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mercredi 1 mars 2023

Je m'appelle Henry


Dark Chicago cold wind, nothing to do except cruising...
 
Cela remonte aux années 90, un groupe qui flirte avec les références de Rage Against the Machine et un titre sur leur premier album, [No One Is Innocent] - Henry, serial Killer. Cela commence donc avec cette chanson, basé sur un film de 1986. Du coup, je pense que j'avais du voir le film avant le rock. D'ailleurs revenons au rock, genre fusion metal, de ce groupe de Pigalle, dont je me rends compte que je ne connais et n'ai écouté que ce premier album. Après, ils disparurent de mon scope auditif sans aucune raison, alors qu'ils ont fait notamment quelques premières parties, avec Motörhead ou Guns N' Roses.
 
Que j'aime cette intro à la basse, cette nonchalance tranquille, prendre la route dans les rues illuminées par de faibles réverbères de Chicago... Avant qu'une certaine fureur ne s'installe... Calme, fureur, calme, fureur, tempo lent, tempo acharné...
 
Henry was a sweet little name...
 
 

dimanche 19 février 2023

Le vieux qui marche, qui fume et qui a de la chance


Le soleil brûlant, la poussière virevoltant, le stetson vissé sur la tête, un homme marche seul dans cette petite bourgade des États-Unis, perdue au milieu d'un désert. Il doit bien avoir plus de 90 ans, ce vieux. Pourtant, il marche, il fait ses cinq postures de yoga par jour, fume peut-être un paquet de cigarettes par jour. Il n'a pas d'âge, si ce n'est les rides de son âme.  

Chaque matin, il va prendre son café au Diner en faisant une grille de mots croisés, puis va acheter son paquet de cigarette chez la mexicaine dont son fils va fêter ses dix ans. Le soir, il discute entre amis autour d'un Bloody Mary. Il aimerait bien allumer une cigarette comme il le faisait en 1968. La nuit s'étale, le vent fredonne et le matin recommence. Toujours en vie, le chanceux. D'ailleurs que sais-je de lui à part qu'on l'appelle Lucky, qu'il a fait les Philippines et la guerre du Pacifique et surtout que c'est le dernier film de Harry Dean Stanton. Son chant du cygne. Il mourut six mois après.

samedi 24 juillet 2021

Santa C.

Christine, une pin-up carrossée.


Pas besoin d'en rajouter plus, vous imaginez déjà sa beauté, sa rutilance, le pétillement de ses cuivres et la brillance de ses chromes. Des courbes de pin-up. Christine a ce pouvoir obsessionnel sur les hommes, les jeunes comme les vieux. Combien d'années que je ne l'avais pas regardé à nouveau dans la profondeur de son âme, à mon âge on ne compte plus et on préfère oublier son triste passé. Pourtant l'envie m'a repris, pour mes plus beaux souvenirs.

Christine, c'est une Plymouth Fury, d'un rouge lubrique comme l'orange est à la mécanique - autre grand film, chef d'œuvre absolu. Christine c'est le désir, la femme, unique, obsessionnellement passionnée et chromée. Et quelle musique elle envoie, parce que sans musique, pas de vie - sans bière aussi mais c'est un autre débat. Christine est un film Culte, un verre dans la main gauche.

Christine, c'est la pornographie suggérée, une icône du sexe bandant. On a envie de la caresser, de respirer son cuir, de jouer de son cigare avant d'allumer la flamme et de s'allonger sur elle, branché onde 69 sur la banquette arrière, parce qu' il n'y a pas que les Dauphines. On s'y abandonne même comme dans les bras d'une femme. Parce que Christine est LA femme, ultime ou obscur objet du désir, qui aux premiers rayons de lune s'illumine de sa parure rouge métallisée.

lundi 30 avril 2018

Un été italien

 

Des rivières d'une eau froide pour tempérer les ardeurs, des lacs où s'encanaillent la bourgeoisie italienne, de la verdure pour des balades en bicyclettes d'un autre âge. Revenu le temps d'un film dans les années 80, avec pour thème principal de ce film, la passion et l'adolescence.


Le film s'étire en langueur comme je m'étire encore couché dans mon lit. J'espère le soleil venu frapper aux carreaux de ma fenêtre, lorsque j'ouvrirai les volets pour découvrir son corps nu. Quelle est belle cette langueur teintée d'une douce mélancolie.

