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jeudi 6 février 2020

Muskogee, Oklahoma


Un vent chaud souffle sur cette crinière rousse, jeune et flamboyante, dans les collines de Californie. Beck Westbrook, apprentie comédienne. Dans sa poubelle, le corps démembré d'une jeune femme se mêle à l'air déjà suffocant de cette nuit étoilée. Ça ne donne pas trop envie d'y plonger ses mains manucurées essentiellement occupées à masturber la bite molle de son vieux compagnon richard. La célébrité dans ce milieu a un prix, celui des castings.

Un étrange homme, ce Wes, qui se retrouve souvent dans son point de vue. Peintre mystérieux d'une peinture encore plus mystérieuse, sombre et saignante même, il a une obsession pour les femmes. Dis-moi, Wes, ça ne serait pas plutôt les taches de rousseur qui te motivent dans cette obsession. Une rencontre se dessine mais surtout un retour aux sources, Muskogee, Oklahoma, un bled perdu dans la profondeur de l'Amérique, pas très bandant comme nom mais pourtant une belle rousse sur un air de country, ça se chevauche bien.

jeudi 20 décembre 2018

Asparagaceae


Troisième “affaire” de l’avocat Morgado. Je le comprends rapidement, Morgado se comporte plus comme un détective privé dans ce pays qu’un maître du barreau. Mais bon, quand son amour de jeunesse requiert ses services pour retrouver son mari, pilote d’hélicoptère américain et disparu des radars, il ne peut une nouvelle fois refuser le « job ». Je comprends aussi que cela soit dans ses deux précédentes enquêtes ou celle-là, le volume des pages tient à peine dans un verre de Tequila. Quelques quatre-vingts pages, à peine de quoi entamer la bouteille, une pincée de sel, un quart de citron suffit.

« Morgado aurait bien aimé avoir le sourire de dérision qu'affichent les privés du septième art, mais sa douleur à la tête, bien qu'atténuée par l'aspirine, lui en ôtait l'envie. Dans le rétroviseur intérieur, il vit le visage d'un homme fait, dans un triste état. »

Morgado a la tête du détective privé, le penchant pour la boisson en moins. Mauvais point pour lui, j’aime quand les privés ont leur flasque dans le vieil imper troué. D’un autre côté, un imper à Mexicali peut paraître superflu ou pervers, encore que j’aime bien la perversion.

mardi 5 décembre 2017

Les Escales de Nad' et du Bison : Haïti

Lieu : Tarmac de Port-au-Prince, Haïti
Lever du soleil : 6h07  | Coucher du soleil : 17h13
Décalage horaire : -6h
Météo : 31° Ressentie 34°, Beau temps avec quelques cirrus
Latitude : 18.594395 | Longitude : -72.307433
Musique : Sonny Rollins, Don't Stop The Carnival
Un Verre au Comptoir : Desperados Black


 

« Charlie Parker crève la nuit. Une nuit moite et lourde des Tristes Tropiques. Le jazz me ramène toujours à la Nouvelle-Orléans et ça fait un Nègre nostalgique. »

Je débarque sur le tarmac de Port-au-Prince. Je croise un type, dans le genre souriant et avenant. Les dents blanches, fraicheur de vivre. Il respire la bonté, la bienveillance et l'humanité. Tout mon contraire. Je l'avais déjà aperçu bien des années avant à Petit-Goâve, sa terre natale. J’apprends que grand-mère Da est partie pour le « pays sans chapeau », il y a quatre ans - là-bas c’est le ciel, où repose son âme. Au cœur de ses souvenirs, les odeurs de café sont les mêmes. Quelques gouttes de Barbancourt dans sa tasse encore fumante est une réjouissance, jouissance en bouche, touche d’extase. Le café des Palmes est divin. Et la mémoire des sens ineffable, terre sauvage vers laquelle on revient sans cesse. Certes, l’errance est un rêve, elle nous emporte aussi loin de nos racines que les étoiles, mais au jour du réveil, nous savons que le pays d’une seule d’entre elle brillera à jamais d’une lueur unique. Au fil de ses déambulations, l’homme se dit qu’il n’avait pas réalisé à quel point ce « caillou entouré d’eau » lui avait manqué durant ces vingt dernières années, à quel point il avait marché à côté de sa vie.

jeudi 27 juillet 2017

L'éveil de Léveillé, un tonneau de Rhum au Canada

L’orage gronde, le ciel devient noir, black is back, un noir devant moi, il me sert un verre de rhum, couleur ambrée, rhum de la Martinique. La chaleur m’envahit, comme la flemme dans mon hamac, une négresse joue de sa feuille de bananier, gros seins nus qui se balancent, je me balance dans le hamac, les esclaves faut que ça serve, ses charmes me tiennent éveillés. La Martinique, première partie de mon voyage où je découvre l’avis d’un « éveillé », Mathieu Léveillé. Normal qu’il se réveille après une séance de torture, sous le coup de la loi. Je ne comprends pas pourquoi abîmer la marchandise, en lui coupant un jarret. Toujours est-il que ce cher Mathieu (enfin pas si cher que ça, ça ne vaut pas le prix d’un kilo de café ou d’un tonneau de rhum) est condamné avec ses deux jarrets à la pendaison, avant même un café noir.

