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mercredi 13 novembre 2024

La Poussière de Chet


"Des phrasés simples dits avec le cœur." C'est ainsi que je peux moi aussi résumer le ressenti de chacun de ses disques. Chet a quelque chose en plus, comme de la fragilité, comme une âme emplie de tristesse car le cœur est toujours triste. Et la tristesse colle à la peau de certains hommes. 

Mais c'était sans compter "le vice, la nuit". Il est loin le temps de ses débuts avec l'oiseau Bird. Joints avec cette histoire, deux disques sur le début de la carrière de Chet Baker, les années 1953 - 1955. A l'époque il avait encore toutes ses dents, non brisées par quelques types de la rue venus lui ponctionner le prix de son fix'... La nuit, la drogue, et les hôtels minables qui s'enchainent, les arrestations aussi... Les draps et la moquette puent la pisse, le renfermé, lieux de solitude et de poussière. Moi je préfère me replonger dans sa discographie et oublier la misère d'un homme perdu dans ses "Poésies de poussières et de routes lointaines".

Chet a l'art de "Faire parler l'atmosphère, l'air entre les notes". Sa musique me parle alors je m'écoute My Funny Valentine, deux minutes vingt à ses débuts, des minutes qui vont s'étirer au fil du temps, jusqu'à ces fameuses trois heures du matin, un 13 mai 1988 à Amsterdam. 13 mai, une date marquante pour une "Nuit de pluie, la route qui appelle".

mardi 14 février 2023

Un Piano sous la Lune

"Parfois des nuages
viennent reposer ceux qui
contemplent la lune !"
Basho. 
 
 
Les yeux aveuglés par la lune,
je la fixe au fond de son âme,
l'air triste, son sourire me ravit.
Cette lumière d'un bleu lune
réchauffe la couleur de ce vin,
Vinsobres, Saint Amour ou Bordeaux.
Et sous cette lune et sous ce vin,
un piano illumine la chambre de mes rêves,
mes passions ou mes désirs.
Mon concert solitaire.
 

dimanche 14 février 2021

6mn16 de Bonheur


A mon âge, il faut bien si attendre. 

Il y a le type qui se la joue en solo. Puis il y a celui qui joue du trio, s'aventure vers le quartet ou s'affole sur le quintet voir plus grand, tout un orchestre à ses claviers. C'est ça le jazz, des moments intimes, des moments de partage. C'est ça l'amour, c'est ça le cœur espagnol, The Spanish Heart.

Si j'aime ses pianos solo, parce que cela correspond aussi à ma musique, mon émotion, celle d'être en tête à tête, il y a cet album au parfum particulier qui est à ranger sur une étagère spéciale. Cela ne se compose pas, cela ne se classe pas, c'est comme ça, c'est la vie, point final. L'improvisation d'une rencontre. Celle d'une vie qui m'a accompagné, un peu, un peu plus à certains moments, un peu moins, à d'autres. Si je m'agenouille au confessionnal, j'avouerai que j'ai tout de même une préférence pour Keith J., mais Chick C. garde aussi mes faveurs, une place toute chaude autour de mon âme, malgré l'air glacé qui l'entoure.

1976, The Spanish Heart, avec d'autres types qui comptent pour moi aussi, Stanley Clarke à la basse (qui ne se souvient pas de son fameux Journey to love), un voyage à travers l'amour, ou Jean-Luc Ponty au violon (qui ne se souvient pas de ses interventions avec Frank Zappa). Une sonorité très seventies, le son, l'orgue, la musique. Et ce costume sur la pochette du disque, entre maître de cérémonie et matador pour aborder la Spanish Fantasy... 

Mais avant...

vendredi 14 février 2020

Un Air de Gershwin


Quelques notes au piano. Assis dans le noir, l’âme allongée sur un parfum de jasmin, je garde les yeux clos pour capter l’émotion, l’essence de ces notes si sibyllines. Le soleil se couche, les ombres s’agrandissent, la nuit se pare de ses étoiles, j’ai toujours les yeux fermés. Et je laisse le temps filer, il coule sur ma peau nue et froide. Un rayon de lune essaie de percer les ténèbres de mes volets, mais un mur de silence me maintient à l’écart. Et dans ce silence, un homme seul avec son instrument à longue queue, un Steinway. Brillant et dépoussiéré, le genre d’engin à être entretenu par des mains délicates, il sonne la magie du silence. 

