Affichage des articles dont le libellé est Richard Hugo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Richard Hugo. Afficher tous les articles

dimanche 30 juin 2024

Barnes la Tendresse

 "Quand on voit Dixon, on a le sentiment, si on y a vécu toute sa vie, d'être plus intéressant qu'on ne l'est, ou bien de boire plus qu'on ne boit, ou encore les deux. Rien n'est tout à fait à sa place, ni les couleurs, ni les dimensions, ni les proportions des choses entre elles, et le tout dégage un charme certain. La bibliothèque est trop petite et peinte en une espèce de bleu-vert douteux. Le bazar est trop grand par rapport aux autres bâtiments. Les maisons, du moins la plupart d'entre elles, ne semblent pas être disposées selon un schéma particulier. Le bar est juste de la bonne talle pour la ville, mais il est situé trop près de la route. En face du bar, il y a une petite construction, depuis longtemps abandonnée, qui avait dû être un garage avant que les voitures ne l'abandonnent à leur tour. Il n'y avait qu'une seule voiture garée devant le bar, immatriculée dans le comté de Missoula."
 
  Plains, comté de Sanders, Missoula. A peine 1000 âmes dispersés sur 1.5 km2. Fondée en 1883 sur le Northern Pacific Railway, son nom s’est progressivement raccourci, comme son nombre de chevaux, passant de Wild Horse Plains à Horse Plains puis Plains. Après cet interlude géographique qui pose une ville dans son décor, une plaine blanche et déserte en hiver, le cœur gelé, Barnes la Tendresse s'engouffre dans son bar préféré, l'unique. Poète et policier, il a quitté la grande ville pour s'isoler, oublier les vicissitudes de l’âme humaine des cités pour des réflexions autour d’une ligne de pêche sur une rivière gelée la moitié de l’année. Poète et policier, voilà qui pose l’homme, à Missoula si t’es pas indien ou bison, tu es forcément poète. Et dans tous les cas, alcoolique car la seule distraction au jour tombé reste le bar qui œuvre pour réunir toutes les âmes en peine de Plains.