Cela
fait longtemps que je ne t’ai pas ressorti l’histoire du pick-up poussiéreux
que je gare aux abords d’un bar tout aussi poussiéreux. C’est presque par
hasard que j’ai roulé jusqu’à Central City, Texas, guidé par le vent, emporté
par la poussière. Forcément, j’y entre, dans cet antre miteux, au risque de le
voir s’effondrer sur moi et ainsi me transformer en poussière. Forcément j’y
commande un verre de bière, un shot de whisky. Forcément, je regarde la
serveuse pulpeuse qui roule du cul – bien mieux que mon pick-up d’ailleurs –
entre les tables poussiéreuses et enfumées – oui, c’était encore l’époque où
l’on pouvait encore fumer et caresser la croupe de la serveuse, sans que
personne ne s’en offusque.
« Ici, au pays du pétrole, on trouve pas mal
de maisons semblables à celle des Branch. Dans le temps, c'étaient des ranches
ou des fermes ; mais des puits de pétrole ont été forés autour, parfois même
jusque sur le seuil, et tout le voisinage s'est transformé en un cloaque de
pétrole, d'eau sulfureuse et de boue rougeâtre cuite et recuite par le soleil.
L'herbe est morte. Les sources et les ruisseaux ont disparu, mais les maisons
sont restées, noires et abandonnées au milieu d'un fouillis de sauges, de
tournesols et de sorgho. »

