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mardi 16 février 2021

Cuatrocasas


Tu ne peux pas te tromper, tu prends la route, celle qui est caillouteuse et poussiéreuse et qui s’enfile sous l’horizon du soleil couchant. Au deuxième jour tu tournes sur la droite, et vers 14h30 tu prends la troisième sur la gauche. Ou la quatrième, je sais plus bien. Une fois revenu sur tes pas, tu n'es plus très loin de Cuatrocasas. Un village laissé à l’abandon où seule la poussière s’épanouit sous le regard de trois ou quatre vieux qui se demandent pourquoi ils sont encore en vie dans ce coin.
 
D’ailleurs,
tu te demandes encore pourquoi tu t’es arrêté là.
D’ailleurs,
Il n’y a rien là-bas.
Une prison
abandonnée,
un bar sans nom, et sans client
un lieu au nom évocateur,
Les Vingt Nymphes,
une gare où le train ne passe plus depuis des lustres,
la garnison s’est sauvée, reste bien une vieille prostituée.
En dehors, la poussière règne, un vent qui semble rendre fou, qui semble rendre triste. Tout est triste ici, même les amours. 
 
« Alors,
quand les sujets de conversation furent épuisés.
Elle le prit par la main. La mit sur sa poitrine.
Puis elle le mena sur la grève ; loin.
Et là, elle lui fit honneur.
La nuit s’écoula.
Le dernier jour de carnaval commençait. Et le vent de la côte apportait le glapissement du sanctuaire des loups marins.
Amancia se réveilla sur la grève. Elle étira les doigts et chercha la main du garçon.
Elle ne trouva rien.
Elle resta là, à contempler le ciel.
Le train emporta le garçon pour toujours. »

vendredi 23 mars 2018

Silence Malléen

Peu de monde sur le quai lorsque le train entre en gare de Buenos Aires. La sirène m’appelle, signe de départ, je monte dans un compartiment vide, vieille odeur de cuir et de cigarillos froids. Dans l’espace conjoint au mien, un vieux couple se regarde en silence, dégustant des tasses de maté qu’un thermos encore fumant tient au chaud. Moi, je descends en silence une Quilmes, les yeux qui oscillent de mon bouquin à la fenêtre ouvertes sur la campagne argentine, une lecture à peine perturbée par le ronflement du train.

Pinas et Gerardo sont deux amis d’enfance. Pas dans le genre franche camaraderie, plutôt dans le style de deux personnes qui s’écoutent en silence et discutent de la vie, entre débats et passions. Mais les aléas de la vie font qu’à un moment donné, les chemins s’éloignent, chacun prend un aiguillage différent. Le chef de gare les réunit à nouveau après une dizaine d’années dans la maison bourgeoise de Gerardo, l’occasion de reprendre ces discussions nocturnes, ces ballades dans les champs à échanger quelques mots ou quelques silences.

mercredi 27 décembre 2017

L'esprit de la Quilmes

Une fois de plus, il est question de disparition. Comment souvent en Argentine. Et les disparitions sont aussi fréquentes que mes envies de décapsuler une Quilmes et respirer ce parfum de la pampa. Et comme souvent chez les écrivains argentins, le passé ressurgit de ses ancêtres.

Un jeune écrivain argentin revient au chevet de son père mourant. Quelques années d’exil en Allemagne l’ont éloigné de ses racines, de sa famille, de son histoire. Absence de dialogue, ignorances des uns et des autres, du père et du fils. Ce retour sur la terre argentine n’est guère de bon augure, toujours empli d’une certaine tristesse et d’une espèce d’abandon de vie. Il rentre chez lui, son ancien chez lui, rien n’y a bougé même pas les odeurs, et fouille le bureau de son père. Il n’attend rien, ni réponse ni question. Peut-être juste avoir l’esprit occupé pendant que son père se meurt à l’hôpital.

« Trois affaires d’homicide, de disparition et d’enlèvement en un an dans la ville », affirmait un autre article qui soulignait : « Trois affaires non résolues ».

Un vieux carton. Des dizaines, des centaines de coupures de journaux. Certains brutes, d’autres commentées. Des centaines d’annotations de l’écriture de son père. Des photos. Tous ont un point commun la disparition d’un homme qu’il ne connait pas. C’est à ce moment- précis que l’histoire se complique.