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mardi 25 avril 2023

YES I CAN


Oui, je peux. 
Je peux dépoussiérer un vieux disque de 1974. Je souffle dessus, des grains de sable s’envolent, la couverture reste pourtant couleur sable pastel. Une couverture soignée et signée comme toujours avec les albums de cette époque, le fidèle Roger Dean. J’entre déjà dans un monde presque féerique prêt à franchir les portes du Delirium. Tiens, et si je m’en décapsulais une, de Delirium Tremens, pour mon plus grand délire d’ivrogne. Tiens, je me souviens, j’ai dû en boire quelques bières en écoutant cet album il y a trente ans, au moins… Mais passons, ne remuons pas ces vieux souvenirs poussiéreux.

Ils sont cinq garçons, pas vraiment dans le vent, et là je te raconte pas la poussière qui te remue jusqu’à l’intérieur, mais combien sont encore parmi nous. Je n’ose même pas regarder, à l’idée que peut-être cinquante pour cent aurait déjà mordu la poussière. 50% de 5, ça fait 2.5, hou, y en aurait-il un avec déjà un pied dans une tombe… Va savoir, avec ce bon vieux temps du rock et de ses survivants légendaires (dans mon cœur et mon âme, car oui beaucoup les ont oubliés). Bref, passons aussi sur la poussière de ces âmes, j'écoute encore Yessssss, quoi qu'en disent mes tympans... Et je bois encore de la bière, quoi qu'en dit mon tour de ventre...

lundi 19 octobre 2020

Angkor Wat

Même dans une cage dorée, on en peut empêcher un papillon de prendre son envol.


Ferme les yeux, et laisse toi emporter par la grande aventure. De celle qui fait couler des bouteilles de vodka dans un lupanar de Saint-Pétersbourg, de celle qui traverse des océans de poussière et des fleuves aux neufs dragons. Je t'emmène vers les années 1860 en compagnie d'Henri Mouhot, géographe et explorateur aussi dingue qu'Indiana Jones, la compagnie féminine en moins.

Viens avec moi, et je te montrerai le Papillon de Siam, d'une majestueuse rareté, une chimère diront certains, une enivrante beauté penseront les plus fous. Car il s'agit bien de folie, cette traversée du Cambodge à cette époque-là, et d'inconscience. Mais les explorateurs de ces temps-ci ont cela en commun, la soif de découverte, l'envie de laisser derrière eux, la trace de leurs découvertes et de leurs noms affichés royalement en lettres d'or sur les façades académiciennes ou dans les encyclopédies des grands savoirs.

Le soir, après avoir partagé le repas avec eux, un dîner composé de fruits, de riz et d'insectes grillés, les deux hommes rendent visite au chef du village. Ce dernier, un vieillard aux dents noires et usées jusqu'aux gencives à force de mâcher du bétel, les reçoit sous un banian gigantesque dont les racines aériennes forment une prison végétale qui le préserve du reste du monde, des hommes comme du soleil et de la pluie. Pour l'apercevoir, il faut soulever des feuilles de palme d'une taille gigantesque. La peau jaune et ridée du vieillard ressemble à celle d'une tortue centenaire, et ses yeux vairons dansent dans leurs orbites comme ceux d'un caméléon. L'homme semble lui même avoir pris racine depuis longtemps tant il fait corps avec l'arbre. Assis en tailleur au pied du banian, il fait corps avec l'arbre, il en gratte l'écorce avec l'ongle de son pouce, noir et dur comme du granit, produisant un son strident.

vendredi 17 novembre 2017

La Décantation Suprême du Silence et de la Lumière

« Un soleil pâle, l’infini de l’étendue marine et, à l’arrière, l’attente éternelle de la taïga. Le temps aboli. »

Il y a déjà quelque temps j’ai pris le temps de parcourir la Sibérie. Prendre son temps, parler du temps. Avec un autochtone, en chapka. Ou seul, enseveli sous une neige vierge. Prendre des détours, dans la vie, se perdre, dans la Sibérie. Mais pas comme un Sylvain Tesson dans le silence d’une cabane avec bouteilles de vodka. Plutôt comme un Andreï Makine dans le silence de la taïga,  avec bouteilles de vodka. Le temps aboli.

Indissociables, d'ailleurs, la vodka, la Sibérie et le silence. C’est une histoire de décantation, mais ça tu ne peux pas comprendre. Le silence a besoin de décanter comme la vodka. Les silences sont lourds à porter, les amas de neige aussi. Le silence s'abolit devant son étendue.

A travers mes lunettes embuées par le froid sibérien et par la chaleur d’une fin de vodka polonaise et d’un début de vodka suédoise, je croise le regard clair de Pavel, accompagné des autres Ratinsky, Vassine, Louskass, Boutov. Des noms bien russes. Eux-aussi parcourent la désertitude de ces lieux. Désertitude, ça me plait bien comme mot, façon d’accentuer la solitude de certaines vies désertes. Suivre les ordres. Au pays du léninisme, du stalinisme, du communisme, les ordres font office de vie même en pleine Sibérie. Un écart et hop au goulag ! En Sibérie, bien sûr, c’est là que le goulag est le meilleur. Effectivement vu de cet œil dont une larme jaillit par ce froid piquant, cela ne change pas beaucoup, goulag ou pas, la Sibérie reste la Sibérie, les rations sont les mêmes, pas la vodka par contre. Donc vaut mieux être gardien que prisonnier. Cette petite troupe est d’ailleurs à la poursuite d’un « évadé ». Dangereux opposant politique ou simple prisonnier de la taïga ?