Profession ancien disquaire au Revolver, Vernon Subutex ferme la grille rouillée depuis quelques années déjà du magasin. Toute une époque, les années 80, sa musique, ça me parle, forcément.
Au charme indéniable, Vernon se retrouve à la rue. En guise de cahier d'adresses, Facebook lui fournit ses contacts d'antan, des filles devenues femmes, des femmes devenues vieilles. Lui aussi a quelques rides en plus, mais toujours ce même sourire, cette aura irrésistible. Vernon a revendu toute sa collection de vinyles pour survivre jusque là, aujourd'hui, ce soir, cette nuit, lune bleue et étoiles inoubliables, oublié le magasin et ses âmes qui y passaient... Du passé de Vernon, il ne reste plus rien, si ce n'est toujours cette même passion pour la musique, et les dernières confessions d'Alex Bleach sur bande magnétique, l'overdose psychotique.
"Passé quarante ans, tout le monde ressemble à une ville bombardée. Il tombe amoureux quand elle éclate de rire - au désir s'ajoute une promesse de bonheur, une utopie de tranquillités emboîtées -, il suffira qu'elle tourne la tête vers lui et se laisse embrasser, et il accédera à un monde différent. Vernon sait faire la différence: excité, c'est le bas-ventre qui palpite, amoureux, ce sont les genoux qui faiblissent. Une partie d'âme s'est dérobée - et le flottement est délicieux, en même temps qu'inquiétant: si l'autre refuse de rattraper le corps qui sombre dans sa direction, la chute sera d'autant plus douloureuse qu'il n'est plus un jeune homme. On souffre de plus en plus, à croire que la peau émotionnelle devient plus fragile, ne supporte plus le moindre choc."

