Affichage des articles dont le libellé est Cinéma Asiatique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cinéma Asiatique. Afficher tous les articles

jeudi 7 février 2019

Sonate ine ine ine

Sonatine sonne comme une comptine, une jolie berceuse pour les amoureux des belles étendues de plage de sable fin, pour les reflets de la lune bleue sur un vieux cœur qui a envie de passer la main. Sonatine, mélodie mortelle.

Cela fait donc quelques années que je n’avais pas revu un film de Takeshi Kitano, réalisateur fétiche de mes grandes heures de cinématographie japonaise. Son cinéma me manque un peu, c’est donc avec une certaine nostalgie que je reprends contact avec son sens du visuel, des plans fixes, et une certaine dose de violence – encore que pour le coup, ce n’est pas ce qui marque de prime abord cette sonate au bord de mer.

De quoi se compose un film de Kitano de la grande époque : des yakuzas bien entendu, et quelques bouteilles de bières claires. L’essentiel donc, l’essence même. Sauf que contrairement aux films classiques de yakuzas, Takeshi y rajoute sa dose d’humour, potache parfois, et son sens de l’art visuel en y mêlant des bribes d’art nippon, sumo et théâtre Kabuki sont mis à l’honneur dans ce présent film. Donc plonger dans un film de Kitano, c’est comme gravir de nuit la Mont Fuji, on découvre une facette de ce pays insulaire entre beautés visuelles (et je ne parle pas de la timidité de cette femme à montrer ses seins) et organismes mafieux aux flingues automatiques bien huilés.

vendredi 3 août 2018

It's Raining Again

Si en France, on a des parapluies, même à Cherbourg, en Chine, ils ont des cirés noirs à capuche. C’est moins coloré, cela donne un visuel très uniforme, voir monotone, tout dans la sobriété et la tristesse. Univers sombre mais la pluie perpétuelle qui ne cesse de tomber pendant au moins 1h50 du film (sur 1h57, oui le générique est sobre et sans pluie) apporte une note de mélancolie. La pluie me rend d’ailleurs mélancolique ou agit de telle sur mon esprit fracassé par ces incessantes grosses gouttes d’eau – de quoi même noyer mon verre de saké.  

Après ces quelques considérations purement poético-météorologiques, un cadavre de femme est retrouvé dénudée dans le champ voisinant l’usine locale de fonderie. Puis un second… Les pluies diluviennes lavent les indices, et l’enquête avance aussi lentement qu’un escargot venu prendre son bain de boue, et la quête de Yu…

J’aime la monotonie de l’univers, savoir que tous les jours la pluie s’abat sur toi, à sentir le bison mouillé. J’aime les films qui prennent leur temps pour nous imposer une atmosphère lourde et nous questionner sur le fondement de l’humanité (Pourquoi c’est mouillé ? Ben, parce qu’il pleut).

mardi 17 octobre 2017

Un Train pas comme les Autres

Seok Woo, divorcé et cadre toujours débordé à l’image de la société asiatique, doit accompagner presque à contrecœur sa fille Soo-an à Busan pour rendre visite à sa mère. Je prends mon billet aussi, le train y’a rien de mieux pour découvrir un pays, et la Corée du Sud, je ne connaissais pas vraiment avant. Mais ça c’était avant, parce que maintenant que j’ai pris le « dernier train pour Busan » pas sûr que j’en ressorte vivant.

Je ne sais pas pourquoi mais je ne le sentais pas trop ce voyage. Déjà, le train est une exacte réplique de notre TGV, en plus propre et en plus zen – bon du moins au début, avant que des passagers ne se mettent à hurler et d’autres à tâcher les sièges d’un sang carmin sombre. Je me dis même que soit les coréens nous ont piqué la technologie, soit on leur a donné tout notre savoir. Enfin, je fais pas de politique, je prends juste le train et j’ai oublié de composter. Panique à bord. J’attends un contrôleur en gants blancs, une jeune femme rentre tout essoufflée à bord, juste avant que les portes ne se referment. Je regarde la télé – oui y’a la télé dans le train là-bas, le départ fut un peu précipité ce matin et j’ai oublié de prendre une BD genre The Walking Dead. D’ailleurs, peut-être que la série sera diffusée intégralement pendant mon voyage qui risque d’être long, long… Et les chiottes toujours occupés… Panique à bord. Effectivement, je vois à la télé des émeutes, des gens se comportant bizarrement, dans le genre presque zombies. Ah non, ce sont juste les infos télés. Une épidémie en Corée du Sud, encore un coup du Nord.

mardi 18 juillet 2017

Entre Tombe et Tombeau

Des livres comme ça, ça devrait être interdit. La tristesse à l’état brut. Seita se meurt, seul comme une personne abandonnée sur un quai de gare ou un tunnel de métro. Quel âge a-t-il ? Ma foi, juste l’âge d’être le grand frère de Setsuko. Ainsi commence le roman, par la mort de Seita.