 

Elio a 17 ans, lunettes de soleil au bord de la piscine, walk-man à cassettes, il glandouille en écrivant sa musique et en espérant se taper enfin sa copine, encore prude, question d'époque. Il a tout l'air d'une tête à claque avec sa façon de tout savoir sur tout, mais pourtant le courant passe bien. Courant de la rivière qui vient des montagnes, un bien fou que ces bains d'eau glacée.

dimanche 4 mars 2018

l'Oiseau de Sacramento

Petite chronique, douce et amère, d'une adolescente en mal d'être. Elle se fait appeler Lady Bird, parce que c'est le prénom qu'elle a choisi, le prénom qui lui convient, son prénom d'artiste dans la vie. 

Lady Bird ne s'entend pas avec sa mère, qu'elle trouve trop protectrice, et ne veut surtout pas lui ressembler. Lady Bird ne s'entend pas avec ses camarades, qu'elle trouve trop superficiels, une seule amie. Lady Bird serait cette ado tendance solitaire, qui ne rêve plus, et qui ne sait pas quoi faire de sa vie, maintenant et plus tard. Sa seule envie, c'est de fuir sa ville, Sacramento, surtout qu'elle vit du mauvais côté de la voie ferrée, celui où les maisons ne font pas rêver, celui des 'pauvres'. Son seul désir est donc de rejoindre la côte Est, et d'être intégrer à une fac à New-York, malgré la peur qui s'y soit installée - nous sommes en 2002, le 11 septembre est encore présent dans toutes les pensées, et dans une Amérique en crise économique et morale.

jeudi 1 mars 2018

Bonjour Missouri




« Tu sais ce qu’ils font des tafiottes à Cuba ? Ils les tuent ! 
— Tu es sûr que ce n’est pas plutôt dans le Wyoming ? »

Bienvenue dans le Missouri semble indiquer le panneau à l'entrée de cette petite bourgade, Ebbing, où Mildred est en colère. Sacrément en colère, même. Tellement en colère qu'elle a loué 3 vieux panneaux publicitaires abandonnés sur une route presque abandonnée pour y laisser son message de colère, ou de vengeance. Colère parce que cela fait plusieurs mois que sa fille s'est faite violée et assassinée, sans que la Police du coin ne semble en faire une affaire prioritaire - tant qu'il reste des noirs à tabasser et des verres de rye à vider (et j'ai rien dit sur les pédés). Une sacrée bonne femme cette Mildred, magnifique Frances McDormand, tout en naturel, mélange de tristesse et de rage contenue. Jamais de dépit ou d'abandon.

« VIOLÉE PENDANT SON AGONIE »

« TOUJOURS AUCUNE ARRESTATION »  

« POURQUOI, CHEF WILLOUGHBY ? »


lundi 1 janvier 2018

Ghost

Il y a cet homme qui dort contre le corps de sa femme. Cette image, je la garde profondément ancrée en moi, elle respire tant le bonheur et l’amour, deux âmes enlacées peau contre peau, dans le silence d’une vieille bicoque grinçante de banlieue. Elle veut déménager, lui est plutôt résistant à cette perspective, trop de souvenirs, trop d’amour dans ces lieux pour être prêt à fermer la porte. Jusqu’au jour où… Se résigner... Faire des cartons, laisser le piano… Jusqu’au jour où… Un accident de voiture…

L’homme se réveille, chambre froide, un drap sur le corps, il erre sous la lumière blafarde tel un fantôme. Il EST un fantôme. La femme pleure, bien évidemment. Un amour qui s’en va. Casey Affleck, puisqu’il s’agit de lui sous son drap qu’il ne quittera plus jusqu’à la fin du film, ne comprend pas vraiment ce qui se passe… Il rentre chez lui. Le silence lourd, de la maison. Sa femme mange une tarte. Dans un silence de mort. Seule, par terre dans la cuisine, pendant dix minutes, Rooney Mara s'en enfourche à en gerber. Un plan fixe de 10 minutes sur une femme qui bouffe une tarte dans une désespérance totale, c’est long, très long… Les premiers spectateurs quittent la salle… Le silence ne convient pas à tout le monde.

Pendant le reste du film, dans un silence obscur, bercée par une magnifique musique où le violoncelle a la part belle, normal quand il est question de fantôme, il voit sa femme errer puis refaire sa vie, il échange par regards interposés quelques mots avec le fantôme de la maison d’en-face – le clin d’œil humoristique du film, de nouveaux locataires arrivent, sa femme est partie, d’autres locataires… Jusqu’au jour où…

mardi 31 octobre 2017

Au Duck Tape

Quelque part entre la Virginie Occidentale et la Caroline du Nord. J’entre dans un bar, le Duck Tape, quelques vieux pick-up garés devant. Le moteur d’une Ford Mustang vrombit de tous ses chevaux. En attendant ma bière servie par un barman manchot, le jukebox déverse une musique country à dépoussiérer mon stetson et à friser la barbe du client boiteux. Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser que mon regard n’a d’yeux que pour la jeune conductrice de ladite Ford Mustang qui vient de pénétrer dans ce lieu retiré de la civilisation. Une minirobe avec une belle paire de santiags. J’adore la façon dont ses santiags l’habillent.