mardi 11 juin 2019

Dans la Peau d’un Privé

Un soir de pluie, j’erre sur le trottoir, blues du soir.
Fines et froides les gouttes ruissellent le long des rives de mon chapeau, les lampadaires éclairent ma sombre face, étrangeté d’une nuit sans lune.
Pas un chat, ni même la chatte d’une pute, l’obscurité des lieux leur fait peur.
A moins que ce soit le silence qui y règne, celui de ma vie qui empiète dans ces ruelles tristes.
Un reflet dans le caniveau m’absorbe, j’ai envie de m’y engouffrer comme dans une bouche d’égout, pour ne plus en ressortir, dégouts.
Je poursuis mon chemin, l’air d’un chien mouillé, peut-être même l’odeur aussi. J’allume un vieux mégot de cigare, parfum mâle.
Le regard perdu, empli d’un je-ne-sais-quoi peut-être est-ce du vide, de l’amour ou de la tristesse, je recherche le bleu de la lune, le cœur bleui par des bleus à l’âme.
Je me sens dans la peau d’un privé, je lisse ma moustache en V. Mon dernier contrat, même pas payé, l’archétype du privé loser à la recherche de sa lune.
Ce que j’aime dans la vie d’un privé, plus que les coups reçus dans la gueule, des gnons qui font mal, c’est la fiole de whisky dans la poche de mon imper, la bouteille dans le tiroir de mon bureau. Ma raison d’être, misérable être qui erre dans la nuit.

mardi 1 janvier 2019

Poème pour une Rose


Le piano de Jasper Van’t Hof, tout en douceur, m’enivre de sa mélancolie, de son doux souvenir, d’un parfum de femme. Au-dessus de cette mélodie, le sax’ d’Archie qui vient caresser cette femme. Métaphore de l’amour ou du sexe, je ressens ce disque comme une déclaration d’amour. Chaque écoute est un bonheur, ravissement du souvenir, mépris de soi et sourire d’autrui. Le genre de disque qui ne te quitte jamais entièrement, une mélodie qui bouscule toujours un peu plus ton âme.

Inculte ou presque, je ne connaissais pas l’existence de ce pianiste néerlandais avant ce disque. Inconscient ou pas loin, je n’avais pas de disque d’Archie Shepp avant celui-là, malgré une discographie foisonnante. C’est dire le misérable être que je peux être dans cette vie insignifiante qui me traverse de part en part. Depuis j’essaie de me rattraper, je découvre d’autres Archie Shepp, 

Sax', Sex and Sun…

mardi 25 décembre 2018

A Love Supreme


« Épilogue : Un an après cette aventure, John Coltrane fut canonisé par le pape sous le nom de Saint Trane. Le premier volet de son œuvre A LOVE SUPREME remplaça le GLORIA dans la messe catholique. »

Prendre un verre de vin, mettre un disque de jazz, ouvrir ce petit livre rouge. La révolution, par le vin, par le jazz, par le communisme. Un beau programme sur une Afrique des années 70, une vision colorée… monochrome en Rouge. Il n’y a que du rouge, même dans la couverture. Les premières nouvelles parlent de cette période où le communisme devient la religion d’état. Avec une verve toute africaine, Emmanuel Dongala s’amuse de ces situations derrière lesquelles se cachent une pointe de cynisme et de désillusion. Sortir de la colonisation blanche pour verser dans la colonisation rouge… avec du vin rouge qui tâche… âpre et écorchant.

« Les gens de Pointe-Noire sont de grands buveurs de bière et de vin rouge importé, ce qui fait qu'à cette heure où commence la nuit, ils envahissent les buvettes comme les insectes nocturnes courent à la lumière, afin d'étancher une soif accumulée toute la journée dans cette ville où il fait particulièrement chaud malgré la présence de la mer. »

Nuit noire, nuit blanche, quatre heures du mat’, la bonne heure pour penser à ma misérable vie, ou l’oublier. Le froid pointe, je ne suis pas à Pointe-Noire malheureusement, les femmes couleur ébène s’immiscent dans mon monde de rêves et de musique, des tambours qui auraient pu être du Bronx mais qui viennent des bidonvilles, et surtout du jazz. Un verre de vin... De palme, c’est toujours mieux qu’un vieux rouge qui râpe la gorge. Je mets un disque sur la platine. Le soleil est couché mais sa lumière reste intense, au fond de mon cœur. La lune se dévoile, éclaire mes ondes, sensuelle, blue moon je l’appelle, et Sun Ra m’illumine.

