C’est
par une nuit d’insomnie que débute toute lecture. Une insomnie sans whisky,
bien que ça rime la nuit. Il y avait un vieux bouquin, tout petit, tout fin,
d’un auteur que je ne connais pas, Bobin là aussi ça rime comme un bon verre de
vin. Longtemps, je me suis pris ce livre, entre les mains, sans l’ouvrir, juste
pour observer la couverture. La photo interpelle, belle, la lumière du noir et
blanc, le papier jauni, les vagues qui s’échouent sur le rivage, le regard
porté au loin. Et puis Christian Bobin, j’en ai souvent entendu du bien. Alors…
« Vous faite
une promenade dans la neige. C’est la première neige de l’année. C’est comme
chaque fois la première neige de votre vie. Elle est légère comme l’esprit.
Elle est claire comme l’enfance. Elle est blanche, toute blanche comme l’esprit
d’enfance. Elle recouvre la pensée. Elle éclaire le cœur. Elle est votre vie
blanche. »
Alors,
je lis la première nouvelle, oui, c’est un recueil. Et rapidement j’arrive à la
dernière. Il fait froid, toujours nuit, mais le silence est là. J’aime ce
silence dans le noir, le meilleur moment de ma vie. Pour les nouvelles, j’ai
déjà oublié tout ou presque. De leur histoire, de leur contenu, de leur poésie.
Bobin parle de l’amour, parle de l’enfance, parle de Dieu, parle du silence
aussi. Le silence, ça me parle. Les autres sujets, je ne sais pas, ne sais plus.
Il parle de neige, aussi, et j’aime le silence de la neige. L’un est
indissociable de l’autre.