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vendredi 7 juin 2019

La Ragazza et le Violoncelle

Nuit. Je m’adosse au mur, demi-allongé sur mon lit, un bouquin ouvert. La lune s’est invitée à travers la fenêtre de ma chambre. Elle brille d’une étincelante lueur, elle devient bleue. Une musique se glisse sous la couette, intense et émotionnelle, elle caresse ma peau nue qui frissonne dès les premières notes. Corps sensible toujours prêt à tendre son attention dès qu’une musique joue du va-et-vient avec l’intimité de son être. Un verre de Chianti et c’est Mozart qui joue l’Italie. Un verre de Grimbergen et c’est mon âme qui respire dans la pénombre de cette pièce bercée par la sonorité érotique du violoncelle.

Je l’imagine, elle, brune et parfumée, venue enrober de ses longues jambes à peine caramélisées, l’instrument de sa jouissance, son violoncelle. Dès la première rencontre, le premier regard, elle m’a ému, elle m’a pénétré de son âme entière jouée dans sa musique. Et puis le silence se fait. Je l’écoute encore plus. Troublant, ce silence avant qu’une note reprenne vie à travers la fine cloison de nos vies séparées. Silence.

« Au soleil couchant, le son du violoncelle est monté derrière la cloison. Les ombres s’allongeaient démesurément. La lune s’est levée. La nuit est tombée par la fenêtre. Et lorsque tout s’est tu, il est resté en moi l’écho d’un chant, le frisson d’une caresse, le rêve d’un baiser. »

dimanche 2 décembre 2018

La Forêt des Âmes


Paris, Jeanne Korowa. Une juge d’instruction à qui on a refilé un dossier qui ne l’intéresse pas. Un second juge l’invite, c’est pas la procédure, sur une scène de crime. Etrange, dérangeant, saignant. Ce n’est pas le premier crime de ce genre, mais qu’est-ce qui le relie aux deux autres ? Tueur en série, réponse un peu trop facile. Il faut creuser, d’abord la tombe de son collègue. Jeanne se retire, besoin de respirer, de comprendre et de s’investir dans ce dossier qu’on lui a refusé : la mort de son ami. Elle part sur les traces du tueur. Un coup de chance, une piste qu’elle a avant les enquêteurs officiels – ça c’est du scénario tombé comme un cheveu sur la soupe, mais peu importe. Elle tient au moins quelque chose, comme une conversation espionnée chez un psychiatre – non il n’est pas question de déontologie. Et là-voilà donc partie pour une chasse au cannibale-démembreur.  

« L’homme parlait explicitement de la Forêt des Âmes », La Selva de las Almas.
Or on pouvait aussi traduire cette expression par « forêt des Mânes », le nom des esprits des morts dans l’Antiquité. Jeanne entendait encore la voix de fer prononcer en français, dans le cabinet de Féraud : Il faut l’écouter. La forêt des Mânes. »

jeudi 12 avril 2018

La Voix du Violon, le Silence de Venise

Venise, un songe posé sur la mer. J’entends les notes de violon surgir des méandres des canaux encore illuminés par le clair de lune. Certains t’affirmeront que la musique du violoncelle s’apparente à la voix humaine. Maxence Fermine, ou son héros malheureux, Johannes, blessé lors d’une invasion barbare et napoléonienne, aussi bruyante qu’un concert de métal, penche pour les quatre cordes du violon. Son violon est une voix, une voie intérieure qui te submerge tel un raz-de-marée venu déverser son flot azuréen. Johannes se penche, s’épanche, d’un amour infime, ultime, passionnel, pour son instrument. Un virtuose du violon.   

Venise est frappée de silence autant que de stupeur en cette année 1797. Johannes s’y arrête, les ordres. Même musicien, l’obéissance à un général comme à un chef d’orchestre. Mais là, ironie du destin ou chemin croisé de deux âmes, une rencontre bouleversera sa vie, comme toutes les rencontres inattendues. Il loge dans la maison la plus petite, la plus fragile de la cité, celle d’Erasmus au passé troublant. Une histoire à raconter. Cela tombe bien, j’ai le temps de la lire, un verre à la main, une musique de Vivaldi…