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dimanche 25 décembre 2022

La Pluie de Gould


 « C'est comme s'enfoncer dans une forêt ébouriffée. Ou marcher au bord de la rivière. On arpente sa vie. On choisit un chemin. On s'y habitue. On tente de retenir la route. L'itinéraire. C'est normal, il faut un biais pour découvrir. Un plan. Le chemin devient familier. Rassurant. On élabore nos propres repères. A partir de ce que l'on connaît. Mais on ne connaît rien. Les vrais ignorants ignorent leur ignorance. C'est un peu comme voir le paysage par une petite, petite, toute petite fenêtre. Et finir par croire que ce paysage se limite à ce qu'on en perçoit par cette petite, petite, toute petite fenêtre. Au lieu d'essayer d'élargir la fenêtre. De casser les murs. On préfère réduire ce paysage. Penser qu'il n'est que ce que l'on en voit. S'en contenter. C'est plus confortable. Et puis un jour on se rend compte que le monde est plus grand que nos yeux. Et on reste là, perdus. Au bord du vertige. »

Ici ça va. Enfin c’est pas moi qui le dis, c’est Thomas qui l’affirme là-bas. Il vient de s’installer dans une maison abandonnée avec une cabane désarticulée. Avec sa femme Ema. La maison de son enfance. Et les voilà, le joli couple aux sourires insouciants, en train de retaper la baraque. Je regarde par la fenêtre, il pleut, ça sent bon l’herbe mouillée. J’espère qu’ils ont fini de réparer le toit.

Là-bas, ça va donc. De vieilles pierres, de vieilles malles. Et de vieux souvenirs qui resurgissent du passé. En même temps que la reconstruction d’une maison, c’est la reconstruction d’une vie qui se joue aussi. Et d’un couple…

« Elle sentait bon la bière et la sueur des femmes. »
 

mardi 24 décembre 2019

Senteur Littéraire

« Un pic épeiche gras s’envole d’un froissement d’ailes. Le gars a glissé la main sous sa jupe, écarté les jupons, et joue avec trois doigts dans sa parenthèse rouge. Les poils sont rêches, la chair suave, dégoulinante. Miel rose. Elle respire vite, le dos collé au tronc de l’arbre, tendue, les cuisses écartées en avant, comme une ogresse qui veut pisser debout pour y noyer le monde. Des nuages de buée s’échappent de leurs bouches et leurs corps frottés à vif fument dans la blancheur crue de l’aube. »

La nuit, un jour. Le hasard d’une rencontre, et cette promenade dans l’obscure forêt qui entoure mon âme. La lune bleue n’illumine plus la clairière de la vie, elle s’enfuit à l’ombre des nuages, là où l’âme miséreuse ne peut la regarder, la sublimer. Un vent souffle, emportant tous ses parfums, de la résine de pins à la fleur de jasmin. Quelques étoiles, pour lesquelles on ne croit plus, j’hume ces 3 heures du mat’, le meilleur instant de la journée, de cette vie, à peine recroquevillé pour garder une once de chaleur en moi. Un bouquin sur les genoux, qui sent plus le sapin que le jasmin. Je me trouve dans cette forêt aux milles senteurs, qui chatoient mon âme nocturne. C’est une putain de rencontre, peut-être la plus belle plume de cette année. J’ai été émerveillé par la poésie de l’auteur.

En une nuit, j’ai visité « le camp des autres ». J’y suis resté plusieurs nuits, tant je me suis senti à mon aise, longtemps j’ai observé, jusqu’à ce que le temps s’estompe dans ma mémoire. Le jour est apparu, le soleil est venu. La nuit est réapparue, pas la lune. Je fais avec, désormais. Tristement, je sens ces herbes sauvages qui s’envolent des pages comme les volutes d’une cigarette laissée à l’abandon dans un cendrier à la terrasse d’un café. Je n’ai jamais autant senti dans un bouquin, cette ode aux parfums de la nature. Respire. Inspire. Fraîcheur d’hiver, senteur de la forêt. Une petite fumée sort de mon corps chaque fois que je respire, ce souffle qui s’échappe c’est un peu de mon âme qui s’enfuit. Et pendant ce temps, un petit enfant erre dans cette forêt. Et moi, en sauvage que je suis, je le poursuis, les pages se tournent comme les feuilles qui s’envolent. La brume entoure la brume. Elle devient intense, comme le plaisir que j’ai à lire cet étonnant bouquin, dans le genre jamais lu jusqu’à présent. A la limite, je me fous de Gaspard, probablement mon coté peu sociable qui ressort même dans mes lectures, mais je respire ces sensations olfactives parce que ce putain de bouquin est rempli d’odeurs et d’émotions.