Je
me souviens de son premier roman, « La Végétarienne ». Han Kang
m’avait subjugué par sa plume, son audace, sa sensualité. Le début peut-être
d’une grande histoire entre elle et moi, - et les végétariennes peut-être.
Quelques années après, je me décide à apprendre le grec, pas n’importe lequel,
le grec ancien, avec son écriture qui ressemble autant à des hiéroglyphes qu’à
de l’alphabet coréen. Dans l’amphithéâtre ou à la terrasse d'un café, le parfum de feta se mélange à celui de l'ouzo, temps anciens chauffés par le soleil d'une rencontre silencieuse.
Dès
que je rentre dans la salle de cours, je retrouve la grâce. Certes je me sens
parfois perdu dans les considérations linguistiques d’une telle langue morte,
mais je touche la beauté de l’âme. Cet homme qui perd progressivement la vue, et qui ne perçoit
plus que des ombres de lumière dont le soleil lui brûle sa rétine. Cette femme qui
ne dit pas un mot. Elle semble avoir perdu l’usage de la parole. D’ailleurs
m’entend-elle ? Pourquoi ne me parle-t-elle pas ? Ces deux êtres dont leurs blessures paraissent s’inscrire
au plus profond d’eux-mêmes, vont se retrouver. Avec timidité mais émotions...
« Si la neige est un silence qui descend du
ciel, la pluie est peut-être faite de phrases interminables qui en tombent.
Des mots tombent sur les
trottoirs, sur les terrasses des immeubles en béton, sur des flaques d’eau
noires. Ils giclent.
Les mots de la langue
maternelle enveloppés dans des gouttes de pluie noires.
Les traits tantôt ronds,
tantôt droits, les points qui sont restés un bref moment.
Les virgules et les points
d’interrogation qui se courbent. »