mardi 20 décembre 2016

Ecrit à l'encre des Heptapodes

Ce n’est pas mon « Premier Contact » avec le québécois Denis Villeneuve puisque je le suis depuis quelques années, « Incendies », « Prisoners », « Sicario ». Je prends un immense plaisir à découvrir ses films dans des registres aussi différents. Plaisir renouvelé une fois de plus dans cette science-fiction qui montre plus d’émotions que d’effets spéciaux.

Ce n’est pas non plus mon « Premier Contact » avec le langage extra-terrestre, j’ai toute la discographie – ou presque - de Magma et de Christian Vander. Alors je suis ouvert à l’écoute des gens d’une autre planète. Les sons ne me font pas peur. Les silences non plus.

Installé tranquillement à la terrasse d’un café, matant ma bière, une blonde charpentée, et les jambes de la voisine, une brune épicée, un portable sonne, puis un second. Cela vibre de toute part, sonneries, bips, sms. Même la voisine qui décroise ses jambes, ça me décoiffe. Il doit se passer un truc de ouf. Justement un truc a atterri dans le Montana, au milieu d’un ranch, les bisons en sont tout retournés. Et pas que…   

Au casting, le colonel Forest Withaker (petite présence, à la limite de l’anecdote) joue son rôle de commandant, tiraillé entre l’écoute de ses conseillers et de sa hiérarchie. Jérémie Renner, le scientifique et Amy Adams (que je découvre), la linguiste, sont justement ces deux conseillers chargés d’établir un « Premier Contact » avec ces Aliens.  




Une trappe dans ce que les scientifiques appelleront la coque permet d’entrer dans l’antre de ces gars venus d’une autre planète. Ces gars avec sept pieds (ça doit pas être facile de courir vite, là c’est mon œil gauche de scientifique qui s’interroge, le droit étant toujours interpellé par les jambes de la voisine) sont étranges, mystérieux, se gargarisent de sons tout aussi étranges et mystérieux. Là commence un long travail pour apprendre à se connaître, à s'appréhender, à comprendre les silences, les dessins, ils semblent communiquer par des cercles en jet d’encre (un lointain cousinage avec des céphalopodes, mon esprit scientifique tourne à plein régime en attendant que la voisine décroise une nouvelle fois ses jambes) aussi beau que des estampes japonaises. Il n’y a pas que la parole pour comprendre l’autre et tout peut être langage, un silence, un rôt, une main posée sur une vitre…


Voilà donc le thème de ce film, le langage pour la compréhension de l’autre, l’Alien ou le pays voisin. Un film de SF, bouleversant à mon sens, sur la rencontre avec l’autre. La magie a opéré, j’ai trouvé si beau, ces heptapodes, ces dessins à l’encre, ces sons qui sortent presque du trépas, à la fois troublant et impressionnant. A voir pour l’harmonie dans les tons gris, à lire le blog de Dasola. Le temps n’est plus le même, et à la sortie de la salle obscure, j’en suis ressorti ébloui et illuminé par cette histoire écrite à l'encre des heptapodes. D’un esthétisme envoûtant, j’en ai oublié les jambes de la voisine, même ma bière, je te l’ai dit, tu n’auras plus la même notion du temps après ce film et tu garderas toujours en mémoire ce « Premier Contact », que cela soit à la terrasse d’un café, sur un quai de gare ou dans l’antre même d’une coque extra-terrestre.



« Premier Contact » - 2016, Denis Villeneuve.  

18 commentaires:

  1. Ton avis donne envie. Et il a l'air différent de beaucoup d'autres films de ce genre.
    De plus, j'aime bien Amy Adams que j'ai découvert il y a longtemps dans Doute au côté de Meryl Streep.

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    1. Après une nuit de réflexion, le Doute m'habite. Alors, j'ai vérifié. Et j'ai effectivement déjà croisé le regard de Amy Adams dans l'excellent Tim Burton, "Big Eyes".

