Laura
s’assoit à la table de la cuisine. La
vaisselle du petit-déjeuner a été lavée, essuyée, rangée dans ses placards. Une
cuisine propre, ne pas laisser traîner des miettes d’une vie. Elle a un
bloc-notes, une page blanche, encore. Le stylo à la bouche, elle réfléchit à ce
qu’elle va écrire. L’inspiration ne vient pas, dans ce moment-là. Que doit-elle
écrire d’ailleurs ? Sa vie, ses manques, ses motivations. Dire qu’elle se sent
seule, divorcée, les enfants partis qui ne reviennent que pour lui emprunter de
l’argent. De toute façon, aucun mot ne saurait exprimer ce qu’elle ressent,
excuser ce qu’elle s’apprête à faire. Alors, elle griffonne juste cette phrase
« Je n’ai pas eu le choix, pardon. » Des mots, très forts, qui résonnent encore en moi... en moi... comme un écho... Je n'ai pas eu le choix. Et ce pardon, à la fin, si intime qu'il lui donne une force supplémentaire. « Depuis combien de nuits ne s’est-elle pas endormie naturellement ? Depuis combien de temps a-t-elle besoin de ces comprimés ? Elle songe qu’il lui est arrivé cela : les pilules qu’elle prenait pour ne plus tomber enceinte ont été remplacées par des somnifères. Et il s’est écoulé un délai finalement très bref entre ces deux nécessités. A peine une poignée d’années. »
Samuel
se lève aussi. La gueule en vrac, le salon sent autant le whisky que les restes
de pizza d’il y a trois jours. D’ailleurs, les bouteilles vides jonchent sous
le canapé, les cartons à pizza s’amoncellent en quinconce sur la table du
salon. Il arrive à atteindre la porte, ouvrir, s’engouffrer dans la brise du levant. Dehors, le soleil commence à réchauffer le sable, un jeune en bermuda
et tee-shirt jaune le regarde fixement. Il prend sa planche de surf, les vagues
matinales sont les seules à lui donner un coup de fouet.