« En 1685, le Code noir, texte juridique réglant la vie des esclaves dans les îles françaises, est promulgué et le marronnage, officiellement puni :" L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour où son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées, et sera marqué d'une fleur de lys sur une épaule. S'il récidive une autre fois, à compter pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé et sera marqué d'une fleur de lys sur l'autre épaule. La troisième fois, il sera puni de mort", stipule l'un de ses 60 articles. »
Pendant que je balance toujours mes rêveries coloniales au grès de la bise et du hamac, Mathieu Léveillé broie du noir dans sa cellule, dans le noir. On ne va tout de même pas installer une lumière, encore moins tenir la chandelle à ses désirs de fuite. Mais une étrange proposition lui sera faite, qui le tiendra éveillé toute la nuit. Quoi qu’il n’ait pas vraiment hésité bien longtemps, le noir veut vivre. Pour échapper à la corde, il se voit proposer un job, un peu mieux payé que rien du tout, et c’est toujours mieux que de s’exercer aux nœuds coulants. Quoi que dans son nouveau métier, il devra savoir faire autant les nœuds marins que ces nœuds coulants. Et hop, destination le Canada, qu’à l’époque on appelait encore Nouvelle-France, pour rester esclave mais devenir bourreau. Plus de chaînes à ses pieds, désormais, ce sera lui le maître des clés, des cadenas, des chaines et des brodequins.

mardi 4 juillet 2017

De Certaines Façons de Mourir… II

« Je lui logeai la balle entre les deux yeux. Il n’éclaboussa presque pas, tellement il allait mal. Il trépigna comme un petit enfant et ses mains eurent des convulsions pendant quelques instants.
Lorsqu’il ne bougea plus, j’étais certain de ne plus travailler avec le Colonel. Je n’avais pas idée de ce que j’allais faire, mais j’étais fatigué de tuer des pauvres diables. La moindre des choses, c’est de décider qui on tue et qui on ne tue pas. »

Le héros est fatigué, usé même par ces mois de service auprès du Colonel. Il a mis une balle entre les deux yeux d’un journaliste. Cela ne lui a pas plu. Les meurtres sur commande, il s’en lasse. Il veut reprendre sa vie en main et pouvoir choisir de lui-même qui tuer. C’est pour affirmer cela qu’il rencontre une dernière fois le Colonel, afin de lui présenter sa démission.

A travers l’histoire de ce héros, je retrouve l’univers des « brigades spéciales » du Mexique. Entre corruption et meurtres, ces brigades se mènent la guerre. Conçues comme des entités distinctes de la Police, elles s’affrontent entre elles pour garder la main mise sur le pouvoir et sur la ville.  

L’écriture est nerveuse, fluide, quelques morts des coups de feu, et des héros qui tombent de sommeil. Cela ferait un bon scénario de film. Ce second volet « de certaines façons de mourir » de l’écrivain salvadorien en exil mexicain est encore plus captif que le premier (il peut d’ailleurs être lu indépendamment). Les années flétries. Le rythme est fluide, la conscience s’interroge.

dimanche 11 décembre 2016

Joe le Taxi

« C’aurait été super d’arrêter le vrai coupable, mais ça n’était pas une nécessité. Quand une fillette de douze ans est enlevée à sa riche famille, vous ne pouvez pas ne pas exhiber quelqu’un. Ils m’ont exhibé moi. »

Joe le taxi y va pas partout, y marche pas au soda. D’ailleurs, il enfile son blouson pour descendre au pub du coin de la rue retrouver son collègue et se payer une Desperados et quelques bières. Après tout, il a fait une belle course de l’aéroport au quartier Sud. Le temps de prendre ses clés qu’on frappe à la porte. Pourvu que cela soit la voisine en peignoir négligemment ouvert venue lui emprunter de la farine et des pommes pour faire une tarte aux pommes. Pas de bol, deux flics, l’air patibulaire et pas hilare du tout face à son esprit, je crois que pour une fois, le chauffeur va se faire conduire. Au poste, menotté, giflé, frappé, et même pas une bière dans le gosier.

Samedi soir. Tout comme ce soir.
J’entends un cri dans le couloir…

Je voulais juste boire une bière, comme tous les samedis, comme tous les soirs. Je voulais juste sortir prendre l’air, je n’avais pas l’idée que cet air de Dallas, univers impitoyable, allait m’amener dans ce Couloir. Pas celui d’un hôtel 4 étoiles, ni même celui de ta chambre. Celui avec un C majuscule dont on écourte la fin en pensant à la sienne, sa fin, la fin de sa vie, le Couloir de la mort. Pourtant rien ne laissait paraître un tel présage (demandez à JFK ce qu’il en pense), par moment il ne faut pas grand-chose pour qu’une vie bascule de l’espoir à la mémoire, surtout à Dallas, Texas (pas d’accord JF ?). Pourtant, j’ai regardé tous les épisodes des Experts (mais ceux qui ne sont pas à Dallas, d’ailleurs je ne connais pas d’experts dans le Texas, à part Chuck Norris…), la recherche d’ADN et de preuves irréfutables n’ont plus aucun secret pour moi. Pourtant, je connais par cœur tous les membres des Esprits Criminels et à la fin, ils attrapent toujours le vrai criminel parce qu’ils rentrent dans son esprit.