« Elle se redresse pour prendre son walkman, qui doit être à ses pieds. Bernard Lavilliers la bercera. Alice écoute en boucle la cassette d'O Gringo depuis qu'elle a quitté Québec, elle connaît "Sertao" par cœur. Les pales du ventilateur coupent tranche à tranche l'air épais comme du manioc. [...] Y'a guère que les moustiques pour m'aimer de la sorte. Leurs baisers sanglants m'empêchent de dormir. »
De la poussière, des poils et des litres de bières, de bourbon et de vodka à l'herbe de bisons...
lundi 4 novembre 2024
Un Soleil Ivre De Rage Tourne Dans Le Ciel
« Elle se redresse pour prendre son walkman, qui doit être à ses pieds. Bernard Lavilliers la bercera. Alice écoute en boucle la cassette d'O Gringo depuis qu'elle a quitté Québec, elle connaît "Sertao" par cœur. Les pales du ventilateur coupent tranche à tranche l'air épais comme du manioc. [...] Y'a guère que les moustiques pour m'aimer de la sorte. Leurs baisers sanglants m'empêchent de dormir. »
mardi 16 juillet 2024
La Nuit De Noël Où Je Quittais Valparaiso
C’est la nuit de Noël à Valparaiso. La petite Caroline, 7 ans, rêve encore du père Noël quand ses parents lui apprennent qu’ils partent tous ce soir en avion direction le Canada. Ils quittent tout, la terre, la famille, les camarades de classe et la poussière de leur maison. Jamais ils n’y reviendront, tel est un pays au Pinochet règne encore sur la majestueuse Cordillères des Andes.
lundi 15 avril 2024
Kurt Cobain n'est pas mort
Catherine pour son quatorzième anniversaire reçoit en cadeau de la part de ses parents un roman, Moi, Christiane F., 13 ans, droguée et prostituée... Le programme est presque annoncée ainsi dans ce roman initiatique de l'adolescence, apprendre la vie de ses propres moyens, toutes expériences autorisées dans le Chicoutimi-Nord, là où il fait ben frette une grande partie de l'hiver. La meilleure période, celle des campes au fin fond des bois, autour de la chaleur d'un feu et d'une bouteille de vodka qui circule de mains en bouches, premières baises, premières drogues.
jeudi 4 janvier 2024
Frappe-à-bord
Frappe-à-bord ou frappabord
n.m.
[1874] Au Québec, nom générique donné à diverses variétés de mouches piqueuses. Surnommées également taon à cheval, mouche à cheval, mouche noire ou mouche à chevreuil, on dit qu’elles frappent d’abord leur victime avant d’arracher une parcelle de peau pour se nourrir de sang. [Genre Chrysops ; famille des tabanidés.]
Bzz… Tsss… j’imite mal la mouche… pourtant je suis là, à roder autour de ta tête, cette musique énervante, prêt à plonger sur ton corps, te lacérer un morceau de peau avant de te pomper quelques gouttes de sang. Que tu sois bucheron au sang imbibé de sueur et de caribou, ou fille de McGill au sang chaud et à la mini-jupe en poil de castor. Je prolifère dans cet été trop chaud pour le Québec, on pourrait se croire à Cancun, volant en nappe noire et se jetant sur ces proies faciles. La population s’exaspère de ces nuées sauvages, amenant des accès de fièvre et de rage.
« Par habitude, il active les essuie-glaces pour laver les traces d'insectes écrasés sur son pare-brise, mais de grandes souillures de sang mélangées avec une substance jaunâtre épaisse barbouillent à présent sa vitre. Contrarié, il éteint le moteur et sort de sa voiture. Avant de franchir le seuil de la porte du centre, il inspire profondément, et retient son souffle. Théodore éprouve une haine viscérale envers cet endroit. Il a toujours été extrêmement mal à l'aise avec l'idée de voir des gens mourir. Que dire de l'odeur de merde aseptisée qui plane partout ? Ça le prend aux tripes. De retour chez lui, il en a pour plusieurs jours avant qu'elle ne le quitte complètement. Elle semble s'agripper désespérément à lui avec des griffes acérées. Lorsqu'il pense l'avoir neutralisée avec du savon parfumé, l'odeur revient en force. Maintenant qu'il approche de l'âge auquel ses parents ont perdu la vie, Théodore ressent une angoisse sans nom l'envahir chaque fois qu'il se trouve à proximité de l'hospice ; elle continue de croître, croître, croître. Un jour, il redoute qu'elle n'occupe tout l'espace en lui. Rendre visite à son grand-père sur ses derniers milles ne contribue en rien à apaiser cette anxiété. La mort surgit à chaque tournant. »
vendredi 14 juillet 2023
Pastaga au Canada
L’homme, un peu sauvage, beaucoup silencieux. Quelques femmes passent dans sa vie, pas beaucoup en fait, quelques verres y passent aussi, quelques bouteilles y trépassent. Sa boisson de prédilection, le Ricard, si rafraîchissant dans les chaleurs printanières du Grand Canada, de Terre-Neuve ou des coins plus sauvages ancrées dans les terres, lorsque la neige commence à fondre.