dimanche 4 novembre 2018

Strasbourg-St. Denis

Déambulation nocturne à travers les rues, des clubs de jazz, des putes sur le bitume, un autre temps. Une ère où la musique ne manquait pas d'air et où les plaisirs ne se limitaient pas à des sierra-léonaises ou à une filière filles de l'est campées à la périphérie de la ville. Mais surtout où les clubs de jazz distillaient un groove aussi puissant qu'un verre de rhum du Venezuela. A Time for Love. Une musique à écouter à deux, la nostalgie du jazz et de l'amour, croire en l'amour est-ce encore possible. Sur cette mélodie presque chaloupée où le corps de la femme enivrerait n'importe quel marin venu s'engouffrer dans cette taverne... Descendre de la ligne 4, arrêt Strasbourg-St. Denis.



Texan, sans stetson, boucle de ceinturon surdimensionnée et santiags éperonnés - étonnant à croire mais cela existe finalement - Il a composé quelques grands instants éphémères de la scène parisienne, en preuve ce New-Morning 2007. Close yours eyes. Une douceur proche de la mélancolie. Je l'ai connu d'abord dans le groove et le funk avec son RH Factor mais j'aime autant ces moments magiques qui caressent mon silence, les silences de mes nuits et de ma vie, ces silences si tant incompris. Heureusement la musique ne s'échappera pas de mon esprit. Descendre de la ligne 8, arrêt Strasbourg-St. Denis.

dimanche 13 mai 2018

Une Nuit à San Francisco


Il y a certaines musiques qui rentrent dans votre vie comme des hommes ou des femmes, sans en comprendre la raison. Combien de fois me suis-je retrouvé à déambuler dans le port de San Francisco, (Sittin' on) The Dock of the Bay, la lumière bleutée de la nuit ou de la lune pour illuminer mes désirs nocturnes. Une musique qui se balade de jazz et de folk, un mélange multiculturel de blues et de ballades entre l'Irlande et l'Amérique.

Cet album, je le chéris plus que tout au monde. Il m'a tant apporté de bonheur dans mes nuits d'insomnie ou mes errances solitaires. Il a été un compagnon de route. Tu veux te faire un concert ? Pars à San Francisco, une nuit illuminée, un concert inoubliable. 

Il est quatre heures du matin, quand cette musique be pop a lula m'entraîne seul sur cette avenue, au cœur de la baie ou au plus profond de mon cœur. Des chœurs qui s'enchaînent, et cette voix de crooner qui me chavire, une trompette qui me chet et où mon esprit divague sur les vagues du rivage, visage en sueur et en pleurs d'une nuit ô combien émouvante.

samedi 5 mai 2018

la Rivière, la Mer, le Silence


Une première note de piano, je ferme déjà les yeux, mon esprit vogue au-delà de la rivière, bien loin d'une fugue d'hiver. Et pourtant, si près, je sens les vagues m'envahir. Mon corps plonge, l'eau est froide. J'ouvre les yeux, j'ouvre mon cœur, l'eau est bouillante. J'ai longtemps été bercé par la musique éthérée du label ECM, aux confins du jazz et du silence. Je me suis immédiatement reconnu dans ces sonorités, comprendre le silence entre les notes.

Le voyage m'amène sur les rives de la tristesse. Le minimalisme du piano s’associe au violoncelle de David Darling. Et le violoncelle me plonge souvent dans les souvenirs, des vagues de mélancolie s'échouent sur le rivage de ma vie, une écume blanche recouvre l'immobilité du sable mouillé. Note la métaphore.

Jon Christensen économise ses gestes, sa batterie distille quelques coups de cymbales, toujours avec parcimonie. Car si la musique se veut subaquatique, elle est aussi légère et aérienne que la grâce d'une baleine en rut dans la baie du Saint Laurent.

