vendredi 22 février 2019

Sur Les Routes du Jazz

J'ai pris le sud. Sans guitare. Juste un piano, mais pas n'importe lequel, un Steinway.

Il aurait pu rester dans son appartement solitaire au-dessus du Carnegie Hall. Dr Don Shirley a un Don. Pour la musique. Pour Chopin. Mais en tant que noir, il est plutôt mal vu de jouer du classique. Alors, ce Don, il le mettra au service du Don Shirley Trio, Dr Shirley, pianiste virtuose.

Le second, Tony Vallelonga alias Tony « la Tchatche », est un italo-américain, fin gastronome surtout en matière de hot-dogs, des manières plus rustres moins fines ou précieuses, des regards de mépris pour les noirs, une femme charmante, une famille bruyante, italienne quoi !.   

Tout les oppose ou presque. D'ailleurs, c'est sur ce fait que joue entièrement le scénario de ce film, signé Peter Farrelly. Aparté : je crois n'avoir jamais vu un film des frères Farrelly, ce genre de comédies ne me correspondant pas vraiment . Mais là, il y avait au casting Viggo Mortensen et Mahershala Ali. De quoi attirer forcément mon regard et titiller mon envie de plonger dans le sud profond, aux pays des ploucs mais surtout des blancs riches dans leurs belles propriétés, les champs de coton où les esclaves noirs chantent ne sont pas très éloignés de cet esprit.





Les ficelles sont énormes, le blanc opposé au noir - sauf que là les codes sont presque inversés puisque le noir est plus blanc que le blanc. Le riche face au pauvre, le précieux face au rustre... C'est du déjà-vu mais c'est attendrissant, émouvant, captivant, un long road-movie sur fond de musique jazz, moi ça me botte - plutôt mocassins noirs cirés que santiags poussiéreuses. 

Bien sûr, le film est taillé pour les Golden Globes ou les Oscars avec ces deux acteurs, mais là, on s'en fout, on prend juste un bout de chemin avec eux, on sourit, on rage intérieurement, on re-sourit même avec plaisir, dans le genre comédie humaniste, et au final, ce film m'apporte malgré le vent chaud du sud un brin de fraîcheur. Et surtout on découvre la grande gastronomie américaine, sur fond de jazz et de ségrégation raciale, organisé par ce grand critique culinaire, Viggo - grand champion d'avaleur de hot-dogs. Imagine manger un vrai poulet frit du Kentucky sur la route...du Kentucky... Ça vaut bien tous les guides rouges Michelin, t'inquiète, le bibendum est au volant, Viggo accusant bien une vingtaine de kilos supplémentaires...

On a envie de continuer encore le voyage, avec regret celui-ci prendra fin la veille de Noël, mais si indispensable et formidable, prolonger l'histoire Sur la Route du Cinéma.
 
« Green Book : sur les routes du sud  », Peter Farrelly.

PS :
(parce qu'un PS c'est comme klaxonner à la fin de la septième de Chostakovitch)
on ne gagne jamais grâce à la violence,
on ne gagne qu'en gardant sa dignité.





16 commentaires:

  1. Moi j'aime bien ce livre vert avec ses ficelles un peu câbles de marine mais comme tu dis on s'en fout. Et j'ai découvert Don Shirley.

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    1. J'ai découvert aussi Don Shirley avec ce film... et ce guide de tourisme indiquant les lieux où sont acceptés les gens de couleur... terrible...

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  2. Shirley noir, ça change du Shirley jaune qu'on voit et entend un peu partout 😈

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  3. Pour nous autres âmes simples... un bon film drôle et fraternel, avec musique intemporelle, même calibré pour les tapis rouges, ça fait voyager, rire, sourire, s'émouvoir.
    Tant pis pour les grincheux et merci pour le lien.
    Coup de klaxon : je ne te recommande aucun autre film Farelly.

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    1. Merci de ce coup de klaxon !

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    2. Peut être quand même Fous d'Irene. Pour Jim Carey... parce que la pauvre Renée et sa tête de hamster... non.

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    3. Je crois que j'ai pas vu grand chose non plus avec Jim Carey...

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    1. Tu devrais te laisser tenter, cela te replongera aussi un peu dans le Moonlight que tu as tant apprécié...

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  5. Ils sont gentils au Cercle, ils ont dû broutr dans ta prairie : Shirley à tout prix ! Je laisse le guide au garage mais au moins, j'aurais découvert un grand artiste.

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    1. Peut-être que si tu essayais de t'enfiler 28 hot-dogs plus la garniture dans la soirée...
      ;-)

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  6. S'il était vraiment fin gastronome il mangerait de la poutine ^^
    L'inversement des codes c'est ce que j'ai adoré dans ce film. La musique, le jeu des acteurs, parfait, sublime, le sud du sud...
    "(parce qu'un PS c'est comme klaxonner à la fin de la septième de Chostakovitch)
    on ne gagne jamais grâce à la violence,
    on ne gagne qu'en gardant sa dignité." <3

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    1. Et je crois que s'il avait trouvé de la poutine dans le Kentucky, il ne se serait pas gêner pour en prendre un "seau", genre méga XXL...

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  7. Bonsoir le Bison, grâce à ce film, j'ai découvert Don Shirley. L'amitié entre ces deux hommes est formidable. Le sud ségrégationniste, une honte, 1 siècle après l'abolition de l'esclavage. Et ce n'est pas terminé. Bonne soirée.

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    1. et non... un siècle après, la ségrégation existe toujours, même si elle apparait plus cachée, elle reste là, ancrée dans la conscience des gens.
      J'ai découvert aussi Don Shirley, dont je ne connaissais rien du tout et j'ai découvert son Orpheus in the underworld... magnifique...

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