De temps en temps, l’homme retourne à la ville, Montréal sous la neige. C’est le début de l’hiver. Il regarde la lune, de la vapeur s’échappe de sa respiration, il regarde la façade où domine la fresque de Leonard Cohen. D’ailleurs rien ne dit qu’il ne l’écoute pas le soir, à la tombée de la nuit, une femme lovée sur son canapé. La voix de Leonard dans la nuit, la beauté de la lune à la fenêtre, un corps nu, jolies courbes. Mais tout a une fin, comme cette bouteille de Ricard.
« - T’es belle comme la lune, Clara. »
Un homme et ses chiens s’enfuient toujours de la ville pour revenir à la nature, belle et sauvage, comme la chevelure d’une femme brune. Il n’y a que dans le silence de cette beauté qu’il est lui-même, loin des conventions sociales et hypocrites. Là-bas, il regarde, du bout de son fusil, un vol de bernaches. Pan ! A l’automne, il suit la migration des lagopèdes à queue blanche. Pan ! Et ce phoque, une virgule posée au loin sur la banquise. Pan ! La complainte du phoque…
mardi 4 juillet 2023
L’Antiquaire et les filles de McGill
- … Ma
gourmandise est encore insatisfaite. Mes lèvres s'ouvrent et englobent le
gland, puis le relâchent, très lentement, puis le reprennent et le relâchent de
nouveau, doucement, doucement... »
Imagine un antiquaire, pas si antique que ça, à Montréal. Une boutique au rez-de-chaussée, la propriétaire dans l’un des étages supérieurs de l’immeuble, pas mal la proprio, on a envie d’y faire le tour. D’ailleurs, elle descend l’escalier, jupe moulante, de longues jambes, le sourire malicieux et les yeux qui pétillent. Elle rentre dans l’arrière-boutique, quelques étagères poussiéreuses et surtout un sofa qui a du vécu, qui en a vu des culs s’installer dans le moelleux de son confort. Je te lui ferai bien péter les boutons de son chemisier, viles représailles d’avoir fait péter le bouton de mon jean d’une trop forte érection, lorsqu’elle se pencha ramasser un stylo où je ne sais quoi afin de me montrer sa croupe sans culotte.
lundi 22 mai 2023
Et une larme coule sur ma joue
Toute ressemblance avec un semblant d'héros serait donc fortuite. Alors qu'il se sait mourant, le foie qui lâche, l'histoire de quelques mois, ce père, ce héros, alcoolique depuis des années, essaie de renouer le contact avec sa fille Gabrielle qu'il a laissé depuis deux décennies. C'est donc une histoire de rédemption et de pardon. Yvan qui vit en coloc avec Miche, amante plus par solitude, et un chat recueilli par défaut. Gabrielle - tu brûles mon esprit, ton amour étrangle ma vie et l'enfer -, qui semble malgré tout accorder tant d'amour à ce père si longtemps absent.
mercredi 7 décembre 2022
A l'ombre des Bambous
"Nous entrons dans le bosquet de bambous. La neige a fondu. Entre les vieilles plantes vert grisâtre, Fukiko remarque les camélias rouges au cœur jaune. Elle murmure :
dimanche 13 novembre 2022
Dans La Sloche
Elle se voit comme la Antigone de Sophocle, pourtant autour d’elle, ses connaissances la voient comme la Antigone de Robert Laflamme, ce piètre écrivain québécois qui fait chavirer le cœur et l’esprit de milliers de lecteurs québécois. Elle n’en peut plus, elle, Sapho-Didon Apostasias. On lui parle toujours de Laflamme, de son Antigone, son flagrant portrait, de tous ces avatars de Réjean Ducharme, de tous ces pseudos-écrivains du Québec. Elle n’en peut plus du Québec ? Mais ça va aller. Ou pas. Parce qu’elle veut en finir. A la place de « ça va aller », ça pourrait s’appeler j’ai la haine, j’ai la rage, je veux mourir… Je pourrais rajouter plein de sous-titres mais je retiens surtout cette notion de rage et de désespoir, cette incessante envie d’en finir quand on n’est plus à sa place, quand on ne trouve plus sa place dans cette société-là. Et de ça, je le comprends parfaitement. La haine. Je la comprends parfaitement. Le dégoût. Même dans les flaques de sloche.
