Je
le vois descendre de la montagne, le regard vidé de sens, vidé de vie. Un
montagnard solitaire, berger à ses heures perdues, qui recherche aux sommets de
ses alpages la quiétude, le bien-être, cette sensation de tutoyer les dieux.
Dieu, il en sera question, Elohim, tout là-haut, comme une rencontre divine qu’un
vent a ramené jusqu’à ma conscience.
« Le
dernier pas de la montée lui faisait toucher l’extrémité où s’arrête la terre
et où commence le ciel. Un sommet atteint est un bord de frontière entre le
fini et l’immense. Là, il arrivait à la distance maximale de son point de
départ. Un sommet n’est pas une ligne d’arrivée, c’est un barrage. Là, il
faisait l’expérience du vertige qui, en lui, n’était pas un appel du vide vers
le bas, mais se pencher sur le vide du haut. Là, sur le sommet, il percevait la
divinité qui s’approchait. Là-haut, il s’enveloppait de vent. Un sommet sans
choc de masses d’air sur soi est effrayant. Car l’immense retient son
souffle. »
Là-haut,
l’alpiniste y trouve ce vent teinté d’un profond silence, propice à la
réflexion. Là-haut, où qu’il soit, sur le sommet alpin qui se dresse devant sa
minuscule personne, il ferme les yeux, se retrouve au Mont Sinaï, et entends
des voix, les paroles divines, le décalogue murmuré par le vent.