« … à peine eut-il bondi vers l’entrée de la maison qu’il fut submergé par le fracas des bombes s’écrasant au sol puis, la première vague passée, il y eut cette illusion que le silence tout d’un coup était revenu, cependant que les B 29 n’en finissaient pas de pousser leurs mugissements oppressants. »

La seconde guerre mondiale. J’entends le bourdonnement sourd des avions américains au-dessus de la campagne japonaise. Une sirène stridente vient hurler à la population l’ordre de se réfugier dans les abris prévus à cet effet. Une pluie de bombes s’abat. Le village entier brûle. Une pluie de cendres s’envole. Seita porte sur son dos sa petite sœur Setsuko, s’éloigne du village, se réfugie dans la montagne. Une chaleur s’empare de la rue en flamme. Vite…

Ou est leur père ? Commandant de bord, parti combattre l’ennemi, il ne donnera aucun signe de vie. Leur mère ? Inconsciente, brûlée, morte. Orphelins, sans ressource, ils vont se réfugier chez une tante qui ne leur apportera que l’aide minimum et leur fera bien comprendre qu’ils sont plus une charge qu’un amour.
La tristesse continue. Malgré tout je perçois l’illumination dans les yeux de Setsuko lorsqu’elle découvre la lumière des lucioles. Et ce rire, marque d’insouciance d’une petite fille de 5 ans qui marque mon esprit.

mardi 27 juin 2017

Celles qui voulaient…

Depuis sa sortie en salle, je rêve de voir ce diptyque, conçu au départ comme une mini-série en 5 épisodes à la télévision japonaise. Cinq années qui se sont écoulées et qui m’ont obsédé, cinq années durant lesquelles je me posais ces deux questions à chaque tasse de thé :
1. Qui sont celles qui voulaient se souvenir ?
2. Qui sont celles qui voulaient oublier ?


Kiyoshi Kurosawa, avant tout renommé pour ses films d’horreur et surnaturels, dans le genre « terrifiant » et « creepy », à en hurler un cri interminable (de jouissance ?), vient ici avec un autre état d’esprit, inquiéter par le mystère. Il fait de ce Shokuzaï un thriller hautement psychologique qui interroge l’âme des hommes et des femmes en l’occurrence, puisqu’il n’y sera question que de « celles ».

Elles sont donc cinq. Cinq petites filles que l’innocence de l’âge s’arrêtera nette en cette fin d’après-midi, dans le terrain de sport de ce petit village de campagne. Elles sont en train de jouer, à la balançoire, à la marelle ou à la corde à sauter, je ne sais plus, des jeux de petites filles. Un type demande un petit service à l’une d’entre elle. Innocent que je suis, je me dis quand même qu’il a l’air un peu louche le gars. Pourquoi elle, d’ailleurs ? Pourquoi pas moi ou toi ? Elles se poseront cette question toute leur vie, hantées par une réponse qui ne viendra jamais apaiser leur souffrance. Emili vit ses derniers instants, alors que le soleil n’est pas encore couché, violée et sauvagement assassinée dans le gymnase désert. Elles l’ont toutes vu mais ne disent rien, ne se souviennent pas de la tête de l’assassin. La mère d’Emili, entre tristesse et colère, les maudira. Elles ne se déferont jamais de cette malédiction maternelle.

mardi 23 mai 2017

Typhon N°24

Je connais le réalisateur depuis des années. Depuis une certaine histoire d’enfants livrés à eux-mêmes. C’était en 2003, c’était « Nobody Knows ». Je m’en souviens encore. A la fois terrifiant et émouvant. Drame à l’état pur, tristesse brut d’un monde sans enchantement. Je l’ai suivi ensuite avec « Still Walking », « I Wish » [les titres traduits du japonais en anglais pour une sortie en France, rrrr] et plus récemment « Tel Père, Tel Fils », « Notre Petite Sœur ». Tous ses films sont d’une simplicité extrême. Des tranches de vie, presque banales, et pourtant ô combien intéressantes, ô combien émouvantes, ô combien sinistrées.

Une tempête se prépare. Au typhon N°23 se succèdera le typhon N°24, une année à typhons. Ryota – Hiroshibe Abe -, divorcé et écrivain raté, a l’âme du loser. Il ne voit son fils qu’une fois par mois, s’il arrive à payer la pension alimentaire à son ex… Son ex qui semble voir quelqu’un d’autre, un autre pauvre type apparemment. Il a la passion du jeu, probablement un héritage de son défunt père, et toute sa paye – et même plus – de pseudo détective privé de séance zone spécialiste dans les chantages et les affaires conjugales passe dans le pachinko ou les courses de chevaux, de vélo…

dimanche 5 mars 2017

La Mélodie des Azukis

Sens-moi cette odeur...
Ecoute-moi ce chant...
La mélodie des azukis...