Après ce préambule victime de la mode, et la découverte des autochtones tendance plouc, Adam Driver dans le rôle du manchot, Channing Tatum dans celui du boiteux, j’imagine également un Daniel Craig blond peroxydé – le costume à rayures fournit par l’institution pénitentiaire en impose autant qu’un costume au service de sa majesté, sortir de tôle pour un braquage dans les règles de l’art façon Ocean’s Eleven où Las Vegas aurait été remplacée par la ville de Fargo. Sur un anneau de vitesse, des voitures à la boite de vitesse mécanique tournent en rond, des billets de banque volent dans une chambre forte, des cafards portent les couleurs d’un code rose.  

mardi 5 septembre 2017

Fait d'Hiver à Wind River

Cory Lambert, chasseur-pisteur du Grand Nord, celui des immenses étendues enneigées du Wyoming. A l'image d'un Steve McQueen (j'ai trouvé la comparaison sur mon Télérama), Jeremy Renner troque le cheval contre une motoneige, la winchester par un fusil à lunette de visée façon sniper. Il est beau ce Jeremy, un charisme et une mélancolie dans son visage, bien lui en prend de sortir, de temps en temps, de son costume de Mission Impossible ou des Marvel. 

Sur la piste d’un puma, il repère les traces dans la neige immaculée, regarde les arbres, sent le vent. Il connait ce monde de neige et de froid par cœur. Il observe aux jumelles là-haut, très haut, très loin, un œil de faucon. Et là-bas, un truc louche autour de cet amoncellement de neige fraîche. Le corps d’une jeune indienne, réserve Wind River, glacée, laissée là… Pieds nus, elle a marché, couru, suffoqué, sur plus de 10 km.

dimanche 19 février 2017

des Animaux Nocturnes


Une exposition dans une galerie d’art où des femmes obèses remuent leurs bourrelets en habit de cheerleaders. Générique. Étrange, mystérieux, obscène presque. Elles se retrouvent allongées, nues sur des promontoires… Pornographie d'un étrange spectacle. Mal à l'aise, l’art avec la majuscule à L.A. Un film sur l'Art, signé par l'esthétique Tom Ford. Dès les premiers instants, je sens que le couple en face de moi se délite, la fin d'une histoire. Lui est absent, question de boulot à New-York, des maîtresses probablement à New-York aussi. Elle dirige sa galerie, monte ses expositions, seule. Elle se dit pourtant trop cynique pour ce métier, et en ce vendredi soir, elle a le cafard, seule dans sa maison style architecte branché, froide et isolée. Comment passer un bon week-end, au chaud sous la couette, verre de rouge et roman tripant qui sort des tripes et des coutumes, le rouge salutaire, l'écriture de sang et de larmes

Elle reçoit un manuscrit, qui lui est spécialement dédicacé, de son ex-mari. « Nocturnal Animals », la virée d'un père dans le Texas profond, avec femme et fille. Une vieille voiture sur une route déserte, façon « Duel ». Mais ceci n'est que littérature. Pourtant, seule dans cette maison, avec un verre de vin, elle rentre dans le texte. Elle s'imagine dans cette voiture, avec son ex-mari et sa fille. Les pages défilent, elle se sent de plus en plus bouleversée par l'histoire. Est-ce le roman de sa vie, une vie qui vire au cauchemar. Le roman d'une vengeance avec force sadisme. Tu te souviens de cette balade bucolique en canoë ? Flippante. Tu gardes l'ambiance, et tu remplaces la rivière bouillonnante par un désert assoiffant. Un gang de hillbillies texans, des animaux nocturnes, pas consanguins mais tout aussi abrupts dans la sauvagerie de leurs actes.


vendredi 10 février 2017

Klaxonne. Claquette

C’est l’hiver, le soleil brille, je me retrouve dans les bouchons, bretelle d’autoroute à Los Angeles. Les femmes brillent aussi, robes colorées, jambes halées. Klaxonne. Et dire que j’ai oublié mon parapluie. Mais Los Angeles n’est pas Cherbourg, je peux danser et même chanter sous la pluie. Sauf qu’à L.A., cité des Anges, il ne pleut pas, je referme donc mon parapluie, digne d’apparaître dans une comédie musicale de Jacques Demy. Je sors de la voiture, comme une centaine d’embouteillés qui ont eu la même idée. Je danse, je vole, je virevolte entre les voitures. Une femme en robe jaune me montre sa culotte jaune, elle danse, elle virevolte. Saute entre les voitures, danse, chante « la la la ». Je suis dans une comédie musicale autoroutière au milieu des anges. Et j’aime ça.

