mercredi 5 avril 2017

Le come-back du coussin péteur

Ines, la quarantaine et brillante associée dans une société allemande installée à Bucarest, a mis sa vie de côté pour s'investir totalement dans son travail. Une réussite sociale qui semble l'épanouir pleinement jusqu'au jour où son père, quelque peu fantasque et farceur, débarque chez elle et vient foutre en l'air sa vie trop bien rangée.

Winfried, adepte des coussins péteurs et dents de Dracula, joue de son excentricité à fond, comme une marque de singularisation dans une société bien trop sérieuse à son goût. Mais avant tout, il est père et sent que sa fille, malgré les apparences affichées, ne va pas si bien que ce qu'elle prétend. Ils se sont perdus de vue, leurs vies se sont éloignées l'une de l'autre sans vraiment comprendre pourquoi et comment.

Le film se veut émouvant et drôle. Il joue sur les deux registres, mais je sens des réticences. Les coussins péteurs ne me font plus rien depuis quelques années, éjaculer sur un cupcake avant de le manger ne m'est jamais venu (du moins, pas encore) à l'esprit. Le film doit avoir ses fans, critiques et spectateurs. Moi, je suis resté dubitatif. Pas vraiment excité par une réalisation peut-être trop plate, trop lente. Pourtant, le fond du film peut faire réagir. Son principal atout. Jusqu'où s'investir dans son taf. Et pour quelles conséquences. Les relations entre les générations ne sont pas aisées à garder au beau fixe jusqu'au bout, et lorsque le courant s'éloigne, irrémédiablement, il est bien difficile de contre-carrer cette dérive, presque involontaire, qui éloigne les êtres, même issus de même sang. Tu vois la barque s'éloigner dans la brume de la vie, mais les amarres larguées, tu ne sais plus comment te rapprocher à nouveau de la rive...



Une affiche dithyrambique, d'audacieux compliments pour LE film du dernier Festival de Cannes, je m'assois, un verre de schnaps à la main, l'air heureux presque hilare. J'attends cet instant désopilant qui va me faire tordre de rire. En vain ou presque. Je souris de bons moments, mais je suis loin du délire jubilatoire promis. Je reprends un verre de tord-boyaux et me concentre sur cette émotion triste qui englobe beaucoup de vies dans cette société moderne.

Ce film de Maren Ade joue sur la psychologie des personnages, en mettant en scène une fille froide, et presque hautaine dans notre société contemporaine. A l'opposé, le père, dans son genre comique de service qu'on invite au mariage pour mettre de l'ambiance mais qu'on ne supporte plus de ses balourdises au bout d'une heure. Avant même que le champagne ne soit servi pour accompagner les petits-fours. Et ne pense même plus aux cupcakes débordant de crème...


Toni Erdmann [2016], Maren Ade.

DVD sorti le 23 janvier 2017 chez Blaq Out.
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  Merci à Cinetrafic et Blaq Out !

18 commentaires:

  1. La bande-annonce m'avait laissé un peu dubitatif, je vois que tu confirmes, dommage...

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    1. dommage effectivement que je n'ai pas accroché. Un peu trop ou pas assez, le dosage n'était pas tout à fait pour moi...

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  2. Rien vu la dedans de sensationnel, d'audacieux, de jubilatoire, de désopilant. Par contre c'est vrai j'en suis sorti heureux, heureux d'en sortir enfin.

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    1. D'un côté, ça me rassure un peu (surtout vu tes connaissances du cinéma européen)... je me dis que ce n'est pas moi qui n'ai rien compris à l'initiative de ce film... ce film n'a pas autant de qualité que l'affiche le laissait présager. Étonnant d'avoir autant de décalage...

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  3. Moi au contraire j'avais adoré la B.A. J'avais prévu d'aller le voir mais manque de temps ...
    Du coup je suis un peu déçue de ta réserve mais je ne manquerai pas de le voir en DVD ...
    Ah oui ! C'est sur !

