez Robert Laffont. (Goran : https://deslivresetdesfilms.com)

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    1. Cela faisait aussi bien longtemps que je n'avais pas replongé dans l'univers de B.E.E.

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  3. Questions existentielles :
    -ce serait pas mieux d’avoir le cul à l’air que désinhibé?
    -les Roberts, les Bobs, chu toute mêlée là, c’est Joe qui serait pas content d’entendre ça...
    -parlant des Joes, ils se promènent « à l’air » eux avec?
    -pourquoi c’est mouillé? ^^
    -paraît que c’est moins mortel les corbeilles de fruits que les sandwichs au jambon...
    -one bourbon, one scotch, one beer

    Il me reste juste à aller découvrir ce Bret Easton Ellis et peut-être son « Glamorama ». Tabarnak!

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    1. Réponses non existentielles :
      - cul à l'air ou cul désinhibé, un cul est un cul !
      - Joe, Bob et Robert, des amis de longue date.
      - Vu le taux de plastique dans les Joes, ils peuvent se promener à l'air toute la journée en Californie...
      - Est-ce que cela à un rapport avec le taux d'humidité de la moule ?
      - Dangereux, le sandwich au jambon. On ne s'en méfie jamais assez. Comme du bretzel...
      - vodka à l'herbe de bison ? Lait-Fraise ?

      Ce B.E.E. ne serait qu'à privilégier pour les fans... Par contre, tabarnak, ce Glamorama, si tu rentres dedans c'est aussi mortel qu'un sandwich au jambon ou qu'une paire de big joe à l'air ! Enfin, je l'ai lu quand j'étais jeune, peut-être qu'il faut être encore jeune pour le lire... je sais pas... je suis plus très jeune... je sais pas si je l'aimerais autant... Par contre, les Joes, je sais toujours, ça y'a pas d'âge...

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  4. Bonsoir le Bison, je dirais qu'heureusement le livre est court et se lit vite. Easton Ellis raconte des histoires qui ne font pas rêver mais il a un certain talent pour le faire. http://dasola.canalblog.com/archives/2010/09/07/18976879.html Bonne soirée.

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    1. Un talent certain, plus dans d'autres romans.

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  5. (Visiblement encore un post qui a fini dissout dans le néant informatique, donc je reviens à la charge) Voilà une lecture qui ne réchauffe pas que le cœur mon bison ! Va me falloir un remontant après ça, un bon coup de fouet, et j'en profiterai pour remettre cette/ces suite(s) impériale(s) sur ma table de chevet.

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    1. Tout est prétexte au remontant, je vois... Mais je me demande si je n'aurais pas dû relire avant son "moins que zéro" pour m'imprégner de l'atmosphère et suivre l'histoire 25 ans après...

      Un livre sur une table de chevet ? Je n'y avait pas encore pensé. D'habitude, c'est une bouteille de bourbon ou de vodka :D

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  6. Je dois avouer que je n'ai pas aimé du tout American Psycho, mais je pense réessayer de lire un livre de cet auteur cet été :)

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    1. Je peux comprendre... American Psycho est particulier comme beaucoup d'autres de ses livres... Peut-être voir du côté de Lunar Park...

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  7. California Dreamin ! La vache ça fait mal !
    Tu en as d'autres des comme ça qui nous rajeunissent pas ?!
    Bon pour le coup j'étais pas née ;-)

    lolll

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    1. On n'a juste l'âge de son sourire...
      C'est pour ça que j'ai un âge canonique...

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