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jeudi 16 mars 2023

Le Chemin Silencieux

One Night in Bangkok, les lumières des ruelles s'animent. Des odeurs enivrent, curry jaune, curry rouge, curry vert... Des étals de marchandises en tout genre, des fumoirs au bord de la route, un pad thaï sur le pouce. Du bruit, klaxons, cris, rires. Touk-touks, vélos, motos-taxis et piétons dans une cacophonie souriante. Et puis le silence. Un moine bouddhiste au coin d'une rue. Des hommes qui se prosternent, des femmes qui se prosternent. Des ladyboys aussi. Et des enfants qui courent autour.  
 
"On choisissait un plat sur l'un des grands plateaux en aluminium - plat rouge, plat orange, citronnelle, citron vert, lait de coco, piment, menthe, coriandre, basilic, cannelle, curcuma, cumin, ail, gingembre. Ou alors on commandait un plat à quelqu'un - une femme - qui le préparait sur-le-champ, dans un wok immense, profond, où elle cuisinait de tout, comme une machine où il suffirait de placer des ingrédients pour qu'elle les mélange, puis les serve juste après en un plat abouti.
Dans un coin, il y avait une femme aux manches retroussées, mèches de cheveux collées à la transpiration du front, qui avait un sourire affable quand des personnes s'approchaient pour lui demander de la soupe. Elle découvrait une casserole, se retrouvait enveloppée d'un nuage de vapeur, et servait des bols en plastique rose ou bleu. Puis, elle les saupoudrait de sauce piment, d'une cuillère de sauce noire, d'un brin de ciboulette haché, et les tendait avec ce même sourire bienveillant.
En montrant du doigt, j'ai demandé une de ces soupes aux nouilles. Usant également de gestes, elle m'a demandé si je voulais du piment, de la sauce, un brin de ciboulette. Je voulais tout. J'ai reçu le bol et le sourire."
 

lundi 25 décembre 2017

Écouter la Musique Intérieure d’une Vie

« Jorge fait la planche sur un fleuve large et profond. L’eau froide soutient son corps et lui gonfle les sens d’ardeur vitale, tout est bleu et frais, tout est très beau. Pour flotter sur l’eau, il est capital de ne plus entendre, de fermer les oreilles de l’intérieur et de plonger tout entier dans un silence liquide. Il est possible de flotter sur l’eau sans eau, il suffit de se remplir de silence. »

Certains hasards m’emmènent dans des lieux inconnus dont l’intensité du voyage m’éblouit par sa poésie. Certains romans me transportent dans des pays où les sens effleurent ma main qui tourne les pages. Je ferme les yeux et j’entends New-York au début du siècle dernier. Je change de chapitre et je plonge dans un coin perdu de l’Argentine. Le temps d’une respiration, mon cœur bat au rythme du fado, le regard porté sur Lisbonne.

En compagnie de Karl, Fernando et Jorge, l’auteur distille quelques notes d’onirisme entre ces lieux qui deviennent pour moi à la fois magique et mélancolique. Les mots touchent au sublime, le silence se remplace par une petite musique intérieure qui enivre l’âme des hommes qui n’appartiennent pas au ciel. En filigrane, d’illustres écrivains insufflent leur esprit, l’auteur rend ainsi hommage à Kafka, Pessoa et Borges.

« Une musique vient de loin. Une musique qui n’est pas jouée, qui s’entend à peine. Une musique qui entre par la fenêtre et qui est le ressentir ou le souvenir de quelqu’un qui est déjà passé et qui est resté par là. Une mélodie est la plus belle épitaphe à laquelle on puisse aspirer.
La musique de la rue eut l’amabilité de réveiller Fernando et de lui dire qu’il était encore vivant ou, tout du moins, qu’il était encore capable d’entendre la musique. Les oiseaux dans sa poitrine s’envolèrent vers d’autres cieux, laissant derrière eux des petites plumes, bien peu de chose. »

Prêter une âme à un lieu, à une musique, à un silence, voilà ce que propose ce premier roman de Nuno Camarneiro. Il raconte trois histoires, simples et humaines, de trois jeunes hommes trop sensibles pour ce monde. Des jeunes hommes qui s’entourent de silence et de poésie et qui prennent le temps de découvrir ces lieux, les autres, les âmes flottantes autour d’eux.