« C'est comme s'enfoncer dans une forêt ébouriffée. Ou marcher au bord de la rivière. On arpente sa vie. On choisit un chemin. On s'y habitue. On tente de retenir la route. L'itinéraire. C'est normal, il faut un biais pour découvrir. Un plan. Le chemin devient familier. Rassurant. On élabore nos propres repères. A partir de ce que l'on connaît. Mais on ne connaît rien. Les vrais ignorants ignorent leur ignorance. C'est un peu comme voir le paysage par une petite, petite, toute petite fenêtre. Et finir par croire que ce paysage se limite à ce qu'on en perçoit par cette petite, petite, toute petite fenêtre. Au lieu d'essayer d'élargir la fenêtre. De casser les murs. On préfère réduire ce paysage. Penser qu'il n'est que ce que l'on en voit. S'en contenter. C'est plus confortable. Et puis un jour on se rend compte que le monde est plus grand que nos yeux. Et on reste là, perdus. Au bord du vertige. »
Ici ça va. Enfin c’est pas moi qui le dis, c’est Thomas qui l’affirme là-bas. Il vient de s’installer dans une maison abandonnée avec une cabane désarticulée. Avec sa femme Ema. La maison de son enfance. Et les voilà, le joli couple aux sourires insouciants, en train de retaper la baraque. Je regarde par la fenêtre, il pleut, ça sent bon l’herbe mouillée. J’espère qu’ils ont fini de réparer le toit.
Là-bas, ça va donc. De vieilles pierres, de vieilles malles. Et de vieux souvenirs qui resurgissent du passé. En même temps que la reconstruction d’une maison, c’est la reconstruction d’une vie qui se joue aussi. Et d’un couple…
« Elle sentait bon la bière et la sueur des femmes. »

