Accoudé seul au comptoir d’un bar, lumières tamisées, néons qui clignotent, un barman qui prend des notes, notes pour un roman, futur roman sur les poivrots, ivrognes, paumés de Los Angeles. La nuit, tout est différent, surtout dans un bar où la consommation d’alcool se déverse en un flot de chapitres courts comme autant de minuscules nouvelles sur mon thème de prédilection. Une bière, un whisky. Pour commencer la soirée, avant de tourner la première page de ces épatantes « ablutions » alcooliques. Parce qu’il s’agit avant tout de purifier ton âme et mon âme !
Outre ce barman qui prend des notes, notes pour un roman, je croise les regards d’autres poivrots, cet absence de pétillement dans les yeux, ce sentiment de honte dans le regard. Des videurs, le regard vide sur toi dans le genre je me fous de toi du moment que tu ne gerbes pas sur mes mocassins noirs. Des fourgues, venus écouler leurs pilules de drogue, hey l’ami moi je carbure à l’aspirine tu n’as pas le modèle générique à me revendre. Ma femme, le regard humide où se mélangent des sentiments comme la colère, la tristesse et le dépit. Des nanas, qui boivent, seules ou accompagnées, qui écoutent là elles sont seules, qui dansent une ficelle dans le cul ou le cul à l’air là elles sont regardés par des dizaines de paires d’yeux à la limite de la lubricité… Bref, de beaux portraits de notre société à lire et à lubrifier.
« Il te jette un torchon au visage et t’indique le chemin des toilettes. « Nettoie tout ça », ordonne-t-il. Il est furieux mais tu ne tentes ni de t’excuser ni de manifester le moindre repentir ; contournant la queue, tu pénètres dans les toilettes pour hommes où tu trouves un gros tas d’excréments déposé sur la lunette des cabinets. Bien qu’il s’agisse là de ce que tu redoutes le plus dans ton travail, tu ne soupires même pas mais te saisis d’une poignée de serviettes en papier et, retenant ton souffle, ramasse le tas afin de le déposer doucement dans la cuvette bouchée et sur le point de déborder, mais il est trop lourd et tu le laisses tomber dans l’eau sale. Des éclaboussures jaillissent en te mouillant les cuisses, tu inhales l’odeur et tu vomis instantanément comme un extincteur, sur la lunette, la chasse d’eau et une partie du sol. Simon est debout derrière toi. « Faudra que tu nettoie la gerbe aussi, mon pote, dit-il. C’est comme ça. »