Laisse-toi emporter par un dorayaki.
Un délice, à Tokyo.
Trempe tes lèvres rouges cerise dans cette pâte de haricots rouges.
Une merveille. Un rêve éveillé.

Des yeux, des papilles, l'éveil.
J'ai les yeux qui pétillent devant ce petit bijou de la pâtisserie japonaise.
Des années que j'en rêvai, la pâtisserie Tomo m'a proposé ce rêve éveillé.
Chaque rêve a son prix, celui-ci ne fut pas donné, mais maintenant que j'ai mon dorayaki,
je vais pouvoir m'installer sur mon canapé, et laisser mon esprit vaguer dans les « Délices de Tokyo ». Et mon esprit vague, vague à l'âme, jusqu'au quartier des plaisirs, une geisha peignoir à demi-ouvert me verse de son saké. Des cloches sonnent, un temple d'à-côté, et me réveillent de ce plaisir divaguant, mon esprit s'évade vers d'autres délices. Plus culinaires ceux-là - bien que je mangerai bien sur les délices de ma geisha.

Un film de Naomi Kawase, forcément, je ne peux qu'être séduit. J'aime les choses simples, un dorayaki, une bière ou un flacon de saké et un conte culinaire. Une petite échoppe, qui paye pas de mine. Un type solitaire, devant son fourneau. Il prépare sa pâte à dorayaki, il la fourre de pâte de haricots rouges industrielle. SACRILEGE ! Heureusement une petite vieille est là pour lui apprendre, pour m'émouvoir, pour donner. Lui, il reçoit, il n'a pas l'habitude des autres, cela se voit, cela se sent, cette âme solitaire. Il est émouvant à sa façon. La vieille aussi. Bon, je ne te refais pas toute l'histoire, le film est extrêmement fidèle au roman de Durian Sukegawa.


mercredi 4 janvier 2017

J’ai été voir une Comédie Romantique Japonaise

Après avoir subi les foudres de la Terre, des tremblements à répétions, une bombe atomique et inhumaine,  une vague gigantesque venue submerger ses côtes déversant son onde iodée sur des ondes plus radioactives, le Japon s’apprête à connaître une nouvelle catastrophe naturelle, colère des Dieux : la chute d’une grosse météorite.

Mais un phénomène encore plus cosmique que la chute d’une comète anéantissant une petite ville de campagne retient toute mon attention : l’amour. Un amour impossible même qui réunira Mitsuba, lycéenne de cette petite ville de campagne dont le nom rayé sur une carte m’échappe, et Taki, un adolescent de Tokyo. Oui, j’ai été voir une comédie romantique japonaise sur fond de musique J-Pop !

J’aime les histoires d’amour, et si celle-là n’est pas impossible, elle marque son originalité dans l’uchronie des personnages. En effet, mes deux jeunes tourtereaux ne semblent pas vivre dans le même espace temps. Se sont-ils d’ailleurs réellement rencontrés, touchés même ? Émus certainement. Moi en tout cas, oui, ils m’ont émus ces deux-là dans leur quête du bonheur et dans le fait de se dire que l’amour est plus fort qu’une météorite tombée du ciel.

dimanche 6 novembre 2016

Souris La Belle Âme De L'Oussouri

Je débute donc La Dernière Séance par un grand film russo-japonais. Réalisateur japonais, fonds soviétiques. Peut-être l’un des plus humanistes que j’ai eu l’occasion de voir. Et de revoir. Je ne m’en lasse pas. Je reste subjugué. Par les paysages. Par les silences. Par l’âme de cet homme.

Je me retrouve perdu au cœur de la taïga, essayant de faire quelques repérages topographiques en Sibérie Orientale. Tel un explorateur soviétique dans la vallée de l’Oussouri, une bouteille de vodka dans ma besace pour combler les vides de ma vie. Je pars. Peut-être ne reviendrais-je jamais. Un bruit, des feuilles qui bruissent sous mes pas, je ne suis pas seul dans la forêt. Un autochtone sibérien, tribu hezhen, à la frontière chinoise. On ne parle pas le même langage, pourtant les regards suffisent à créer ce lien, entre deux hommes, entre deux êtres habitués au silence. Le silence et écouter le vent, les oiseaux, les cœurs qui battent et deux âmes qui se rejoignent dans ce regard. Plus que de la complicité, plus que de l’amitié, certains échanges peuvent être très forts dans le regard et le silence de la nature. Une histoire à la vie, à la mort, comme une évidence. Ces deux êtres, si bons, étaient là pour se rencontrer sur Terre et tisser des liens si forts que leurs âmes s’en trouvent bouleverser. Mais la nature reprend toujours ses droits. On ne peut changer, je ne peux changer et les larmes coulent devant la solitude de cet homme à la vie si formidable, si triste, si belle. Belle âme, putain de vie.