« Montréal en mars est parfois comme une caresse. Je pose avec délectation mes pieds dans les grandes flaques de sloche, je me laisse soulever par la douceur de l'air plus doux et j’éclabousse mon grand manteau noir en gloussant de plaisir. C'est le dégel qui, cette année, nous vient en avance, comme un messie. Que m'annonce cette fonte du monde qui m'entoure ? Que s'écoule-t-il dans ce ruissellement des eaux ? Qu'advient-il de moi au printemps ? Qu'arrive-t-il aux filles qui n'ont plus rien à perdre ? Aux filles perdues dans les rues de Montréal où il est impossible de ne pas trouver son chemin ? Que deviennent les Didon québécoises ou les Antigone des cieux floconneux ? »
vendredi 30 septembre 2022
Femme Lumière
Je suis petite encore quand ils s'y installent.
Je ne sais pas que cette terre-là deviendra la mienne.
Mais mes doigts se l'approprient déjà, grattant la terre, lui confiant mes morts.
Une douzaine de cochons d'Inde, mes chats, puis mes grands-parents s'y déposent un à un, chargeant le champ de leurs mémoires, nourrissant les trèfles de leurs souvenirs. »
Quelque chose frôle ma jambe. C'est gros. Je sors ma tête de l'eau. Un castor me fixe.
On ne bouge pas, ni lui ni moi. Il est dans ma bulle, clairement. Et je suis dans la sienne. Ni l'un ni l'autre n'abdique. Il ne semble pas avoir peur. Il plonge à nouveau près de moi et effleure ma cuisse nue. J'immerge ma tête sous l'eau et le cherche du regard. Je nage doucement, on est maintenant face à face. Je pourrais à cet instant prendre sa place. Habiter là en bordure du courant, m'y établir. Vivre entre des murs d'arbres tissés et le bassin clair du ruisseau.
Comme je l'imagine mal aller faire des tartines aux enfants, je me décide à sortir. Je frissonne. Enroulée dans ma serviette, je le vois s'enfouir à l'abri du rocher. Je crois qu'on peut dire qu’on s'est rencontrés.
Je remonte vers la Maison bleue plus chanceuse que quand je l'ai quittée. »
jeudi 22 septembre 2022
Cool Jazz
jeudi 23 juin 2022
Route 138
dimanche 5 juin 2022
Les Soirées du Commandeur
"Ce que je crains plus encore, c'est que tous mes efforts ne servent à rien, et que Galaad dure mille ans. La plupart du temps, c'est l'impression qu' on a ici, loin de la guerre, dans le calme du cœur de la tornade. Si paisibles, les rues ; si tranquilles, si ordonnées ; pourtant, sous la surface trompeusement placide, une vibration, du même genre que ce qu'on ressent à proximité d'une ligne à haute tension. On est tendus au maximum, tous autant qu' on est ; on vibre, on tremble, on est perpétuellement sur le qui-vive. On parlait autrefois de règne de la terreur, mais la terreur ne règne pas, pas vraiment. Elle paralyse au contraire. D'où cette douceur anormale."
dimanche 29 mai 2022
Passions Toscanes
Visite guidée à travers les rues de Florence, les splendeurs de la Renaissance, ça te dit ? Flâner dans les musées, prendre le frais dans les églises, se promener dans les jardins, un verre en terrasse... Un programme alléchant, oui je veux te lécher, te faire l'amour sous le clair de lune, période bleue, que tu sois Rena, Subra ou toute autre sylphide en a. L'ambiance toscane, sa chaleur, sa moiteur, moi ça me donne des idées fiévreuses. Pas toi ?
vendredi 15 avril 2022
Les Escales de Nad' et du Bison : Vietnam
« Durant les premiers mois de mon affectation à Hanoi, j’étais fascinée autant par la capacité d’un jeune enfant de s’asseoir sur le porte-bagages de la bicyclette de son père sans mettre les pieds dans les rayons que par le sommeil des chauffeurs sur le banc de leur moto-taxi. Et plus encore par les six déclinaisons du mot « adorer » en vietnamien : adorer à la folie, adorer au point de figer comme un arbre, adorer avec ivresse, adorer jusqu’à en perdre connaissance, jusqu’à la fatigue, jusqu’à l’abandon de soi. »
mercredi 23 février 2022
Les Amourettes du Mont Daisen
J’annonce le menu : salade, riz, soupe de miso aux champignons, sukiyaki. Un mochi pour finir le saké. Maladroit, je renverse le pot de cure-dents en fermant mon bouquin où il fait bon vivre au pied du mont Daisen. Je suis loin de l’effervescence des grandes villes, je veux du calme, je veux du ciel bleu avec sa lune et des vagues qui lèchent lentement le bord de la plage. Zenitude, je me complais dans ce silence qui entoure ce triste moment où le verre se vide, où la dernière page se tourne, où je respire ce parfum de jasmin une dernière fois… Je reprends mes esprits, c’est du muguet, la fleur du mois de mai, joli mois de mai, le mois où les couples se font, se défont et se fondent sous le son de ces clochettes au parfum aussi entêtant que celui de l’amour.
