De la poussière, des poils et des litres de bières, de bourbon et de vodka à l'herbe de bisons...
samedi 13 mai 2023
Le Vent de Tchoukotka
jeudi 15 avril 2021
Loin de Montmartre
les chroniques transat
Le VOYAGE
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lundi 8 février 2021
au Bout du diable
"Attends ! Écoute..."
Je tendis l'oreille et dans l'air calme du crépuscule, j'entendis une plainte répétée qu'on aurait pu prendre pour un gémissement humain, guttural et sonore; mais dont la mélodie me laissa vite reconnaître les appels d'un vol de migrateurs.
Ces longues encoches claires tracées dans le ciel par les oies sauvages n'étaient pas si rares à observer, à l'automne, au-dessus de la ville. Sauf que, cette fois-ci, montés sur le rempart, nous les voyions beaucoup plus rapprochées - ou, peut-être, ces grands oiseaux venaient-ils juste de composer, quittant un lac, leur épure ailée. Nous pouvions voir le délicat dessin de leurs plumes, le coloris de leurs pattes repliées et même, me sembla-t-il, l'expression de leurs yeux - ce regard qui se posa sur deux adolescents figés, la tête renversée, au milieu de l'ondoiement des herbes folles.
Le Bout du Diable, c'est un lieu d'enfance, un lieu d'amitié scellé entre deux gamins au fin fond de la Sibérie. Ce quartier déshérité qui fait face à la prison centrale s'est construite autour de ses barbelés. Toute la communauté arménienne y a un oncle, un frère, un père enfermé à la prison, le goulag de Staline, ou en attente d'un procès, d'un faux jugement. Deux gamins, un orphelin solitaire et un enfant fragile, se lient, se protègent, se découvrent. Une amitié forte naîtra de cet enfance à l'autre bout du monde pendant que les adultes pleurent et boivent, vodka ou vin rouge d'Arménie.
vendredi 17 novembre 2017
La Décantation Suprême du Silence et de la Lumière
« Un soleil pâle, l’infini de l’étendue marine et, à l’arrière, l’attente éternelle de la taïga. Le temps aboli. »
Il y a déjà quelque temps j’ai pris le temps de parcourir la Sibérie. Prendre son temps, parler du temps. Avec un autochtone, en chapka. Ou seul, enseveli sous une neige vierge. Prendre des détours, dans la vie, se perdre, dans la Sibérie. Mais pas comme un Sylvain Tesson dans le silence d’une cabane avec bouteilles de vodka. Plutôt comme un Andreï Makine dans le silence de la taïga, avec bouteilles de vodka. Le temps aboli.Indissociables, d'ailleurs, la vodka, la Sibérie et le silence. C’est une histoire de décantation, mais ça tu ne peux pas comprendre. Le silence a besoin de décanter comme la vodka. Les silences sont lourds à porter, les amas de neige aussi. Le silence s'abolit devant son étendue.
dimanche 6 novembre 2016
Souris La Belle Âme De L'Oussouri
Je me retrouve perdu au cœur de la taïga, essayant de faire quelques repérages topographiques en Sibérie Orientale. Tel un explorateur soviétique dans la vallée de l’Oussouri, une bouteille de vodka dans ma besace pour combler les vides de ma vie. Je pars. Peut-être ne reviendrais-je jamais. Un bruit, des feuilles qui bruissent sous mes pas, je ne suis pas seul dans la forêt. Un autochtone sibérien, tribu hezhen, à la frontière chinoise. On ne parle pas le même langage, pourtant les regards suffisent à créer ce lien, entre deux hommes, entre deux êtres habitués au silence. Le silence et écouter le vent, les oiseaux, les cœurs qui battent et deux âmes qui se rejoignent dans ce regard. Plus que de la complicité, plus que de l’amitié, certains échanges peuvent être très forts dans le regard et le silence de la nature. Une histoire à la vie, à la mort, comme une évidence. Ces deux êtres, si bons, étaient là pour se rencontrer sur Terre et tisser des liens si forts que leurs âmes s’en trouvent bouleverser. Mais la nature reprend toujours ses droits. On ne peut changer, je ne peux changer et les larmes coulent devant la solitude de cet homme à la vie si formidable, si triste, si belle. Belle âme, putain de vie.

