A Nykøbing Falster, je croise le regard apeuré d’un jeune garçon. Plus tard, celui-ci, alias Knud Romer, écrivit un roman à consonance autobiographique « Cochon d’allemand » et joua devant la caméra de Lars von Trier dans « Les Idiots ». Mais pour le moment, ce petit garçon est triste, ses yeux humides sont effrayés rien qu’à l’idée d’aller à l’école ce matin, comme tous les autres matins. Souffre-douleur de ses camarades, il n’est pas rare qu’il se voie rouer de coups, brimer, humilier. Pourquoi tant de haine ?
« Le matin, le soleil entrait par la fente des rideaux, traversait la pièce tel un tigre et me léchait la joue. Je me réveillais toujours avant qu'il me dévore ; il disparaissait aussitôt, mais je l'entendais mugir dehors. Je croyais dur comme fer que des tigres et des lions se promenaient dans les rues, parfois je croyais entendre d'autres animaux encore - des babouins, des perroquets -, et la haie qui entourait notre maison avait précisément pour fonction de tenir à l'écart les bêtes sauvages, exactement comme dans Pierre et le loup. »
Dans la cour de récréation, se protégeant des coups de pieds et des crachats, un refrain repris à tue-tête hurle dans sa tête :
« Cochon d’allemand ! Cochon d’allemand ! ».
Qu’il est difficile de vivre enfant, au Danemark ou dans cette Europe d’après-guerre, quand on a une mère allemande. Jamais adoptée par son nouveau pays, avec l’accent fort du pays, finalement elle abandonnera la partie au profit de la vodka.

