Santiago Nasar va mourir. C’est
annoncé dès le départ, dès le titre du roman. C’est un fait. On n’y pourra
rien. Pas la peine de chercher à le sauver, sa mort est annoncée, et ce n’est
pas à moi de la chroniquer. Enfin, si, quand même un peu sinon, je ne serais
pas devant toi à te parler d’un roman de Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de
littérature, prix pour moi d’une atmosphère tourbillonnante. Laisse la bouteille sur la table, le temps de me servir un verre, ou deux, chronique d'une beuverie annoncée.
Je ne te cacherais pas plus longtemps
les coupables, ni mêmes les aboutissants de ce fol, et étrange, lendemain de
noce. Alors que tout le monde reprend ses esprits fortement embrumés par le
flot d’alcool qui s’y est déversé durant ces deux jours de fêtes, Santiago
Nasar va mourir. Des trompettes sonnent dans le vent, vent qui fait
tourbillonner la poussière. Dès qu’il y a de la poussière, je me retrouve dans
mon élément, poussière de vie qui s’envole, comme la mienne de vie. Des
trompettes dansent, façon mariachis. Je les entends entre les paragraphes de
l’auteur. Ses phrases doivent être à l’unisson du vent et de la musique,
j’avais constamment le sentiment étrange de voir tourbillonner la poussière et
la musique.
« La cérémonie officielle s’acheva à six heures du soir, quand les
invités d’honneur se retirèrent. Le bateau repartit tous feux allumés, en
laissant un sillage de valses jouées au piano mécanique, et nous restâmes
durant un instant à la dérive au-dessus d’un abîme d’incertitude avant de nous
reconnaître les uns et les autres et de nous enfoncer dans la mangrove de la
beuverie. »