Affichage des articles dont le libellé est Coleman Hawkins. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Coleman Hawkins. Afficher tous les articles

mercredi 18 août 2021

Un Disque de Coleman Hawkins, le piano solo d'Art Tatum et un air des Beatles

 Drive my car
prix du scénario, 
Festival de Cannes 2021.

Lorsqu'il parlait avec la femme, son compagnon observait soigneusement son expression et son attitude, comme quelqu'un qui excelle à lire entre les lignes. Il y avait entre cet homme et cette femme une sorte de secret puissant qui les soudait l'un à l'autre, qu'eux seuls partageaient. Kino ne parvenait pas non à savoir s'ils venaient dans son bar avant ou après l'amour. Mais il était sûr que l'une ou l'autre hypothèse était juste. Ce qui était étonnant, cependant, c'est qu'aucun des deux ne fumait.
Un soir où il pleuvait légèrement, la femme reviendrait seule dans son bar. Quand son compagnon à barbiche serait "loin". Kino le savait. Cette lueur dans ses yeux le lui disait. La femme s’assiérait au comptoir, boirait en silence quelques brandys, attendrait que Kino ferme le bar. Puis ils monteraient à l'étage, elle ôterait sa robe, exposerait son corps à la lumière, lui montrerait de nouvelles brûlures de cigarette. Après quoi, ils s'accoupleraient violemment, comme des animaux. Tout au long de la nuit, sans avoir le temps d'y penser, jusqu'à l'aube. 
 
Un air des Beatles s'échappe de la voiture, une vieille cassette qui crachote encore quelques mélopée pop d'un autre temps. Drive my Car fredonne Paul McCartney. Elle conduit cette vieille voiture, fume cigarette sur cigarette, fenêtre ouverte. Lui, assis sur la banquette arrière, relit son texte, la pièce de théâtre qu'il est en train de jouer. Ça pourrait faire un grand film, avec en arrière-fond l'histoire de sa femme décédée il y a quelques années. Des années, des jours, peu importe, la perte n'a plus de temps, la vie s'est arrêtée.