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lundi 7 octobre 2024

La Fille du Slasher


Venez voir, en ce jour du 12 septembre de l’an de grâce mille huit cent trente-huit, sur le Champ de Foire de Hallow Heath, dans le comté de Worcestershire, à la Foire aux Chevaux annuelle, attenante au nouveau canal de Birmingham, le combat très attendu du noble art de la boxe à mains nus… Et la foule crie, et la foule hurle, et la foule braille… Et la bière coule, et la bière se verse, déverse, se renverse… La revanche tant attendue entre Tom Heaney, l’ouragan irlandais, et le vieux Bill Perry, le slasher de Tipton… Sous une pluie battante, une pluie froide, une pluie de sueur… Et sous des hectolitres de bières…

« Toute cette bière au fil des années cette intense montée de plaisir qu'elle lui procurait quand elle cascadait dans sa gorge, bruissant et nettoyant ses entrailles, et l'étreinte musclée du houblon quand il vous frappait et que tout devenait possible. II était né avec une soif insatiable qu'aucune quantité de bière ne semblait jamais pouvoir étancher. »

Le dernier combat de Bill. Avec l’argent ramassé, il achète le pub de Tripton… Et là, le géant aussi alcoolisé que doux, des poings de fer un cœur de guimauve, se retrouve dans son élément, comme entre quatre cordes sur le ring, entre quatre fûts de bière derrière le comptoir. Il achète également pour quelques pièces une jeune gitane, Annie, oui à l’époque ça se faisait, pour s’occuper de lui et du bar ; elle devient ainsi sa « fille ». Une fille qui en cachette apprendra à se battre et montera également sur le ring, écrasant de son intelligence et de sa vivacité les grosses mégères fermières laitières venues se mesurer à elle pour quelques pièces... En digne héritière, son nom de ring, la fille du slasher.  

dimanche 15 janvier 2023

After Shave

 
"C'était néanmoins de la bonne bière, épaisse et nourrissante, un repas en bouteille comme aimait à dire Horse, et Pauley la versa lentement le long de la paroi du verre. Une épaisse levure fermentée couleur vanille se forma à la surface de la bière couleur mélasse, au fur et à mesure que le verre se remplissait."
 
Mark Paulos, alias Pauley, héros malgré lui d'une Amérique noire où l'espoir se dilue dans la mousse épaisse et sombre d'une bonne pinte de bière. Gamin, il a subi pendant des années les raclées de Pauley Senior, à coup de ceinture, un morceau de cuir utilisé pour aiguiser son rasoir. Un rituel. 
 
Des années plus tard, je retrouve Pauley au détour d'une rue de San Francisco. La ville s'éveille, la brume se disperse, pas les souvenirs. Sur le mur, quelques graffitis en noir, du genre 
"Ne Vous Droguez Pas SEULS
Appelez Un Ami
24 heures sur 24". 
 
San Francisco la ville du new-age. 
 

mercredi 15 septembre 2021

West Coast


Georges prend la route, direction la West Coast. Saint-Georges-de-Didonne. La radio branchée fip 514, Dave Brubeck au piano. Les étoiles swinguent, la lune bleue est absente. C'est le noir,  cool jazz blue moon. Cadre plus ou moins dynamique, Georges fonce à travers la nuit, le périphérique, l'A10. Et voilà, ce qui devait arriver arriva. Le saxophone de Paul Desmond entre en jeu, propre, net. Le grand jeu, cool... Ambiance western, entre deux morceaux west-coast. Mais Georges dans tout ça ? Oui on a essayé de le flinguer, façon tontons flingueurs, avec le silencieux qui fait tchouk ! Mais cadre chanceux, il s'en réchappe. Faut toujours se méfier d'un cadre. Il sombre dans la nuit, plaque tout, pour où ? On ne se remet jamais tout à fait d'une virée à Saint-George-de-Didonne.  
 
Et il arrivait parfois ce qui arrive à présent : Georges Gerfaut est en train de rouler sur le boulevard périphérique extérieur. Il y est entré porte d'Ivry. Il est deux heures et demie ou peut-être trois heures un quart du matin. Une section du périphérique intérieur est fermée pour nettoyage et sur le reste du périphérique intérieur la circulation est quasi nulle. Sur le périphérique extérieur, il y a peut-être deux ou trois ou au maximum quatre véhicules par kilomètre. Quelques-uns sont des camions dont plusieurs sont extrêmement lents. Les autres véhicules sont des voitures particulières qui roulent toutes à grande vitesse, bien au-delà de la limite légale. Plusieurs conducteurs sont ivres. C'est le cas de Georges Gerfaut. Il a bu cinq verres de bourbon 4 Roses. D'autre part il a absorbé, voici environ trois heures de temps, deux comprimés d'un barbiturique puissant. L'ensemble n'a pas provoqué chez lui le sommeil, mais une euphorie tendue qui menace à chaque instant de se changer en colère ou bien en une espèce de mélancolie vaguement tchékovienne et principalement amère qui n'est pas un sentiment très valeureux ni intéressant. Georges Gerfaut roule à 145 km/h.