- Le suzuran s'appelle « Lily of the valley » en anglais, et « muguet » en français.
- Comment connais-tu ces mots étrangers ?
- Par grand-mère.
- Vraiment ?
Il hoche la tête et ajoute :
- Ah, il y a un autre mot en français : « amourette ». »
samedi 1 janvier 2022
50 nuances de Blizzards
La neige tombe et dégouline le long de la baie vitrée. Le regard se porte dehors, sur la voisine dans sa mini en poil de castor qui pellette la neige pour retrouver son char, sur le chat noir qui grimpe sur la branche blanche de l’arbre sans feuille, sur le voisin qui vocifère à demi-nu sur le balcon par -20° du Kurt Cobain en posant pour un selfie. A qui va-t-il envoyer l’incongruité de cette photo, à sa blonde peut-être. L’esprit libre et l’âme chaude, j’entame donc quelques nouvelles du répertoire québécois. L’âtre de la cheminée ronronne doucement, l’atmosphère se réchauffe, j’ouvre mes chakras, ouvre les tiens, demain c’est sodomie libératoire.
Libéré, délivré, de tous ces péchés, dans un fauteuil en vieux cuir qui sent la fumée, je m’installe un verre de rhum à la main, sans caramel, quant à la seconde main... je te laisse deviner, et si tu cales en imagination, je te dirais qu’elle me sert surtout à tourner les pages de ce recueil, car il s’agit bien de recueillement lorsque j’entreprends de sucer… un de ces bonbons au sirop d’érable que j’affectionne tant et qui me réchauffe l’âme comme une fellation salvatrice.
« Dans son appartement sorti tout droit de Greenwich Village des années 60, elle branche son iPod sur une playlist d’Harmonium, groupe peu propice, en ce qui me concerne, à créer une ambiance sexuelle, mais qui manifestement allume Nadine. En quelques minutes, nous nous retrouvons nus dans son lit, ce qui me permet de constater que le corps est à la hauteur du visage.
La musique qui parvient du salon semble guider ses actions. Elle me suce pendant ‘Pour un instant’, glissa ma queue en elle sur les notes de ‘Si doucement’, puis m’offre son superbe cul au son du ‘Corridor’. Tout au long de nos ébats, elle garde les yeux fermés et chantonne les paroles des chansons, ce qui est quelque peu déroutant. Elle réussit même à fredonner en me pipant, provoquant ainsi sur ma verge une vibration plutôt intéressante. »
[Baise Fondatrice, Patrick Sénécal.]
lundi 27 septembre 2021
Les Larmes de Schubert
Au début, presque sur ses gardes, Annabelle n'est pas très émue. La musique n'est pas une si grande perte, se répète-t-elle. Laissons-la aux gens doués qui ont du plaisir à exercer leur don. Mais, au mouvement lent que Lydia exécute avec un admirable legato, tout lui revient : le bonheur d'être assise au piano, d'arracher les notes du fond d'elle-même, de jouer avec tout ce qui l'habite et qu'elle ignore, l'in-nommable enfin nommé, la violence, l'isolement, la tendresse, la passion, toutes ces émotions si encombrantes qu'elle pouvait faire exploser sous ses doigts, avec son propre corps et un piano.
jeudi 22 juillet 2021
La Ristigouche
vendredi 5 mars 2021
Les Violons de Chosta et la Neige
Ils se croisent à peine mais grandissent plus vite face à l’adversité de la vie. Ils essayent surtout de survivre, tout en gardant une part de rêve dans un recoin de leur tête. L’espoir qu’un jour leur père ou leur mère reviendront à la réalité, celle qui consiste à former une famille, aussi petite soit-elle, à retrouver de l’amour et de la complicité même dans et sous les coups durs.
Chostakovitch, les violons. Plus fort, plus fort encore. Les violons la fenêtre la neige snieg qui tombe comme des lignes du ciel à l’eau comme des lianes pour s’agripper, pour monter très haut, jusqu’en haut, les flocons tombent en lianes du sol au ciel, le violon de Chostakovitch coule sur elle, puis coule en elle. Roxane est une corde, stridente sous l’archet, Roxane vibre, Roxane explose, vole par-dessus la rue, par-dessus les corps morts, par-dessus la marde, jusqu’aux bateaux, jusqu’au fleuve, jusqu’en Russie. Roxane est une symphonie. »















