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mercredi 13 mars 2024

Cette indécence à ne pas mourir

 Dans le Japon d'après-guerre, vieillir n'est pas vraiment bien vu. Surtout qu'à quatre-vingt six ans, que faire de la grand-mère encombrante ? Surtout quand celle-ci semble avoir atteint l'âge des méchancetés. Oublier la bonne éducation d’antan, oublier la philosophie de Confucius, la vieille fouille dans les tiroirs et chaparde tout et n'importe quoi. Elle semble dormir la journée, et avoir le regard vide la nuit, effrayant, surtout quand on se lève pour aller pisser et qu'elle fait un boucan pas possible pour retrouver la porte de son petit coin... En plus elle pue la vieille, quand elle s'oublie et se pisse dessus - vous, marchant en plein dedans -, elle sent la merde, elle sent l'urine. Non, il est vraiment temps de se débarrasser de la grand-mère.  
 
"Vraiment, grand-mère, vous êtes un cancer. A cause de vous seule nous ne pouvons pas vivre en bonnes relations entre sœurs. Vous-même, d'ailleurs, vous n'auriez pas pensé que vous serviriez seulement à empoisonner nos relations en vous laissant aller à vivre trop longtemps, non ?"
 
 En plus, alors que tout le pays est rationné, la vieille veut toujours plus de boulettes de riz. Elle croit qu'on la rationne, alors que tant de gens seraient encore contents de récupérer les quignons de pain qu'on lui donne. A quatre-vingt six ans, avec juste la peau et les os, pourquoi a-t-elle encore besoin de faire trois repas par jour. Et encore, quand elle les fait, elle ne se souvient même plus d'avoir déjeuner ce midi. Non, grand-mère t'es une vraie plaie, je te refourgue chez la cadette, là-bas dans les montagnes, sans électricité, tu verras si tu seras mieux traitée... 
 

dimanche 23 juillet 2023

Une Souris et un Homme


Je regarde à travers la vitre nocturne où ruissellent les pleurs du ciel. Des traces le long de la paroi qui coulent et s'écoulent, des empreintes de la vie qui s'échouent. Une lune affichée dans le ciel, belle et ronde, lumineuse et comme teintée de bleue. "Pourquoi est-ce que je regarde toujours la vie à travers une fenêtre ?", me dis-je intérieurement en repensant à la vie de Charlie. Charlie Gordon, un type que j'ai envie de connaître, un homme qui n'était pas à sa place dans ce monde-ci.
 
Charlie, l’esprit un peu simple. Il travaille à l'arrière d'une boulangerie, basses besognes au niveau serpillière. Il se sent malgré tout entouré d'amis, amis qui rigolent de lui et de son état d'esprit plutôt qu'avec lui. C'est à ce moment là qu'une petite souris entre en jeu, non pas dans les bas-fonds de la boulangerie se frayant un chemin entre les sacs de farine mais dans les dédales d'une autre vie. Algernon, c'est le nom de la petite souris blanche, souris de laboratoire à qui le Pr Nemur et le Dr Strauss ont administré un traitement révolutionnaire qui rendrait la souris plus intelligente, capable de se diriger dans un labyrinthe comme dans un champ de fleurs.  
 
"Comme c'est étrange que des gens qui ont des sentiments et une sensibilité normaux, qui ne songeraient pas à se moquer d'un malheureux né sans bras, sans jambes ou aveugle, n'aient aucun scrupule à tourner en ridicule un autre malheureux né avec une faible intelligence."
 

dimanche 15 novembre 2020

Bang Bang


Tu connais les Beatles ? Oui, tu les as sûrement déjà écoutés. C'est un groupe de rock britannique dont un des membres racontait qu'ils avaient été plus populaires que Jésus. D'ailleurs, c'est celui qui a été assassiné d'un coup de pistolet, tu le savais ? Mais si moi je les avais rencontrés, je les aurais tous tués de mes mains. Je veux vraiment savoir pourquoi ils ont écrit cette foutue chanson.

Je suis sûr qu'ils l'ont écrite juste pour ma mère. Ça lui collait trop bien. Quoi ? Le titre ? Maxwell's Silver Hammer !

Bang ! Bang ! Maxwell's silver hammer

Came down upon her head

Clang ! Clang ! Maxwell's silver hammer

Made sur that she dead

 

Quand un serial-killer psychopathe et psychologue demanda à voir dans sa cellule une jeune criminologue pour s’épancher sur ses crimes... Je ne te refais pas le pitch qui te ferait croire à un vieux film des années 90, écoute le silence haute-sécurité, des agneaux y dorment, rêvant d'hémoglobine et de sauce kimchi. La serveuse, tout sourire et discrétion m'a ramené à ma table, celle du fond plongé dans une demi-pénombre, une bière et mon bibimbap : le kimchi ne s'est pas révélé aussi épicé que je l'aurais désiré. Je plonge mon regard, dans mon verre, mon bouquin, la serveuse, attendant solitairement le calme du matin.