Le brouillard, le blizzard. Il fait froid. Pourtant, je ressens une chaleur intense, brûlante même sur le front. Du blanc, dans le noir. Comme une brume en plein milieu de la nuit. Antoine s’est fait renverser. Depuis quelques jours, il erre dans le coma. Personne ne sait où est Antoine, son esprit, son âme ? Cette blancheur, cette lumière faut-il s’y enfoncer ou la suivre ? Au chevet de son lit, des êtres, des parents, des amis, tous se relayent. Pourquoi ? Est-ce que la conscience continue de percevoir, de ressentir, dans cet état-là ? La nuit est blanche…
Beaucoup de questions, donc… Avant cet accident et ce chauffard qui s’est enfui, ce sont des histoires d’adolescences, des amitiés, fortes, des amours, cachés, des études, esseulées. Après cet accident, on s’interroge, on se découvre, on pleure. La tristesse se ressent, et le coma intrigue autant qu’il inquiète. Plusieurs voix s’élèvent de la brume, de cette étendue de neige venue tapissée, choralité de la douleur, pour nous conter la bienveillance des sentiments humains.
« J'ai traversé le pont et j'ai marché à travers les bois en direction de l'étang. Arrivée là, je me suis assise sur un banc et j'ai sorti un roman. Depuis la rentrée il faisait doux. Ca sentait la fin de l'été mais on était bien dehors. Je me suis demandé ce que je ferais de mes pauses déjeuner quand il se mettrait à pleuvoir et à cailler. J'irais peut-être à la bibliothèque. En réfléchissant à ça je me suis rendu compte que je me projetais toute l'année comme si rien n'allait changer. Comme si j'étais condamnée à rester seule dans cette fac. Comme si tout allait demeurer pour toujours dans cet état transitoire. Antoine dans les limbes, entre la vie et la mort. Mon sixième étage et sa galerie de dingues. La fac et ce sentiment de solitude qui ne me quittait pas. Je me suis sentie tellement triste soudain. Des larmes ont commencé à couler sur mes joues.
- Ca va pas ?