Oui, j’aime les comédies musicales – enfin, comme tout, ça dépend de qui, de quoi de la musique. En adorateur de Grease ou de La fièvre du samedi soir, en appréciateur de Fame ou de Flashdance, j’aime ce mélange de danse et de cinéma. Ah La La et Les Blues Brothers… Bon, je n’irai pas jusqu’à regarder Les demoiselles de Rochefort, et je ne connais pas non plus les classiques d’antan, Fred Astaire et Gene Kelly, mais qui sait, avec le soleil de Californie tout est possible, même l’impensable, celui de me voir aimer des comédies romantiques enchantées et en chanson. V'la la mon p'tit aparté sur mon fringant passé de comédies musicales-la-la...

Et pourtant, j’ai aimé. Ryan Gosling, charmeur, élégant, fringant qui rêve d’ouvrir cette boite de jazz, sa passion le jazz pur et dur, Coltrane et Monk, Bechet et Armstrong. Emma Stone, belle et sourire enjôleur qui rêve d’Hollywood, rêve d’actrice. Ils se croisèrent sur cette autoroute, lui écoutant les mesures de Thelonious, elle récitant son prochain casting. Klaxonne. Claquette même, en chantant La la la.

jeudi 29 décembre 2016

Paterson de Paterson

Il s'appelle Paterson et vit à Paterson, New-Jersey. Il est chauffeur de bus (normal quand on s'appelle Adam Driver) et écrit de la poésie. Tu connais William Carlos Williams ? Moi non, enfin pas avant d'avoir découvert le film de Jim Jarmusch.

Mais avant de rentrer dans la salle obscure, il faut déjà avoir une certaine attirance pour le réalisateur aux cheveux argentés. Perso, j'adore la poésie qu'il instille par petites touches dans ces films (Ghost Dog), j'adore ses plans répétitifs (Coffee and Cigarettes) ; j'adore sa musique tranchante et envoûtante (Dead Man), j'adore son décalage (Broken Flowers), j'adore ses histoires d'amour et de temps (Only Lovers Left Alive). Bon, je ne vais pas te faire toute sa filmographie, entre Jim et moi, ce sont de belles histoires – d'amour et de spiritualité – qui nous lient.

Paterson est marié à la ravissante Golshifte Farahani. Toujours aussi belle que quand elle jouait de son tambour ethnique des steppes orientales dans le sublime western kurde « My Sweet Pepper Land ». Lundi matin, sa montre magique le réveille toujours entre 6h15 et 6h30. Elle a rêvé de jumelles (dis, ça te plairait d'avoir des jumeaux ; comme ça chacun le sien, pourquoi pas), et toute la semaine il verra des jumeaux, dans son bus, dans la rue. La vie n'est faite que de jumeaux qui croisent sa route ou celle de son bus. Elle est artiste peintre, douée pour les cupcakes, et les dessins en noir et blanc. Tu aimes les cercles de toutes les tailles ? Vaut mieux... 
 
Mardi matin, il se lève, prend son petit déjeuner, va conduire son bus, mange sa lunchbox préparée par sa ravissante femme, croise une paire de jumeaux, remet en place sa boite aux lettres légèrement bancale avant de s'asseoir dans le canapé et regarde les nouveaux rideaux que sa femme a peint, une collection de cercles noirs mais de tailles différentes.

jeudi 22 décembre 2016

Juste un Pauvre Type qui Boit seul sa Bière

« Manchester by the Sea », petite station balnéaire de la côte Est. Un bateau de pêche, des souvenirs d’enfance, un village au bord de mer où tout le monde semble se connaître. Pour n’importe quel américain moyen – ou bison minable – cela pourrait paraître comme une villégiature rêvée pour couler des jours heureux, tranquilles, peinards. Mais pas pour Lee (Casey Affleck), séparée de sa femme Randi (Michelle Williams), qui n’y revient que par obligation.

Et la dernière obligation est la mort de son frère (Kyle Chandler). Pas de chat à s’occuper, juste un fils.

Lee vit actuellement dans une banlieue de Boston, il pellète la neige devant les immeubles, répare la tuyauterie des ménagères en peignoir et vit dans un minable sous-sol, homme à tout faire de plusieurs immeubles. Il fuit son passé.

Un homme, seul au comptoir d’un bar. Il boit seul sa bière. Un homme qui boit seul sa bière, forcément, ça m’émeut, ça me concerne, ça me touche. Il trouve le moindre prétexte pour jouer des poings, façon de se détruire à petits feux, en s’isolant du reste de la société. Quel passé a-t-il à fuir…