« Comme il fallait finir la journée, Talia a proposé d'essayer le type en noir. J'ai mis quelques secondes à comprendre qu'il s'agissait de moi. Le réalisateur m'examinait d'un œil critique.
- Tu as déjà hardé en amat' ? Fait des touzes ? Tu as ton test ?
Bruno était ravi pour moi. Il me traduisait les questions et répondait à ma place : Oui, oui, j'étais un sacré coup, je partouzais grave, j'avais mon test mais j'étais venu sans, je ne pouvais pas prévoir. Talia a fait savoir que, test ou pas, elle ne prenait pas d'amateurs sans capote. Le réalisateur a refusé : ça faisait des reflets. L'éclairagiste a confirmé qu'il serait obligé de changer sa lumière. L'assistante a objecté pour les assurances, il fallait que je sois couvert. Le réalisateur a hurlé que ce n'était pas possible de travailler dans des conditions pareilles. Un gros en blazer est descendu de l'étage en beuglant qu'il produisait du cul pour se détendre, et que si on lui prenait la tête avec des états d'âme, il foutait tout le monde en sinistre. »
Lui a dix-neuf ans, au sommet de sa gloire, et de sa carrière de footballeur. Un transfert mirobolant qui le fera quitter ses vignes sud-africaines pour la belle vie, une villa luxueuse, une Porsche en rodage. Son truc, courir sur la pelouse, droit au but. Si ce n’est qu’il est plus ou moins blacklisté par son entraîneur, par son président de club, par ses supporters. La fin d’un rêve.
Elle a dix-neuf ans, au somment de la gloire également dans une carrière de hardeuse professionnelle. D’origine ukrainienne, d’une blondeur de l’Est, son truc c’est se faire brouter le gazon par des mecs, des nanas, et même des blondes… Et la rivalité entre blondes du grand Est, c’est du sérieux. Elle rêvait de Paris, d’aventures, d’opéra… Elle se retrouve dans l’univers peu reluisant des lubrifiants et du porno. En plus, le gazon est totalement épilé, les goûts du moment...




