jeudi 18 mai 2017

Black is the New Black

Un homme, seul dans la rue. Banlieue chic, au téléphone portable avec son amie, blanche. Il est noir et cherche une rue. Jusqu’à ce qu’il se retrouve dans le coffre de la voiture.

Quelques années après, j’oublie presque cette histoire. Chris et sa petite amie Rose file un parfait amour, comme on dit. C’est le grand week-end où ils décident de rendre visite aux parents de Rose. Présentation de rigueur avant d’aller plus loin, Rose a-t-elle prévenu que Chris était noir ? Pff, une formalité. D’ailleurs, le père de Rose aurait bien voté une troisième fois pour Obama, c’est dire la sympathie qu’il porte au fond de lui pour les noirs. Oui, Chris est black, Rose est blanche, de famille bourgeoise. Un joli petit week-end en perspective pour apprendre à se connaitre, en famille. En plus, c’est jour de fête, jour de grande réunion familiale où sont invités dans le « cottage » bourgeois tous les gens biens du village. La haute société, en somme, WASP only.

Par moments, ce n’est pas la peine de sortir les grands moyens pour faire un grand film, et frémir de plaisir et d’horreur. Même pas besoin d’effets spéciaux outranciers, un petit budget qui se veut efficace. Non, juste une ambiance. Une putain d’ambiance à frémir. Un film d’atmosphère, malsaine l’atmosphère. Le noir est à la mode, dans cette communauté blanche. Alors on les aime, on leur tend la main, belle poigne d’ailleurs, c’est que le noir est costaud, des capacités physiques qui dépassent la norme, c’est-à-dire celle des blancs. Et je pense même que les noirs sont mieux montés que les blancs – enfin ce sont des ouïes-dires, peut-être juste une rumeur portée par quelques nègres cherchant appâter cette vieille cougar blanche… Bon ok, pas de racisme ici, le noir doit forcément être un meilleur coup sexuellement parlant, et niveau domesticité, il doit être plus facile à éduquer. Malaise… Perversion…



Un week-end à la campagne, cela parait si paisible. Une séance d’hypnose pour arrêter la cigarette. Finalement, cela n’a pas l’air méchant comme film, mais pourtant… Une première partie angoissante où l’on se demande justement d’où vient cette angoisse naissante et pesante. Elle est là, insidieuse, en nous même, on la sent, la touche, mais ne la comprend pas encore tout à fait. Et puis, vient la seconde partie, violente, déchaînée, enchaînée même pour certains – les noirs. Le déclic, c’est fabuleux, un flot de violence se déverse sur l’écran, le sang gicle, éclabousse le costume des blancs trop propres. Grand-guignolesque.


Si tu veux faire faire frémir ton majeur tout en serrant ton Ku, plonge dans cette ambiance noire, où le Ku Klux Klan n’est au final pas si éloigné de cette banlieue et où les idées les plus nauséeuses se glissent sournoisement dans notre quotidien (The Movie Freak). Heurter un cerf sur une route en pleine forêt marque le début des emmerdements (Sur la Route du Cinéma). Un portrait glaçant et absurde d’une Amérique encore raciste et malade, coincé encore dans un temps qui devrait être révolu (TinalaKiller). « Get Out », c’est un film NOIR avec un black (Daniel Kaluuya, de Skins à Black Mirror, puis la grande traversée, Sicario) et une tendance vers l’horreur mais qui est bien plus profond qu’il n’y parait. Ce n’est pas parce que vous êtes invité, que vous êtes le bienvenu. Une tasse de thé ?  

« Get Out » [2017], Jordan Peele.


9 commentaires:

  1. Il est quand même nettement plus beau que les white (tous plus laids les uns que les autres ici) ce noir. Si en plus c'est un performer je le ligoterais bien sur le porte bagage de mon vélo.

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    1. tous les noirs sont des performers ! c'est bien connu

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  2. C'est vrai que dans les champs de coton ils étaient nickels !

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    1. ils étaient heureux, ils chantaient même...

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    2. Et on ne peut chanter aussi bien que si on est bien.

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  3. suffit de lire James Lee Burke pour piger que les sudistes transpirent le racisme... contenu ou pleine bourre !

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    1. Et puis une fois les enfants grands, il faut bien se rendre à l'évidence, la balançoire est devenue inutile, ainsi que l'arbre dans le jardin. Alors, donnons de l'utilité, une seconde vie, à cet arbre. Et quoi de mieux qu'une corde pour remplacer la balançoire...

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  4. Ce sera une tasse de thé...noir pour moi, merci !

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