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    2. moi j'ai adoré Amy Adams dans Julie and Julia

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    3. Julie et Julia, c'est encore avec Meryl Streep... Mais pas vu non plus. J'aime bien les films de Meryl d'antan mais ses dernières représentations ne rentrent pas souvent dans mes envies...

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  2. Bon contact de ma part avec ce film. Et premier contact avec ce metteur en scène. Moi qui ne suis qu'un modeste bipède, j'ai bien aimé cette SF essentiellement axée sur la communication.

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    1. Tu me surprends, je ne t'imaginais pas aller voir ce film. Et pas besoin d'aimer la SF pour aller le voir, comme tu le dis, le film est un axe de la communication.

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    2. Hey Buffalo!:D Je ne vais pas voir que des films guatémaltèques ou lituaniens. A bientôt.

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    3. Non non je sais... Des fois, tu te fais des films avec Gina Lollobrigida... Alors affectivement et effectivement pourquoi pas des hectapodes (et ne vois pas de rapport entre un hectapode et Gina) :D

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  3. Il est étonnant ce Denis Villeneuve, il a l’air bouleversant ce film, vraiment humain, il éveille tout à fait le genre de réflexions que j’aime me faire. Apprendre à entrer en contact avec l’autre, apprivoiser une autre forme de communication, ça fait réfléchir sur le facteur inessentiel des mots dans nos rapports à l’autre. Sans les mots il y a ce langage universel des gestes, des non-dits, des regards.

    (pendant une seconde j’ai pensé que la main posée sur la vitre c’était la tienne, et que j’venais d’établir un premier contact avec ton majeur. Il s’en est fallu de peu pour briser mes rêves pffffffffffffffff..................)

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    1. Grand réalisateur que ce québécois, dans tout à fait un autre registre que Xavier Dolan. Quand au film, je l'ai trouvé profondément humain (même avec des heptapodes), bouleversant et émouvant. Une tabarnak de claque !

      Et pour briser tes rêves, mon majeur ne mérite pas de s’immiscer dans de tels rêves... :D Par contre...

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  4. C'est un test pour obtenir la confiance des spectateurs, ou exciter leur curiosité, ou bien une brèche, rapide vision d'un futur qui nous échappe encore, avant Blade runner. Test concluant ? Disons que, sans être vraiment un grand amateur de Villeneuve, il me rassure sur la possibilité d'un Blade runner possiblement réussi... C'est vrai qu'il avant déjà montré dans ses polars qu'il était capable de créer des ambiances captivantes et de jouer sur le temps (pas d'abus de coupes au montage). On retrouve donc de belles ambiances et des plans longs dans ce film Sf d'une belle sobriété. De mon côté, il y a toutefois un problème sur le scénario (comme dans Sicario d'ailleurs, quoique moins gros) qui me gêne. Mais cela reste une belle surprise.

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    1. Le cinéma de Villeneuve me convient bien. Effectivement, il met de l'ambiance, une atmosphère comme une volute de fumée qui s'échappe dans un bar enfumé. Moi, j'aime, ses histoires différentes comme autant de bourbons différents. Le futur nous échappe à qui faire confiance ?

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  5. "Il n’y a pas que la parole pour comprendre l’autre et tout peut être langage, un silence, un rôt, une main posée sur une vitre…"

    Et voilà que je suis émue... :)

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  6. Tu ne connais pas Amy ? Mais si. Je suis sûre que tu as vu Attrape moi si tu peux (le meilleur Spielberg selon moi).
    Et ce Contact, un autre film bouleversant de 2017...
    Communiquer par le langage !!! Les américains sont un peu fous parfois non ?

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    1. Pas le meilleur Spielberg à mon sens, mais effectivement j'ai du la voir dedans, mais le film remonte maintenant à quelques années...

      Communiquer !!! les américains sont totalement fous...

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  7. Et c'est quoi le meilleur Spielberg j'te ferai dire ?

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    1. J'ai la nostalgie de ses premiers films, mes premiers émois. Duel et E.T.

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