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vendredi 5 juillet 2024

Shoes Syndicate


  Dans une Amérique d’un autre temps et du Nord industriel, Donald E. Westlake m’embarque à Wittburg, petite bourgade, célèbre pour son usine à chaussures McIntyre qui emploie directement un tiers de la population sachant qu’un second tiers travaille pour le premier. Autant dire que McIntyre est le poumon – ou le cœur, voir les deux pieds - de cette petite cité ouvrière. D’ailleurs, Paul débarque au motel du coin. Stagiaire, il est là pour prendre des premiers contacts aux abords de l’usine afin de monter un syndicat national au sein de l’usine.

  « Penser ? j'en étais bien incapable. J'ouvris la bouche toute grande et ma mâchoire s'affaissa. Je me pétrifiai littéralement, comme dans l'attente du coup de tonnerre qui suit l'éclair. 
« Tué à coups de revolver... » Les mots tourbillonnaient dans ma tête. Tué à coups de revolver. Coups de revolver... Coups de revolver... Coups de à revolver... 
Je n'avais jamais vu d’homme tué à coups de revolver. Je n'avais pour imaginer la chose que des souvenirs de cinéma. Les mots me revenaient sans cesse à l'esprit, avec des images de film qui passaient en éclair, se croisaient, se confondaient. Willick attendait, lui aussi, tout en m'observant.
Les images et des lambeaux de phrases de verdicts se pressaient dans ma tête. « Tué à coups revolver », puis... « assassinat avec préméditation »,... « reconnu coupable des chefs d’inculpation… » « Pendu par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuive ». 
Moi ? Moi ? »

dimanche 25 avril 2021

Detroit


Lorsqu'il ouvrit la porte du Dive In, au bas d'une volée de marches à peine éclairée, un flot assourdissant de conversations et de musique se déversa dans la rue, saturant soudain le silence de la nuit. Une foule de gens se pressait là en bras de chemise, le long du bar et dans la salle, la plupart debout, pressés les uns contre les autres par petits groupes, riant et parlant fort, entrechoquant à leur propre santé des chopes de bière moussue prêtes à déborder.
C'était comme de pénétrer dans un autre monde, un été sans fin que baignaient la chaleur des corps et la lumière du bois jaune qui recouvrait les murs, un autre monde où les sensations engourdies de la ville dépeuplée par la crise reprenaient soudain le dessus, dans la fumée de cigarette qui s'accumulait au plafond sous les extracteurs impuissants, dans l'odeur indéfinissable où se mélangeaient le tabac, la sueur, la cuisine et les parfums bon marché, dans la musique de jazz remixé, distordu, languissantes vagues de cuivres s'échouant sur des plages électroniques. C'était l'été. Derrière la douzaine de percolateurs du bar cuivré, tout du long, des rayonnages de bourbons, de whiskies, de vodkas et de rhums formaient une véritable bibliothèque sur l'histoire du genre humain, lorsqu'il choisit de vivre et de lâcher la bride. 

Il était une fois, une ville, un lieu dont la poussière s'accumule sur les trottoirs esseulés, le long des caniveaux où même les ivrognes n'y dorment plus. Une ville où la neige recouvre tout, même le silence. Detroit y subit les conséquences de la crise des subprimes. Les maisons ne valent plus rien, les habitants les ont désertées, laissées telles quelles, à l'abandon. Le poumon économique de l'industrie automobile d'antan s'est totalement essoufflé, pour ne pas dire éteint. C'est pourtant dans ces conditions précises qu'un jeune ingénieur français débarque pour superviser et diriger un nouveau projet. Parallèlement, il y a le petit Charlie qui a disparu dans l'indifférence presque générale, hormis celle de sa grand-mère qui erre, le souffle las et l'énergie fatiguée, dans les rues devenues sauvages, à sa recherche. L'inspecteur Brown, un vieux de la vielle avec son chapeau mou et sa solitude mélancolique, navigue entre ces amas de neige grise pour tenter de le retrouver mais peine perdue, dans une ville abandonnée, ses enfants y sont forcément aussi abandonnés.