Entre deux silences ou des accords de guitare, il est de convenance d'écouter les sublimes percées de Terje Rypdal, guitariste que j'admire depuis son Odyssey de 1975. Ses riffs transpercent les rivages de la mélancolie pour sombrer dans l'extatique. Ils m'hypnotisent, le regard laissé au loin sur l'horizon. La mer qui n'en finit pas. L'océan sans fond sans marge sans limite. Bleu profond, noir. Gris même parfois comme mon âme qui s'aventure dans la pochette de ce disque.

mercredi 4 octobre 2017

Du Jazz et une Calzone

Fille d’un ingénieur du son qui a travaillé avec Nino Rota et Ennio Morricone ne pose pas des lettres de noblesse sur un curriculum vitae. Par contre, qu’elle ait collaboré avec Chet Baker, Enrico Rava, Richard Galliano, qu’elle ait fait des tournées avec Pat Metheny ou Billy Cobham, donnent plus de sens à la carrière jazzistique de cette pianiste romaine.

L’heure est de déboucher un Chianti, frais et pétillant, une calzone affiche sa dorure et épanche son parfum encore dans le four. Je me sens prêt pour partir en week-end à Rome. De sa pochette aux couleurs sable, j’installe le cd sur ma platine, une certaine Rita Marcotulli et mon unique album, « Koiné ». Un nom dont les consonances m’emmènent dans l’Afrique, mais dont le rythme me fait penser aussi à des chaloupées de samba brésilienne, les cris perçants d’Anja Garbarek me transportent dans ses fjords nordiques, et le sax’ très classe d’Andy Sheppard m’installe à la terrasse d’un café où je regarde les jupes post-été - à en espérer que les beaux jours restent éternels -, qui virevoltent par la brise napolitaine - oui de Rome, je suis descendu à Naples, effet calzone qui me chatoie les naseaux. Le label « Le Chant du Monde » porte avec justesse son nom, le monde je le parcours en fermant les yeux dans le silence de cette musique.   

lundi 31 juillet 2017

Beauté Cosmique

 

Je la regarde, beauté endormie, délicatement posée sur les draps froissés de mon lit. Elle semble dormir à poings fermés, pendant que la lumière s’épanche sur son corps dénudé par une nuit d’amour. La respiration reposée, le souffle allégé, sa poitrine se soulève au son des tambours de mon cœur. Je sens l’odeur de café, l’odeur du soleil, l’odeur de son sexe, tous ces parfums qui flottent dans l’air et m’enivrent de si bon matin. Pendant que la cafetière fait ploc-ploc, noir avec un demi-sucre, et avant que je ne te tartine de miel, je me lance dans l’écoute de Sun Ra

Sun Ra, une musique toujours surprenante, toujours exaltante, qui ne me laisse jamais dans l’indifférence, qui me plonge dans la chaleur envoutante d’une beauté hypnotique. Le disque s’ouvre sur un « Springtime Again » (9’16), again et encore, chaloupée vespérale, litanie érotique à la manière d’un Love Supreme du ‘Trane.

Ouvre-moi, la porte de ton sexe, je t’ouvrirai la porte du cosmos semble vouloir dire le second morceau « Door of the Cosmos » (8’59). Est-ce les ondes du soleil qui t’ont réveillée lorsque j’ai entrouvert la fenêtre ? Ou le saxo qui emplit la chambre de sa chaleur et de son âme. Âme soul, saoul de ton parfum, je garde le silence face à tant de beauté. Respire ce silence, respire cette musique qui s’écoule entre tes cuisses, comme une musique un peu funky qui voudrait s’y glisser. En douceur, au début, avant d’accélérer le rythme avec tous ces saxos rutilants. 


lundi 15 mai 2017

Thanksgiving sous la Neige, Miles et Dieu

Heureux qui n’a pas vécu un Thanksgiving entre amis fidèles depuis au moins trente ans. Se goinfrer et s’empiffrer comme des porcs, boire et se saouler comme des cochons. Le soleil se lève et les préparatifs démarrent déjà pour cette soirée illuminée de retrouvailles et discussions animés. Ce n’est pas encore la porcherie à laquelle je me prépare, jean délavé et chemises à carreaux, rêve d’être bûcheron, que l’on sort une fois dans l’année au sein de la civilisation.

Je ne te fais pas la présentation de tous les invités, de douze à table, voir treize si on compte le marmot qui tête le sein de sa mère, sein bavant d’un lait maternel sucré au sirop d’érable. Sean, Patrizia, des hommes, des femmes, des couples, des divorcés et au milieu de tout ce beau monde, il y a moi l’insignifiant et Dieu le maître d’orchestre.

