Si tu vas à San Salvador, va voir la femme
qui sait lire dans les yeux du sort et qui traîne dans les ports… et les
bordels aussi. Il y a deux endroits où les affaires se font : au bar ou au
bordel. Ce sont là que les contrats se signent ou que les poignées de main se
serrent. J’y croise de braves types d’ailleurs, au sens large du terme, comme
Juan Alberto Garcia surnommé Robocop, une machine à tuer probablement. Cet ex
sergent d’un escadron de la mort au Salvador, du jour au lendemain, se retrouve
au chômage. Le monde est donc en crise, pour tout le monde. La guerre est
terminée – sic – il doit penser à sa reconversion dans le civil. Les contacts
gardés, surtout une réputation monstrueuse, lui permirent de facilement trouver
le job, mercenaire et garde rapprochée.
« C’était
un hôtel minable, où je cherchais à être vu le moins possible, parce que la
meute d’indics devaient déjà avoir mon portrait. Ce mois-là, je n’ai rien
fait : je passais une partie de la journée dans les cinémas Dario, Izalco
et Alameda, où il y avait une double projection de films pornos ; le soir
j’avalais quelques bières dans un restaurant à deux coins de la rue de
l’hôtel ; et je passais le reste du temps à dormir, profondément, comme si
je récupérais d’une fatigue vieille de plusieurs années, comme si pour la
première fois j’avais l’occasion de me reposer autant que je le voulais, sans
l’idée que j’allais devoir tout à coup participer à une nouvelle opération. »


