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mercredi 12 avril 2023

Bogotá sous la pluie

"Elle ouvrit la vitrine du bar et en sortit une bouteille de Bombay Sapphire. Elle en remplit un demi-verre avec des glaçons et ajouta deux zestes de citron. Les Tonic étaient dans le frigo. Trop sucrés à son goût, mais c'était la seule marque qu'on trouvait à Bogotá. Juste un doigt pour ne pas masquer la saveur du gin. Elle rangea la bouteille à coté d'une de Gordon's, qu'elle aimait dans le martini, et une de Beefeater, plus fort. Dans le fond, il y avait celle de Hendrick's pour boire pur et une encore intacte de Gilbey's, que Silanpa lui avait offerte en lui disant que c'était le gin préféré d'un écrivain nord-américain. Cheever ou Hemingway ? "
 
Trois jours de pluie, non-stop. 
Le ciel est chargé, noir sombre. La lumière reste obscure, de jour comme de nuit. Grise et triste. L'eau coule, coule, coule, du ciel, des toits, sur les réverbères, sur un terrain abandonné. La terre devient boue, marron sale, des corbeaux, peut-être même des vautours volent au-dessus de cette coulée, en cercle parfait. Des bouts d'os sont déterrés, blanchis par la pluie, par le temps. Deux jambes, puis deux bras. Parfaitement découpés. Pas de tronc, pas de tête. Un cordon de sécurité est mis en place, à la recherche du reste.
 

dimanche 5 mai 2019

Des Années de Pèlerinage


Rarement je n’ai pu autant m’identifier aussi fortement, indélébilement, à un roman. Ce Tsukuru Tazaki me cause au plus profond de moi-même, il est simplement en moi, je le ressens à chaque étape de ma vie. Je crois qu’on se comprendrait tous les deux, à moins qu’il soit moi, que je sois lui, que nous ne sommes qu’un. Une même et unique âme dans une même et unique putain de vie.

« J'ai ressenti avec de plus en plus de force que les autres me considéraient comme quelqu'un qui ne valait rien, ou qui était tout à fait inintéressant. Du moins, je me suis vu ainsi. »

Ils sont cinq, comme les doigts d’une main. Unis et inséparables. Du moins, c’est ce qu’il croit, qu’il pense, jusqu’au jour où, du jour au lendemain, on lui envoie, une lettre, un mail, un coup de téléphone, peu importe, lui demandant de ne plus revenir. Il l’accepte, même si intérieurement il ne le comprend pas, mais il ne s’imposera jamais aux autres, même si une profonde communion était née entre eux. Cette séparation, brutale, signe sa mort intérieure. Il survit dans ce monde mais sent qu’il n’appartient plus à ce monde. Face à la couleur de ses amis, lui qui s’est perçu toujours comme un être incolore voir transparent dans cette société-là, il n’a plus d’existence dans ce monde, ou est-ce ce monde qui n’a plus d’existence ou de réalité dans cette vie-là. Attendre une prochaine vie…

« Lorsqu'on est profondément blessé, les mots ne vous viennent pas. »