Mais avant, je te propose une petite musique pour accompagner…

« Je nous mets quoi ? Miles ?
- Parfait. »

Première séquence : la préparation du repas où comment bien fourré une grosse dinde. Non, je ne parle pas de Patrizia toujours aussi callipyge avec son âge et des hanches à prendre encore d’envie, de désir, de plaisir. L’animal, la bête, d’abord l’épiler, puis lui mettre un doigt dans le cul. Non carrément la main pour la fourrer. La mettre au four. Plusieurs heures, de nombreuses heures. Pendant ce temps-là se souvenir du passé, des rencontres, des autres. Autre point crucial d’un repas de fête, la préparation du punch. Avec une triple dose. J’ai envie que les gens soient bourrés, alors je ne lésine pas sur les bouteilles de rhum et de cognac. Il n’y a qu’avec un coup dans l’aile – en revenir toujours à la dinde – que les langues se délient et que les gens apparaissent comme ils sont sans inhibition ni appréhension. Le secret d’une fête réussie : le pourcentage d’alcool dans un verre de punch, sachant que moi, je vais m’enfiler une bonne bouteille de single malt, importation directe.

mercredi 8 mars 2017

Dans la Moiteur Étouffante de Port Tropique

Le marcel jauni par la poussière et la sueur, le panama vissé sur la tête, je m’installe à la terrasse du Havana bar. Bières et whisky, sinon je ne me sentirai pas à mon aise. Quelques putes aussi, sinon je ne me sentirai pas à mon aise non plus. Le soleil me brûle la peau, le cul de cette gamine me brûle la rétine. Bienvenue à Port Tropique, une ville imaginaire d’Amérique Centrale.

Franz, une passion pour l’alcool et les putes. Mon ami, mon double qu’a mis en scène Barry Gifford. Une éternité que je ne l’avais pas lu, celui-ci. Toujours le même style, des phrases courtes, des chapitres courts, une page suffit parfois pour dresser l’état des lieux ou celui de ma queue. Dans la moiteur étouffante de « Port Tropique ». 

« Son pénis avait durci, mais il ne voulait pas se masturber. Il but un peu d’eau gazeuse, vomit. »

Je regarde le soleil se coucher dans la mer, les yachts amarrés au port, les putains autour des hôtels. J’entends des coups de feu au loin, une révolution se prépare, les socialo-communistes veulent le pouvoir. Franz transporte une mallette de billets de banques, des trafiquants - d’armes de drogues de rhum on s’en fout – pour un échange de service ou de bon procédé. Mais Franz s’en fout de tout cet argent. Il fait son job, il boit une bière, il se fait sucer, il est à Port Tropique comme il pourrait être dans n’importe quel bled des Tropiques.

mercredi 8 février 2017

Flamenco Hindou

La dernière fois que j’ai dû écouter John Mc Laughlin, c’était à l’époque où je passais mes journées allongées dans la fumée d’un ashram à l’autre bout de la planète. Autant dire une autre époque, les cheveux longs gras et sales, des femmes aux seins nus vaquaient de fellation en fellation sous la tente, c’était le bon temps de l’amour et de la liberté et jouissance sans tabou ni préjugé. Le bon temps, en somme, celui du jazz, celui de la fusion, celui où le jazz fusionnait avec le rock en même temps que je fusionnais avec cette brune aux jambes interminables.

Bon, je vois que tu restes dubitatif face aux frasques de mon vécu imaginaire. Quelques années en fait que je n’avais pas écouté le guitariste, mon dernier plaisir datant de l’époque de Shakti ou des grands moments du Mahavishnu Orchestra. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que, dès les premières notes perçues, je me retrouve plongé, les cheveux rasés, dans cette ambiance Mahavishnu, les années soixante-dix les fleurs et les seins nus – non, je ne fais pas une fixette sur les seins nus. La guitare électrique de Sir John, je lui donne même des lettres de noblesse, tant il parait l’un des derniers survivants de cette époque. Ambiance rock ou ambiance feutrée, au choix, qui accompagne volontiers un verre de vin, rouge pour la précision. J’imagine un petit côte du Rhône sans prétention, certainement illuminé par le soleil de Vishnu.