mardi 12 février 2019

Un Peignoir et des Mules


Une ode à Emmaüs et à ses compagnons. Dans un petit village Emmaüs, cela jardine, cela déménage, cela menuise… Des êtres qui se sont retrouvés à l’écart de la société et qui vivent, avec bonheur semble-t-il, avec simplicité sincèrement. Au milieu de ces fidèles, l’apôtre blonde platine, Yolande Moreau, qui prêche la bonne parole et les préceptes du vieux, l’abbé Pierre. Elle n’est pas la chef, même si elle semble en officier le titre, elle aide, elle partage, elle écoute. Elle est humaine, le guide suprême de ce camp.

Un frère, Jean Dujardin, débarque après des années de silence. Sa venue la perturbe intérieurement, elle qui vit encore dans le souvenir de ses parents et dont les cendres voyagent toujours dans la boite à gant de la Simca 1100 familiale. Il a comme modèle Bill Gates et Bernard Tapis, il a l’obsession de l’argent sans travailler, du business qui pourra le rendre riche, immensément riche, et par la même occasion heureux. Le bonheur ne s’achète pas, mais s’acquiert juste avec de la richesse. D’ailleurs si à 50 ans tu n’as pas un peignoir et des mules, c’est que tu as raté ta vie.

Doux rêveur, dangereux opportuniste ou simplement simple d’esprit. Un peu les trois en même temps, si je peux donner mon avis. Pourtant, je suis pris aussi de tendresse pour ce pauvre type qui ne rêve que d’une piscine avec une jeune femme en bikini à l’intérieur. C’est à ce genre de détail que l’on considère avoir réussi sa vie, son pote d’enfance en est témoin. Et là, l’idée de génie. Monter sa boite « I Feel Good » et organiser un voyage d’excursion dans les pays d’Europe de l’Est pour faire des liftings low-cost, même le voyage sera low-cost, - maquereau ou vin blanc ?

Les comédies françaises à venir, ou déjà passées, ne sont pas souvent ma tasse de thé, ou mon verre de vin blanc si je veux parler plus prolo. Je préfère donc retenir ce film - En DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 5 février, éditeur Ad Vitam, comme un moment émouvant dans la lignée des précédentes réalisations du tandem Delépine-Kerven, à mes bons souvenirs du vieux Grosland. Un film donc tendre, à voir en attendant les meilleurs films de 2019, qui prête à sourire de son cynisme, de son ironie, de sa satire sociale. C’est dans l’ère du temps, et quel mal y-a-t-il à rendre beaux les laids… Où se situe la gauche de nos jours, dans cette entraide au sein de quelques laissés-aux-rebus de la société, dans ces pays aux souvenirs de communisme, dans le palais de Ceausescu ? ou simplement dans le cœur des petites gens, de Yolande et de ses compagnons de travail, de vie, fragiles. C’est aussi un hommage et un souvenir à l’abbé Pierre et à sa fondation. Tiens, faudrait que j’y retourne pour y dénicher quelques livres ou meubles au cachet humain. Ne vous ai-je pas encore montré ma dernière acquisition automnale, mon fauteuil face à la cheminée idéal pour un single malt de 18 ans avec un de ces standards de jazz…     

« I Feel Good », Benoit Delépine, Gustave Kerven.


 

Merci à Cinétrafic et Advitam pour cette nouvelle opération.



6 commentaires:

  1. Le film est sympa et j'aime bien le tandem Delépine Kervern, même si j'y décèle un peu de roublardise. Pas grave. Delépine, qui est de chez moi, vient systématiquement y présenter tous ses films. Je trouve que c'est pas mal. Pour l'avant-dernier, Saint-Amour, c'est moi qui l'avait reçu.
    Pas une raison pour "s'asseoir sur Ella, Count, Herbie et consorts..." quoiqu'avec un single malt et quelques 33 tours je m'y verraiS fort bien. A la tienne, remets_nous Summertime.

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    1. Penser que mon cul touche Ella, que ma main touche un verre de single malt et que Summertime se distille dans l'air... un petit bonheur...

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  2. Dos à la cheminée le fauteuil, les effets du Malt probablement. ;-)

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    1. les effets effectivement... ou disons que je l'ai juste retourné pour la photo...

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  3. Je ne me suis pas laissé tenter, j'aurai peut-être dû...
    Il est trop classe ce fauteuil !! Tu l'as trouvé recouvert de ce tissu ??

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    1. Je l'ai acheté chez Emmaüs, comme ça, justement pour le tissu... Tous ces standards du jazz, Herbie Hancock, Ella Fitzgerald, Count Basie, Dave Brubeck... Il doit y avoir Miles aussi... et Art Blakey...

      Le film quand a lieu n'est pas une comédie, mais plus un grincement de dents émouvant. Intéressant, un autre genre de cinéma...

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