    Les blagues lourdes dingues ne m'ont jamais fait rire moi ... alors un coussin péteur ^^ :-)

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    1. La B.A. était peut-être bien. D'ailleurs, j'avais envie de le voir, et c'était même mon premier choix dans cette nouvelle opération Cinétrafic. Mais la lourdeur et la lenteur du film ont mis usé de ma réserve...

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  4. Pas encore vu mais tu me confirmes que je n’semble pas avoir manqué grand-chose. Il y avait pourtant de bons éléments dans l’exploration des relations intergénérationnelles. Après il reste à faire passer le sujet, ce qui n’est pas le cas on dirait...
    Ah bon, les coussins péteurs ça n’te fait plus rire? Dommage, c’est telleeeeement drôle!!! ^^
    Éjaculer sur un cupcake, eh ben, pourquoi pas :D
    Du schnaps, beurkkkkkkkkkkkkkk ma première brosse!!! Même plus capable d’en voir une bouteille! :P

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    1. La relation père-fille, l'implication dans la société et son monde infernal du travail, les résultats au détriment de la vie, celle humaine...

      Et puis je préfère péter naturellement, après une pela savoyarde, y'a que ça de vrai !

      Envie d'un cupcake ?

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  5. Au début, le film avait agacé, j’ai trouvé le père extrêmement énervant, j’avais envie de lui mettre des claques tellement je le trouvais lourdingues et pas très fin… Et puis je me suis un peu accroché, et au fur et à mesure je suis rentré dans le film qui au final m’a plutôt plus, mais peut-être pas jusqu’à aller à le revoir régulièrement… (Goran : https://deslivresetdesfilms.com)

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    1. disons que j'ai pas envie de le revoir pour le moment :)

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  6. dommage car le thème ici proposé nous concerne tous. Très belle l'image de la barque qui s'éloigne

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    1. le sujet et le fond est intéressant. C'est la forme qui m'a moins plu dans ce film.

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  7. Bonjour le Bison, je me sens moins seule. Sans détester ce film (quoique), je ne l'ai vraiment pas aimé. C'est lourd, pas drôle, pathétique, un poil vulgaire (pour ne pas dire plus). Je ne comprends pas l'engouement qu'il y a eu pour ce film qui va être "remaker" par les Américains avec Jack Nicholson (ce n'est pas une blague). J'espère que cela ne se fera pas... Bonne après-midi.

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    1. Jack est tombé bien bas... On ne doit plus lui proposer grand chose...
      C'est pas un film qu'on déteste parce qu'on sait qu'il y a un vrai fond derrière ses pitreries mais c'est pas un film qu'on aime justement à cause de ces lourdeurs qui par moment sont presque insupportables...

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  8. Ah ça, dès qu'il y a quelqu'un à poils sur l'affiche, le Bison charge tête baissée. ;-)
    Pas vu cet Ade (la durée du film m'avait un brin effrayé je dois dire), ni même les précédents ("Everyone else" dort sur mon disque dur depuis des années maintenant) et du coup, te lisant, pas pressé d'aller péter en chœur avec ces messieurs dames.

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  9. Hier j'ai mangé des moules frites en buvant une Duvel. J'ai oublié de penser à toi. Et c'est la seule bière qui trouve grâce à mes papilles (je pense te l'avoir dit)... mais vraiment, JE L'ADORE.

    Quant à ce film. Merci. Tu restes bien civil. Je ne me souviens plus. j'ai dû l'être aussi. Je n'ai pas envie de me relire. En y repensant. Quelqu'un s'est fâché avec moi à cause de cette merde. Heureusement, mais 8 mois plus tard quand même, nous sommes réconciliés.
    Je suis d'accord. Le SEUL intérêt de ce machin moche et con est la vision du monde du travail.
    Mais le coussin péteur, le sperme sur le cup cake, la soirée cul nu... putain de merde, c'est censé faire rire qui ???
    ça y est tu m'as énervée !

    Perdre 3 heures de sa vie pour voir ce mec répugnant qui bave sur son dentier et sa fille qui le mâche... Je vais vomir et je reviens...

    Tiens si je m'écoutais je boirais une Mort Subite.

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    1. 3 heures c'est long... Même avec une Duvel...
      Tu n'es donc pas pour les soirées "cul nu" ?

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